lundi 29 avril 2019

ABUS SEXUELS: L'ÉGLISE CHILIENNE REFUSE UNE LOI QUI BRISE LE SECRET DE LA CONFESSION

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LE TEXTE OBLIGE ÉGALEMENT LES PRÊTRES À DÉNONCER LES
CRIMES COMMIS « CONTRE DES PERSONNES QUI, DE PAR
LEUR ÉTAT PHYSIQUE OU MENTAL, NE SONT PAS EN MESURE
D'EXERCER LEURS DROITS SEULES »
PHOTO CLAUDIO REYES, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Les responsables de l'Église chilienne ont rejeté lundi un projet de loi obligeant les prêtres à briser le secret de la confession en cas d'abus sexuels sur des mineurs, a annoncé le clergé dans un communiqué.
La Presse.ca avec l'AFP
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La loi, adoptée la semaine dernière par la Chambre des députés, mais qui doit encore être débattue au Sénat, a provoqué un nouveau séisme au sein de l'institution catholique, ébranlée par plus d'une centaine de plaintes pour violences sexuelles commises sur des mineurs et leur dissimulation par des prêtres et des évêques.

Le secret de la confession « est un acte sacré par lequel une personne se réconcilie avec Dieu, il est donc fondamental de protéger les conditions dans lesquelles cela peut se produire », a déclaré le secrétaire général de la Conférence épiscopale, Mgr Fernando Ramos, dans le communiqué.  

« Personne ne peut obliger un prêtre à révéler le secret d'une confession », avait plaidé de son côté dimanche l'administrateur apostolique de Santiago, Celestino Aós.

Le texte oblige également les prêtres à dénoncer les crimes commis « contre des personnes qui, de par leur état physique ou mental, ne sont pas en mesure d'exercer leurs droits seules ».

La justice chilienne enquête sur 158 cas d'abus sexuels dans lesquels sont impliqués 219 membres du clergé. Ils auraient fait 241 victimes, dont 123 étaient mineures au moment des faits.

La justice chilienne a condamné, en mars dernier, l'Église chilienne à indemniser des victimes du prêtre Fernando Karadima, accusé d'agressions sexuelles multiples sur des mineurs et au centre du scandale qui secoue l'institution catholique de ce pays.

PRIX GOLDMAN 2019 : DÉCOUVREZ LE PORTRAIT DE 3 HÉROS DE L’ÉCOLOGIE

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PRIX GOLDMAN ALBERTO CURAMIL
© THE GOLDMAN ENVIRONNEMENTAL PRIZE 2019,
PRESS RESSOURCES
Lundi 29 avril, le prix Goldman honore 6 personnalités engagées dans la préservation de l’environnement, la défense de la biodiversité ou encore la préservation des mers et des océans. Chaque année, un jury international se regroupe et récompense des militants écologistes originaires des six régions continentales habitées du monde, à savoir l’Afrique, l’Asie, l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud et Centrale. Le prix s’accompagne d’une dotation financière afin de les aider à poursuivre leur combat. Le prix Goldman pour l’environnement est parfois aussi appelé le « Prix Nboel de l’écologie ». Découvrez trois portraits de ces héros pas comme les autres.
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Alberto Curamil, un indien Mapuche emprisonné pour son opposition à un barrage menaçant la forêt au Chili
Alors que l’exploitation forestière s’accroît en Amazonie, Alberto Curamil a décidé de faire de sa vie une lutte contre cette frénésie destructrice. Cet indien Mapuche, aujourd’hui âgé de 45 ans et originaire d’Araucania, dans le centre du Chili, est en prison depuis aout 2018 pour son combat. En effet, à partir de décembre 2016, il lutte pour la protection des rivières et des forêts de sa région en demandant l’arrêt de deux projets hydroélectriques de plusieurs millions de dollars sur la rivière Cautín, au cœur des territoires Mapuches. La construction de ces barrages aurait affecté l’ensemble de la faune et de la flore de la région. Pour y parvenir, Alberto Curamil n’a cessé de communiquer et d’informer la population Mapuche et non Mapuche, les organisations environnementales, ainsi que les universitaires sur les dangers d’un tel chantier, poussant ainsi les indigènes à défendre leurs droits. Mais il ne s’est pas arrêté là, et a également décidé de faire valoir les droits de sa communauté au tribunal en invoquant la loi chilienne garantissant un consentement libre, préalable et éclairé avant de faire avancer tout projet de développement. Pour avoir été le porte-parole et l’organisateur de cette mobilisation, Alberto Curamil a été arrêté en août 2018 par la police chilienne en raison de participation présumée à des activités criminelles.
Jacqueline Evans, l’avocate des Îles Cook
PRIX GOLDMAN JACQUELINE EVANS
© THE GOLDMAN ENVIRONNEMENTAL PRIZE 2019,
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Jacqueline Evans est une spécialiste des fonds marins âgée de 48 ans qui œuvre depuis plus de cinq ans pour la création d’une législation visant à protéger le territoire océanique des Îles Cook. L’archipel de 15 îles s’étend sur près de 80 000 km² dans le sud de l’océan Pacifique. Elle est parvenue à y constituer 15 aires marines protégées.
Pour ce faire, Jacqueline Evans a fait appel à des représentants du gouvernement, d’ONG et de chefs traditionnels des Îles Cook. Ensemble, ils ont parcouru l’intégralité de ces îles du Pacifique afin de rencontrer les communautés et de les sensibiliser sur l’importance de la protection de ces aires marines. Un projet ambitieux, mais qui n’était visiblement pas au goût de tous. Certains pêcheurs et plusieurs responsables du gouvernement n’ont d’ailleurs pas hésité à barrer la route à Jacqueline Evans en s’opposant farouchement à cette loi. Son projet remettait en cause certains intérêts économiques du secteur de la pêche. Mais à force de détermination et de persuasion, c’est finalement l’amoureuse de la mer qui remporte la bataille avec la promulgation en juillet 2017 de la loi « Marae Moana ». Un nom choisi par la communauté elle-même et qui signifie « océan sacré ».



