samedi 31 août 2019

CHILI: LE BOOM DES ÉNERGIES RENOUVELABLES

METRO DE SANTIAGO AU CHILI. SUR LA LIGNE 1,
LA RAME NS-93 À LA STATION TOBALABA; 60%
DE L’ÉLECTRICITÉ UTILISÉE PROVIENT DE
L’ÉNERGIE SOLAIRE OU ÉOLIENNE.
PHOTO ARIEL CRUZ PIZARRO/WIKIMEDIA.ORG

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CHILI: LE BOOM DES ÉNERGIES RENOUVELABLES 

RFI:RADIO FRANCE INTERNATIONALE
ÉMISSION «CHRONIQUE TRANSPORTS», 
 « CHILI: LE BOOM DES ÉNERGIES RENOUVELABLES »  
PAR JUSTINE FONTAINE, 
DIFFUSION SAMEDI 31 AOÛT 2019
la part d’énergies renouvelables dans la consommation électrique du Chili est passée de 7 à 20% en l’espace de cinq ans à peine. Et le métro de Santiago fait encore mieux, car, depuis presque un an, 60% de l’électricité qu’il utilise provient de l’énergie solaire ou éolienne. Un record parmi les grands réseaux de métro à travers le monde. Reportage

VIDÉO. CHILI : LA CULTURE DE L'AVOCAT PRIVE LES HABITANTS D'EAU


«VIDÉO. CHILI : LA CULTURE DE 
L'AVOCAT PRIVE LES HABITANTS D'EAU »
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vendredi 30 août 2019

ALEXANDER VON HUMBOLDT, LE PREMIER GÉNIE UNIVERSEL


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PORTRAIT DE ALEXANDER VON HUMBOLDT (1769-1859).
 PEINTURE DE FRANCISCO FONOLLOSA, NON DATÉE. 
PHOTO PRISMAARCHIVO/LEEMAGE.
Né le 14 septembre 1769, il y a 250 ans, le scientifique allemand a été, à plus d’un titre, l’un des grands précurseurs de la mondialisation.
Courrier international
WILHELM ET ALEXANDER VON HUMBOLDT
AVEC SCHILLER ET GOETHE À IÉNA
PHOTO DPA
Lu et admiré par Darwin, Alexander von Humboldt était un scientifique comme seul pouvait en produire le XIXème siècle, un esprit curieux et insatiable, un grand voyageur, un touche-à-tout de génie. Zoologie, chimie, physique, vulcanologie, botanique, océanographie, ethnologie et même géopolitique… La liste est longue des disciplines dans lesquelles il s’est illustré. “Mais on oublie souvent qu’il était aussi un inventeur”, souligne la Süddeutsche Zeitung. On lui doit le concept des isobares et des isothermes, toujours utilisé en météorologie. Il avait également mis au point une encre indélébile (raison pour laquelle les carnets de son périple sur l’Orénoque sont encore lisibles aujourd’hui, malgré le naufrage dont il a été victime sur le fleuve vénézuélien lors de son expédition en Amérique latine) et un lointain prototype de masque à oxygène, pour mieux respirer en haute altitude.

Un scientifique révolutionnaire


ALEXANDER VON HUMBOLDT DANS SA
BIBLIOTHÈQUE PRIVÉE À BERLIN
PHOTO DPA
Surtout, Humboldt a révolutionné notre compréhension du monde grâce à son art de la synthèse. “Il a interprété la Terre, dans des termes scientifiques modernes, comme un système total”, écrit la London Review of Books. En mettant en correspondance ses découvertes et les connaissances de son temps, il a élaboré ce que Die Zeit appelait en 2018, dans un hors-série consacré à l’histoire des “derniers grands aventuriers”, une “science du mouvement” :
“ Ce n’est pas seulement le chercheur qui voyage, non, tout bouge : les continents, les animaux, les plantes, les hommes, le cosmos dans son ensemble. ”
Que le savant décrive un paysage ou une personne rencontrée, qu’il mesure la hauteur du soleil ou discoure sur le creusement d’un canal, “chaque élément est décrit avec soin, mais aussi mis en relation avec les autres”, poursuit l’hebdomadaire : “Humboldt l’avait compris : ‘Tout est interaction.’ Rien n’existe pour soi, rien n’est statique. Le mouvement est la clé de sa compréhension du monde.”

