samedi 15 février 2020

LE PRÊTRE GUÉRILLERO

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POCHOIR CAMILO TORRES
PHOTO DANIEL AFANADOR 
Né à Bogota le 3 février 1929 dans un milieu aisé, Camilo est issu d'un mariage recomposé. De 1931 à 1934, il habite à Barcelone et à Bruxelles – la Belgique fut essentielle dans sa formation intellectuelle. Ses parents séparés, il vit avec sa mère, une femme de tempérament, et suit le collège allemand de Bogota puis le lycée Cervantès, deux institutions de renom. Son adolescence est insouciante malgré son intérêt pour la religion au cours de retraites organisées par les Jésuites. Il fréquente les enfants de la haute société et même la fille d'un ancien président. Mais, peu à peu, le jeune étudiant s'interroge sur son environnement doré et sur le sens de sa vie.

En 1947, il quitte l'université après un semestre de droit. Il se lance dans le journalisme mais finit par entrer au séminaire. Avril 1948: l'assassinat du leader libéral Jorge Eliecer Gaitán enflamme Bogota. Les campagnes, exaspérées par la situation politico-sociale, suivent le Bogotazo. L'armée du gouvernement conservateur affronte les bandoleros libéraux. Dans un pays déjà marqué par l'instabilité et la violence (voir la guerre des Mille jours, 1899-1902), cette guerre civile impitoyable (la Violencia) se termine au prix de 300 000 morts en 1953.

Alors que la Colombie signe un Pacte national boiteux entre libéraux et conservateurs, Torres est ordonné prêtre en 1954. Puis, il étudie à l'université catholique de Louvain (Belgique), où des générations d'étudiants protestataires latino-américains se formeront. Au sein d'une université fameuse pour abriter les divers courants libéraux catholiques romains, il connaît l'émulsion. Pétri de sociologie, sa matière préférée, et frotté de syndicalisme chrétien, il fonde avec des étudiants colombiens un groupe de réflexion et aiguise son regard critique.



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«CRUZ DE LUZ OU CAMILO TORRES», 
 AUTEUR-COMPOSITEUR DANIEL VIGLIETTI 1967; 
INTERPRÉTÉ PAR PAR VICTOR JARA, 
PARU DANS LE  VINYLE LP – JJL -03, 
FACE B , « PONGO EN TUS MANOS ABIERTAS »,
 CHEZ JOTA – JOTA, SANTIAGO DU CHILI 1969.
    Sa mémoire de licence en poche en 1959 (publié en 1987 sous le titre explicite de «La prolétarisation de Bogota»), Torres est nommé chapelain de l'université nationale. Créatif, il engage de nombreux projets de recherche, notamment en matière de sociologie urbaine, dont il est précurseur en Colombie, et fonde la faculté de sociologie avec Orlando Fals Borda en 1960. Au gré d'investigations dans les quartiers miséreux de Bogota, il sent l'urgence du changement tandis que la révolution cubaine bouleverse la donne politique en Amérique latine et que le Concile Vatican II lance l'aggiornamento de l'Eglise catholique romaine.

    En effet, le Concile Vatican II (1962-65), commencé sous les auspices du bon pape Jean XXIII et terminé avec l'intellectuel Paul VI, ouvre le Vatican sur le monde moderne en marquant une inflexion sur sa gauche. Les encycliques sur la paix, l'injustice, la pauvreté et le partage s'enchaînent durant toute la décennie (notamment «Pacem in terris», «Mater et Magistra» et «Populorum progressio»). Cette ouverture historique permet aux catholiques éclairés, réformateurs ou progressistes de se faire entendre.

    Dans ce contexte ecclésial favorable, l'engagement de Camilo Torres trouve un élan supplémentaire. Mais le haut clergé colombien, très conservateur, ne voit pas d'un bon oeil ce prêtre trop écouté des étudiants universitaires. Son sens critique dérange. Sa dénonciation des inégalités incommode. Après moult polémiques, le cardinal Luis Concha Córdoba obtient sa destitution de son poste de chapelain. Muté dans la petite paroisse de Veracruz, Torres continue cependant son intense activité en milieu paysan. En 1963, il préside le premier congrès de sociologie de Colombie et parle de «la violence et des changements socioculturels dans les régions rurales colombiennes». Il met le doigt là où ça fait mal, veut résoudre l'équation «fils de Dieu et membre de la société», comme il disait, et appelle à une révolution pacifique des structures économico-sociales. Celui qui se définit comme un «sociologue, prêtre et colombien» est de moins en moins en odeur de sainteté auprès de l'oligarchie, des politiques traditionnels et, surtout, de ses supérieurs.

    En 1964, ce contestataire retourne cependant à l'université comme professeur associé à la faculté de sociologie et à l'Ecole supérieure d'administration publique. Occupant de nombreuses fonctions, ce travailleur infatigable met sur pied une coopérative de développement rural et incorpore le très modeste Institut colombien pour la réforme agraire. Mais ses positions exaspèrent. Il doit quitter son poste de Veracruz. Jugé radical, il est constamment l'objet de pressions d'une cléricature engoncée dans ses privilèges. L'Eglise n'est d'ailleurs pas seule à le honnir: de retour d'un congrès au Pérou, il est provisoirement détenu par la police à l'aéroport...

