jeudi 30 novembre 2017

POURQUOI DIT-ON « AUSTRALIE », « CHINE », « FRANCE » OU « INDE » ?


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INFOGRAPHIE THIERRY GAUTHÉ

Dans la toponymie française, les noms de pays ont principalement quatre origines. 

Cette infographie, conçue par Thierry Gauthé, cartographe à Courrier International, dévoile l’origine des noms de pays que nous utilisons en français, selon les étymologies les plus communément admises. 

Elle s’inspire d’un article paru sur Quartz le 15 octobre 2017, qui montre qu’en anglais aussi presque tous les pays sont désignés en référence à l’une des quatre caractéristiques présentées ici. Si le nom d’un pays a pour origine une personne importante, « il s’agit le plus souvent d’un homme », remarque le site d’information.

mercredi 29 novembre 2017

« REY, L’HISTOIRE DU FRANÇAIS QUI VOULAIT DEVENIR ROI DE PATAGONIE » : VARIATION SANS FOLIE SUR UNE ODYSSÉE DÉLIRANTE


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« REY, L’HISTOIRE DU FRANÇAIS QUI VOULAIT DEVENIR ROI DE PATAGONIE »
: VARIATION SANS FOLIE SUR UNE ODYSSÉE DÉLIRANTE 


Le deuxième long-métrage de Niles Atallah, réalisateur à la double nationalité américaine et chilienne, s’inspire d’un épisode historique insolite : l’épopée rocambolesque d’Orélie Antoine de Tounens (1825-1878), avocat périgourdin qui, lors d’un voyage en Amérique du Sud, prit le titre de roi d’Araucanie et de Patagonie, fut reconnu comme tel par les indigènes Mapuche, habitants de ces territoires, écrivit la constitution de son royaume, mais fut arrêté par l’armée chilienne, reconnu comme fou par les autorités, puis définitivement renvoyé en France après plusieurs tentatives de retour.
Par Mathieu Macheret

AFFICHE DU FILM 
Le film ne se présente pas comme une reconstitution de cette odyssée délirante, mais comme une variation libre et expérimentale sur le sujet, comme perçue à travers les rêves et les hallucinations des Mapuches. La longue silhouette de de Tounens se promène dans des paysages instables, cernée de visions, hantée par une voix off incantatoire, projetée dans un procès fantasque où toute l’assemblée porte des masques grotesques, lancée à la rencontre de figures titanesques et fantastiques (le peuple mythique des Patagons).  




PHOTO DU FILM
Le film ne se présente pas comme une reconstitution de cette odyssée délirante, mais comme une variation libre et expérimentale sur le sujet, comme perçue à travers les rêves et les hallucinations des Mapuches. La longue silhouette de de Tounens se promène dans des paysages instables, cernée de visions, hantée par une voix off incantatoire, projetée dans un procès fantasque où toute l’assemblée porte des masques grotesques, lancée à la rencontre de figures titanesques et fantastiques (le peuple mythique des Patagons).

Afféteries stylistiques


PHOTO DU FILM
L’image est passée au crible de rayures et de sautes, comme issue d’une pellicule endommagée, tandis qu’au son, les grésillements côtoient des boucles hypnotiques et des imprécations hallucinées.


PHOTO DU FILM
Ces afféteries stylistiques, marquées d’un volontarisme pesant, peinent à faire oublier des images complètement dénuées de mystère, ainsi qu’une incapacité plus grave à toucher du doigt la folie du personnage. Plutôt que d’explorer les prolongements infinis d’un sujet aussi riche, digne d’un Werner Herzog, le film s’épuise à ressasser un seul motif, une seule idée, déjà clairement exprimée par son titre à rallonge. On n’hésitera donc pas à s’en tenir là.




SUR LE MÊME SUJET :

vendredi 24 novembre 2017

COMMENT LE CHILI A MASSIVEMENT INVESTI DANS LES ÉNERGIES RENOUVELABLES

DES PANNEAUX SOLAIRES DE LA CENTRALE ÉLECTRIQUE 
DE BOLERO, DANS LE DÉSERT D'ATACAMA, EN JANVIER 2017. 
PHOTO STEPHANE DE SAKUTIN 
Depuis tout juste une semaine, au Chili, le palais présidentiel de la Moneda est équipé d'une mini-centrale solaire, installée sur son toit. De quoi assurer près de 20 % des besoins annuels du bâtiment en électricité. L'initiative peut sembler symbolique, mais elle s'inscrit dans une stratégie de développement massif des énergies renouvelables dans ce petit pays qui n'a ni gaz ni pétrole. En quatre ans, la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique du pays est passée de 7 à 17 %, ce qui fait du Chili le leader sud-américain dans ce domaine.
Par Justine Fontaine

En 2014, quand le gouvernement actuel entre en fonction, il fait plusieurs constats. D'abord, près de la moitié de l'énergie consommée dans le pays provient du charbon, très polluant et largement issu d'importations. Ensuite, le pays a l'électricité la plus chère de la région.