Alfred Brownell : en campagne contre la déforestation

PRIX GOLDMAN ALFRED BROWNELL
© THE GOLDMAN ENVIRONNEMENTAL PRIZE 2018,
PRESS RESSOURCES
Grâce à l’action d’Alfred Brownell plus de 207 600 hectares de forêt ont pu être protégées au Liberia. Il les a ainsi soustraits à la surexploitation des ressources naturelles, une des causes de la déforestation. La soif du développement économique a poussé les gouvernements à céder leurs terres tropicales à des sociétés d’exploitation minière, de bois d’œuvre ou encore d’huile de palme. Plusieurs parcelles autrefois détenues et gérées par les peuples autochtones ont même été revendiquées comme bien public par l’Etat libérien. En 2010, une entreprise agro-industrielle répondant au nom de Goldon Veroleum Liberia (GVL), avait d’ailleurs signé un accord avec l’ancienne présidente du pays, Ellen Johnson Sirleaf, afin de développer les plantations d’huile de palme dans la région. C’en est alors trop pour Alfred Brownell, qui décide de prendre les choses sérieusement en main ! Sa stratégie est la suivante : pour vendre son huile de palme à ses principaux acheteurs, le travail de l’entreprise GVL doit être certifié par la Table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO pour Rountable on Sustanable Palm Oil). Or, en défrichant les forêts et en menaçant constamment les locaux, GVL viole les normes de la RSPO. Alfred Brownell a donc intelligemment porté plainte auprès de l’organisme et a remporté en juillet 2018 cette bataille judiciaire. Mais toute victoire a un prix, et Brownell a dû s’exiler temporairement aux États-Unis pour assurer sa protection ainsi que celle de sa famille.

SUR LE MÊME SUJET :

dimanche 28 avril 2019

WECHEKECHE ÑI TRAWÜN - MAPUDUNGUFINGE


WECHEKECHE ÑI TRAWÜN - MAPUDUNGUFINGE 
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samedi 27 avril 2019

MARAVILLAS DE MALI - RENDEZ-VOUS CHEZ FATIMATA FT. MORY KANTÉ


MARAVILLAS DE MALI - RENDEZ-VOUS CHEZ FATIMATA FT. MORY KANTÉ
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MARAVILLAS DE MALI - RENDEZ-VOUS CHEZ FATIMATA FT. MORY KANTÉ


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LAS MARAVILLAS DE MALI, LA HAVANE, 1965.
ARCHIVES PERSONNELLES MARAVILLAS DE MALI.
RENCONTRES D'ARLES 2016
« Rendez vous ce soir, chez Fatimata, nous allons danser jusqu’à l’aube, mon ami... » Ce doux refrain en version latino en aura fait danser plus d’un. C’était au temps béni des premières années de l’indépendance du Mali. Et ce titre en fut la bande-son, un hymne qui sera vite repris dans toute l’Afrique de l’Ouest. « Ça a fait un boom tout de suite ! Pas une fête sans ce tube-là ! C’était très chaud ! », se rappelait il y a quelques années Cheikh-Tidiane Seck, futur incontournable de la musique moderne malienne, qui fut bercé par ce son diffusé sur les ondes de la radio nationale, mais qui marqua tout autant les esprits outre-Atlantique, à Cuba. 

MARAVILLAS DE MALI - RENDEZ-VOUS CHEZ FATIMATA FT. MORY KANTÉ
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LES SEPT MARAVILLAS DE MALI
À LA HAVANE, EN 1968.
PHOTO DANS TÉLÉRAMA
 
C’était là, dans les mythiques studios Egrem logés au cœur de La Havane, qu’il fut enregistré par les Maravillas du Mali, des étoiles que certains iront même jusqu’à comparer à l’Orquestra Aragon, l’institution locale. 

Pas de doute, ce premier primesautier 45-tours fit définitivement entrer le Mali dans l’ère moderne. Quelques mots bien balancés pour conter sur fonds de flûtes enchantées et de percussions endiablées l’histoire véridique d’une hôtesse de l’air de la Sabena, cousine du batteur de l’orchestre, à qui le flûtiste Dramane Coulibaly donna rendez-vous pour aller guincher jusqu’à l’aube… 

Quelle histoire ! Car avant d’en arriver, tout commence le 22 septembre 1960, lorsque le Mali accède à l’indépendance. Et son président, Modibo Keita va vite promouvoir l’émancipation face au modèle colonial français. 

L’heure est à l’authenticité, une valeur de cohésion nationale qui prend tout son sens en musique. Il s’agit de composer un répertoire original, inscrit dans la modernité tout en labourant le champ fertile de la tradition. C’est ainsi qu’en 1963, dix jeunes musiciens originaires de tout le Mali sont recrutés pour aller suivre une formation à La Havane : l’un étudie la médecine, l’autre est employé des Postes, un autre tâte du ballon rond… Il y a Dramane, originaire de Ségou, pour qui la musique est une passion, et Boncana Maïga, un saxophoniste et banjoïste, le seul qui s’est déjà taillé une bonne réputation à l’Ouest du Mali avec le Negro Band de Gao. 

En janvier 1964, ils atterrissent à Cuba, où ils deviennent vite des symboles de l’amitié des pays frères. C’est le début d’un destin en rien banal pour un combo tout à fait original. Un an après leur arrivée, les Maliens intègrent le Conservatoire Alejandro Garcia où ils ont pour professeurs des maestros, dont Rafaël Lay, le boss de l’Aragon. 