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    POCHOIR CAMILO TORRES
    Le 27 juillet 1965, Camilo Torres célèbre sa dernière messe. Sans quitter la prêtrise, il retourne à l'état laïc. N'écoutant même pas Rome, qui réclame le dialogue, l'Eglise colombienne se débarrasse avec soulagement d'un gêneur – mais un révolté émerge de son sein. Torres prend langue avec la guérilla émergente de l'ELN (Armée de libération nationale, sympathisante castriste). Parallèlement, cet activiste désormais populaire donne des conférences fiévreuses, dirige des manifestations antigouvernementales d'ampleur nationale, et met sur pied la plate-forme du Front uni (un mouvement de divers groupes progressistes dont le but est de solutionner les problèmes nationaux). Mais l'agitation sociale est étouffée et des paysans indociles bombardés; de petites républiques indépendantes récusent le pouvoir établi (expérience de Marquatalia); la campagne présidentielle de 1966 est électrique... La Colombie, fébrile.

    Camilo Torres signe alors éditoriaux et articles dans le journal du Frente Unido. Inscrit dans le sillage du renouveau du Vatican, il pousse l'ouverture annoncée dans ses retranchements et choisit une criante option révolutionnaire dans la défense des pauvres et des opprimés. Refusant le jeu inefficient et douteux des deux grands partis politiques libéral et conservateur, il prône l'abstention électorale. Mais ses positions le renvoient encore dans une impasse, aussi rapidement que sa fulgurante trajectoire dans le ciel troublé de la Colombie des années soixante.

    Durant les six derniers mois de 1965, il écrit de longs messages qui sonnent comme des épîtres adressées aux secteurs les plus variés de la société colombienne. À ses coreligionnaires, il écrit: «La révolution n'est pas seulement permise mais obligatoire pour les chrétiens qui voient en elle l'unique manière efficace et large de réaliser l'amour pour tous.» Aux communistes, ce partisan du non-alignement tend la main. Il objurgue l'armée de ne pas être aux ordres de la bourgeoisie, mais de servir le peuple. Il appelle paysans, syndicalistes et étudiants à s'unir dans un vaste projet révolutionnaire et pluriel dans lequel il veut inclure les femmes, dont il parle avec tendresse.

    Mais ses contacts sont connus de l'armée. Étiqueté subversif, il sait que les tribunaux peuvent le poursuivre – ou qu'il peut simplement être abattu... Marginalisé par sa hiérarchie, irritant les partis dominants, il estime que le devoir d'un chrétien passe désormais par les armes. Il franchit le Rubicon fin 1965 et gagne le maquis de l'Armée de libération nationale (ELN). Ses dernières recommandations sont: «Pas un pas en arrière! La Libération ou la mort!». Camilo Torres meurt lors de son premier accrochage avec l'armée.

    Important et populaire de son vivant en Colombie, sa renommée dépasse alors les frontières de son pays, qui s'enfonce dans la tourmente. Sa mère résuma bien sa fortune héroïque: «Camilo est né quand ils l'ont tué.» La légende du prêtre rouge, guérillero révolutionnaire et chrétien, à vrai dire plus homme d'action que théologien, se répand avec la nouvelle de son martyr, même s'il sera souvent éclipsé par Ernesto Guevara, son contemporain, bientôt mort en 1967. La photo de Camilo a en effet souvent orné les murs de chambres d'étudiants latino-américains au côté de celle du «Che».
     
    Thibaud Kaeser  paru le MERCREDI 23 AOÛT 2006

    dimanche 9 février 2020

    «CHILI: LES PARTICULIERS ENDETTÉS ONT DU MAL À REMBOURSER LEURS CRÉDITS»

    CHILI: LES PARTICULIERS ENDETTÉS ONT
     DU MAL À REMBOURSER LEURS CRÉDITS»   
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    RADIO FRANCE INTERNATIONALE

     ÉMISSION « REPORTAGE INTERNATIONAL », 
    «CHILI: LES PARTICULIERS ENDETTÉS ONT DU MAL À REMBOURSER LEURS CRÉDITS»   
    PAR JUSTINE FONTAINE,  DIFFUSION SAMEDI 08  FÉVRIER 2020

    Près des deux tiers des Chiliens sont endettés et plus quatre millions et demi d’entre eux (sur 17 millions d’habitants au Chili) ne parviennent pas à payer leurs dettes. Voici le résultat d’une étude publiée par la Banque centrale du Chili il y a quelques mois.

    Un endettement record dans ce pays, lié à des prêts immobiliers ou des achats à crédit dans de grandes surfaces... mais aussi à des prêts contractés pour payer l’éducation ou des frais de santé. Et c’est l’une des grandes revendications des Chiliens mobilisés dans la rue depuis mi-octobre : ne plus avoir à s’endetter pour accéder à des services publics. Reportage à Santiago de notre correspondante.