Célèbre jusque sur la Lune


QUELLES PLANTES POUSSENT OÙ ET POURQUOI JUSTE LÀ?
CETTE QUESTION A PARTICULIÈREMENT SÉDUIT HUMBOLDT.
© FIG. [M]: STAATSBIBLIOTHEK ZU BERLIN
/ BPK; LA COLLECTION STAPLETON
 / BRIDGEMAN IMAGES; SCIENCE
PHOTO LIBRARY / AKG-IMAGES
Ses périples aux Amériques et en Russie (en 1829, aux frais du tsar, cette fois) ont rendu Alexander von Humboldt immensément populaire. Mais, homme du XIXème siècle, il n’aurait jamais acquis la stature qui était la sienne sans l’essor de la poste, des journaux et des magazines. La légende veut qu’à sa mort il n’y avait que Napoléon pour le dépasser en célébrité. Or “ses livres seuls ne lui auraient pas permis d’accéder à une telle renommée mondiale”, relève la Süddeutsche Zeitung. Tout au long de sa vie, le savant a rédigé au moins 30 000 lettres, adressées à des scientifiques, des diplomates, des entrepreneurs et des dirigeants aux quatre coins du monde (“le ministre prussien de la Poste lui a rendu un fier service le jour où il l’a exempté de frais de port”, écrit Die Zeit). Et surtout, grâce à la presse, ses écrits ont été “publiés à Londres et à Paris, à Madrid et à Amsterdam, à New York et à Moscou, à Bruxelles et à Washington, à Calcutta et à Sydney”, énumère la Süddeutsche Zeitung.

La popularité du chercheur transparaît aujourd’hui dans le nombre de rues, de places et de villes qui portent son nom en Allemagne, ainsi qu’en Amérique latine et aux États-Unis. Il a aussi donné son nom à un courant marin dans le Pacifique, et à “un manchot, une chauve-souris, un cactus, une orchidée, un champignon et un gros, très gros calamar”, détaille la London Review of Books. Jusque sur la Lune il y a une mer de Humboldt.
2019, l'année Humboldt

Si Alexander von Humboldt était une star mondiale à sa mort, en 1859, il avait au XXe siècle largement sombré dans l’oubli. Deux ouvrages l’ont récemment remis au goût du jour. Tout d’abord le roman Les Arpenteurs du monde, de l’écrivain austro-allemand Daniel Kehlmann. Paru en 2005 et traduit en français chez Actes Sud, ce best-seller met en scène un scientifique maniaque qui espère percer l’essence des choses en les mesurant de toutes les façons possibles. À ce portrait “peu flatteur”, selon l’hebdomadaire Die Zeit, a succédé en 2015 une magistrale biographie publiée par Andrea Wulf, traduite en français sous le titre L’Invention de la nature (éd. Noir sur Blanc). L’historienne britannique y présente Humboldt comme un savant à la fois visionnaire et aventurier qui, avec sa compréhension systémique du monde, s’impose comme un pionnier de l’écologie et un prophète du changement climatique. Parce que tout est pour lui interaction, il saisit avant d’autres la façon dont l’homme transforme inéluctablement son environnement.

DIE ZEIT, UNE DU 25 JUILLET 2019.
Alors que l’inquiétude grandit sur l’état la planète et l’avenir de l’humanité, cette facette du personnage suscite un intérêt particulier. Elle est souvent mise en avant dans les commémorations organisées cette année pour le 250e anniversaire de la naissance de Humboldt. En témoigne la une que Die Zeit a consacrée à cet anniversaire, titrée “Le premier défenseur de l’environnement”.

Le 250ème anniversaire de la naissance d’Alexander von Humboldt donne lieu cette année à des événements en tous genres, incluant conférences, expositions et parutions. La majorité d’entre eux, notamment en Allemagne et en Amérique du Sud, sont répertoriés sur le site Internet que la Fondation Humboldt a conçu pour l’occasion, humboldt-heute.de, accessible en allemand et en anglais. 

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jeudi 29 août 2019

QUE PASO CON EL SOL. - QUELENTARO

 LITOGRAFIA "HERCAL" S.A. – (COVER) 
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«QUÉ PASÓ CON EL SOL »
PAROLES ET MUSIQUE EDUARDO ET GASTÓN GUZMÁN, 
 CE TITRE EST EXTRAIT DE L' ALBUM 
«LONCONAO» PARU 1982 AU CHILI.
CHEZ EMI ‎– 104346, EMI ‎– 32C 262-440340 1982 