Et cela alors que sa géographie est très favorable au développement des énergies propres, en particulier l'éolien, et le solaire. Le Chili abrite en effet la région du monde où l'illumination du soleil est la plus forte, dans le désert d'Atacama, au nord du pays.

Les autorités décident alors de développer les énergies renouvelables, en favorisant au maximum les investissements privés dans le secteur. Une politique facilitée par le modèle économique chilien, ultralibéral, dans lequel l'électricité était déjà entièrement privatisée.

Résultat : le Chili a plus que doublé sa production d'énergies renouvelables en seulement quatre ans, grâce à des investissements privés massifs, chiliens et étrangers. D'ici 25 ans, les autorités estiment même que les énergies propres représenteront 90 % de l'énergie consommée dans le pays.

Eviter les surchauffes

Mais cette croissance extrêmement rapide du secteur a aussi un effet pervers. L'an dernier et il y a deux ans, les centrales solaire du pays ont été confrontées à une crise de surproduction. Les prix du cuivre ayant baissé sur le marché mondial, les entreprises minières, qui consomment habituellement un tiers de l'électricité du pays, ont moins travaillé et la consommation d'électricité a baissé.

Or, les producteurs d'énergie ne peuvent pas stocker cette électricité, et le Chili manquait encore d'infrastructures pour l'envoyer vers d'autres régions. Certains se sont donc retrouvés à donner de l'électricité gratuitement ou à la vendre à des prix très bas pendant plus de trois mois dans l'année, pour éviter la surchauffe du réseau.

Vers une meilleure répartition de l’énergie

A priori, cette situation ne devrait pas se reproduire, car un immense projet qui relie le réseau d'électricité du nord avec celui du centre du pays vient d'être inauguré et mis en marche, pas plus tard que cette semaine. Cela permet désormais d'envoyer les surplus d'électricité vers des zones qui en ont besoin.


Dans le même temps, le Chili est en train d'installer des centaines de microcentrales solaires, comme celle installée sur le toit du palais présidentiel, ou d'autres collectivités comme des hôpitaux, des écoles... L'idée est de rapprocher au maximum les collectivités de l'énergie dont elles ont besoin, pour éviter les déperditions d'électricité liées au transport d'une région à une autre.

L'HYMNE NATIONAL ALLEMAND

[ Pour écouter, double-cliquer sur la flèche ]
L'HYMNE NATIONAL ALLEMAND SE COMPOSE DEPUIS 1991 EXCLUSIVEMENT DE LA TROISIÈME STROPHE DE LA CHANSON « LE CHANT DES ALLEMANDS » D' AUGUST HEINRICH HOFFMANN VON FALLERSLEBEN. LA MÉLODIE VIENT DE L'HYMNE « GOTT ERHALTE FRANZ, DEN KAISER » DE JOSEPH HAYDN. SOURCE DEUTSCHLANDLIED
DURÉE : 00:01:06

CHILI: DÉCÈS DE LUIS MARIA BONINI, ANCIEN ADJOINT DE BIELSA


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LE PRÉPARATEUR PHYSIQUE ARGENTIN LUIS MARIA BONIN (À G.),
ADJOINT DE MARCELO BIELSA DURANT UNE VINGTAINE D'ANNÉES,
À SANTIAGO DU CHILI, LE 11 JUIN 2010 
PHOTO CLAUDIO SANTANA

Santiago du Chili - Le préparateur physique argentin Luis Maria Bonini, adjoint de l'entraîneur Marcelo Bielsa durant une vingtaine d'années, est décédé jeudi à Santiago des suites d'un cancer de la peau, a indiqué à l'AFP l'hôpital chilien où il avait été admis.
LUIS MARÍA BONINI
PHOTO CNN
Bonini, âgé de 67 ans, est décédé dans la matinée d'un cancer de la peau, et non d'un cancer de l'estomac comme annoncé un premier temps par la presse chilienne, a précisé la clinique Santa Maria.

Sept mois après le diagnostic, « il était arrivé à une phase où l'on ne pouvait plus le guérir », a expliqué le médecin Cristian Carvalho, en charge de l'unité d'oncologie de la clinique.

