vendredi 19 juillet 2019

VIOLETA PARRA, L’ÂME INTRANSIGEANTE DU CHILI DES PAUVRES

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ILLUSTRATION FANNY MICHAËLIS
La chanteuse et folkloriste chilienne engagée a vécu quelques années à Genève, rue Voltaire. Son «Gracias a la vida» est devenu un classique
Catherine Frammery

ILLUSTRATION FANNY MICHAËLIS 
«Ça doit sortir.» Les doigts bondissent sur la toile de jute, piquant la laine d’un geste urgent, sans que jamais la brodeuse étire son ouvrage pour voir où elle en est. Tête penchée, sans hésitation, point après point. «C’est un épisode de l’histoire du Chili, tout le tableau est dans ma tête. Ça doit sortir.» Dans un des très rares films qui lui sont consacrés, l’artiste montre aussi ses peintures à la journaliste de la RTS, médusée. Elle chante. Et elle danse.


Nous sommes en juillet 1965, Violeta Parra a 47 ans. Un an plus tôt, la Chilienne est devenue la première artiste sud-américaine à faire l’objet d’une exposition personnelle au Musée des arts décoratifs, à Paris. Des masques en papier mâché, des petites peintures à l’huile, des sacs de jute brodés de couleurs vives. De l’art brut exposé trois jours seulement, mais salué par la critique parisienne, jusqu’au Figaro.

«Un vrai pétard allumé»


À cette époque, Violeta Parra réside à Genève, dans un immeuble décati non loin de la gare, au 15, rue Voltaire. «C’était une cour des miracles festive et joyeuse. Le rez-de-chaussée était occupé par un magasin de sanitaires mais en haut il n’y avait qu’un lavabo avec de l’eau froide, se souvient son amie et ancienne colocataire Anne Divorne, qui habitait là avec son mari graveur, tous les deux sans le sou. Il y avait une grande pièce où on mangeait tous ensemble, où on chantait, où on faisait de la musique, et des petites chambres mal aérées, mal éclairées. Grisélidis Réal aussi a habité là [l’écrivaine et prostituée]. Et un beau matin, notre ami Gilbert Favre nous a présenté Violeta.»


La Chilienne bohème était déjà bien connue dans son pays – où elle avait son émission de radio, Canta con Violeta Parra, et avait même remporté un prix pour ses chansons inspirées du folklore paysan en 1956 – mais ses amis suisses n’en avaient aucune idée. Son amoureux, Gilbert Favre, clarinettiste qui deviendrait plus tard le «prince de la quena» en Bolivie, «El Gringo», l’avait rencontrée lors d’un voyage en Amérique du Sud et elle était revenue à Genève avec lui, emmenant trois de ses enfants – la quatrième était décédée pendant un précédent séjour de Violeta Parra en Europe. «C’était un vrai pétard allumé, se rappelle son ami et compatriote Claudio Venturelli. Un soir, dans un café, elle avait emprunté une guitare pour jouer et quand son propriétaire a insisté pour jouer à son tour, elle a cassé l’instrument sur sa tête. C’est elle qui a forcé Gilbert à apprendre la quena. Elle n’avait pas d’argent et quand elle en avait, elle le donnait ou l’envoyait au Chili. Elle distribuait ses œuvres à tout le monde. Elle était très hospitalière, entière, intransigeante. On lui organisait des concerts et des expos comme on pouvait: je me souviens d’un jour où on avait récupéré une charrette à bras pour apporter ses tableaux en catastrophe à l’université, rue de Candolle, Gilbert offrait à boire pendant qu’on accrochait les toiles…»


PHOTO EDDY MOTTAZ / LE TEMPS
En 2019, 100 femmes remplissant les critères officiels pour obtenir une rue à leur nom (re)trouvent une place à Genève. Tous les 15 jours, 10 plaques sont apposées dans un quartier différent. Un projet de l’association féministe L’Escouade.