mercredi 28 août 2019

ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE JOSÉ BALMES


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JOSÉ BALMES
PHOTO 
GUSTAVO GERMANO
2016 -28 AOÛT- 2019
TROISIÈME ANNIVERSAIRE
DE LA MORT DE 
JOSÉ BALMES
JOSÉ BALMES ET GRACIA BARRIOS
PHOTO MABEL MALDONADO 
José Balmes Parramón, né le 20 janvier 1927 à Montesquiu en Catalogne, Espagne, et décédé le 28 août 2016 à Santiago du Chili, fut un peintre chilien, Directeur du Musée de la Solidarité Salvador Allende. Il fut récompensé par de nombreux prix dont le Prix National d'Art, et  la médaille de « Chevalier des arts et des lettres », reconnaissance octroyée le 5 mai 2009 à José Balmes pour sa trajectoire internationale et les liens de travail et d’amitié durables noués avec la France.


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CHILI: LA LANGUE ET LA CULTURE MAPUCHE SONT APPRISES DANS LES ÉCOLES

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CHILI: LA LANGUE ET LA CULTURE 
MAPUCHE SONT APPRISES DANS LES ÉCOLES


RFI: RADIO FRANCE INTERNATIONALE  
ÉMISSION «LES VOIX DU MONDE», 
 PAR JUSTINE FONTAINE, 
DIFFUSION MARDI 27 AOÛT 2019

mardi 20 août 2019

RODRIGO MUNDACA, TENIR TÊTE AUX « SEIGNEURS DE L’EAU » AU CHILI

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LES EXPLOITATIONS AGRICOLES CHILIENNES CONSOMMENT
D’ÉNORMES RESSOURCES D’EAU, DE NOMBREUSES
ZONES SE DÉSERTIFIENT.
 PHOTO CLAUDIO REYES/AFP 
Militant du droit d’accès à l’eau, Rodrigo Mundaca fait l’objet de menaces de mort. Dans la région de Petorca, au nord de Santiago, il dénonce l’assèchement des sols lié au boom de l’avocat, là où poussaient avant… des cactus. Second volet de notre série sur les résistants de la planète.
Dans une petite salle de l’université Santo Tomas, Rodrigo Mundaca boucle ce matin son cours de « gestion des ressources naturelles ». Ce soir commenceront les vacances d’hiver, pour lui comme pour ses étudiants. Après avoir attendu les retardataires, qui arrivent en toute décontraction, il active le boîtier électronique fixé près de la porte et pose son doigt sur le lecteur d’empreintes. Les uns après les autres, ses élèves l’imitent. C’est ainsi que se pratique l’appel dans cet établissement privé du centre de Santiago.

« Allez, on met les tables en cercle !, lance l’enseignant. Les groupes sont prêts ? Qui commence ? » Une dizaine d’étudiants présentent aujourd’hui les résultats de leurs travaux collectifs. Lunettes sur le bout du nez, assis parmi l’assistance, arrondi sur sa chaise, Rodrigo observe, prend des notes. Il pose des questions, ajoute des précisions, notamment quand les présentations abordent des affaires de pollution impliquant des entreprises minières dans le nord du pays. Ou encore le statut de l’eau, ressource privée au Chili depuis la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990).

RODRIGO MUNDACA, DÉFENSEUR DE L’ACCÈS À
L’EAU AU CHILI, A ÉTÉ AGRESSÉ EN 2015
ET MENACÉ DE MORT EN 2017.
PHOTO  GILLES BIASSETTE
À la fin du dernier exposé, le professeur applaudit. Il est visiblement satisfait des futurs agronomes qu’il a contribué à former. Le cours s’achève dans la bonne humeur, Rodrigo serre les mains des uns et des autres.

Tout le monde peut alors s’éparpiller vers d’autres lieux. Mais pas l’enseignant. Lui doit patienter avant de quitter l’université. « Je ne me déplace jamais seul à Santiago, dit-il en allumant son téléphone. J’appelle un ami qui va venir m’accompagner jusqu’au terminal de bus. »

Une agression en 2015, des menaces de mort en 2017


Comme toujours depuis quatre ans désormais, ce proche saluera Rodrigo au pied du car qui le ramènera chez lui, à La Ligua, chef-lieu de la province de Petorca, à 150 km au nord de Santiago. C’est en 2015 que le porte-parole du Movimiento de Defensa por el Acceso al Agua, la Tierra y la Proteccion del Medioambiente (Mouvement de défense pour l’accès à l’eau, la terre et la protection de l’environnement – Modatima) a changé sa façon de vivre. Après avoir été roué de coups par un inconnu dans une rue de la capitale.

