vendredi 13 septembre 2019

REPORTAGE.À SANTIAGO, LA FIN DES CINÉMAS PORNOS


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PHOTO THE CLINIC
Ouverts depuis plus de soixante-cinq ans, les deux derniers cinémas pornos du centre de la capitale chilienne ont fermé leurs portes avant l’été. Dans un pays très conservateur, ils étaient des lieux de rencontre prisés des homosexuels.
Courrier international
2014. EN ATTENDANT LA PROCHAINE
 SÉANCE AU NILO.
PHOTO ANDRES MARTINOLI
Il est 16 heures ce vendredi quand les 34 spectateurs du Nilo et du Mayo sortent des deux salles de cinéma. La plupart de ces hommes, un peu perdus, ajustent leur pantalon et resserrent leur ceinture en jetant autour d’eux un regard vide. Seuls employés présents à cette heure, deux ouvreurs, pelle et balai en main, répètent inlassablement la même réponse : “C’est fini, on ferme !

Ces habitués, âgés de 30 à 80 ans à vue de nez mais principalement d’âge mûr, avaient coutume de venir dans ces salles obscures chercher un peu de plaisir, la compagnie d’un corps, voire son contact. Dans cet inframonde du centre historique de Santiago, la capitale chilienne, tout était permis. À en croire les clients eux-mêmes, la majorité de ces spectateurs prenant place devant Cara de niña, culo de experta [“Visage d’enfant, cul d’experte”], Camarera lujuriosa [“Serveuse asservie”], Chantaje femenino [“Chantage au féminin”] ou Chicas hambrientas se lo comen todo [“Les filles affamées avalent”] étaient des homosexuels. Seuls 5 % étaient des hommes hétéros cherchant à avoir un rapport sexuel, moyennant finance si besoin.

La fin d’une époque


Personne ne s’intéresse visiblement à l’intrigue du film, et personne ne trouve rien à redire au fait que la programmation se cantonne à une pornographie hétérosexuelle. L’odeur de tabac, les bruits de masturbation et les effluves corporels ne dérangent pas grand monde non plus. On flirte ici avec les limites de la légalité : fumer et boire quelques bières, c’est normal. Enfin, ça l’était. Car c’est terminé [la dernière séance a eu lieu le 31 mai dernier].

Le cinéma est arrivé au Chili en 1896 au Teatro Unión Central de Santiago, soit un an après la toute première projection de l’histoire, en France. Dans les années 1940 déjà, on estime que le pays comptait près de 250 salles. Les cinémas El Nilo et El Mayo [situés côte à côte et appartenant au même propriétaire], eux, sont nés en 1952, et ont commencé par la diffusion de films familiaux et pour enfants avant de passer au cinéma érotique, puis au X. “J’avais 9 ans quand mon père a signé le premier contrat de location du cinéma. Jusque-là, ce n’était pas des salles pornos, les cinés étaient connus pour passer des films de karaté, des Bruce Lee”, raconte F. G., qui a été le dernier locataire.

Au pied des escaliers, après une enseigne annonçant des “programas muy especiales” [“programmes très spéciaux”] et réservés aux adultes, le Nilo se trouve à gauche, le Mayo à droite. Des salles de grande capacité, à laquelle descendaient jadis jusqu’à 800 spectateurs, sur des marches amorties par une luxueuse moquette. Ces dernières années, les deux salles avaient réduit leurs moyens techniques au strict minimum : un lecteur DVD relié à un vidéoprojecteur et une sono. Plus une trace des vieilles bobines, et les vieux projecteurs semblent des trésors parmi un tas de vieilles boîtes de CD et de jaquettes imprimées à bas coût. Des vêtements et des chaussures abandonnés jonchent le sol, des peluches prennent la poussière sur des empilements de disques, des sacs plastique traînent avec des cannettes de bière et des restes d’on ne sait quand. Plusieurs affichettes de la direction invitent à respecter la propreté des lieux.

Satisfaire ses instincts


Certains des témoins interrogés pour ce reportage n’ont accepté de répondre qu’à condition de ne pas être enregistrés autrement que par des notes écrites. D’autres interlocuteurs ont demandé le couvert de l’anonymat – les clients de ces cinémas ont souvent une double vie. Les plus âgés se connaissent depuis des décennies et passent des heures à discuter, aussi, au ciné. Par crainte ou par pudeur, quelle que soit leur raison, ils préfèrent rester prudents. Ce cinéma est leur forteresse, ce fut leur Grindr, leur Tinder aux époques les plus sombres et les plus rudes de l’histoire du Chili [et notamment sous la dictature d’Augusto Pinochet, de 1973 à 1990].