Patrimoine chilien retrouvé


Les archives offrent des recensions, admiratives, de quelques-uns de ses concerts à Genève donnés avec ses enfants Isabel et Angel, musiciens eux aussi. «[...] spectacle d’un intérêt exceptionnel, écrit ainsi un certain P. B. dans le Journal de Genève en 1963 déjà, qui a précisément le grand mérite de ne jamais céder, si peu que ce soit, aux impératifs de ce soi-disant folklore sud-américain qui a, depuis longtemps, envahi les music-halls du monde entier. Violeta Parra a refusé les facilités de l’exotisme pour tenter de restituer, dans leur beauté originelle, les chants et les danses de son pays.» «Aujourd'hui, et grâce à ses efforts, d’inestimables trésors du folklore chilien ont pu être sauvés», s’enthousiasme aussi la Gazette de Lausanne à l’occasion d’une exposition à Saint-Prex en août 1965.


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L’un des enregistrements de Violeta Parra conservés par le Musée d’ethnographie de Genève.

(MEG)


Violeta Parra est l’une des autrices de la Nueva Canción Chilena – la nouvelle chanson chilienne, issue du folklore entendu dans son acception la plus noble. Née dans une famille très pauvre de dix enfants, elle apprend toute jeune à chanter, à jouer de plusieurs instruments (guitare, flûte, tambour) et à composer (à l’oreille). Elle se fait connaître en chantant boléros et valses avec une de ses sœurs dans les restaurants de Salvador, puis, à la suggestion de son frère, «l’antipoète» Nicanor Parra, lui aussi une figure majeure de la culture sud-américaine, elle part à l’aventure dans les montagnes collecter avec un magnétophone le répertoire populaire, contribuant ainsi au processus de création de l’identité nationale chilienne. Plus de 3000 chansons seront réunies dans un livre, Cantos folklóricos chilenos, et elle enregistre ses premiers disques de musique traditionnelle en solo. «Violeta a tenté en 1963 de donner ses enregistrements aux Archives internationales de musique populaire du Musée d’ethnographie mais la personne à l’accueil n’étant pas immédiatement enthousiaste, elle s’est vexée et est repartie avec ses bandes», se souvient Claudio Venturelli. Le MEG conserve quatre enregistrements: les originaux ont été récupérés par Angel, qui a beaucoup œuvré pour la préservation de la mémoire de sa mère.

Une chanteuse engagée


Si Violeta Parra est devenue une icône au Chili et en Amérique du sud, c’est aussi qu’elle a toujours pris la défense des plus pauvres et des plus faibles, révoltée par l’injustice sociale. C’est elle qui a incité Victor Jara, également défenseur du patrimoine folklorique chilien, à poursuivre une carrière de chanteur. «La bonne bourgeoisie ne l’appréciait pas tellement, elle s’en prenait à l’armée, à la police, aux grands propriétaires. C’était une femme du peuple qui chantait pour le peuple», analyse Claudio Venturelli. Un petit musée de Santiago très actif est aujourd’hui consacré à «la Violeta», comme elle est surnommée au Chili.

Sa chanson Gracias a la vida est devenue un classique, reprise par Joan Baez, Mercedes Sosa ou même U2. La mélodie fait partie de son dernier disque, enregistré après son retour au Chili et dédié à Gilbert Favre après leur séparation. Le grand chapiteau qu’elle monte dans la banlieue de Santiago devait accueillir un centre des arts, mais le succès est mitigé. Un an plus tard, après plusieurs tentatives, elle se donne la mort. «Quand je dis à des migrants chiliens que j’ai connu Violeta, je vois leur regard s’allumer», sourit Anne Divorne, l’amie de la rue Voltaire. Le squat est aujourd’hui devenu une école. La présidente chilienne Michelle Bachelet y a inauguré une plaque à la mémoire de la chanteuse en 2017, pour le centenaire de sa naissance.