Rodrigo n’avait rien vu venir. En fin de matinée, il descendait d’un taxi aux abords d’une place du centre quand l’agresseur a frappé. Une photo montre une blessure au front, entre les deux yeux. La surprise avait été totale, le choc soudain. Il ne s’agissait ni d’une tentative de vol ni d’une querelle de la vie quotidienne comme il s’en produit parfois entre gens stressés et impatients des grandes villes. L’assaut semblait gratuit, l’attaque restait muette. Mais le message, passé pour le faire taire, était limpide aux yeux de Rodrigo et de ses compagnons.

L’eau, ressource privée depuis Pinochet


Depuis ce jour, l’ingénieur agronome est donc toujours accompagné par un proche pour ses déplacements dans la capitale. « C’est une mesure de précaution », dit-il en haussant les épaules, conscient qu’il reste bien vulnérable. Il sait aussi qu’il s’est fait de nombreux ennemis depuis qu’il a uni ses forces avec d’autres pour créer Modatima en 2010. Défendre les droits des agriculteurs et des habitants de la province de Petorca, frappée de plus en plus par des problèmes de sécheresse, c’est affronter de puissants intérêts – les « seigneurs de l’eau ».
Le Chili, « c’est l’unique pays au monde où l’eau est privatisée »
« Le Chili est un pays à part », explique-t-il plus tard dans un café de La Ligua, non loin du terminal où des hommes en blanc vendent les dulces, ces petites pâtisseries locales dont raffolent les habitants de la capitale de retour des plages du Nord. « C’est l’unique pays au monde où l’eau est privatisée, poursuit-il. Sous Pinochet, le gouvernement a distribué gratuitement des droits de propriété sur l’eau, qui peuvent ensuite être vendus, comme des actions. Ces droits sont indépendants de la propriété de la terre, et même de la consommation de l’eau… Des personnes ont accumulé des droits énormes, alors que s’assèchent les puits des familles et des paysans. »

Rodrigo dresse une liste : il nomme un député, un maire, un homme d’affaires, des gros bonnets de l’agriculture, alliés des premiers… Tous peuvent se permettre de puiser dans les sous-sols jusqu’à plus soif, ou spéculer sur le prix des droits, dans une région où l’eau vient à manquer – la faute au réchauffement climatique et au boom de l’avocat, qui épuise les sources souterraines et rompt le cycle de l’eau. Les rivières La Ligua et Petorca sont à sec, depuis plusieurs années, laissant des lits cabossés et craquelés où se multiplient déchets et herbes folles. Sur les hauteurs, les avocatiers s’épanouissent, eux, à perte de vue, jusque sur les collines, où ils détrônent rapidement la végétation locale, à commencer par les cactus…


LA CULTURE DE L’AVOCAT EST POINTÉE DU DOIGT
PAR LES HABITANTS DE LA PROVINCE DE PETORCA.
PHOTO CLAUDIO REYES/AFP
Expansion hors de contrôle de la culture de l’avocat Rodrigo marque une pause. À l’autre bout du café, un homme vient de s’installer en terrasse. Coiffé d’un chapeau, il fume le cigare. « C’est un propriétaire terrien d’ici, il ne nous aime pas. Je crois qu’il nous a vus », dit-il en appuyant ses propos d’un léger sourire. Mais il reprend vite ses explications, retrouvant des accents de professeur : la superficie consacrée à l’avocat, qui a plus que triplé en trente ans à l’échelle nationale, a été multipliée par… dix dans la région de Valparaiso, dont dépend Petorca. « Notre province et celle d’à côté, ­Quillota, sont les premières du pays en matière de production d’avocats pour l’exportation, précise l’ingénieur agronome. Plus de 90 % des terres cultivées sont consacrées à ce fruit ! »
En mars 2017, il reçoit par téléphone sa première menace de mort : « On va te tuer enfoiré, on va te tuer. »
La fièvre de « l’or vert » – l’avocat est très en vogue en Amérique du Nord et en Europe – fait tourner les têtes à Petorca. Et voilà comment une culture très gourmande en eau remplace des cactus pour satisfaire les besoins, et les envies, de lointains consommateurs. Aujourd’hui, le Chili est l’un des principaux exportateurs mondiaux d’avocats, avec le Mexique, le Pérou et l’Espagne.