Ils prennent pour nom les Maravillas du Mali, référence aux Maravillas de Florida, un groupe qui affole alors la jeunesse de La Havane. Quant aux jeunes Maliens, ils conquièrent la population cubaine séduite par leur mixture afro-cubaine, un gumbo 100% dansant. Ils s’offrent une tournée dans toute l’île, ils sont les stars musicales du Festival Panafricain et des semaines de coopération de la Havane de 1968 et feront même danser le Che ! 

De l’autre côté de l’Atlantique, la rumeur enfle. « Boogaloo sera Mali », pour paraphraser l’un de leurs thèmes emblèmes. Sauf que le 19 novembre 1968, un coup d’État renverse le Président Keita. Le lieutenant Moussa Traoré prend la direction du pays. Changement d’ambiance pour les amateurs d’indépendance cha cha, inversement de tendance pour les Merveilleux Maliens qui au même moment gravent pour la postérité leurs chachacha et guarachas, des son montunos et boléros de toute beauté… 

Parmi ceux-ci, Rendez-vous Chez Fatimata, qui sort en 45-tours : du Niger à la Guinée, toutes les familles chaloupent sur ses rythmiques collé-serré. Mais désormais associé à l’ancien régime, l’orchestre sitôt rentré au pays est ostracisé, bientôt dissous. Rendez-vous manqué avec l’histoire ! 

Jusqu’à ce qu’un demi-siècle plus tard, l’album soit enfin ressorti des oubliettes de la mémoire collective. Music video by Maravillas de Mali performing Rendez-vous chez Fatimata. © 2018 Heavy Surf / Decca Records France http://vevo.ly/fcbH2p

vendredi 26 avril 2019

CHILI: LES INDIENS MAPUCHE LUTTENT EN MUSIQUE POUR DÉFENDRE LEUR IDENTITÉ

L'INDIEN MAPUCHE KALFULLUFKEN PAILLAFILU, MEMBRE DU
GROUPE DE RAP "WECHEKECHE NI TRAWUN", LORS D'UNE
RÉPÉTITION  À SANTIAGO DU CHILI, LE 29 MARS 2019
PHOTO MARTIN BERNETTI
Sur la scène d’un parc de Santiago, le groupe de rap "Wechekeche Ni Trawun" formé de jeunes Indiens mapuche chante devant une centaine de spectateurs pour défendre les droits de leur communauté, utilisant la musique comme instrument de lutte.
FILUTRARU PAILLAFILU (G) ET ANA MILLALEO, MEMBRES DU
GROUPE DE RAP "WECHEKECHE NI TRAWUN", LORS D'UNE
RÉPÉTITION À SANTIAGO DU CHILI, LE 29 MARS 2019
PHOTO MARTIN BERNETTI
la tête ceinte du traditionnel bandeau "Trarilonco", trois membres du groupe crachent leur flow rythmé, tout en agitant chacun un wada, une sorte de maracas traditionnel de la culture mapuche.

Les Mapuche, ou "peuple de la terre" en langue mapudungun, représentent la communauté amérindienne la plus importante du Chili (9,1% de la population). Originaire du sud du pays ainsi que d'Argentine, ils sont en conflit avec l'Etat chilien depuis 1860, lorsque des colons ont occupé leurs territoires.

"La musique joue un rôle fondamental, elle accompagne le processus de lutte", confie à l'AFP avec fierté Filutraru Paillafilu, l'un des cinq trentenaires qui forment "Wechekeche Ni Trawun" ("Rencontre des jeunes" en mapudungun).

Les Mapuche exigent la reconnaissance de leur culture et la restitution de leurs terres ancestrales qui, avant l'arrivée des Espagnols au Chili en 1541, s'étendaient du fleuve Biobio à environ 500 kilomètres plus au sud. A la suite de conflits avec les gouvernements successifs, leur territoire s'est considérablement réduit. Aujourd'hui, ils ne possèdent plus que 5% de leurs anciennes terres.

Pour se faire entendre, les plus radicaux ont recours, depuis plus d'une décennie, à des actions violentes, en majorité des incendies criminels visant des installations d'exploitants forestiers, des églises. Mais pour le groupe de rappeurs fondé en 2004, la lutte peut aussi prendre d'autres voies.

La musique, selon eux, "soutient" le combat contre l'appropriation de leurs terres et l'usage excessif de la force contre les Mapuche lors d'affrontements avec la police. Et ils ne mâchent pas leurs mots.

Dans la chanson intitulée "Nous vaincrons l'Etat" (2017), le groupe s'adresse directement à ceux qu'ils considèrent comme des "oppresseurs" : "Tu emprisonnes, puis tu assassines et ensuite tu demandes pardon. Ton pardon est une insulte à ma nation".

- Tous métis -

Outre la lutte pour la restitution des terres, les musiciens désirent aussi transmettre la fierté d’être Mapuche à la jeune génération. "Nos textes parlent de tout ce qui touche à notre culture, notre histoire, notre lutte. On y ajoute aussi nos instruments", explique Filutraru, professeur de musique traditionnelle dans une école de Santiago.

Le groupe veut aussi montrer l'omniprésence de la culture mapuche dans la capitale chilienne. "Les gens ne savent pas que la moitié des noms (de rues, de communes) sont mapuche", regrette-t-il.

Chaque été, les musiciens se rendent dans les régions de La Araucania, Biobio et Los Rios, dans le sud du Chili, pour se produire devant les leurs, qui vivent souvent dans des conditions difficiles. Selon les statistiques, le taux de pauvreté du peuple mapuche est deux fois plus important que la moyenne nationale.