    jeudi 6 février 2020

    ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE RUBÉN DARÍO

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    RUBÉN DARÍO
     ILUSTRACION ESPAÑOLA Y AMERICANA, 1892 

    ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE RUBÉN DARÍO  
    1916 -6 FÉVRIER- 2020 
    On identifie trop souvent le poète nicaraguayen Rubén Darío avec le mouvement, surgi dans la littérature hispano-américaine à la fin du XIXe siècle, qui reçut le nom de modernisme. L'année 1888, date de la publication de son premier grand recueil, Azul (Bleu), est même considérée, par certains, comme celle de l'origine officielle du mouvement. 
    SYLVIA MOLLOY 
    par Sylvia MOLLOY
    En réalité, il s'agit d'un phénomène collectif : plusieurs écrivains, dont Martí, del Casal, Gutiérrez Nájera, Díaz Mirón et Silva, prennent conscience d'une réalité littéraire nouvelle. Depuis la rupture politique avec l'Espagne, l'histoire littéraire de l'Amérique hispanique s'était réduite à une série de tâtonnements, dominée çà et là par de grandes figures isolées - Sarmiento et Montalvo, entre autres - dont l'œuvre dépassait les limites strictement littéraires.

    1. Le « complexe de Paris »

    ÉDITION PRINCEPS, D'«AZUL» 
    Né en 1867 à Metapa, Rubén Darío manifeste, dès sa jeunesse, les signes d'une vocation poétique. Il se nourrit de littérature française et, possédé d'un désir d'évasion que Pedro Salinas a qualifié, à juste titre, de « complexe de Paris », il erre, de 1891 à 1893, à travers toute l'Amérique hispanique. En 1888, il publie au Chili Azul, qui lui vaut la reconnaissance du grand public et celle des écrivains espagnols : Juan Valera l'accueille comme le poète du « gallicisme mental ». En 1893, il accomplit enfin le voyage dont il rêve. À Paris, il rend visite à ses idoles : Gourmont, Moréas et surtout Verlaine qu'il appellera « père et maître magique » dans son Responso (Répons). Après un court séjour, il part pour Buenos Aires comme consul et groupe autour de lui un cénacle moderniste important. En 1896, il publie le recueil le plus représentatif de la première période de sa poésie, Prosas profanas (Proses profanes). On y retrouve, comme dans Azul, les grands thèmes de la poésie parnassienne et symboliste, mais vivifiés par un érotisme qui lui est particulier, et chantés comme seul pouvait le faire un Hispano-Américain qui détestait « la vie et l'époque où il [lui] fut donné de naître ». De retour en Europe en 1898, il séjourne en Espagne, puis, en 1900, s'installe à Paris d'où il entreprend plusieurs voyages en Italie, en Autriche, en Allemagne, en Angleterre... C'est au cours de ces « années européennes » que sont publiées les principales œuvres en prose de Darío : España contemporánea (L'Espagne contemporaine, 1901), Peregrinaciones (Voyages, 1901), Parisiana (1902), Tierras solares (Terres de soleil, 1904). À la suite de nouveaux séjours en Amérique et en Espagne, il revient à Paris en 1910. Rentré en Amérique en 1914, il meurt au Nicaragua en 1916.

    2. « Ma littérature est à moi, en moi »

    FÉLIX RUBÉN GARCÍA SARMIENTO
    En 1905 paraissent les Cantos de vida y esperanza (Chants de vie et d'espérance), sans doute le meilleur livre de Darío ; sa thématique s'est enrichie et les sujets qui ne sont pas nouveaux chez lui trouvent en ce recueil leur forme la plus réussie. À côté des mythologies un peu faciles dont il aimait à se parer, on trouve des poèmes où il s'inquiète du sort de l'Amérique hispanique - le premier poème de la série Los Cisnes (Les Cygnes), la trop éclatante Salutación del optimista (Salutation de l'optimiste), le poème A Colón (À Colomb) - et d'autres où il s'interroge tout simplement sur l'homme qu'il est devenu. Les Cantos, dit-il, « renferment les essences et les sèves de mon automne » ; les recueils qu'il publie à partir de cette date approfondiront un désenchantement dont les Nocturnos offrent sans doute la meilleure expression poétique.

    Il est pourtant faux de diviser l'œuvre de Darío en deux parties : l'une délibérément européenne, donc artificielle, l'autre hispano-américaine, donc plus authentique. Évasion et retour, surface et profondeur sont des attitudes complémentaires chez lui, et il est aussi grand poète en chantant l'une que l'autre.

    3. Un poète fondateur

    RUBÉN DARÍO 1892
    Comme la poésie de Garcilaso de la Vega au XVIe siècle, comme celle de Góngora un siècle plus tard, la poésie de Darío marque un tournant dans la littérature de langue espagnole. Après lui on n'écrit plus comme avant : la poésie espagnole s'assouplit et se libère des contraintes qui pesaient sur elle à la fin du XIXe siècle ; elle récupère son droit de cité dans la littérature universelle. La poésie de Darío est devenue un point de repère : pour ou contre lui, les plus grands poètes qui lui succèdent, Jiménez, Salinas, Vallejo, Neruda, Borges, Cernuda, Paz, n'ont pas échappé à son influence, et leur poésie se définit nécessairement par rapport à la sienne.

    Dans un domaine plus spécifiquement hispano-américain, Rubén Darío a su revendiquer pour tous les écrivains de son continent le droit d'aborder librement tous les thèmes, même ceux qui paraissaient traditionnellement réservés à l'Europe, en une langue qui ignore délibérément les interdits académiques. Ce faisant, il prépare la voie à une littérature qui fuira des contraintes où elle ne se reconnaît pas, la seule littérature qui puisse, en Amérique hispanique comme partout ailleurs, constituer une parole neuve.