Alors, pour frapper là où ça fait mal, Modatima tente désormais d’interpeller le commanditaire final, celui qui, en bout de chaîne, a le pouvoir parce qu’il paie : l’étranger. Rodrigo s’adresse dès qu’il le peut à des interlocuteurs internationaux. Et comme son combat a commencé à porter ses fruits, le ton de ses adversaires est monté d’un cran. En mars 2017, il a reçu, par téléphone, sa première menace de mort : « On va te tuer enfoiré, on va te tuer. »

Remise du prix des droits de l’homme de Nuremberg en septembre


Un peu plus tôt, un reportage diffusé par l’agence danoise Danwatch – tout à la fois centre de recherche et d’investigation spécialisé dans les sujets environnementaux et la responsabilité sociétale des entreprises, et agence de presse – avait reçu un large écho. « Au Chili, critiquer son pays à l’étranger est très mal perçu par certains milieux, explique l’ingénieur. Je ne sais même pas si je pourrai me rendre en Allemagne. Il faut s’attendre
à tout ! »

Le porte-parole de Modatima est en effet attendu en Europe : il recevra, le 22 septembre, le prix international des droits de l’homme que décerne tous les deux ans la ville allemande de Nuremberg, depuis le milieu des années 1990. En annonçant cette décision, le jury avait tenu à saluer « l’admirable courage » de l’engagement de Rodrigo Mundaca en faveur d’un « droit fondamental » – l’accès à l’eau.

Il n’ignore pas que le gouvernement à Santiago voit d’un mauvais œil ses prises de position. Rodrigo a conservé sur son téléphone un message reçu il y a peu. Il tend son appareil, sur lequel on peut lire : « Bonjour, je travaille avec le ministre Walker. Je t’écris de sa part pour te remercier de tes propos dans la Revista del Campo (hebdomadaire du quotidien El Mercurio, NDLR) et que nous prendrons en compte tes commentaires. » « C’est ironique, bien sûr !, glisse-t‑il. C’est une menace voilée. »

Attaques en justice, pertes de contrats professionnels
Depuis qu’il a commencé à dénoncer les atteintes aux droits humains commises par des responsables politiques locaux et des entreprises, Rodrigo Mundaca est dans le collimateur de la justice chilienne. Quatre procédures pénales ont été engagées à son encontre au cours des trois premières années. En 2014, il a même été condamné à 61 jours de prison pour diffamation. Sa peine a été assortie d’un sursis, à condition qu’il se présente à la police chilienne tous les mois pendant un an et paye une amende.

Ces attaques déstabilisent sa vie professionnelle. Rodrigo a perdu de nombreux contrats dans la région de Petorca, où il propose ses services comme consultant en matière d’agriculture responsable.
« Et puis les jeunes, ce sont eux qui peuvent changer ce pays » Rodrigo Mundaca
L’université Santo Tomas, elle, ne l’a jamais abandonné. L’ingénieur agronome au torse large et aux cheveux ras flanche un peu… À 58 ans, il en a pourtant vu d’autres. Approcher la soixantaine au Chili signifie avoir connu le coup d’État de 1973 et le bombardement de la Moneda, avoir eu à croiser la route de la police politique du général Pinochet, avant, dans son cas comme dans le cas de nombre de ses compatriotes, de connaître l’exil…

Il n’empêche : quand il parle de la faculté, son havre de paix, quand il évoque le soutien de la direction et de ses étudiants, sa gorge se noue. Le silence se fait, son regard se perd quelque part au loin. « Et puis les jeunes, ce sont eux qui peuvent changer ce pays », lâche-t-il enfin, les yeux humides.

L’accès à l’eau en Amérique latine

Avec l’Amazonie et la cordillère des Andes, l’Amérique latine possède de nombreuses ressources en eau. Au total, la région concentre à elle seule 31 % des sources d’eau de la planète.
Poutant, l’accès de la population à l’eau reste un problème, depuis le Mexique jusqu’à la Patagonie, au Chili et en Argentine. Au total, 55 millions d’habitants n’ont pas accès à l’eau potable, et quelque 200 millions de personnes ont un accès « précaire ».
La pauvreté et les inégalités, toujours importantes en Amérique latine, expliquent en grande partie cette situation. Mais aussi le modèle de développement agricole : 70 % de l’eau douce est consommée par le secteur agro-alimentaire.

Le difficile combat des ONG au Chili


DES DÉTRITUS JONCHENT LE LIT DE
LA RIVIÈRE LA LIGUA AU CHILI

PHOTO  CLAUDIO REYES/AFP
Le Chili accueillera en décembre la 25e COP. L’occasion pour les défenseurs de l’environnement du pays du cône Sud de tenter de se faire enfin entendre.