Au concert de Santiago, organisé pour récolter des fonds en faveur d'un enfant nécessitant des soins médicaux à l'étranger, seuls trois des membres du groupe sont venus chanter. Pour chaque concert, ils se relaient.

Différents groupes se succèdent sur scène. Mais quand "Wechekeche Ni Trawun" fait son apparition, le public s'anime. Certains spectateurs accompagnent le groupe de leur trutruka, un instrument de musique à vent traditionnel utilisé autrefois par les Mapuche pour se rassembler avant les combats.

Sur le plan musical, "Wechekeche Ni Trawun" associe son rap à du rock, de la salsa, de la cumbia, du RnB pour toucher autant de "frères" que possible, selon ses membres.

Les slogans contre la répression policière et en faveur de la libération du "Wallmapu" (territoire mapuche) se succèdent dans des chansons interprétées aussi bien en mapudungun qu'en espagnol.

"Nous sommes tous métis", explique à l'AFP Carolina, une éducatrice, parmi la foule de fans qui crient les paroles avec entrain. "Le mapudungun devrait être enseigné à l'école pour que nos enfants se rendent compte de l'interculturalité de notre pays", estime la jeune femme qui dit avoir, malgré son nom espagnol, du "sang mapuche".

"Faire de la musique est une responsabilité (...) celle de transmettre un message important qui va inspirer nos frères", conclut Filutraru Paillafilu.

Par Victorine BARRALES LEAL
AFP

HISTOIRE ET LITTÉRATURE, GUERNICA AUX ÉCHOS MULTIPLES


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GUERNICA BOMBARDEMENT 26 AVRIL 1937
 1937 - 26 AVRIL - 2019
82ÈME ANNIVERSAIRE DU TRAGIQUE
 BOMBARDEMENT DE LA VILLE DE GUERNICA 

Même ceux qui ignorent à peu près tout de la guerre d’Espagne connaissent ce nom, « Guernica ». Il est un exemple, peut-être unique, des effets d’illustration que l’art peut provoquer de l’Histoire en train de se vivre et du dépassement de l’événement qu’il opère.

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Attaque aérienne contre la petite ville basque espagnole, le lundi 26 avril 1937, le bombardement de Guernica (sous le nom de code opération Rügen) par 44 avions de la Légion Condor allemande nazie et 13 avions de l’Aviation Légionnaire italienne fasciste, a été un appui au Coup d’État fomenté par Franco contre le gouvernement légitime républicain espagnol. La ville fut rasée, ses habitants tués, l’horreur a provoqué la réprobation générale, à tel point que la contre-propagande fasciste a accusé les habitants d’avoir eux-mêmes fomenté cette opération inqualifiable. Outre les mises au point républicaines, la toile de Picasso qui porte le nom de la ville martyre, exposée pour la première fois à l’Exposition internationale de Paris, du 12 juillet 1937 à la fin de l’année 1937, a été un facteur décisif de l’internationalisation du conflit.

Pour l’évoquer, choisissons quatre fictions parmi la trentaine de romans qui, des années 90 à aujourd’hui, inscrivent ce nom comme fait et métaphore d’un combat. Deux de ces fictions sont récentes (2018) : Pour qui meurt Guernica ? de Sophie Doudet et Guernica 1937 d’Alain Vircondelet. Deux autres un peu plus anciennes : L’enfant de Guernica de Guy Jimenès (2010) et Guernica de Carlo Lucarelli (1998). Sélectionner ces quatre œuvres répond à la fois à l’actualité de publications, au 80e anniversaire de la fin de cette guerre, et à un choix personnel.

19 JUILLET 1936 : UNE DES RARES AFFICHES OÙ LE PRÊTRE,
LES MILITAIRES ET LE GROS CAPITALISTE SONT DÉSIGNÉS
COMME LES ENNEMIS À COMBATTRE



PICASSO, GUERNICA


Un des lecteurs de Voix endormies de Dulca Chacón écrivait en 2006 : « Je crois que nous devons accepter l’idée que ce conflit est très peu perçu par les jeunes générations pour lesquelles l’Espagne est davantage le pays du soleil et des vacances que celui de l’incroyable dictature de Franco même si cette guerre nous a aussi valu un chef-d’œuvre comme Guernica qui, à mes yeux, représente l’expression la plus extraordinaire de l’horreur en peinture ». Entre le réalisme de l’affiche supra et le symbolisme de la toile de Picasso, comment se situer et pour parler de quoi, comment écrire Guernica pour différents publics ? Quelques titres montrent qu’une autre sélection était possible : Le roman de Guernica de Paul Haïm (1999), Le chêne de Guernica de Gracianne Hastoy (2003), 1937-Paris-Guernica de Thierry Beinstingel (2007), Les dernières heures de Guernica de Gordon Thomas, Max Morgan-Witts et al. (2007), Les larmes de Guernica d’Andrès Marquez Vallina (2013), Le Héron de Guernica  d’Antoine Choplin (2015), Tomka, le gitan de Guernica de Giuseppe Palembo, Massimo Carlotto et al. (2017)  ou Les Noces de Guernica, tome 3 des Aventures de Boro de Dan Franck et Jean Vautrin (2017), etc.

Les quatre fictions retenues sont très différentes malgré leur focalisation commune, dès leurs titres, autour du nom de la petite ville. Le roman d’Alain Vircondelet est une variation sur l’année 1937 (un peu avant et après aussi) des amours de Picasso, sur lesquelles il a tant été écrit. Les fictions de Sophie Doudet et de Guy Jimenes sont plutôt des romans jeunesse qui, pourtant, se laissent bien lire par des adultes. Enfin le roman de Carlo Lucarelli est un roman noir, de type policier, dans le monde glauque de la guerre civile.