    Le premier exemple en est ainsi le modernisme où les écrivains - qui n'ont plus à jouer un rôle politique - prennent conscience des possibilités d'un langage nouveau. On a souvent reproché à Rubén Darío et à ses amis l'imitation des modèles européens, surtout français ; on n'a pas assez compris que cette imitation signifiait non pas le snobisme de l'étranger, mais la reconnaissance d'un monde moderne qui refusait de trouver sa forme dans la rhétorique officielle proposée par l'Espagne et ses anciennes colonies au XIXe siècle : « On a dit que le modernisme fut une évasion de la réalité américaine. Il serait plus exact de dire que ce fut une façon de fuir l'actualité locale - qui était, aux yeux des modernistes, un anachronisme - à la recherche d'une actualité universelle, la seule et véritable actualité » (O. Paz).

    Sylvia MOLLOY
    Professeur à la State University of New York Buffalo


    Œuvres de Rubén Darío
    Obras completas, Madrid, 1917-1919, rééd. 1950-1955 ; en français, Pages choisies, Paris, 1918.
    Études
    H. GRATTAN DOYLE, A Bibliography of Rubén Darío (1867-1916), Cambridge (Mass.), 1935 
    J. SAAVEDRA MOLINA, Bibliografía de Rubén Darío, Santiago du Chili, 1946. R. L. F. DURAND, Rubén Darío, Paris, 1966 
    M. J. FAURIÉ, Le Modernisme hispano-américain et ses sources françaises, Paris, 1966 
    E. K. MAPES, L'Influence française dans l'œuvre de Rubén Darío, Paris, 1925, repr. fac-sim. Slatkine, 1977 
    A. MARASSO, Rubén Darío y su creación poética, Buenos Aires, 1954 
    E. MARINI PALMIERI, « K.-J. Huysmans y « La Tortuga de oro », in Cahiers de l'U.E.R. d'études ibériques de Paris-III, no 2, 1979 
    O. PAZ, « El Caracol y la sirena », in Cuadrivio, Mexico, 1966 
    J. E. RODO, Hombres de América, 2e éd., Barcelone, 1924 
    A. RAMA, Rubén Darío y el modernismo, Caracas, 1985 
    P. SALINAS, La Poesía de Rubén Darío, Buenos Aires, 1948.


    © Encyclopædia Universalis  

    mercredi 5 février 2020

    LE PAPE POURSUIT LA RÉNOVATION DE L’ÉGLISE AU CHILI

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    PHOTO FERNANDO LAVOZ / AP
    Le pape François a nommé Mgr Jorge Enrique Concha Cayuqueo évêque de plein exercice du diocèse d’Osorno (Chili), dont il était déjà administrateur apostolique. 
    En 2018, le pape avait dans un premier temps pris la défense de l’ancien évêque d’Osorno, accusé d’avoir gardé le silence sur des abus sexuels, déclenchant alors une polémique retentissante.
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    Pas à pas, le pape François avance sur le délicat chemin de la rénovation de l’Église chilienne. Mercredi 5 février, il a ainsi procédé à la nomination d’un nouvel évêque pour le diocèse d’Osorno (sud du pays) – Mgr Enrique Concha Cayuqueo –, probablement l’une des plus sensibles. Le dernier évêque de plein titre de ce diocèse était en effet Mgr Juan Barros, accusé d’avoir passé sous les silences des abus sexuels commis par l’ancien prêtre Fernando Karadima dont il était un proche.


    En janvier 2018, alors en voyage au Chili, le pape François avait d’abord pris la défense de celui qui était alors évêque d’Osorno. « Il n’y a pas une seule preuve [contre Mgr Barros], tout cela est de la calomnie », avait-il vivement déclaré, déclenchant une polémique retentissante. Quelques jours plus tard, le pape avait fait machine arrière, s’excusant pour ses mots et insistant sur la souffrance des victimes. De retour à Rome, le pape avait ordonné une enquête sur l’Église chilienne, puis avait convoqué au Vatican tous les évêques du pays. Ceux-ci lui avaient alors tous remis leur démission, et celle de Mgr Barros avait été l’une des premières acceptées par le pontife.

    Une autre nomination


    Pour remplacer Mgr Barros à la conduite du diocèse d’Osorno, le pape François avait mandaté comme administrateur apostolique Mgr Concha Cayuqueo, alors évêque auxiliaire de Santiago. Manifestement satisfait de l’action de ce dernier, le pape François a donc nommé évêque de plein titre le capucin de 61 ans.

    Outre Osorno, le pape a également pourvu le diocèse de San Bartolomé de Chillán (situé entre Santiago et Osorno) d’un nouvel évêque, le père Sergio Hernán Pérez de Arce Arriagada. Le prêtre de 66 ans en était déjà administrateur apostolique depuis septembre 2018 et le départ de Mgr Carlos Eduardo Pellegrín Barrera, accusé d’avoir commis des abus sexuels et d’avoir caché des faits similaires commis par d’autres prêtres.

    Depuis la renonciation en bloc des évêques chiliens en mai 2018, le pape François a renouvelé environ 20 % de l’épiscopat de ce pays.