Quelques dates

  • 4 octobre 1917: naissance à San Carlos au Chili de Violeta del Carmen Parra Sandoval.
  • 1952: parcourt le Chili à la recherche de son patrimoine musical.
  • 1954: enregistre ses premiers disques de Nueva Canción Chilena. Premiers voyages en Europe.
  • 1963-1965: réside à Genève, voyage fréquemment à Paris.
  • 5 février 1967: se suicide à Santiago.
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« GRACIAS A LA VIDA » 
FUT ENREGISTRÉE POUR LA 1ÈRE FOIS EN 1966 
SUR L'ALBUM LAS ÚLTIMAS COMPOSICIONES, LE DERNIER ALBUM 
PUBLIÉ PAR VIOLETA PARRA AVANT SON SUICIDE EN 1967 
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    dimanche 14 juillet 2019

    DEPUIS LE 18ÈME SIÈCLE, PLOUGASTEL-DAOULAS A DESTIN LIÉ AVEC LA FRAISE

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    DEPUIS LE 18ÈME SIÈCLE, PLOUGASTEL-DAOULAS
     A DESTIN LIÉ AVEC LA FRAISE
    PHOTO FRED TANNEAU
    Aux portes de Brest, Plougastel-Daoulas a lié son destin à la fraise depuis le 18e siècle et le retour du Chili de l'officier Amédée-François Frézier. Ses plants firent la richesse de la commune, aujourd'hui en quête d'une meilleure reconnaissance.

    «La fraise a fait la richesse et la notoriété de Plougastel puisque à la grande époque on produisait ici 25 % des fraises consommées en France », explique à l'AFP Dominique Cap, maire de la commune située sur la presqu'île du même nom au cœur de la rade de Brest.

    "A la belle époque, les gens payaient leur maison avec une saison de fraises", assure Jean-Jacques André, l'un des adjoints de l'édile et ancien producteur de fraises de la commune aux 37 km de littoral.

    La fraise des bois est connue depuis l'Antiquité, mais elle est petite et très fragile. Au 16e siècle, l'explorateur Jacques Cartier rapporte les premiers fraisiers de ses voyages aux Amériques. C'est cependant à l'officier de Marine Amédée-François Frézier que l'on doit les variétés que l'on connait aujourd'hui.

    Parti en 1712 de Saint Malo, cet officier piqué de botanique, ramènera à Brest, où il sera nommé quelques années plus tard, les plants d'un fruit bien plus gros que la fraise des bois, appelé "Blanche du Chili". Prélevés dans la baie de Conception, ils s'acclimateront parfaitement au climat de Plougastel, dont les similarités avec la ville chilienne seraient nombreuses: situation identique en fond de rade avec une terre et un climat maritime similaires.

    "Ce qui a fait la force de la fraise de Plougastel, c'est son terroir, on n'a pas de grands froids ici, le climat est très doux", soutien Dominique Cap, évoquant également une terre de schiste propice à cette culture.

    Les plants issus de cette fraise blanche, pollinisée par un fraisier sauvage local, vont progressivement remplacer sur la presqu'île, aux nombreuses chapelles et calvaires, les champs de lin.

    Dans les années 1930, 1.000 hectares sont consacrés à la fraise, contre 50 en 1875, selon le Musée de la fraise et du patrimoine de Plougastel-Daoulas, qui devient alors la capitale du fruit en France avec 5.000 à 6.000 tonnes récoltées chaque année, soit un quart de la production française.

    Mais à partir des années 1970 la production chute à moins de 500 tonnes. "C'était trop dur comme travail, on disait aux enfants de faire autre chose", raconte Dominique Cap.

    "Une belle reconnaissance"
    Les agriculteurs s'organisent alors et investissent dans des moyens de production plus modernes. "Savéol a permis à la fraise de se développer à nouveau", estime Louis Le Bot, producteur indépendant, à propos de la coopérative à l'origine désormais de plus de la moitié des récoltes de fraises sur la commune.

    Et puis, l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) crée en 1976 la gariguette, fraise la plus vendue aujourd'hui en France, pour répondre notamment à la concurrence espagnole.

    Aujourd'hui la production de l'Espagne dépasse les 350.000 tonnes par an, contre 50.000 tonnes pour la France, dont 2.000 viennent de Plougastel et ses environs.