Fernando, 77 ans, ancien employé de bureau à la retraite, a été durant vingt-six ans un client assidu du Nilo et du Mayo. “Ici se retrouvaient tous ceux qui cherchaient un peu de compréhension, un moyen d’apaiser leur conscience. Moi, ici, je me suis fait vingt copains parmi des jeunes. Et regarde-moi, il faut que j’atteigne presque 80 ans pour raccrocher le string ! s’amuse-t-il. Les premiers temps, j’étais prudent, incrédule, et puis je me suis détendu. Ensuite tout est devenu facile. Il y avait toujours quelqu’un qui avait besoin d’un câlin, faute d’être compris chez soi. Ou simplement parce qu’à la maison il n’y avait pas ce qu’il y avait ici, explique Fernando. Ici, on est bien, les gens sont là pour une raison simple : satisfaire leurs instincts. Ni plus ni moins !”

“Ici, cela se passe entre hommes, pour certains mariés. Du sexe brut… Il fallait essayer de faire attention. Atteindre la fin de ma vie en bonne santé, cela tient de l’exploit”, se félicite cet habitué. Juan Carlos, 82 ans, est malentendant et souffre de difficultés d’élocution ; depuis 2017, il pouvait passer des après-midi entières dans l’obscurité du Nilo.

C’est un lieu où l’on venait s’amuser et discuter. On pouvait parler en toute franchise. Je me suis fait de bons amis, se souvient-il avec une once de nostalgie. Nous avons échangé nos numéros de téléphone, et nous nous retrouvons parfois pour déjeuner ou prendre un goûter.”

Sous le joug de la censure


Selon F. G., l’ancien maître de maison de ces cinés pornos, à l’âge d’or de ces salles, les films de Bruce Lee faisaient venir plus de 3 000 spectateurs par semaine. De leur côté, les films X commandés aux États-Unis ou en Europe ont commencé à arriver à Mendoza, en Argentine, où les bobines étaient coupées ou remontées avant de passer devant le Comité de qualification cinématographique du Chili. Si la censure chilienne n’approuvait pas le film, il repartait dans son pays d’origine, et c’était des mois de travail et de l’argent perdus.

Eduardo a été un habitué trente-neuf années durant. Il a quelques kilos en trop, des joues roses et les cheveux blancs, et un sourire contagieux. Aimable avec tous les clients, il s’est offert un petit plaisir durant les dernières heures de l’établissement, celui de jouer au guichetier, et s’est amusé à raconter qu’une grande vente des fauteuils du cinéma allait avoir lieu. Eduardo est un blagueur et un bon vivant.

Nous ouvrons les rideaux et entrons ensemble dans la salle. Tandis qu’à l’écran passe une scène de sexe oral sur de la musique classique, il m’entraîne vers ce qui fut le coin préféré de ses ébats avec d’autres hommes – au dernier rang, sur le côté droit de la travée principale. Et là, d’une voix forte et fière (qui perturbe les activités érotiques en cours autour de nous), il entame un récit détaillé et humoristique de ses moments de volupté les plus acrobatiques vécus ici. Plusieurs personnes s’indignent et exigent le silence, et nous partons en riant.

Des codes d’usage calibrés


C’est Eduardo qui m’explique les codes et le langage non verbal en vigueur dans les salles X. Des pieds posés sur le fauteuil de devant signifient : n’approchez sous aucun prétexte. Jambes croisées ? Merci de garder vos distances ou d’entamer une approche en douceur. Jambes écartées : tout est permis. Si la flamme d’un briquet brûle dans l’obscurité, son propriétaire est un “allumeur” qui n’attend que d’être abordé. Mais il est une règle essentielle de la vieille école : non, c’est non. Et tout contrevenant se faisait mettre dehors sans ménagement. La majeure partie des habitués du ciné racontent cependant avoir très rarement assisté à des bagarres.

Sous la dictature, c’était très risqué. C’était mal vu mais tellement bon, l’interdit était si savoureux. La transgression est un plaisir en soi, et ça donne même envie de tout envoyer valser. Le régime était très homophobe, mais ici on osait, et c’était d’autant plus enivrant”, se souvient Eduardo.

