mardi 18 juillet 2017

LE BATEAU BLANC AU PASSÉ SOMBRE


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LE VOILIER-ÉCOLE CHILIEN ESMERALDA A JETÉ
L'ANCRE AU QUAI 21 DU PORT DE QUÉBEC EN MAI 2009


Parmi les grands voiliers qui accosteront mardi au Port de Québec, l’Esmeralda ne manquera pas d’attirer les regards. La communauté chilienne de Québec souhaite cependant que son passé trouble ne tombe pas dans l’oubli.
LE BATEAU BLANC AU PASSÉ SOMBRE 
Symbole de pureté pour la marine chilienne, le majestueux quatre-mâts blanc, long de 113 mètres, évoque aussi la répression pour les Chiliens qui ont vécu de près ou de loin le sanglant régime du général Pinochet, de 1973 à 1990. Le voilier aurait alors servi de centre de détention et de torture, et de nombreuses personnes y auraient trouvé la mort.
Pour la secrétaire du Centre chilien Pablo Neruda de Québec, Nancy Diaz, il n’est pas question de s’opposer à la venue du navire-école, mais plutôt d’informer «aussi bien les gens de la ville que ceux sur le bateau». Une manifestation est d’ailleurs prévue samedi à cette fin.

Omerta dénoncée

L’association dénonce l’omerta qui régnerait toujours à bord de l’Esmeralda, et déplore que les visiteurs et plusieurs membres de l’équipage ne soient pas conscients des tristes faits. Lorsque des groupes montent à bord, «on leur parle de tout sauf de la répression», regrette Mme Diaz.

«Pour nous, ce serait l’idéal s’il y avait par exemple, sur le bateau, une plaque assez en vue pour que tous les gens qui le visitent et tous les jeunes qui y sont formés puissent lire que ce bateau, de telle date à telle date, a servi de prison, qu’on y a torturé des gens et que certains en sont morts.»

Le Centre considère également que l’on n’a pas fait entièrement justice aux victimes et à leurs proches. Plusieurs responsables de la dictature demeurent impunis à ce jour, indique Mme Diaz.

«Pour beaucoup de Chiliens qui sont issus de l’immigration ou qui sont des exilés politiques, ce sont des souvenirs assez tristes», rappelle pour sa part Pierre Roy-Valdebenito, dont les parents ont fui le régime Pinochet. Cela dit, l’Esmeralda est «un bateau magnifique qui vaut la peine d’être vu», nuance-t-il.


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