Quand on évoque les dangers que court la planète en Amérique du Sud, le Chili se fait discret. Bien que doté d’une nature particulièrement riche, des étendues du désert de l’Atacama aux spectaculaires glaciers de Patagonie, le pays du cône sud est rarement évoqué. L’Amazonie fait beaucoup d’ombre : on s’alarme beaucoup plus facilement du sort du « poumon de la planète », qui recouvre une partie du Brésil, du Pérou, de l’Équateur, de la Colombie, du Venezuela, de la Bolivie, du Suriname et du Guyana – sans oublier la Guyane –, que du reste du sous-continent.

Des ressources naturelles convoitées


Épisodiquement, des événements rappellent pourtant que le Chili est, lui aussi, vulnérable. Fin juillet, un incident survenu sur le terminal d’une compagnie minière a provoqué une marée noire à 250 kilomètres de Puerto Natales, au sud du continent américain, là où la terre, de fjord en fjord, est dentelle. Le pétrole s’est déversé dans une zone réputée pour ses eaux parmi les plus pures de la planète et pour son riche écosystème marin.

Car les ressources naturelles du Chili suscitent l’appétit de très nombreux intérêts privés – à commencer par les entreprises minières, les grands noms de l’industrie forestière et un secteur agroalimentaire particulièrement agressif. Or les ONG dénoncent le laxisme des autorités, qui laissent trop souvent les coudées franches à ces acteurs privés.

« Le Chili passe pour une démocratie modèle en Amérique latine, mais c’est un mythe, déplore Flavia Liberona, directrice de la Fondation Terram, une ONG locale de défense de l’environnement. Nous avons des lois, mais très peu d’autorités de contrôle ! Sur le saumon, par exemple, il est écrit noir sur blanc que l’élevage est illégal dans les eaux protégées. Pourtant, c’est bien ce qui se passe ! »

La COP 25 pour se faire entendre


Depuis de nombreuses années, les défenseurs de l’environnement accusent « l’or rose » – le Chili est l’un des principaux exportateurs mondiaux de saumon – de nuire à la biodiversité. Mais difficile de se faire entendre dans un pays tourné vers le productivisme, où l’écologie est peu présente dans le paysage politique – le parti vert ne compte qu’un député.

Les grandes causes environnementales ne mobilisent que rarement l’opinion publique. L’abandon en 2014 d’un projet de barrage en Patagonie – de nombreuses manifestations ayant poussé le gouvernement de Michelle Bachelet à revenir sur un projet validé par son prédécesseur, Sebastian Pinera – fait figure d’exception.

De retour aux affaires depuis 2018, c’est Sebastian Pinera qui, en décembre, accueillera ses homologues à Santiago, où se tiendra la 25e conférence de l’ONU sur les changements climatiques, la COP25. Pour les ONG, c’est l’occasion de se faire entendre.

Des réunions préparatoires se tiennent depuis plusieurs mois pour mobiliser la société civile et exiger plus d’actions de la part du gouvernement. Notamment sur la protection des glaciers – le Chili représente 80 % des glaciers sud-américains, presque 4 % à l’échelle mondiale – ou encore sur les énergies fossiles : si le pays a fait des pas en avant en matière d’énergie solaire, 40 % de l’électricité provient encore de centrales à charbon, très polluantes.


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CHILI: ENQUÊTE SUR UN ARCHEVÊQUE, ONCLE DU PRÉSIDENT, SOUPÇONNÉ D'ABUS SEXUEL



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BERNARDINO PIÑERA, AUJOURD'HUI ÂGÉ DE 103 ANS,
EST L'ONCLE DE L'ACTUEL PRÉSIDENT CHILIEN
PHOTO EL MERCURIO
Au total, 158 affaires d'abus sexuels impliquant 219 membres de l'Église font l'objet d'enquêtes au Chili.  
Le Vatican a ouvert une enquête sur un cas d'abus sexuel présumé perpétré il y a une cinquantaine d'années sur un mineur par l'archevêque chilien Bernardino Piñera, oncle aujourd'hui centenaire de l'actuel président Sebastian Piñera, a indiqué mardi la nonciature chilienne.
L'OSSERVATORE ROMANO VIA
VATICAN PRESS OFFICE
"Le Saint-Siège a ordonné une enquête préalable pour déterminer la crédibilité d'une plainte pour abus sexuel présumé sur un mineur commis il y a plus de 50 ans par Mgr Bernardino Piñera Carvallo, archevêque émérite de La Serena", ville chilienne du centre-ouest, a fait savoir dans un communiqué la nonciature (ambassade du Vatican).