    "On ne fait plus de variétés historiques, c'est dépassé", souligne Jean-Jacques Le Gall, administrateur de la coopérative.

    "La gariguette c'est le fleuron de la commune aujourd'hui", précise Louis Le Bot, en regrettant cependant la "concurrence étrangère". "La fraise de Plougastel est aujourd'hui un peu dans la tourmente", estime ce passionné, fils et petit-fils de producteurs, qui récolte une quarantaine de tonnes par an.

    Pour conforter la production, une demande d'IGP (Indication géographique protégée) auprès de l'Institut national des appellations d'origine (Inao) va être déposée par la commune. "C'est important de faire savoir que les fraises de Plougastel viennent d'un terroir bien identifié", juge Dominique Cap, regrettant des cas d'usurpation de nom.

    "Ce serait une belle reconnaissance !" fait valoir Jean-Jacques André. A voir cependant, car l'Inao n'a encore jamais accordé d'IGP pour des cultures hors sol, le cas de plus de 95 % de celles dédiées aux fraises à Plougastel-Daoulas.

    14/07/2019 07:32:24 -          Plougastel-Daoulas (France) (AFP) -  

    vendredi 12 juillet 2019

    LA POPULATION D'AMÉRIQUE LATINE AU PLUS HAUT EN 2058

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    DES VÉNÉZUÉLIENS TRAVERSENT LE PONT SIMON BOLIVAR
    ENTRE SAN ANTONIO DEL TACHIRA, AU VENEZUELA,
    ET CUCUTA, EN COLOMBIE, LE 9 JUIN 2019
    PHOTO AFP
    Santiago du Chili (AFP) - La population de l'Amérique latine et des Caraïbes atteindra son plus haut niveau vers 2058, avec 767,5 millions d'habitants, avant d'entamer un recul dû à une baisse de la fécondité, selon un rapport publié jeudi par la Cepalc.
    La croissance démographique, qui ne cesse de baisser, conduira la population de la région à connaître un pic en 2058 ; un an plus tard "se dessine une diminution de la population régionale, principalement en raison de la baisse de la fécondité et de soldes migratoires négatifs", analyse la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc).

    La région a connu sa plus forte croissance démographie annuelle au cours de la période 1985-1990 avec environ 8,2 millions de personnes, mais depuis 1990 cette croissance a commencé à ralentir pour atteindre le taux actuel d'environ six millions de personnes par an.

    Dans le processus de transition démographique, il faut souligner "l'accélération de la baisse de la fécondité, précédée d'une réduction soutenue de la mortalité (...) qui se traduit aujourd'hui par une espérance de vie à la naissance de 75,2 ans et un indice synthétique de fécondité de deux enfants par femme" ajoute le rapport.

    Pour la période 2020-2025, le rapport prévoit que la population non active, âgée de moins de 15 ans et de plus de 65 ans, augmentera davantage que la population en âge de travailler, de 15 à 64 ans.

    La "fin du boom démographique" se produira en même temps qu'un processus de vieillissement de la population. "Dans la région, on prévoit qu'en 2050, un habitant sur cinq aura plus de 65 ans", ajoutent les auteurs du rapport.

    L'espérance de vie à la naissance de 75,2 ans est inférieure à celle de l'Amérique du Nord (79,2), de l'Europe (78,3) et de l'Océanie (78,4), mais supérieure à celle de l'Asie (73,3) et de l'Afrique (62,7).

    En termes de migration, la Cepalc souligne l'augmentation des mouvements intrarégionaux, avec l'exode des ressortissants d'Haïti et surtout du Venezuela.