HISTOIRE ET LITTÉRATURE, GUERNICA AUX ÉCHOS MULTIPLES 
Si l’on s’en tient au titre choisi et au contexte de parution du roman, il est normal de commencer par la fiction d’amour, de passion et de destruction d’Alain Vircondelet. Son roman est publié en même temps que l’exposition Guernica à Paris en 2018, sans la célèbre toile, impossible à déplacer. Le romancier centre son propos sur Dora Maar – avec le défi de dire autrement cette histoire après le très beau Moi, Dora Maar de Nicole Avril (2002) – et sur le contexte de création de la toile. Ce second défi n’était pas moindre tant il a été écrit à ce sujet. La jaquette de diffusion du roman est explicite : nous allons lire l’histoire d’un couple plus que l’histoire d’une peinture. On sait, en effet, que Picasso demanda à Dora de photographier chaque étape de sa création pour progresser dans son élaboration.

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Car le propos d’Alain Vircondelet apparaît assez clair quoiqu’adroitement distillé de page en page : Picasso n’était pas véritablement engagé. Oui, certes, l’Espagne en guerre le préoccupait mais certainement moins qu’elle ne préoccupait Dora. Le peintre est alors aux prises avec une vie amoureuse compliquée entre deux femmes, ce que reproduira la fresque « Guernica ». Celle-ci dit son histoire personnelle plus qu’elle n’est une œuvre délibérément engagée pour l’Espagne républicaine. On ne peut nier que Picasso n’ait pas cherché à « illustrer » le bombardement mais il est difficile d’admettre que l’intime y supplante l’engagement et le souci du collectif. Le romancier revendique dans une sorte de note finale les droits de l’imaginaire à même de rencontrer la réalité. Sur 195 pages, le quart évoque la toile en train de se faire puis exposée et diversement appréciée alors. Deux chapitres lui sont consacrés dans la seconde partie du roman :

« Les invités arrivèrent dans l’atelier et Picasso dévoila la toile. Elle apparut dans sa splendeur horizontale, comme un vaste panorama qu’aucun horizon ne venait borner, envahissant tout l’espace, et les invités demeurèrent stupéfaits. Le silence était perceptible. Dora mesurait la force du tableau que d’une certaine façon elle avait, elle aussi, fait naître. […] C’était un après-midi près des quais de la Seine ; Mais c’était aussi le crépuscule atroce du 26 avril à Guernica. Le désert de cendres fumantes et de corps agonisants ou terrassés d’où surgissait la fierté brutale du taureau aux naseaux enflés de fureur. C’était Guernica et ce n’était pas seulement Guernica. C’était d’abord le tout de la violence, l’abomination de toutes les guerres ».

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Alain Vircondelet évoque aussi de la « réverbération incandescente » de la toile. Et, quittant la toile, il s’interroge, dans la fin du roman, sur l’impossible survie de la liaison amoureuse entre Picasso et Dora après l’accomplissement de ce chef d’œuvre qui les a unis et qui, désormais, les sépare. Le taureau a anéanti sa proie comme la guerre anéantit l’humain. L’Autopsie d’un chef-d’œuvre, Guernica de Laurent Gervereau (1996) est à relire pour approfondir et complexifier cette interprétation.

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Pour qui meurt Guernica ? de Sophie Doudet est conçu comme une fiction de transmission de l’histoire à destination de la jeunesse et plus généralement à celles et ceux qui n’ont pas cette mémoire. En effet l’histoire racontée est encadrée par un avertissement : « l’histoire que vous allez lire est une fiction mais elle se déroule dans le contexte historique de la guerre d’Espagne… » Puis les 17 chapitres du roman sont suivis de tout un dossier sur l’Espagne en 1937, sur Guernica et sur Picasso.

À Vitoria, les parents de Maria, engagés du côté républicain, se rendent compte de l’avancée des troupes franquistes et pensent mettre leur fille de 16 ans à l’abri des bombardements qui s’intensifient en l’envoyant chez une cousine à Guernica. C’est avec réticence que Maria prend le train car chez ces cousins elle trouve une toute autre ambiance, très catholique et peu favorable à tous les signes qu’elle affiche de son adhésion à la République. Elle trouve heureusement un appui dans son cousin, Tonio : l’amour des adolescents inscrit une touche d’espoir tout au long de la fiction. Le bombardement est décrit avec force détails et Maria et Tonio feront partie des rares survivants. Ils parviendront, par des voies différentes, à quitter l’Espagne franquiste et se retrouveront, un peu miraculeusement, devant la toile de Picasso à l’Exposition de Paris. Maria, accompagnée du padre Ramos, arrive à l’inauguration du pavillon espagnol, coincé entre le pavillon allemand et le pavillon soviétique. Peu de monde, une exposition déroutante pour la jeune fille : « Alors, elle se tient bien droite et lève le poing en murmurant les seuls mots dont Tonio lui avait affirmé qu’ils tiennent parfois devant la mort », les mots de Federico Garcia Lorca. Quelqu’un finit avec elle le poème : Tonio, retrouvée et dont la silhouette se détache « sur un immense tableau en noir et blanc. […] Ils sont à peine étonnés de se retrouver, comme si se tenir là devant la toile de Picasso était une évidence ». La romancière souligne l’extraordinaire de ses retrouvailles pour accentuer la solitude de l’Espagne républicaine qu’accuse le peu de monde présent à cette inauguration : « Au rez-de-chaussée, Maria et Tonio ouvrent grands leurs yeux devant la gigantesque toile. Elle couvre tout le mur et les écrase avec ses monumentales figures. Face au cheval transpercé par une lance, au taureau dressé au-dessus de la mère pleurant son enfant mort, Maria et Tonio sont un peu déboussolés. Ils ne reconnaissent rien : ni la ville, ni les flammes, ni les avions, ni leurs bombes. L’absence de couleurs rappelle la fumée des incendies mais dans leur souvenir le rouge du sang et du feu dominait. Les corps gisent ou crient, fragmentés et géométriques. Tout est brisé et déchiré dans un chaos monstrueux mais ce n’est pas leur histoire. Le tableau leur semble froid, trop construit, à la fois inhumain et trop symbolique. Tonio serra la main de Maria à lui faire mal : non, ce n’est pas Guernica ! Ce n’est pas cela ! Quel imbécile il était de croire qu’il retrouverait ici ce qu’il a définitivement perdu là-bas ».