Bonini était le fidèle adjoint de Marcelo « El Loco » Bielsa, l'entraîneur de Lille suspendu mercredi. Les deux hommes ont notamment collaboré avec les sélections argentine (1998-2004) et chilienne (2007-2011).

La presse sud-américaine a rapporté que Bielsa était parti au chevet de son ami cette semaine, voyage qui aurait précipité sa mise à pied par le club français.

Bonini avait également travaillé en Espagne, au Chili et au Mexique qu'il avait quitté pour se faire soigner au Chili.

« Luis Maria Bonini a lié sa vie au Chili à travers quelques des moments les plus épiques de notre sport. Nous serons éternellement reconnaissants. J'adresse mes condoléances à sa famille », a réagi sur Twitter la présidente chilienne Michelle Bachelet.

dimanche 19 novembre 2017

CHILI : PREMIÈRE CONDAMNATION À DE LA PRISON FERME POUR UN CIVIL LIÉ À LA DICTATURE DE PINOCHET


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 FRANCISCO LUZORO MONTENEGRO
La Cour suprême a confirmé la condamnation à vingt ans de prison ferme d’un homme reconnu coupable d’un quadruple homicide en septembre 1973.
Au Chili, une centaine d’ex-militaires et de policiers purgent actuellement des peines de prison pour leur rôle lors de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990). Mais jusqu’ici, aucun civil n’avait été condamné à de la prison ferme pour un crime commis pendant le règne du général chilien. Ce n’est plus le cas. Juan Francisco Luzoro Montenegro s’est vu condamner à vingt ans de prison.

La Cour suprême a confirmé sa responsabilité dans un quadruple homicide en septembre 1973 dans la commune de Paine, au sud de la capitale. Montenegro, président du syndicat des propriétaires de camions de Paine à l’époque, a participé au transfert de quatre personnes du commissariat de Paine à l’extérieur de la ville où elles ont été fusillées « par des fonctionnaires de police [et] des civils », selon la décision publiée sur Internet. La plus haute instance judiciaire du pays a également condamné l’Etat chilien à verser 2,2 millions de pesos (environ 3 000 euros) aux familles des victimes.

Plus de 1 300 affaires examinées par la justice

Dans la foulée du coup d’État du 11 septembre 1973, des civils, propriétaires terriens ou de véhicules de transport, ont participé activement, au côté de la police, à ce type de transfert.

Plus de 1 300 affaires de crimes contre les droits de l’homme sous la dictature chilienne, qui a fait 3 200 morts ou disparitions, sont encore examinées par la justice.

AU CHILI, LES INÉGALITÉS N’EN FINISSENT PAS DE SE CREUSER


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MINE DE CUIVRE DE LOS BRONCES, PRÈS DE SANTIAGO DU CHILI,
 EXPLOITÉE PAR CODELCO, LA COMPAGNIE MINIÈRE CHILIENNE,
 EN DÉCEMBRE 2011.
 PHOTO  ARIEL MARINKOVIC 
 


Ancien ouvrier de la construction, José Cuevas est « indigné ». Comme plus de 90 % des Chiliens, il touche une pension de 220 euros par mois, qui ne lui permet pas d’assurer son quotidien, alors que le salaire minimum est de 367 euros. « Nous sommes à la charge de nos trois enfants », explique, le visage triste, son épouse, Clara, 72 ans. Le couple souhaiterait « un système plus juste, financé par l’Etat, l’employeur et l’employé ».
Par Christine Legrand

Alors, à 74 ans, pour la première fois de sa vie, José est descendu dans les rues de Santiago, le 26 mars, pour manifester aux côtés de plusieurs milliers de chiliens contre le système privé de retraites, imposé en 1981 par le général Augusto Pinochet (1973-1990). Une mobilisation d’une ampleur inédite depuis celle des étudiants en 2011.


SANTIAGO AU CHILI PHOTO IVAN ALVARADO
Depuis trente-six ans, les Chiliens sont obligés de déposer 10 % de leurs salaires en vue de leur retraite sur des comptes gérés par six entités privées, les Administrations des fonds de pensions (AFP). Celles-ci placent le tiers des cotisations en Bourse ou dans de grandes entreprises, sous forme d’investissements à très bas taux d’intérêt. Seulement 40 % des cotisations sont redistribués sous forme de retraites dont les montants sont déterminés par la fluctuation des marchés. Unique au monde, ce système rapporte d’énormes bénéfices aux AFP.