Des signaux avaient même été instaurés pour nous. Il y avait un bouton au guichet et, s’il y avait une descente de flics, une lumière rouge s’allumait pour prévenir les clients. On avait le temps de se rhabiller et de faire comme si de rien n’était. L’équipe du cinéma nous protégeait.”

Une aide contre les tabous


La veille de la fermeture, P. a été licencié après avoir travaillé plus de 40 ans au Nilo et au Mayo, et vécu de grands moments. Entre autres nombreuses anecdotes, il se souvient de ce jour, au début des années 1990, où il s’est trompé au moment du changement de bobine et a passé une scène explicite de pénétration comme il ne s’en était jamais vu – ce qui lui a valu de longues minutes d’applaudissements et de vivats. P. se rappelle aussi cette belle femme de 39 ans, mariée à un homme très pieux et plein de tabous sexuels, venue un beau jour de 2009 demander de l’aide. P. lui a conseillé de consulter un psychologue, qui à son tour l’a renvoyée vers la salle X : l’employé a ensuite ouvert la salle au couple certains soirs de fermeture, pendant qu’il faisait le ménage. “Les films pornos ont assaini notre couple”, a confié cette femme à P. Lorsqu’elle est tombée enceinte, le couple a tenu à le remercier en lui offrant des pâtisseries et 20 000 pesos [environ 25 euros]. Depuis, ils ont eu quatre enfants et n’ont jamais cessé de fréquenter le cinéma pour assouvir leurs fantasmes.

La municipalité de Santiago aurait repris le contrat de location, avance l’ancien locataire, qui dit n’en savoir guère plus, à part des rumeurs de création d’une crèche. Selon d’autres, la mairie devrait annoncer prochainement la création d’un centre culturel dans l’ancien cinéma. Interrogés par nos soins, les services municipaux n’ont aucune annonce à faire.
Lucho Tabilo Castillo

vendredi 6 septembre 2019

BRÉSIL .BOLSONARO GLORIFIE PINOCHET ET BLESSE MICHELLE BACHELET


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« BACHELET BASHING » 
Enervé par les critiques de Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l’homme à l’ONU, Jair Bolsonaro a ironisé sur le passé douloureux de la famille de l’ancienne présidente du Chili sous la dictature.
BOLSONARO TERMINATOR
PAR ALEX FALCÓ CHANG
Jair Bolsonaro a la répartie cinglante, il l’a encore  montré ces derniers jours en répondant plus que vertement aux critiques exprimées par Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU et ancienne présidente du Chili (jusqu’en 2018). Le président brésilien a évoqué la dictature chilienne (1973-1990) comme un sauvetage, relate Folha de São Paulo :
 «  [Mme Bachelet] oublie que son pays n’est pas Cuba grâce à ceux qui ont eu le courage de battre la gauche en 1973, et notamment, parmi ces communistes, son père (…). »
Michelle Bachelet avait déclaré à Genève, au siège de l’ONU en Europe, qu’“au Brésil, l’espace démocratique se réduit, la violence policière augmente, et les justifications [exprimées] de la dictature renforcent le sentiment d’impunité (…)” rapporte La Tercera citant la Haut-commissaire.

Une admiration compulsive pour la dictature


La famille Bachelet a été durement frappée par la dictature, rappelle La Tercera. Alberto Bachelet, général des Forces aériennes, avait été arrêté et torturé en 1973 par les putschistes de Pinochet. Il est décédé d’un infarctus en prison en 1974, à l’âge de cinquante ans. Son épouse et leur fille Michelle ont  aussi été emprisonnées et torturées en 1975 par la dictature, avant de prendre l’exil vers l’Allemagne. 

Dans une interview au magazine brésilien Época, l’écrivain et essayiste chilien et argentin Ariel Dorfman, qui a publié de nombreux écrits sur la dictature, souligne que ces attaques ciblées de Bolsonaro n’ont rien d’étonnant :
«  Bolsonaro, tout comme son héros Trump, pense qu’il faut revenir à la torture. Michelle est quelqu’un qui défend la démocratie, et Bolsonaro piétine honteusement la démocratie dès qu’il le peut. »
Pour l’éditorialiste d’O Globo Miriam Leitão“L’admiration compulsive et illimitée de Bolsonaro pour les dictatures et les régimes tyranniques, comme celui de Pinochet, est pathologique. […]. Son plaisir à blesser les personnes atteintes par les crimes des dictatures latino-américaines est malsain.