COMMUNIQUÉ LA NONCIATURE 
"Nous sommes en contact avec la personne qui a déposé la plainte et, en même temps, nous agissons dans le respect du principe de la présomption d'innocence", est-il ajouté. 

Bernardino Piñera, aujourd'hui âgé de 103 ans, est l'oncle de l'actuel président chilien et un formateur de prêtres de renom dans le pays. Il a présidé la Conférence épiscopale chilienne entre 1984 et 1988. 

BERNARDINO PIÑERA, ONCLE DE L'ACTUEL
PRÉSIDENT SEBASTIAN PIÑERA
PHOTO AGENCIA UNO
Fin juillet, la congrégation jésuite du Chili a présenté des excuses pour des abus sexuels commis par son ancien dirigeant Renato Poblete sur 22 victimes, dont quatre mineurs, pendant plus de quatre décennies. Renato Poblete, décédé en 2010, avait de vastes réseaux dans le monde des affaires et de la politique. 

Au total, 158 affaires d'abus sexuels impliquant 219 membres de l'Église font l'objet d'enquêtes dans le pays. Parmi les 241 victimes recensées, 123 étaient mineures au moment des faits. 

Ces affaires révélées au cours des dernières années ont réduit l'influence de l'Église dans la société chilienne, autrefois l'une des plus catholiques et conservatrices d'Amérique latine.

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 PIÑERA LE PLUS VIEIL ÉVÊQUE DU MONDE
 PHOTO FABIÁN VARGAS
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lundi 19 août 2019

AU CHILI, UNE POLICE DU GUACAMOLE


«AU CHILI, UNE POLICE DU GUACAMOLE   »
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dimanche 18 août 2019

MORT D’ALBERTO HURTADO JÉSUITE CHILIEN


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LUIS ALBERTO MIGUEL HURTADO CRUCHAGA
1952 -18 AOÛT- 2019
SOIXANTE-SEPTIÈME ANNIVERSAIRE
DE LA MORT D'
ALBERTO HURTADO
Mort d’Alberto Hurtado jésuite chilien, écrivain, accompagnateur spirituel, penseur social, conférencier et fondateur d' « El Hogar de Cristo, » un mouvement pour accueillir les sans abris et pauvres au Chili.
Luis Alberto Miguel Hurtado Cruchaga, dit Saint Alberto Hurtado, né le 22 janvier 1901 à Viña del Mar Chili et mort le 18 août 1952 à Santiago du Chili, était un prêtre Jésuite chilien. Très engagé dans l'apostolat social, avec une attention particulière pour les enfants et les familles défavorisées, il est le fondateur de l'œuvre « Hogar de Cristo ». Ne délaissant pas la réflexion sociale il fut également écrivain et fondateur en 1951 de la revue « Mensaje ». 

Alberto Hurtado est entré le 14 août 1923 au noviciat de la Compagnie de Jésus et fut ordonné prêtre le 24 août 1933. Professeur de collèges, il se dépensa aussi au service des pauvres et des enfants. Il construisit une maison pour les Exercices spirituels, fonda en 1947 l’Asociation sindical Chilena. Son amour pour le Christ et pour les pauvres était la source de son activité sacerdotale, apostolique, éducative, caritative et sociale.

Béatifié en octobre 1984, il fut canonisé par Benoît XVI le 23 octobre 2005. Liturgiquement, il est commémoré le 18 août.

UN «ROI D’ARAUCANIE» EN PÉRIGORD, ENTRE FOLLE ÉPOPÉE ET SÉRIEUSE CAUSE ETHNIQUE


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DES VISITEURS OBSERVENT LE BUSTE DE ORÉLIE-ANTOINE IER,
NÉ ANTOINE ROUNENS, À TOURTOIRAC EN FRANCE, LE 17 AOÛT 2019 

PHOTO NICOLAS TUCAT. AFP
Un village de Dordogne ravive chaque été en août le souvenir de l’éphémère «roi» français d’Araucanie (sud Chili), à mi-chemin entre la folle histoire d’un aventurier périgourdin du 19e siècle adoubé par les Amérindiens Mapuches, et la très actuelle lutte de cette minorité ethnique.
Libération avec l'AFP
Une messe pour Sainte-Rose de Lima (première sainte des Amériques), une visite au «Musée des Rois d’Araucanie et de Patagonie» de Tourtoirac, une gerbe sur son buste, sa tombe: Antoine de Tounens (1825-1878), était célébré samedi dans ce village de 650 habitants par une poignée de fidèles du «royaume», et quelques passionnés.


