mardi 27 août 2013

LE SECRET DÉVOILÉ DE LA POULE AUX OEUFS BLEUS

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PHOTO LLUSTRATION « SELECCIÓN Y MANEJO DE LA GALLINA MAPUCHE PRODUCTORA DE HUEVOS AZULES » 


Pourquoi s'est-il consacré à ce sujet ? De nombreuses espèces d'oiseaux - canards, coucous - pondent des oeufs bleus. Etudier ce mécanisme chez la poule pourrait expliquer l'origine de ce phénomène, espérait le chercheur. « On pouvait aussi penser en savoir plus sur l'origine des poulets sud-américains : venaient-ils d'Europe ou plutôt d'Asie, foyer de la poule domestique, après avoir traversé le Pacifique ?»  Las, ces deux questions restent en suspens : la mutation observée chez les poules aux oeufs bleus n'a pas son équivalent chez le canard, par exemple. Et, si elle est identique chez les poules chiliennes et chinoises, elle ne se trouve pas au même endroit de leur génome, mais à quelques paires de bases de distance seulement. Il n'y a donc rien à en conclure sur les éventuelles pérégrinations transpacifiques de la poule.

« MUTATIONS» 

« Ces mutations constituent deux événements distincts, intervenus sur une portion génomique quasi identique, souligne Michèle Tixier-Boichard (INRA Jouy-en-Josas), qui a fourni des échantillons issus d'un troupeau de poules aux oeufs bleus constitué dans les années 1970 au centre de Tours. C'était totalement inattendu, comme si la foudre était tombée deux fois au même endroit.»  La foudre étant dans ce cas un rétrovirus.

Les rétrovirus ont la faculté d'insérer leur patrimoine génétique au sein de celui de leur hôte. Les génomes des organismes supérieurs en sont truffés (450 000 chez l'homme), et l'on sait désormais que, si certains sont nocifs et d'autres inoffensifs, ils peuvent jouer à l'occasion un rôle dans la régulation des gènes.

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C'est le cas chez les poules aux oeufs bleus : le rétrovirus conduit le gène normal qu'il flanque à s'exprimer dans des tissus où il n'est normalement pas actif. « Ce rétrovirus tout à fait inoffensif induit la capture d'un produit de dégradation de l'hémoglobine, la biliverdine, lors de la formation de la coquille» , explique Olivier Hanotte. Chez les poules produisant naturellement des oeufs blancs, cette mutation se traduit par une coloration bleue tandis que, chez celles pondant des oeufs bruns, elle les « peint»  en vert.

Dans les années 1970, Philippe Mérat, à l'INRA, avait montré que la membrane coquillère des oeufs bleus était un peu plus épaisse que celle des oeufs « normaux » . Mais la race « bleue»  était par ailleurs moins performante, si bien que les grands producteurs ont délaissé cette caractéristique. « Mais, maintenant que l'on connaît précisément le mécanisme génétique, on pourrait concevoir un programme d'introduction contrôlée » , estime Michèle Tixier-Boichard, qui y verrait un beau message en faveur de la biodiversité : ou comment des races venues de villages perdus de Chine ou du Chili contribuent à renouveler le contenu de nos assiettes standardisées...