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    CHILI : INCIDENTS DANS UN STADE DE SANTIAGO LORS D'UN MATCH DE COPA LIBERTADORES

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    PHOTO EDGARD GARRIDO
    Des sièges ont été incendiés et des projectiles lancés sur les forces de l'ordre, mardi soir à Santiago. Un écho des troubles actuels au Chili, sur fond de répression des manifestations.
    Des supporters chiliens ont mis le feu à des sièges dans une tribune du stade National de Santiago et jeté des projectiles sur les forces de l'ordre lors d'un match du 2e tour préliminaire aller de Copa Libertadores entre Universidad de Chile et l'Internacional de Porto Alegre, mardi soir. Les pompiers sont intervenus pendant la rencontre qui est allée jusqu'à son terme (0-0).

    Selon les médias locaux, ces supporters entendaient protester contre la répression par la police de manifestations contre la politique sociale du pouvoir. Le Chili a été frappé par une vague de protestation l'année dernière contre les inégalités.

    Les troubles ont repris la semaine dernière, après qu'un camion de police a écrasé un supporter du club de Colo Colo à l'issue d'un match contre Palestino. Depuis, les supporters ont uni leurs forces pour dénoncer le comportement des forces de l'ordre, également accusées de violences par les ONG de défense des droits de l'homme.



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    samedi 1 février 2020

    CRISE SOCIALE AU CHILI : LES ARTISTES MOBILISÉS AU THÉÂTRE DU CHÂTELET

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    PHOTO  JEREMIAS GONZALEZ
    Alors que le Chili est frappé par une fronde sociale sans précédent, de nombreux artistes se sont donné rendez-vous samedi 1er février à Paris pour sensibiliser le public à ce tournant historique. La journée, baptisée “Impact Chili 2020 – Arts en résistance”, accueillera entre autres l’écrivaine et cinéaste franco-chilienne Carmen Castillo. 
    Près de quatre mois après les premières manifestations de rues organisées au Chili contre la hausse des prix des services publics, l’intérêt des médias internationaux pour ce qui a rapidement pris la forme d’une insurrection populaire a naturellement décru. Sur place, le mouvement demeure cependant des plus actifs, sans qu’on sache vraiment qu’elle en sera l’issue. Pour attirer notre attention sur l’irréductible détermination du peuple chilien et dénoncer les répressions féroces dont sa lutte fait l’objet, le Théâtre du Châtelet, à Paris, accueille samedi 1er février (de 13h30 à 22h) de nombreux artistes dans le cadre d’une journée Impact Chili 2020 – Arts en résistance.

    Projections, concerts, installations, expositions de peinture et de sculpture, alterneront avec des points d’informations et deux débats. L’un traitera (à 15h30) de Musique et résistance. L’autre, qui se tiendra à 18h dans le Grand Foyer du théâtre, questionnera les liens de l’art avec l’engagement et la contestation. On y entendra notamment l’écrivaine et cinéaste franco-chilienne Carmen Castillo, qui s’était exprimée dans Télérama au début du conflit et nous fait part à la veille de cette journée de ses espoirs et ses interrogations.

    « Quand est né le mouvement, en octobre dernier, on a parlé d’estallido (« éclatement »), d’un cri d’indignation face au mépris, à l’arrogance du pouvoir. Tout le monde pensait alors qu’il allait retomber. Quatre mois plus tard, tout porte à penser qu’au contraire, cette insurrection citoyenne s’inscrit dans la longue durée. Comment la nommer ? Je me le demande chaque jour. Il ne s’agit certes pas d’une révolution – au Chili, personne n’emploie d’ailleurs ce terme —, mais c’est bien plus qu’une révolte. Lorsque je vais à Santiago, je suis frappée par l’énergie contagieuse de la jeunesse, qui contredit le pessimisme auquel m’invite mon passé militant. Si tout est fait pour que soient épargnés les fondamentaux du système néolibéral, la culture politique qui se construit dans la population est étonnante. Les assemblées territoriales sont devenues de vrais lieux de politisation. Tout le monde se met à étudier ce qu’est une constitution. De l’anarchisme ambiant, se dégagent des courants très clairement marxistes, à l’origine d’une poétique du soulèvement. Je connais un garçon de vingt-cinq ans, leader de son quartier, qui édite de petits fascicules à un euro. Des textes de Gramsci, de Walter Benjamin ou de Robert Bresson. La lecture, dans la revue Ballast, d’une analyse des textes de Georges Orwell face au fascisme m’a tellement enthousiasmée, que j’ai demandé à ma fille de la traduire en espagnol ; il l’a publiée.

    En dépit de cette vie politique foisonnante, le mouvement manque d’un leader. On n’en voit pas émerger d’un mouvement historique, comme on aurait pu l’espérer. Le parti socialiste est devenu technocratique, sans aucune sensibilité à ce qui est en train de se passer. Quant à Daniel Jadue, maire charismatique et très courageux, qui a créé dans son quartier des pharmacies populaires et des lieux culturels formidables, il est communiste et trop loyal pour quitter son parti afin de prendre la tête du mouvement.