« La réalité de son histoire dépasse les fictions. Un vrai western... S’il avait été Américain ou Anglais, Hollywood aurait déjà fait une dizaine de films sur lui!», raconte Jean-François Gareyte, historien amateur qui lui a consacré deux livres, des dizaines de voyages au Chili, s’immergeant autant dans les archives militaires, judiciaires, de presse, qu’au sein des communautés Mapuches. Où par endroits survit oralement --très inégalement, convient-il-- le souvenir du «Français».


-Un «fou» qui inquiétait-


Venu dans le jeune Chili en quête d’aventure, politique ou commerciale, De Tounens, un avoué franc-maçon de Périgueux se trouva, au détour de soubresauts politiques, mêlé aux Mapuches. Et en 1860, un consensus de caciques Mapuches le voyait désigné «Orélie-Antoine 1er, roi d’Araucanie et de Patagonie».

Dans une région alors en conflit larvé, De Tounens est en 1862 fait prisonnier par les Chiliens, présenté comme fou, expulsé. Il y reviendra au moins trois fois, avant de mourir, malade, à Tourtoirac. Bientôt, Araucanie et Patagonie allaient basculer sous tutelles chilienne et argentine.

«Bouffonnerie», «gasconnade» d’un «mythomane de province» , --comme le railla la presse parisienne à l’époque ? Ou improbable destin d’un aventurier chevaleresque, arrivé «premier à un concours de circonstances historiques» ?

Ce que les archives de Santiago attestent, assure M. Gareyte, c’est que le Chili de 1860-70, lui, prit au sérieux les va-et-vient (et les armes importées) de ce remuant Français dans une Araucanie alors loin d’être «pacifiée». Et s’interrogea sur ses éventuels soutiens à Paris, car on était à l’époque de l’expédition française au Mexique (1861-67).


Depuis 2018, Frédéric Luz, un héraldiste tarnais de 55 ans, est le successeur officiel d’Orélie-Antoine, «prince d’Aracaunie et de Patagonie», élu par un «conseil de régence», après le décès fin 2017 de son prédécesseur.

Mais ici cesse la tartarinade. Car au conseil du «royaume» siègent des Mapuches, tel Reynaldo Mariqueo, un dirigeant basé au Royaume Uni de l’ONG Auspice Stella, qui a depuis 2013 statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC). Et la «Maison royale» via l’ONG, aide matériellement, fait du lobbying -récemment un courrier à la Cour pénale internationale- pour les droits du peuple Mapuche toujours en lutte --parfois violente, et réprimée-- pour ses droits et terres ancestrales.

Tout cela --de même que la +querelle dynastique+ qui voit la légitimité de Frédéric contestée par deux prétendants-- passe un peu au-dessus de la tête des gens de Tourtoirac. Où, si l’on a cofinancé la stèle, affrêté le musée, on y voit surtout «une histoire locale sympa, partie du patrimoine, dont on a entendu parler depuis notre jeunesse. Ni prise en dérision, ni non plus affaire d’Etat», explique le maire Dominique Durand.


--Pas folklore, «caisse de résonance»--


«Frédéric 1er» note avec satisfaction que la mémoire d’Antoine depuis peu «s’éloigne d’un folklore contreproductif, attire moins de sourires moqueurs», voire génère un intérêt de la presse sud-américaine. Qui coïncide avec une visibilité accrue de la cause Mapuche depuis 15-20 ans au Chili. En 2017, l’alors présidente Michelle Bachelet demanda officiellement «pardon» pour «les erreurs et les horreurs» historiques envers la communauté.

Cette «convergence» ne tourne pas la tête du prince, qui n’a d’ailleurs pas de couronne. «On n’est pas une micro-nation d’opérette, on ne +joue+ pas à créer un Etat, il est hors de question de revendiquer un quelconque territoire», explique à l’AFP Frédéric 1er. Il voit plutôt dans la Maison royale une «entité historico-culturelle», à la fois pour «perpétuer le souvenir d’Orélie-Antoine», et surtout une «caisse de résonance pour aider les Mapuches dans la défense de leurs traditions, leurs droits».

Car au-delà de la fascination romanesque pour De Tounens, «l’acteur principal de cette histoire, ce n’est pas lui, rappelle M. Gareyte. C’est le peuple Mapuche, sa lutte pour l’indépendance, et qui à un moment donné de son histoire, décida de jouer cette (De Tounens) carte-là».

AFP
ORÉLIE-ANTOINE DE TOUNENS