jeudi 6 août 2015

VISITE DE L' « ESMERALDA », LE VOILIER-ÉCOLE DE LA MARINE CHILIENNE, EN ESCALE À ROUEN

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Aucun doute, il s’agit bel et bien du quatre-mâts de la Marine chilienne, venu faire escale à Rouen et ayant jeté l’ancre la veille. Jusqu’au vendredi 7 août 2015, de 14h à 18h, le public est invité à grimper à bord du voilier-école pour le visiter gratuitement. Si l’ouverture n’a pas lieu avant le début de l’après-midi, la foule se presse pourtant déjà.


On a vu le bateau de loin hier alors nous espérions pouvoir faire la visite dès ce matin, indique Anna, accompagnée d’Alice, trois ans et demi et de Juliette, cinq ans et demi. Mais ce n’est pas grave, nous reviendrons tout à l’heure ».

Un mois qu’ils n’ont pas posé le pied à terre

Comme elles, d’autres familles, mais aussi des seniors et quelques passionnés ont fait le déplacement. Les jeunes y trouvent aussi l’occasion de faire d’incroyables selfies [autoportraits]. Sous le soleil qui tape, l’ambiance est à la fête.

Deux heures plus tôt, les passagers de l’Esmeralda, de jeunes élèves de la marine du Chili, s’entraînaient encore sur le quai. Uniforme de rigueur : blazer sombre à boutons dorés et képi blanc. « Cela fait un mois qu’ils n’ont pas posé le pied à terre », nous apprend le major et agent de liaison Cortez – chignon tiré, uniforme impeccable, gants blancs et lunettes de soleil sur le nez. Ils ont quitté le Chili le 31 mai 2015 pour entamer une croisière instructive qui doit durer jusqu’au 6 décembre. Rouen est leur troisième halte et leur première étape européenne.

Chaque année, une croisière-école est organisée. Les élèves viennent y apprendre les principes de la navigation à voile, précise Carlos Fiedler, 51 ans, commandant chilien à la barre depuis août 2014. Ils étudient l’astronomie, la météorologie, le travail tactique et le maniement des voiles. »

Sur les 310 passagers à bord, la moitié sont des élèves mariniers et officiers. Petit hic, la parité n’est pas vraiment respectée car l’on ne compte que 35 femmes. Le capitaine du vaisseau révèle aussi que le bâtiment mesure 113 mètres de long pour 48 mètres de haut ; qu’il vogue à une vitesse de 15 nœuds et qu’il dispose de 29 voiles blanches.

Pour être déployées en 35 minutes, ce sont 205 personnes qui s’activent », explique-t-il.

Cérémonie : sabres, fleurs et hymnes

À 9h, les apprentis marins ont formé un cortège – fanfare en tête, et pris la direction de la place Carnot pour une cérémonie officielle. « Une manière pour eux de rendre les honneurs à Rouen, leur ville d’escale », souligne le major Cortez. Sur la route, le défilé a attiré l’attention des passants. Une équipe de policiers avait pris soin de bloquer la circulation sur tout le trajet. Les tambours et autres instruments ont rythmé la marche. Un peu trop rapidement d’ailleurs. Car s’en est suivie une silencieuse attente de vingt minutes.

Après le coup d’envoi, les jeunes marins au regard fixe et impassible, alignés en rang, ont effectué les gestes appris plus tôt : placer le sabre au manche doré, pointe au sol, puis en l’air, la lame contre le bras. Entre deux coups de talons sur l’asphalte, une gerbe de fleurs et une ancre végétale arborant la mention « Armada de Chile » ont été déposées au pied du monument de la Victoire. L’hommage s’est poursuivi par La Marseillaise et plusieurs chants chiliens, interprétés en chœur. Après quoi, tous ont rebroussé chemin. Les élèves sont remontés sur le bateau, en adressant chacun au public le salut militaire.
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CARLOS FIEDLER  COMMANDANT DE L' « ESMERALDA », LE VOILIER-ÉCOLE DE LA MARINE CHILIENNE


Un voilier au passé sombre ?

Esmeralda, surnommée la « Dame Blanche » a été offerte au Chili par l’Espagne en 1954. Le destin du quatre-mâts s’est assombri une poignée d’années plus tard. En effet, le 11 septembre 1973, Augusto Pinochet a dirigé le coup d’État qui est parvenu à renverser le gouvernement de Salvador Allende, au Chili. Pendant la dictature, Esmeralda aurait été utilisé comme centre de détention et de torture. Le point de vue du commandant à ce sujet ?

Des personnes sont actuellement devant les tribunaux pour répondre de ces faits et rétablir la vérité, alors je ne peux m’exprimer là-dessus », déclare Carlos Fiedler.

L’avenir des élèves

Loin des affres du passé, les matelots peuvent imaginer l’avenir. Car au bout du périple et donc de leur formation, ils obtiendront le grade leur permettant de travailler sur d’autres bateaux de leur pays d’origine.

Au Chili, nous avons 4200 km de côtes, alors le travail ne manque pas ! », s’amuse le commandant.

En attendant, les apprentis marins sont à Rouen jusqu’au vendredi 7 août 2015. Ils prendront, le lendemain, la direction du port de Bremerhaven, à Brême en Allemagne. Invité officiellement à participer à L’Armada [rassemblement des plus grands voiliers du monde], à Rouen en 2019, le capitaine du vaisseau le promet, les Rouennais reverront les grandes voiles blanches de l’Esmeralda se hisser.

Gwénaëlle Fliti Journaliste à Normandie-actu