    Qu’est-ce qui va donc se passer ? La constitution va-t-elle changer pour que ne rien ne change ? On n’en sait rien. Pour l’historien Gabriel Salazar, qui vient de sortir un livre sur l’armée chilienne, cette première phase peut être remportée par la classe politique ; mais ce qui viendra ensuite pourrait être plus fort. Que fera alors l’armée ? On ne sait pas. »

    vendredi 31 janvier 2020

    CHILI : UN TROISIÈME MORT EN TROIS JOURS DE VIOLENCES

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    PHOTO MARTIN BERNETTI
    Il s'agit d'une « personne de 30 ou 40 ans » asphyxiée dans l'incendie d'un supermarché, en marge de violences.
    Trois décès en trois jours. Au Chili, un homme est mort asphyxié dans l'incendie d'un supermarché, ce vendredi. Une nouvelle poussée de violence a lieu, plus de trois mois après le début d'une crise sociale sans précédent.  

    Dans la nuit de jeudi à vendredi, un groupe de casseurs a pillé et incendié un supermarché dans la localité de San Ramon, zone populaire au sud de la zone métropolitaine de Santiago. Les pompiers ont retrouvé le corps de la victime et sauvé deux autres personnes des flammes.  

    Il s'agit d'une « personne de 30 ou 40 ans » et la cause de sa mort « serait une asphyxie par inhalation de monoxyde de carbone », a annoncé vendredi la commissaire Carolina Nuñez à des médias locaux. Un autre supermarché a été pillé et la police a arrêté 16 personnes, tandis que des barricades incendiées étaient visibles à plusieurs endroits de la capitale chilienne. 

    Nouvelle flambée de violences


    Mardi, un supporteur d'un club de football avait été tué, renversé par un camion de police lors d'affrontements avec les forces de l'ordre à la suite d'un match du championnat national au stade Colo Colo, dans le sud de Santiago. 

    Le lendemain, un jeune homme de 22 ans est mort alors qu'il protestait sur une barricade dans la même commune de San Ramon, dans la zone métropolitaine de Santiago. Il a « été renversé par un autobus de [la régie publique] Transantiago qui avait été volé peu avant par des manifestants encagoulés », a annoncé la police dans un communiqué. 

    Cette nouvelle flambée de violence intervient alors que les troubles avaient baissé en intensité depuis plusieurs semaines, se limitant à des manifestations, parfois émaillées de violences, tous les vendredis dans le centre de la capitale.  

    jeudi 30 janvier 2020

    CHILI: EN URGENCE, LES DÉPUTÉS ADOPTENT UNE RÉFORME DES RETRAITE CONTROVERSÉE

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    DEPUIS OCTOBRE 2019, LES MANIFESTATIONS NE CESSENT
    DE SECOUER LE CHILI, MALGRÉ LES TENTATIVES DU
    GOUVERNEMENT DE CALMER LES ESPRITS.
    PHOTO AFP/CLAUDIO REYES
    Les députés chiliens ont adopté mercredi 29 janvier, en urgence, une réforme des retraites controversée. Le système actuellement en vigueur, mis en place sous la dictature du général Pinochet, est entièrement privatisé et individuel, mais surtout très décrié par les Chiliens. En effet, les pensions versées aux retraités sont extrêmement faibles. 


    RADIO FRANCE INTERNATIONALE
     ÉMISSION « AMÉRIQUES », 
     
    « CHILI: EN URGENCE, LES DÉPUTÉS ADOPTENT 
    UNE RÉFORME DES RETRAITE CONTROVERSÉE »   
    PAR  JUSTINE FONTAINE,  DIFFUSION JEUDI 30/01/2020 

      La réforme des retraites faisait partie des principales revendications du mouvement social qui a éclaté au Chili le 18 octobre 2019 et qui se poursuit encore aujourd'hui. La réforme, votée le 29 janvier, a été proposée par le gouvernement du président conservateur et richissime hommes d'affaires Sebastián Piñera ; laquelle est présentée comme une réponse aux demandes de la rue. En effet, plusieurs mesures dans le texte vont plus loin que ses promesses de campagne.

      Il propose de faire cotiser les employeurs à hauteur de 6% du salaire des employés, alors que pour l'instant, les cotisations pour les retraites viennent uniquement de la poche des salariés et sont entièrement gérées par des fonds de pension privés, très lucratifs. Autre nouveauté de ce projet de loi : une partie des cotisations seraient versées à un système par répartition, solidaire, et supervisé par une agence publique.

      Autrement dit, le Chili passerait d'un système entièrement individuel et 100% privé, à un système mixte. C'était impensable il y a quelques mois encore, avant le mouvement social historique qui a éclaté au Chili en octobre.


      Une réforme qui peine à convaincre



      Pourtant, la réforme a du mal à convaincre la plupart des Chiliens, et en particulier les manifestants. Il est vrai que l'essentiel des cotisations continuera d'être versé sur des comptes individuels, géré par des fonds de pensions privés. Le système ne serait donc modifié qu'à la marge. Or, ces dernières années, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues, à travers tout le Chili, pour demander une réforme profonde du système, et même l'abandon du système privé par capitalisation. Et cette revendication est aussi au cœur des demandes des manifestants en ce moment.