Polémique sur la réaction chilienne


Au Chili, la réaction plutôt mesurée du président Sebastián Piñera fait polémique. Dans une déclaration publique, il a déclaré qu’il ne partageait “pas du tout l’allusion faite par le président Bolsonaro au sujet de l’ancienne présidente du Chili et surtout sur un sujet aussi douloureux que la mort de son père“,  rapporte El Dinámo.

La presse chilienne souligne l’enjeu diplomatique de cette réponse : le ministre chilien des Affaires étrangères était précisément en déplacement au Brésil quand la polémique a éclaté. “Bolsonaro bouscule l’agenda de Santiago”, titre La Tercera.
« L’attaque contre Michelle Bachelet complique la tâche du gouvernement au moment du voyage du ministre au Brésil. »

Une balle dans le pied ?

De fait, l’opposition n’a pas regardé les anges passer, qualifiant la déclaration du président chilien de “tiède” et exigeant une lettre officielle de protestation du gouvernement chilien. Fille de l’ancien président Salvador Allende, la sénatrice Isabel Allende, citée par El País, a estimé que
« le Brésil ne mérite pas ce président », ajoutant que « sa perverse allusion au général Bachelet le révèle complètement. »

Malgré sa superbe, estime la page brésilienne d’El País, les propos de Jair Bolsonaro pourraient aussi coûter cher au Brésil sur le plan diplomatique, alors que le pays brigue une place au Conseil des droits de l’homme des Nations unies : “La plus grande opposition à sa campagne [à ce poste] s’appelle aujourd’hui Bolsonaro“, tant le président montre “qu’il n’est pas disposé à reconnaître que des crimes contre l’humanité ont existé dans certaines régions du monde“ et qu’il passe le message selon lequel “la violence d’État est permise“. 

Sabine Grandadam et Morgann Jezequel

dimanche 1 septembre 2019

FEMME EN FEU: «EMA» DE LARRAIN RACONTE L'HISTOIRE DE LA LIBÉRATION

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AFFICHE DU FILM
VENICE, Italie (Reuters) – L'actrice de télévision chilienne Mariana Di Girolamo suit le rythme du reggaeton dans le film "Ema" de Pablo Larrain, son premier long métrage sur une femme en quête de découverte de soi alors que sa vie de famille s'effondre .
FILM ema
Situé dans la ville portuaire chilienne de Valparaiso, Di Girolamo et l'acteur mexicain Gael Garcia Bernal jouent le couple marié Ema et Gaston, danseur et chorégraphe d'une troupe de danse expérimentale.

Après que leur fils adoptif, Polo a été impliqué dans un incendie qui a blessé la soeur d’Ema, le couple rend l’enfant à son père, décision qui l’impacte lourdement sur eux-mêmes et sur leur mariage.

Un Ema regretté essaie de trouver des moyens de récupérer Polo, tout en se libérant de son mari dominateur. Les téléspectateurs voient également son côté destructeur alors qu’elle va en ville allumant le feu aux feux de circulation, aux voitures et aux terrains de jeux avec un lance-flammes.

"Un thème clé est la famille, les nouvelles familles, le nouvel ordre, les familles de notre époque qui sont différentes, les familles de même sexe ou les familles multi-parentales", a déclaré Di Girolamo à Reuters dans une interview.

«Cela reflète ce qui se passe aujourd'hui. En tant qu'élément symbolique, le feu est important dans le film. En tant qu'élément de destruction et de création, il reflète également l'identité d'Ema.

Garcia Bernal, connu pour «The Motorcycle Diaries» et «Mozart in the Jungle», a déclaré que le film abordait également «la crise de la masculinité».

«Le nouveau type de voies menant à une éducation beaucoup plus responsable des enfants… C’est une façon expérimentale de le faire. Je pense que cela reflète beaucoup (sur le) signe de (nos) temps », a-t-il déclaré.

Le film est l’un des 21 films en lice pour le prix du Lion d’Or au Festival du Film de Venise, qui se déroule jusqu’au 7 septembre.

«Je suis un peu nerveux et très reconnaissant et en attente, je veux profiter de chaque instant», a déclaré Di Girolamo.

«C’est aussi ma première fois dans un rôle principal dans un film. Je viens du monde des séries télévisées et des feuilletons au Chili. J'ai eu quelques rôles plus petits dans les films. Donc, cela ressemble à mon grand début, ce qui est un peu étrange. "

Le film est la première de Larrain, née à Santiago, depuis 2016 et intitulée "Jackie", à propos de Jacqueline Kennedy après l'assassinat de son mari.