Maria ne veut pas partir, elle le retient, contemple longuement la toile jusqu’à ce que leurs deux mémoires réveillent des significations de la composition. Tonio dépose sur la toile les cendres qu’il a emportées. A la sortie, tous deux vont planter les glands du chêne de Guernica que Maria a conservés. Ce roman très accessible et bien construit autour de ces deux jeunes adultes brassent de nombreuses thématiques de la guerre civile : les courants antagonistes, le rôle de la propagande et des relais médiatiques, le devenir des survivants qui perdent tout et doivent lutter pour dire la vérité. Toutes ces questions n’ont rien perdu de leur actualité.

ILLUSTRATION DE CAROLE HÉNAFF POUR LA
COUVERTURE DE L'ENFANT DE GUERNICA

(OSKAR ÉDITIONS)
C’est autrement que Guy Jimenès avait réveillé la mémoire de Guernica et de ses symboles dans son roman de 2010, L’Enfant de Guernica qui a obtenu le Prix des Incorruptibles 2009 (vote adulte). Le roman s’appuie sur des sources attestées sans renoncer à l’invention au plus près d’une documentation. Comme le roman de Sophie Doudet, il est accompagné d’un dossier. La fiction elle-même est entrelacée par des étapes de l’analyse de la toile de Picasso que Victor, le compagnon d’Isaura la protagoniste, écrit au fur et à mesure qu’il essaie de créer une pièce de théâtre. De nombreuses citations et des extraits de documents de l’époque sont également engrangés en cours de récit sans que jamais cela n’alourdisse son rythme.

Le roman lui-même est composé en deux temps : une première partie, « Gernika », d’une cinquantaine de pages, raconte le bombardement, en privilégiant deux familles socialement différentes et leurs deux garçons du même âge, Emilio et Andrès, en une cinquantaine de pages. Une seconde partie d’une soixantaine de pages, intitulée « L’exhumation » transporte le lecteur vers une fosse de républicains dont des archéologues se chargent d’exhumer les corps ; une troisième partie, de 70 pages, intitulée « Guernica » raconte les éclaircissements recherchés par Isaura auprès d’un père qu’elle adore, plus âgé que sa mère, mais taiseux sur le passé et une mère française l’ancrant avec légèreté dans le présent de l’Espagne. Isaura est archéologue et veut participer à une fouille de fosse commune où ont été jetés des Républicains – on voit une séquence de ces actions dans Le Silence des autres –, de l’ARMH (Association pour la récupération de la mémoire historique) mais quelque chose la retient d’en parler à ses parents et surtout à son père. Au fond d’elle, elle se dit que le silence de celui-ci sur le passé est peut-être dû à un engagement du côté des franquistes.

Le texte d’ouverture est énigmatique mais il prépare le déroulement narratif. En tout cas, il prend tout son sens une fois le récit achevé : « Guernica est un condensé de douleurs. Il resserre l’espace, enferme comme dans un labyrinthe. Le guerrier gisant et les énormes jambes nous atterrent. La mère renversant la tête pour implorer le ciel donne à éprouver l’abandon dans la mort de cet enfant qu’elle porte au creux de son bras.
Face au tableau, Andrès observe le taureau humain qui garde l’impassibilité d’un dieu, à moins qu’il ne soit en alerte. Mais que pourrait-il découvrir derrière lui de plus abominable que cet enfer sur terre ?
Et si, simplement, le Minotaure détournait la tête, indisposé par la porteuse de lumière ? »

Il faudra toute la fiction pour découvrir les secrets d’Andrès et ce moment, mis en exergue, où sa fille l’a convaincu d’aller voir la fresque de Picasso, une fois qu’elle lui a expliqué qu’elle n’est en rien « réaliste » et qu’il n’y a pas d’avions dont il a la phobie. La visite au musée est décrite avec beaucoup de précision et de sensibilité : « papa avançait vers son passé » pense Isaura. C’est un roman d’une grande efficacité à la fois narrative et historique qui embrasse le passé et l’avidité des jeunes générations à en récupérer les richesses et les horreurs. Isaura serait alors cette « porteuse de lumière » de l’ouverture et Andrès, le père, ce Minotaure qui veut oublier la guerre, en détournant la tête ? La mère implorante avec son enfant au creux de son bras trouve, elle aussi, une actualisation dans l’histoire toute humaine de Guernica.