      Beaucoup d'entre eux expliquent qu'ils se mobilisent notamment à cause des retraites de misère que touchent leurs parents ou leurs grands-parents. Et en effet, la moitié des retraités chiliens touche une pension inférieure au seuil de pauvreté. Ils sont même 30% à continuer de travailler pour tenter de compléter leurs maigres revenus, et ils peinent à faire face à d'éventuels frais de santé ou à l'achat de médicaments, très chers, au Chili.


      Un système difficilement réformable



      Plusieurs réformes ont été mises en œuvre depuis le retour à la démocratie en 1990, notamment des aides publiques aux retraités les plus pauvres, mais sans vrai changement de fond.

      L'une des raisons à cela, c'est qu'une partie des élus, notamment les conservateurs, sont très critiques concernant un éventuel système par répartition, car dans des pays à la population vieillissante comme le Chili, les cotisations des personnes qui travaillent ne suffiraient pas, selon eux, à payer les retraites des personnes âgées.

      Enfin, au Chili, les fonds de pension qui gèrent les retraites auraient beaucoup à perdre en cas de changement de système. Et les grandes entreprises aussi, car aujourd'hui, les cotisations des Chiliens sont pour l'essentiel placées en bourse, et représentent une source de financement facile et sûre pour elles.



      mercredi 29 janvier 2020

      CHILI : UN HINCHA PERD LA VIE

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      PHOTO FRANCISCO LONGA / AGENCIAUNO
      Première journée du championnat et premier drame : un supporter de Colo-Colo est décédé ce week-end, renversé par un camion de police.
      Par Nicolas Cougot
      C’est après le coup de sifflet final de la rencontre opposant Colo-Colo à Palestino en clôture de la première journée du championnat au Monumental que le drame s’est produit. Alors que les hinchas quittaient le stade, un camion des carabiniers a été vu fonçant et renversant un supporter, Jorge Mora. Celui-ci a été ensuite transféré à l’hôpital où il est décédé. Les événements ont provoqué de nombreuses réactions d’indignation, la scène, d’une violence inouïe, a été filmée et partagée en masse sur les réseaux sociaux. D’autant que les carabiniers, par la bouche du Major des Forces Spéciales, Claudio Donoso, ont d’abord utilisé comme défense le fait que le véhicule était « stationné et attendait la fin de son service avant d’être attaqué, notamment par des jets de pierre » et donc devoir s’échapper malgré un pare-brise cassé ce qui réduisait sa visibilité. Des faits contredits par la vidéo diffusée en masse (et que nous ne vous partagerons pas).

      Une enquête est ouverte, le conducteur du camion a depuis été arrêté comme l’a indiquée María Cecilia Pinto, la procureure en charge de l’affaire. Du côté colo-colino, si Leo Valencia a apporté son soutien à la famille de Jorge Mora, le club a publié un communiqué dans lequel il appelle à une enquête rapide : « cet acte grave doit être dûment enquêté par les autorités compétentes afin d’appliquer toutes les sanctions prévues par la loi à ceux qui en sont responsables ». Le club ajoute qu’il présente évidemment ses condoléances à la famille de la victime et indique qu’il mettra à disposition de celle-ci toute une équipe de juristes pouvant mener « les actions légales qu’ils estiment appropriées ». De son côté, la Garra Blanca, la barra du club annonce sur son compte Instagram qu’elle va agir fortement : «nous condamnons et répudions fermement l’acte et la lâche persécution des Carabiniers contre la barra et le fan colo-colino de manière générale. Soyons clairs : on ne jouera plus au football tant que les assassins du peuple et ceux qui les protègent n’auront pas payé. Nous exigeons un jugement et des sanctions ».

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      « LE CHILI BRÛLE »

      lundi 27 janvier 2020

      VIDÉO - CHILI 1973 : UNE AMBASSADE FACE AU COUP D’ÉTAT

         «CHILI 1973 : UNE AMBASSADE FACE AU COUP D’ÉTAT»
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              samedi 25 janvier 2020

              AUSCHWITZ: SURVIVANTS ET PERSONNALITÉS MARQUENT LE 75ÈME ANNIVERSAIRE DE LA LIBÉRATION DU CAMP DE LA MORT

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              VUE AÉRIENNE PRISE PAR UN DRONE DE L'ANCIEN CAMP D'EXTERMINATION 
              D'AUSCHWITZ, LE 15 DÉCEMBRE 2019 À OSWIECIM, 
              EN POLOGNE PHOTO  PABLO GONZALEZ
              [ Le 27 janvier est la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. C’est justement le 27 janvier 1945 que l’Armée rouge a libéré les détenus du camp d’Auschwitz-Birkenau. * ] 
              D
              es survivants de l'Holocauste se rassembleront lundi sur le site d'Auschwitz pour marquer les 75 ans de la libération par les troupes soviétiques de ce camp de la mort où l'Allemagne nazie a tué plus de 1,1 million de personnes, principalement des Juifs. 
              PHOTO ARCHIVES DE YAD VASHEM
              D'âpres querelles politiques entourent les cérémonies organisées sur ce site dans le sud de la Pologne, et qui réuniront aussi des têtes couronnées, des chefs d'Etat et de gouvernement de près de soixante pays, dont le Premier ministre français Edouard Philippe. Mais en l'absence des leaders des grandes puissances.