Lors d'une conférence de presse, il a décrit Ema comme «une sœur, une amie, une fille, une mère, un amant, une femme et une danseuse. Elle est le soleil et tout le monde circule autour du soleil … et si vous vous approchez trop près, vous risquez de vous brûler. "

Larrain a également déclaré qu'il souhaitait mettre en lumière les échecs d'adoption.

«La réalité des adoptions ratées est très grande et c’est un traumatisme et un drame que nous voulions aborder comme le montre le film», a-t-il déclaré.

Reportage de Hanna Rantala; Reportage additionnel de Marie-Louise Gumuchian; Écrit par Marie-Louise Gumuchian; Édité par Edmund Blair

samedi 31 août 2019

CHILI: LE BOOM DES ÉNERGIES RENOUVELABLES

METRO DE SANTIAGO AU CHILI. SUR LA LIGNE 1,
LA RAME NS-93 À LA STATION TOBALABA; 60%
DE L’ÉLECTRICITÉ UTILISÉE PROVIENT DE
L’ÉNERGIE SOLAIRE OU ÉOLIENNE.
PHOTO ARIEL CRUZ PIZARRO/WIKIMEDIA.ORG

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CHILI: LE BOOM DES ÉNERGIES RENOUVELABLES 

RFI:RADIO FRANCE INTERNATIONALE
ÉMISSION «CHRONIQUE TRANSPORTS», 
 « CHILI: LE BOOM DES ÉNERGIES RENOUVELABLES »  
PAR JUSTINE FONTAINE, 
DIFFUSION SAMEDI 31 AOÛT 2019
la part d’énergies renouvelables dans la consommation électrique du Chili est passée de 7 à 20% en l’espace de cinq ans à peine. Et le métro de Santiago fait encore mieux, car, depuis presque un an, 60% de l’électricité qu’il utilise provient de l’énergie solaire ou éolienne. Un record parmi les grands réseaux de métro à travers le monde. Reportage

VIDÉO. CHILI : LA CULTURE DE L'AVOCAT PRIVE LES HABITANTS D'EAU


«VIDÉO. CHILI : LA CULTURE DE 
L'AVOCAT PRIVE LES HABITANTS D'EAU »
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vendredi 30 août 2019

ALEXANDER VON HUMBOLDT, LE PREMIER GÉNIE UNIVERSEL


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PORTRAIT DE ALEXANDER VON HUMBOLDT (1769-1859).
 PEINTURE DE FRANCISCO FONOLLOSA, NON DATÉE. 
PHOTO PRISMAARCHIVO/LEEMAGE.
Né le 14 septembre 1769, il y a 250 ans, le scientifique allemand a été, à plus d’un titre, l’un des grands précurseurs de la mondialisation.
Courrier international
WILHELM ET ALEXANDER VON HUMBOLDT
AVEC SCHILLER ET GOETHE À IÉNA
PHOTO DPA
Lu et admiré par Darwin, Alexander von Humboldt était un scientifique comme seul pouvait en produire le XIXème siècle, un esprit curieux et insatiable, un grand voyageur, un touche-à-tout de génie. Zoologie, chimie, physique, vulcanologie, botanique, océanographie, ethnologie et même géopolitique… La liste est longue des disciplines dans lesquelles il s’est illustré. “Mais on oublie souvent qu’il était aussi un inventeur”, souligne la Süddeutsche Zeitung. On lui doit le concept des isobares et des isothermes, toujours utilisé en météorologie. Il avait également mis au point une encre indélébile (raison pour laquelle les carnets de son périple sur l’Orénoque sont encore lisibles aujourd’hui, malgré le naufrage dont il a été victime sur le fleuve vénézuélien lors de son expédition en Amérique latine) et un lointain prototype de masque à oxygène, pour mieux respirer en haute altitude.

Un scientifique révolutionnaire


ALEXANDER VON HUMBOLDT DANS SA
BIBLIOTHÈQUE PRIVÉE À BERLIN
PHOTO DPA
Surtout, Humboldt a révolutionné notre compréhension du monde grâce à son art de la synthèse. “Il a interprété la Terre, dans des termes scientifiques modernes, comme un système total”, écrit la London Review of Books. En mettant en correspondance ses découvertes et les connaissances de son temps, il a élaboré ce que Die Zeit appelait en 2018, dans un hors-série consacré à l’histoire des “derniers grands aventuriers”, une “science du mouvement” :
“ Ce n’est pas seulement le chercheur qui voyage, non, tout bouge : les continents, les animaux, les plantes, les hommes, le cosmos dans son ensemble. ”
Que le savant décrive un paysage ou une personne rencontrée, qu’il mesure la hauteur du soleil ou discoure sur le creusement d’un canal, “chaque élément est décrit avec soin, mais aussi mis en relation avec les autres”, poursuit l’hebdomadaire : “Humboldt l’avait compris : ‘Tout est interaction.’ Rien n’existe pour soi, rien n’est statique. Le mouvement est la clé de sa compréhension du monde.”