    "Au cours de la période 2015-2020, le solde migratoire du Venezuela est estimé à 3,3 millions de personnes et dans la région, les pays d'accueil de ces migrants sont le Brésil, le Chili, la Colombie, l'Équateur et le Pérou", souligne le rapport.

    jeudi 11 juillet 2019

    CHILI : ANNIVERSAIRE DE LA NATIONALISATION DU CUIVRE

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     ANNIVERSAIRE DE LA NATIONALISATION DU CUIVRE
    AFFICHES DE L’UNITÉ  POPULAIRE 

    QUARANTE-HUITIÈME ANNIVERSAIRE DE LA NATIONALISATION DU CUIVRE 
    « LE JOUR DE LA DIGNITÉ NATIONALE » 
     1971 -11 JUILLET- 2019
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    « NUESTRO COBRE »  DU  COMPOSITEUR EDUARDO YAÑEZ BETANCOURT,
     PARU DANS L'ALBUM «LA MARCHE ET LE DRAPEAU. ANTHOLOGIE DE CHANSONS
    INÉDITES » 
    ENREGISTRÉ À PARIS FRANCE EN 1977, DANS LES ÉTUDES PATHÉ MARCONI-EMI 
    SOUS LE LABEL: DICAP ‎– 2C 150-99461 /2. LE THÈME « NUESTRO COBRE» 
    FUT ENREGISTRÉ EN PUBLIC À L'OLYMPIA, LE 15 SEPTEMBRE 1973. 
    LICENCE YOUTUBE STANDARD
    L11 juillet 1971, l’État chilien prend le contrôle de la quasi-totalité de l’industrie minière, dont le cuivre, et de toutes les activités stratégiques comme la métallurgie. C’est la nationalisation décidée par le gouvernement de l'Unité populaire de Salvador Allende avec le soutien de tous les groupes politiques du Parlement chilien, et votée à l'unanimité au Congrès lors d’une séance historique. Le 11 juillet 1971 est nommé depuis au Chili « le jour de la Dignité Nationale ».

    mercredi 10 juillet 2019

    LA « DETTE VERTE » COMMENCE À ATTIRER DES PAYS ÉMERGENTS


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    UNE VUE DE LA VILLE DE LA SERENA, AU CHILI.
    PHOTO RODRIGO GARRIDO, ARCHIVES REUTERS
    De plus en plus d'États émettent des obligations pour financer de grands projets écologiques. Fait nouveau, la « dette verte » attire désormais des pays émergents, comme récemment le Chili, premier pays du continent américain à franchir le pas.

    AAu moment où certains de ses pairs hésitaient à se rallier au consensus sur le climat au sommet du G20 à Osaka fin juin, sous l'influence du climatoscepticisme revendiqué par Donald Trump, le Chili affichait sa conviction écologique.

    Six mois avant d'accueillir la prochaine conférence annuelle de l'ONU sur le climat en décembre, il a ainsi levé d'abord 850 millions de dollars et juste après 861 millions d'euros pour financer des infrastructures de transports en commun propres, des projets dans le domaine des énergies renouvelables et de la gestion de l'eau.

    « Le Chili est non seulement le premier État du continent à se lancer, mais c'est aussi un des plus avancés dans la lutte contre le changement climatique », observe auprès de l'AFP Tanguy Claquin, responsable mondial de la finance sociale et environnementale de Crédit Agricole CIB, qui fait partie des banques ayant piloté l'émission en euros.

    Avec l'Indonésie en février, la Corée du Sud début juin ou Hong Kong en mai, le courant vert a gagné en 2019 de nouveaux adeptes après le Nigeria et les îles Fidji en 2018.

    « Le monde émergent, à l'instar des économies développées, est évidemment concerné par ces enjeux environnementaux et sociaux. Faire une émission verte est un vecteur exceptionnel pour l'affirmer », souligne auprès de l'AFP Frédéric Gabizon, responsable pour le marché obligataire chez HSBC, qui fait partie des banques ayant piloté la grande majorité de ces émissions fléchées sur des projets respectueux de l'environnement.  

    Car les pays émergents sont nombreux à estimer avoir besoin de davantage d'aide en matière climatique et une bonne part d'entre eux apparaissent, à tort ou à raison parfois, comme moins concernés par ces problématiques.

    « Certains pays ont traversé des crises qui font que la dette verte n'est pas au sommet de leur agenda », note M. Claquin.