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Carlo Lucarelli est un écrivain connu pour ses romans policiers et il appartient à la tradition du journalisme italien d’investigation. Guernica est son quatrième roman, traduit en français en 1998. La date initiale du prologue, « Madrid, 10 avril 1937 » et le titre du 4e chapitre, « Guernica » donnent la mesure temporelle de l’histoire qui se déroule donc en quinze jours. Nous ne sommes plus cette fois dans la mémoire républicaine : le romancier nous place dans le camp des phalangistes pour suivre un couple un peu rocambolesque : Filippo Stella est tout sauf recommandable : espion, agent double, contrebandier et tueur à gages ; il s’apprête à prendre la poudre d’escampette car il trouve que l’Espagne de ces temps n’est pas très vivable. Mais il est rattrapé par un légionnaire du Corps des Troupes volontaires, italien comme lui. En échange de sa vie, il est sommé de servir d’ordonnance au capitaine Degl’Innocenti, débarqué en Espagne pour ramener en Italie la dépouille d’un « ami-camarade-mort » « touché à la poitrine par une rafale de mitraillette pendant l’assaut de Guadalajara ». Il ne peut faire autrement que d’accepter – c’est lui le narrateur de l’histoire – et, d’informations fausses et indications vraies, le couple improbable traverse le nord de l’Espagne de Madrid à Guernica. On voit très vite se profiler, derrière la silhouette du capitaine et de son ordonnance, l’ombre parodique de Don Quichotte et Sancho Panza : « Tu vois ce capitaine grand et blond avec une tête de con ? me dit le commandant. Voilà ta mission, légionnaire Stella. Tu es son ordonnance ».

L’arrivée dans la cathédrale de Sigüenza est l’occasion pour le romancier de donner une énumération de l’hétéroclite des troupes franquistes et de certains de leurs méfaits : « Il y avait les héros de l’Alcàzar, la poitrine noire couverte de médailles et le bras tendu montrant le poignard qui, à la fin de l’assaut, avait fait bouillonner de sang communiste les caniveaux des rues de Tolède. Il y avait les Navarrais du général Mola et ses requetes au béret basque couleur rubis qui, à Irùn, étaient montés à l’assaut derrière le crucifix, les regulares de Franco et les chemises bleues de la Phalange de Sant’Ignacio qui, à Badajoz, s’étaient fait photographier aux fenêtres des maisons en train de balancer dans la rue les têtes coupées des anarchistes. Il y avait les leales du général Queypo de Llano lequel, excité par le vin de Séville, avait mitraillé en éventail les habitants des banlieues en les fusillant douze par douze, et aussi les bandes armées fascistes d’Arconovaldo Bonaccorsi qui était venu de Bologne pour prendre Palma de Majorque et dont les bottes, à l’aéroport, étaient trempées de sang jusqu’à l’empeigne. Et il y avait les Africains convertis du Maroc, leur calot avec le gland de travers sur leurs cheveux crépus et, glissée contre leur jambe, entre les bandes molletières, la lame longue et étroite dont ils se servaient pour saigner les chèvres dans les villages du Sahara et ici, en Espagne, pour couper la gorge des femmes de Cadix, de Málaga et de Majorque, après les avoir violées.
Tous à genoux dans la nef et aux pieds du Christ agonisant, les mains serrées sur leurs fusils et leurs épées, les yeux baissés et les lèvres prêtes pour répondre au Pater Noster et à Gratia Plena ».

Saisissante description qui, plus qu’un discours, dénonce la guerre cruelle et les méthodes sanguinaires pour anéantir les Républicains. Tout serait à citer dans ce roman tendu, efficace, parodique et à l’humour noir. Il est introduit et conclu par des poèmes : celui de B. Brecht et celui de J.L. Borgès. Il se suspend avec l’arrivée à Guernica des deux compères : « Le soir, nous sommes passés à côté d’un champ où deux paysans piochaient la terre, en bras de chemise, la casquette calée sur le front et le fusil en bandoulière. Ils s’arrêtèrent un moment de travailler pour nous regarder passer, et je me demandai ce qu’ils pouvaient bien penser en voyant ce couple étrange, un type grand et maigre en train de délirer sur un cheval, les bras ouverts et une cuvette sur la tête, et un autre, petit et gros, qui le suivait à dos de mulet.
Où étions-nous ? Dans l’Espagne rouge ou dans la noire… en Castille, en Navarre ou en Andalousie… au Pays basque… à Guernica ? Où étions-nous, mon capitaine et moi ? Je ne le savais plus ».

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En choisissant le point de vue de ce légionnaire italien, sans foi ni loi si ce n’est la loi du gain de la guerre, Carlo Lucarelli choisit d’en dénoncer le plus abject non sans ménager des zones d’idéalisme personnifiées par le capitaine donquichottesque. C’est un roman contre la guerre qui permet aux instincts les plus bas de se déployer, un roman d’une portée redoutable par sa force d’écriture. Il rejoint le point de vue développé par un personnage de Victor Del Árbol dans son roman traduit en français en 2019, Par-delà la pluie. Simón a été gardien des prisonniers républicains, après la victoire, dans la vallée de los Caídos . Plus tard, il explique à un jeune thésard : « La première chose que tu dois savoir, c’est que les guerres ne sont qu’un début. Cinq minutes après le premier coup de feu, le reste n’a plus d’importance. Soudain, les gens qui ont vécu en paix, de façon civilisée, se déchiquettent, volent, assassinent, incendient, violent. À la guerre, nous pouvons mordre, détruire, outrepasser les limites et tout sera justifié par l’existence de l’ennemi. À une seule condition, de réintégrer notre tanière quand le maître nous siffle, ayant considéré que l’incident est clos. Alors il faut appliquer le cataplasme de la justification et de l’excuse face à nos atrocités, reconstruire ce qui a été détruit, éteindre les incendies, renvoyer les morts dan les catacombes, oublier ou faire semblant ». Le choix du point de vue, fait par Carlo Lucarelliest, en soi, une prise de position sur cette guerre. Mais c’est aussi, bien sûr, un choix pour dénoncer l’horreur de la guerre que Picasso a su rendre dans sa toile.