Les profondes inégalités sociales sont le revers de la médaille de ce que l’on a appelé « le miracle chilien », fait, pendant plusieurs décennies, d’une croissance spectaculaire due aux exportations du cuivre, la principale richesse du pays. La chute des matières premières dans le monde a changé la donne et l’économie chilienne tourne au ralenti depuis 2015. Le coefficient Gini place le Chili comme le pays le plus inégalitaire de l’Organisation de coopération et de développement économiques, dont il est membre.

« Il y a peu de mobilité sociale »

« Le lourd héritage néolibéral de Pinochet est pratiquement intact, car tout est encore privatisé, les retraites, mais aussi la santé et l’éducation », souligne Marcos Peña, étudiant en économie à l’Université du Chili. Comme la majorité des jeunes Chiliens qui n’appartiennent pas à l’élite économique, il a dû recourir à un prêt bancaire pour payer ses études, tout en sachant qu’il mettra des années à le rembourser. La gratuité dans l’éducation, la grande promesse de la présidente socialiste, Michelle Bachelet, reste balbutiante et partielle.

Début novembre, les réseaux sociaux se sont enflammés à la suite de la révélation de la mort d’une adolescente de 13 ans. En 2015, Daniela Vargas était sur une liste de patients en attente de recevoir une transplantation cardiaque. Mais la clinique, privatisée à 80 %, de l’Université Catholique avait refusé de l’opérer prétextant que la situation familiale et économique de la patiente ne garantissait pas un succès postopératoire. Ceux des Chiliens qui disposent d’une assurance-maladie privée ont une bonne couverture médicale, tandis que les autres, qui n’ont que la Sécurité sociale, peuvent patienter des mois, voire des années, sur les listes d’attentes des établissements de santé.

« Il y a peu de mobilité sociale au Chili. Si l’on n’appartient pas à la poignée de familles riches, le travail et le talent, sans capital, sont insuffisants pour monter une petite entreprise », regrette Lucia Mendez, jeune institutrice, qui rêve de monter une petite épicerie bio avec son mari. Le couple, comme l’immense majorité des Chiliens, vit perpétuellement endetté et sa priorité actuelle est de rembourser son crédit logement sur quarante ans. « Michelle Bachelet a lancé de nombreuses réformes, explique l’institutrice, mais elle s’est heurtée à une opposition féroce des grands entrepreneurs, qui défendent leurs privilèges. Ce ne sont que six ou sept familles, pas plus de 200 hommes d’affaires millionnaires, mais ils sont tout puissants depuis l’époque de la dictature militaire. »

La réforme de la loi du travail mise en place, le 1er avril, par la présidente a toutefois renforcé le pouvoir des syndicats. Désormais, en cas de grève, les entreprises n’ont plus le droit d’embaucher de nouveaux travailleurs pour remplacer les grévistes. En revanche, le travail au noir est répandu, sans que l’on ait de chiffres officiels. Il ne cesse de croître avec l’arrivée de migrants venus de Colombie, du Pérou et, plus récemment, d’Haïti. Cette main-d’œuvre bon marché a modifié le paysage urbain. La plupart de ces migrants sont domestiques dans les hôtels ou chez les marchands ambulants, qui proposent, à chaque coin de rue, des salades et des jus de fruits.
Lire aussi :   Eric Toussaint : « L’Amérique latine se débat dans le cycle infernal de la dette depuis deux cents ans »

« Le pire est derrière nous »

Une vive polémique a divisé, fin août, l’équipe économique de Mme Bachelet, entre partisans et adversaires d’un projet minier, Dominga, dans le nord du pays, évalué à près de 2 milliards d’euros. La présidente a tranché en rejetant ce projet critiqué par les écologistes, qui dénonçaient des dangers pour l’environnement. Cela a entraîné la démission, inédite dans l’histoire du Chili, des ministres des finances et de l’économie. Les grands entrepreneurs se sont emparés de l’exemple de Dominga pour accuser la présidente chilienne de ne pas avoir donné la priorité à la croissance et d’avoir adopté des réformes contribuant à une méfiance des investisseurs. « Le projet Dominga a été rejeté de façon arbitraire », condamne le président du syndicat des entreprises minières, Diego Hernandez, « car c’était le meilleur projet minier au monde ».

À Santiago, dans le building ultramoderne où siège Codelco, la compagnie minière chilienne, la plus grande productrice de cuivre au monde, son président, Nelson Pizarro a retrouvé le sourire. « Le pire est derrière nous », affirme-t-il. Depuis ces derniers mois, les cours de l’or rouge remontent. M. Pizarro calcule que le bénéfice net de la compagnie devrait dépasser le milliard de dollars en 2017.

