dimanche 28 mai 2017

LE CHILI RÉGULARISE SES ENFANTS APATRIDES

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PHOTO SEBASTIÁN RODRÍGUEZ 
Chili Pourtant nés sur le sol chilien, des milliers de mineurs ne bénéficient d'aucune nationalité en raison d'un vide juridique.
PHOTO SEBASTIÁN RODRÍGUEZ 
Née au Chili et adoptée par des Chiliens, Evelyn Flores a dû attendre ses 16 ans pour avoir une nationalité, une situation ubuesque qui touche 2500 mineurs et que le gouvernement de Michelle Bachelet entend régler.

«La reconnaissance d'un droit»

Ces milliers d'enfants d'immigrés péruviens, équatoriens ou boliviens en situation irrégulière étaient jusqu'ici des apatrides, ne pouvant obtenir ni la nationalité chilienne, bien que nés sur place, ni celle de leur parents.

Avec le projet «Le Chili reconnaît» («Chile reconoce»), la présidente socialiste compte régulariser ces jeunes nés avant 2014, date à laquelle le gouvernement a modifié sa loi. Désormais, seuls les enfants de touristes, de diplomates et des personnels de bord des compagnies aériennes nés au Chili font l'objet de limitations pour obtenir la nationalité de ce pays.

«Ce n'est pas une faveur et encore moins un cadeau. C'est la reconnaissance d'un droit: avoir la nationalité du pays où l'on est né», a déclaré Michelle Bachelet lors d'une cérémonie officielle au palais présidentiel de La Moneda, où elle a remis les certificats de naturalisation à une douzaine de jeunes.

«Je sens que j'appartiens (à ce pays), que je peux sortir du pays, que je peux demander une bourse pour étudier», confie Evelyn Flores, fille biologique d'Equatoriens qui était condamnée à vivre comme une citoyenne de seconde zone, même si elle n'avait pas «connu d'autre réalité que la chilienne».

Dans ce pays, les enfants apatrides sont scolarisés et ont accès au système de santé, mais dans la catégorie «indigents», raconte la Péruvienne Zoila Aguilar, dont la fille aînée vient d'être régularisée à 10 ans, tandis que sa cadette, née après 2014, est Chilienne depuis la naissance.

Pour Cinthia Pereda, autre Péruvienne dont le fils vient d'être naturalisé, ces dernières années ont été «un peu compliquées», car son fils n'a pas pu profiter «des mêmes droits que n'importe quel enfant né au Chili».

Vide juridique

Jusqu'à présent, une centaine de mineurs des régions d'Arica et Parinacota, Tarapaca, Antofagasta (nord) et de la capitale Santiago ont obtenu la nationalité chilienne dans le cadre de ce projet conduit par les services d'immigration, la société civile et le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR).

Une personne est apatride lorsqu'elle n'est reconnue comme citoyenne par aucun pays. Quelque 10 millions de personnes dans le monde se trouvent dans cette situation de vide juridique et n'ont qu'un accès très limité à la protection légale ou internationale, ainsi qu'à des droits de base comme la santé et l'éducation, explique le représentant local du HCR, Michele Manca Di Nissa, qui participait à la cérémonie.

Le HCR a lancé en novembre 2014 la campagne internationale «#IBelong» («j'appartiens») pour éradiquer à l'horizon 2024 ce phénomène de privation de nationalité.

Il appelle les Etats à permettre aux enfants d'obtenir la nationalité du pays dans lequel ils sont nés s'ils risquent autrement d'être apatrides, à abroger les lois qui empêchent les mères de transmettre leur nationalité, à supprimer les lois et les pratiques discriminatoires et à garantir l'enregistrement universel des naissances. «Les apatrides ne peuvent pas jouir des mêmes droits attachés à une nationalité», souligne M. Manca Di Nissa à l'AFP.

Le Chili et le Venezuela sont les deux seuls pays de la région à ne pas avoir signé la Convention de 1954 sur les apatrides, destinée à aider ces personnes, ni celle de 1961 sur l'éradication de l'apatridie.

La chef de l'Etat a avoué «ne pas en connaître les raisons», mais a appelé ses services à mettre les bouchées doubles pour combler cette lacune. (afp/nxp)