    En Amérique latine, le Brésil a renoncé à accueillir la COP25 un mois après l'élection du président d'extrême droite Jair Bolsonaro, un climatosceptique notoire. Il a également fait partie des pays, avec la Turquie et l'Arabie saoudite, qui ont failli rompre le consensus sur le climat lors du G20, avant de finalement signer le texte de compromis.

    Mais pour M. Gabizon, « la tendance au développement économique durable est croissante et, de ce point de vue, les pays émergents s'inscrivent complètement dans ce mouvement planétaire ».

    Tout le monde regarde


    Nées il y a un peu plus de dix ans, les obligations vertes, destinées à financer des investissements en faveur de la transition énergétique et écologique, n'en finissent en effet plus de fleurir. Le montant des émissions mondiales depuis le 1er janvier, pour les États et les entreprises, atteignait 147 milliards dollars fin juin, selon des chiffres de HSBC.

    L'année a surtout été marquée par l'arrivée triomphale des Pays-Bas, qui ont levé près de 6 milliards d'euros, inscrivant leurs pas dans ceux de la France qui fait référence dans ce domaine avec une première émission de 7 milliards d'euros en janvier 2017 pour un encours qui s'élève désormais à 19 milliards.

    « Cette opération du Chili va sans doute en entraîner d'autres. La tendance est déjà là », estime M. Claquin.

    Et pour chaque opération, l'appétit des investisseurs est immanquablement au rendez-vous, offrant des conditions d'emprunt a minima aussi attractives qu'un prêt classique.

    Selon Climate Bonds Initiative (CBI), l'organisme de référence en matière de dette responsable, le Nigeria « se prépare pour une deuxième émission » et l'Égypte ou le Pérou se profilent à l'horizon pour 2020.

    Saluant la volonté politique manifestée par le Chili pour satisfaire aux exigences de l'Accord de Paris de 2015, qui prévoit de limiter l'élévation de la température moyenne de la planète bien en dessous de 2 °C, le CBI a estimé que l'hôte de la COP25 avait « mis la barre verte bien haut sur le continent ».

    JUSTICE. LE PLAN CONDOR RATTRAPÉ JUSQU’EN ITALIE

    PHOTO EFE
    Un tribunal de Rome a condamné, lundi, 24 ex-militaires et politiques latino-américains pour les crimes de 23 opposants dans les années 1970.

    EN PREMIÈRE INSTANCE, EN JANVIER 2017, LES FAMILLES
    DES VICTIMES N’AVAIENT PAS EU GAIN DE CAUSE.
    PHOTO FILIPPO MONTEFORTE/AFP 
    Jorge Nestor Troccoli était le seul présent dans le box des accusés. Cet ancien militaire uruguayen, qui avait fui la justice de son pays en 2007, a été rattrapé par la cour d’assises d’appel de Rome, qui l’a condamné, lundi, à de lourdes amendes, ainsi qu’à la prison à perpétuité pour son implication dans les disparitions forcées de 23 Latino-Américains d’origine italienne dans le cadre du plan Condor. Vingt-trois autres dignitaires – dont le dictateur bolivien Luis Garcia Meza, décédé en 2018, son « ministre » de l’Intérieur, Luis Arce Gomez, l’ex-président péruvien Francisco Morales Bermudez et son premier ministre, Pedro Richter Prada, mort en 2017 –, ainsi que des anciens militaires de l’Uruguay, de Bolivie, du Chili et du Pérou ont écopé de peines similaires par contumace.

    LES ARCHIVES DÉCOUVERTES AU PARAGUAY DOCUMENTENT
    LES CRIMES COMMIS DANS LE CADRE DE L’OPÉRATION CONDOR
    PHOTO GETTY IMAGES
    En 2017, une première sentence avait épargné 18 des prévenus, ainsi que Jorge Nestor Troccoli, qui pourrait désormais se pourvoir en cassation ou faire appel auprès de la Cour suprême d’Italie.