C’est un atout immense pour le futur président, qui sera élu le 19 novembre. Il lui sera cependant difficile d’enterrer les réformes de Mme Bachelet, s’il ne dispose pas de la majorité au Parlement.


lundi 6 novembre 2017

LA MORT DE L’URUGUAYEN DANIEL VIGLIETTI, STAR DE LA CHANSON ENGAGÉE LATINO-AMÉRICAINE

Né le 24 juillet 1939 dans la capitale de l’Uruguay, Daniel Alberto Viglietti Indart était le fils du colonel et guitariste Cedar Viglietti et de la pianiste Lyda Indart. D’une solide formation classique, il fut l’élève d’Atilio Rapat et d’Abel Carlevaro avant de se consacrer à la musique populaire qu’il composait et interprétait avec grande sophistication. Ses chansons ont été reprises par des interprètes comme Mercedes Sosa, Victor Jara ou Marc Ogeret en France.

Après un premier disque de compositions pour guitare et chansons folkloriques en 1963, il enregistre cinq disques qui demeurent le cœur de son œuvre : Hombres de nuestra tierra (1964), Canciones para el hombre nuevo (1968), Canto libre (1970), Canciones chuecas (1971) et Tropicos (1973). Ces titres connaîtront une longue carrière internationale. Ainsi, en 1968, Le Chant du monde édite Canciones para mi America, prix Charles-Cros, réédité en 1997 par Buda Musique.

Emprisonné au début des années 1970

Les titres de ces disques intègrent vite le patrimoine de la chanson latino-américaine : A desalambrar (« enlevons les clôtures »), écrite comme un réquisitoire contre la propriété rurale, devient un véritable hymne pour la liberté. En outre, Daniel Viglietti met en musique magistralement des poèmes de Rafael Alberti, Nicolas Guillen, César Vallejo ou Federico Garcia Lorca et réinterprète des auteurs comme Violeta Parra ou Atahualpa Yupanqui.

 À la suite d’une intense mobilisation populaire et d’une campagne internationale, il est libéré mais doit partir en exil

En 1972, il est emprisonné et ses chansons, considérées « perturbatrices », sont interdites en Uruguay. À la suite d’une intense mobilisation populaire et d’une campagne internationale à laquelle prennent part Oscar Niemeyer, Julio Cortazar, Jean-Paul Sartre, François Mitterrand, il est libéré mais doit partir en exil. Il s’installe à Paris où il reste jusqu’en 1984.

De retour dans son pays, il enregistre Trabajo de hormiga lors de concerts géants donnés en 1984 au stade Luna Park de Buenos Aires contenant des titres d’une délicatesse musicale unanimement saluée comme Anaclara ou Milonga de andar lejos. Il commence une série internationale de concerts en duo avec l’écrivain uruguayen Mario Benedetti dont résultera un disque en deux volumes, A dos voces (1985 et 1987).

En 1993 paraît Esdrujulo, l’œuvre la plus intimiste du musicien où ses angoisses et ses 

déchirements prennent une forme esthétique unique. Son album de 2004 porte un titre pour une fois biculturel : Devenir. Fidèle à son public français, il donna son dernier concert parisien le 2 novembre 2016 à la Maison de l’Amérique latine. Ce soir-là, Christiane Taubira était présente pour saluer l’engagement pour les droits de l’homme du vétéran troubadour.

Forte racine libertaire

Proche des Tupamaros de l’ancien président José Mujica, sa chanson avait une forte racine libertaire qui l’amena à accompagner de nombreux mouvements révolutionnaires, jusqu’aux zapatistes mexicains des années 1990. Il était un compagnon infatigable des Mères de la place de Mai à qui il consacra la chanson Otra voz canta, sur des vers de la poétesse Cirse Maia : « Juste derrière ma voix, écoute, écoute, une autre voix chante. »

En octobre, Daniel Viglietti était à La Higuera, en Bolivie, pour commémorer le cinquantième anniversaire de l’assassinat du Che Guevara. Il préparait un concert à l’opéra de Montevideo lorsqu’une crise cardiaque l’a emporté. Une foule immense a accompagné son enterrement. La musique latino-américaine perd l’un de ses plus grands compositeurs, la gauche l’un de ses plus précieux libertaires, les Uruguayens leur troisième main, la mano impar.

Daniel Viglietti en dates
  • 24 juillet 1939 Naissance à Montevideo
  • 1968 « Canciones para mi America », prix Charles-Cros
  • 1985 « A deux voix », avec l’écrivain Mario Benedetti
  • 30 octobre 2017 Mort à Montevideo