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Dans le poème qui conclut son cycle d’eaux fortes, Rêve et mensonge de Franco, qui précède la toile, première évocation de la guerre civile au début de l’année 1937, Picasso écrit : « Cris d’enfants cris de femmes cris d’oiseaux cris de fleurs de charpentes et de pierres cris de briques cris de meubles de lits de chaises de rideaux de casseroles de chats et de papiers cris d’odeurs qui se griffent cris de fumée piquant au cou les cris qui cuisent dans la chaudière et cris de la pluie d’oiseaux qui inondent la mer ». Dans cette dramatique cascade d’images verbales, il n’y a pas d’anecdote : le cri devient le symbole de la face d’ombre de l’existence humaine. Cette signification du travail du peintre, un écrivain algérien l’a bien comprise, à la fin de la guerre qui avait meurtri son pays quand il s’engage dans un roman qui tourne le dos au réalisme. Mohammed Dib explique dans une postface de son roman publié en 1962, Qui se souvient de la mer, ce qu’il a tenté de faire pour « écrire » la violence et ne pas banaliser l’horreur en référence à la toile Guernica de Picasso :

« La brusque conscience que j’avais prise à ce moment-là du caractère illimité de l’horreur et, en même temps, de son usure extrêmement rapide est, sans aucun doute, à l’origine de cette écriture du pressentiment et de vision. […] Comment parler de l’Algérie après Auschwitz, le ghetto de Varsovie et Hiroshima ? Comment faire afin que tout ce qu’il y a à dire […] ne se dissolve pas dans l’enfer de banalité dont l’horreur a su s’entourer et nous entourer.
J’ai compris alors que la puissance du mal ne se surprend pas dans ses entreprises ordinaires, mais ailleurs, dans son vrai domaine : l’homme – et les songes, les délires, qu’il nourrit en aveugle et que j’ai essayé d’habiller d’une forme. L’on conviendra que cela ne pouvait se faire au moyen de l’écriture habituelle. »

Entre l’information pour nourrir la mémoire et la métaphore ou le symbole, les créations littéraires se fraient leur voie. Comme l’a exprimé Toni Morisson, l’histoire informe et l’art éclaire. En art, la littérature n’est pas monolithique et entre par toutes les portes dans l’Histoire.
• Sophie Doudet, Pour qui meurt Guernica ?, Scrinéo, août 2018, 218 p., 14 € 90• Guy Jimenes, L’Enfant de Guernica, Oskar éditeur, 2010 (rééd. 2013), 230 p., 12 € 95• Carlo Lucarelli, Guernica, trad. de l’italien par Arlette Lauterbach, Gallimard, « La noire », avril 1998, 144 p., 10 € 85• Alain Vircondelet, Guernica 1937, Flammarion, mars 2018, 194 p., 18 €

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mercredi 24 avril 2019

GOOGLE DÉPLOIE UN CÂBLE SOUS-MARIN VERS LE CHILI

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GOOGLE DÉPLOIE UN CÂBLE SOUS-MARIN VERS LE CHILI
SANTIAGO (Reuters) – Google Inc. de Alphabet Inc a réalisé un câble sous-marin de 10 000 kilomètres reliant la côte californienne au Chili. Il s'agit d'une étape importante dans la planification de son infrastructure informatique globale en nuage.
6Temps de Lecture 9 min 41 s
FIBRE OPTIQUE, EN ATTENDANT LE CÂBLE
DANS LA PLAGE LAS TORPEDERAS 
À VALPARAÍSO AU CHILI 
Le câble, baptisé Curie Project, est arrivé mardi dans le port chilien de Valparaiso, a annoncé Google dans un article publié sur son site web régional. Le câble commence à Los Angeles avant de se diriger vers l’Amérique du Sud sous l’océan Pacifique.

LE DIAGRAMME MONTRE 3 NOUVEAUX 
INVESTISSEMENTS DANS LE CÂBLE 
SOUS-MARIN, AUGMENTANT LA 
CAPACITÉ AU  CHILI, DANS LA RÉGION
ASIE-PACIFIQUE ET OUTRE-ATLANTIQUE
Google a beaucoup investi dans l'infrastructure technologique, en particulier dans d'importants câbles sous-marins qui connectent son réseau mondial. Les autres connexions incluent un câble reliant les États-Unis au Danemark et à l'Irlande, ainsi que d'autres concentrateurs de connexion en Asie.

La ministre chilienne des Transports et des Télécommunications, Gloria Hutt, a déclaré dans une déclaration sur l'arrivée du câble que la nouvelle connexion "offrira des avantages et des opportunités à des millions d'internautes" au Chili.

Google dispose d'un centre de données dans la capitale chilienne, Santiago. Le pays s’emploie à mettre en place un réseau de fibres optiques pour relier l’ensemble du pays et poursuit la mise en place d’un plan distinct pour l’installation d’une ligne sous-marine avec l’Asie.
LE CÂBLE, BAPTISÉ CURIE PROJECT, EST ARRIVÉ
DANS LE PORT CHILIEN DE VALPARAISO
Reportage de Natalia Ramos à Santiago; Écrit par Adam Jourdan, édité par G Crosse
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lundi 22 avril 2019

GRAFFITY FILM - ANIMA BUENOS AIRES STENCIL TANGO

GRAFFITY FILM - ANIMA BUENOS AIRES STENCIL TANGO
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YOUTUBE

vendredi 19 avril 2019

F. J. HAYDN - DIE WORTE DES ERLÖSERS AM KREUZE

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LA CHUTE DU CHRIST SUR
LE CHEMIN DU CALVAIRE
(HUILE SUR TOILE, 1772),
PAR GIOVANNI DOMENICO

 TIEPOLO (1727-1804).
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« LES SEPT DERNIERES PAROLES DU CHRIST EN CROIX » 
JOSEPH HAYDN, 
INTERPRÉTÉ PAR LE CONCERT DES NATIONS 
DIRIGE JORDI SAVALL