    À l’annonce du verdict, le ministre uruguayen de la Défense, José Bayardi, a fait part de sa satisfaction, estimant qu’il venait corriger l’impunité du premier procès. Les condamnations sont certes symboliques puisque la majorité des militaires poursuivis à Rome se trouve déjà derrière les barreaux. Il y a peu de chance qu’ils soient extradés au terme de la peine qu’ils purgent dans leur pays d’origine en raison de leur âge avancé. Mais, pour la seconde fois, ils ont dû répondre pour leurs crimes perpétrés durant les dictatures qui ont ensanglanté le sous-continent américain à partir des années 1960.

    Une sentence dédiée aux « militants sociaux »


    Voilà deux décennies que les familles des victimes avaient porté plainte en Italie à la faveur du processus de justice universelle promue par le juge espagnol Baltasar Garzon, qui avait ordonné, en 1998, la détention du dictateur chilien Augusto Pinochet. Elles ont bataillé pour que toute la lumière soit faite sur le sort de leurs proches exécutés dans le cadre du plan Condor. Cette internationale du terrorisme d’État entre les différentes dictatures latino-américaines – Brésil, Argentine, Chili, Bolivie, Paraguay, Pérou, Uruguay –, soutenue par la CIA, collaborait afin d’exterminer sur leur sol et à l’étranger les opposants politiques de gauche.

    L’avocat qui représentait l’Uruguay, Andrea Speranzoni, a dédié la sentence aux « militants sociaux et aux personnes qui répudient les crimes de lèse-humanité ». Le président de la Bolivie, Evo Morales, a lui aussi salué un verdict « historique ». « Nous avons vaincu l’impunité grâce à la vérité », s’est-il réjoui.

    Cathy Dos Santos

    mercredi 3 juillet 2019

    LE CHILI OBSERVE UNE ÉCLIPSE TOTALE DE SOLEIL SPECTACULAIRE


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    L'ÉCLIPSE AU-DESSUS DU CHILI, LE 2 JUILLET 2019.
    PHOTO STAN HONDA, AFP
    Les Chiliens ont pu observer, mardi, une éclipse totale de soleil qui a provoqué plus de deux minutes d'obscurité en plein jour. Le Chili, capitale du monde en matière d'astronomie, a, en partie, partagé le phénomène avec son voisin argentin.
    Le Chili, épicentre de l'astronomie mondiale, a connu mardi 2 juillet deux minutes et trente-six secondes de nuit en plein jour. Les habitants ont été les heureux témoins d'une éclipse totale de soleil, également visible dans une grande partie du Pacifique ainsi qu'en Argentine.

    Le phénomène a commencé à 13 h 01 (19 h 01 en France) dans l'océan Pacifique. La bande d'obscurité totale, large de plus de 150 km, a ensuite atteint les côtes nord du Chili à 16 h 38 (22 h 38 en France), avant de traverser le centre de l'Argentine et de se perdre dans l'océan Atlantique.

    Les Chiliens ont pu observer, mardi, une éclipse totale de soleil qui a provoqué plus de deux minutes d'obscurité en plein jour. Le Chili, capitale du monde en matière d'astronomie, a, en partie, partagé le phénomène avec son voisin argentin.


    Le Chili, épicentre de l'astronomie mondiale, a connu mardi 2 juillet deux minutes et trente-six secondes de nuit en plein jour. Les habitants ont été les heureux témoins d'une éclipse totale de soleil, également visible dans une grande partie du Pacifique ainsi qu'en Argentine.

    Le phénomène a commencé à 13 h 01 (19 h 01 en France) dans l'océan Pacifique. La bande d'obscurité totale, large de plus de 150 km, a ensuite atteint les côtes nord du Chili à 16 h 38 (22 h 38 en France), avant de traverser le centre de l'Argentine et de se perdre dans l'océan Atlantique.
    L'ÉCLIPSE DU SOLEIL A ÉTÉ TOTALE AU-DESSUS DU CHILI LE 2 JUILLET 2019 CRÉDITS : STAN HONDA / AFP | DATE : 03/07/2019


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