              CAMP D'AUSCHWITZ-BIRKENAU
              PHOTO VALERY MELNIKOV / SPUTNIK
              Israël a marqué ce même anniversaire jeudi à Jérusalem avec un forum largement médiatisé sur l'Holocauste, attirant des personnalités comme le vice-président américain Mike Pence, le président français Emmanuel Macron et le président russe Vladimir Poutine. Aucun d'eux n'ira à Auschwitz.



              Le président russe a provoqué en décembre l'indignation en Occident après avoir affirmé, à tort, que la Pologne était de connivence avec Adolf Hitler et avait contribué au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

              INFOGRAPHIE AFP
              En fait, la guerre a éclaté quand l'Allemagne nazie et l'Union soviétique ont envahi la Pologne en septembre 1939, en vertu d'une clause secrète de leur pacte Molotov-Ribbentrop.

              Le président polonais Andrzej Duda, qui a reproché à M. Poutine d'avoir tenté de réécrire l'histoire, a snobé le forum de Jérusalem après s'être vu refuser la possibilité de s'y exprimer.

              Il doit prononcer un discours lundi à Auschwitz, lors des cérémonies en l'honneur des six millions de Juifs européens tués dans l'Holocauste.

              - Les Alliés savaient, dès 1942 -


              Pour certains, les cauchemars du camp restent vivaces malgré les décennies écoulées.

              PHOTO  PABLO GONZALEZ
              Les soldats allemands "n'avaient qu'à vous pointer du doigt pour vous envoyer dans une chambre à gaz", se rappelle Bronislawa Horowitz-Karakulska, 88 ans, Juive polonaise survivante d'Auschwitz, où elle a été emprisonnée à 12 ans avec sa mère.

              "Quiconque avait l'air faible, maigre, osseux, était sélectionné pour la mort", raconte l'octogénaire. Elle a survécu grâce à sa mère qui a soudoyé les gardes avec un diamant qu'elle avait fait entrer clandestinement dans le camp.

              "C'était plein de soldats allemands, de chiens qui aboyaient --des bergers allemands--, d'agitation, de peur, de cris, Auschwitz était une grande horreur", insiste-t-elle.

              Si le monde a appris toute l'étendue des horreurs seulement après l'entrée de l'Armée rouge dans le camp le 27 janvier 1945, les Alliés disposaient bien avant d'informations détaillées sur le génocide des Juifs.

              PHOTO NON DATÉE DES BARAQUEMENTS DU
              CAMP D'EXTERMINATION AUSCHWITZ-BIRKENAU
              PHOTO AFP ARCHIVES

              En décembre 1942, le gouvernement polonais en exil à Londres a transmis aux Alliés un document intitulé "L'extermination massive des Juifs dans la Pologne occupée par l'Allemagne".

              Ce document, accueilli avec méfiance, comprenait des comptes rendus détaillés sur l'Holocauste dont les membres de la résistance polonaise avaient été témoins.

              Les résistants polonais Jan Karski et Witold Pilecki ont risqué leur vie lors d'opérations distinctes pour infiltrer puis s'échapper des camps de la mort nazis et des ghettos juifs en Pologne occupée, y compris Auschwitz.

              - "Solution finale" -


              ENFANTS LIBÉRÉS DU CAMP D’AUCHWITZ
              PHOTO RIA NOVOSTI / SPUTNIK  
              Considérés comme exagérés ou faisant partie de la propagande de guerre polonaise, "nombre de ces rapports n'ont simplement pas été crus" par les Alliés, a expliqué à l'AFP le professeur Norman Davies, historien britannique d'Oxford.

              Malgré les "fortes demandes" de la résistance polonaise et juive pour que Londres et Washington bombardent les voies ferrées menant à Auschwitz et d'autres camps de la mort, "l'attitude des militaires consistait à se concentrer sur des cibles militaires et non sur des questions civiles", a déclaré M. Davies.

              "L'une des cibles que l'armée (britannique) a bombardées était une usine de carburant synthétique près d'Auschwitz" en 1943-44, a-t-il ajouté.

              Bien que les avions de guerre britanniques aient survolé le camp de la mort, aucun ordre de bombardement n'a été donné.

              Le professeur Dariusz Stola, historien polonais et expert de l'histoire des Juifs polonais, se fait l'écho de ces remarques.

              "Les chefs militaires n'aimaient pas que les politiciens civils se mêlent de leurs affaires", a-t-il indiqué à l'AFP.

              Pour les dirigeants militaires alliés, bombarder Auschwitz ou ses lignes de ravitaillement "ressemblait à une opération humanitaire et ils n'en voulaient pas", a ajouté l'ancien directeur du Musée Polin de l'histoire des Juifs polonais, à Varsovie.

              Le plus grand et le plus meurtrier de tous les camps nazis de concentration et de mort, Auschwitz-Birkenau est le seul à avoir été préservé. Il a été abandonné par les Allemands fuyant l'Armée rouge qui avançait.

              Créé et géré par les nazis allemands de 1940 à 1945, Auschwitz faisait partie d'un vaste réseau de camps à travers l'Europe, mis en place dans le cadre de la "Solution finale" d'Adolf Hitler, en vue du génocide d'environ dix millions de Juifs européens.

              Sous l'occupation allemande entre 1939 et 1945, 90% des 3,3 millions de citoyens juifs d'avant-guerre en Pologne ont été tués.


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