Célèbre jusque sur la Lune


QUELLES PLANTES POUSSENT OÙ ET POURQUOI JUSTE LÀ?
CETTE QUESTION A PARTICULIÈREMENT SÉDUIT HUMBOLDT.
© FIG. [M]: STAATSBIBLIOTHEK ZU BERLIN
/ BPK; LA COLLECTION STAPLETON
 / BRIDGEMAN IMAGES; SCIENCE
PHOTO LIBRARY / AKG-IMAGES
Ses périples aux Amériques et en Russie (en 1829, aux frais du tsar, cette fois) ont rendu Alexander von Humboldt immensément populaire. Mais, homme du XIXème siècle, il n’aurait jamais acquis la stature qui était la sienne sans l’essor de la poste, des journaux et des magazines. La légende veut qu’à sa mort il n’y avait que Napoléon pour le dépasser en célébrité. Or “ses livres seuls ne lui auraient pas permis d’accéder à une telle renommée mondiale”, relève la Süddeutsche Zeitung. Tout au long de sa vie, le savant a rédigé au moins 30 000 lettres, adressées à des scientifiques, des diplomates, des entrepreneurs et des dirigeants aux quatre coins du monde (“le ministre prussien de la Poste lui a rendu un fier service le jour où il l’a exempté de frais de port”, écrit Die Zeit). Et surtout, grâce à la presse, ses écrits ont été “publiés à Londres et à Paris, à Madrid et à Amsterdam, à New York et à Moscou, à Bruxelles et à Washington, à Calcutta et à Sydney”, énumère la Süddeutsche Zeitung.

La popularité du chercheur transparaît aujourd’hui dans le nombre de rues, de places et de villes qui portent son nom en Allemagne, ainsi qu’en Amérique latine et aux États-Unis. Il a aussi donné son nom à un courant marin dans le Pacifique, et à “un manchot, une chauve-souris, un cactus, une orchidée, un champignon et un gros, très gros calamar”, détaille la London Review of Books. Jusque sur la Lune il y a une mer de Humboldt.
2019, l'année Humboldt

Si Alexander von Humboldt était une star mondiale à sa mort, en 1859, il avait au XXe siècle largement sombré dans l’oubli. Deux ouvrages l’ont récemment remis au goût du jour. Tout d’abord le roman Les Arpenteurs du monde, de l’écrivain austro-allemand Daniel Kehlmann. Paru en 2005 et traduit en français chez Actes Sud, ce best-seller met en scène un scientifique maniaque qui espère percer l’essence des choses en les mesurant de toutes les façons possibles. À ce portrait “peu flatteur”, selon l’hebdomadaire Die Zeit, a succédé en 2015 une magistrale biographie publiée par Andrea Wulf, traduite en français sous le titre L’Invention de la nature (éd. Noir sur Blanc). L’historienne britannique y présente Humboldt comme un savant à la fois visionnaire et aventurier qui, avec sa compréhension systémique du monde, s’impose comme un pionnier de l’écologie et un prophète du changement climatique. Parce que tout est pour lui interaction, il saisit avant d’autres la façon dont l’homme transforme inéluctablement son environnement.

DIE ZEIT, UNE DU 25 JUILLET 2019.
Alors que l’inquiétude grandit sur l’état la planète et l’avenir de l’humanité, cette facette du personnage suscite un intérêt particulier. Elle est souvent mise en avant dans les commémorations organisées cette année pour le 250e anniversaire de la naissance de Humboldt. En témoigne la une que Die Zeit a consacrée à cet anniversaire, titrée “Le premier défenseur de l’environnement”.

Le 250ème anniversaire de la naissance d’Alexander von Humboldt donne lieu cette année à des événements en tous genres, incluant conférences, expositions et parutions. La majorité d’entre eux, notamment en Allemagne et en Amérique du Sud, sont répertoriés sur le site Internet que la Fondation Humboldt a conçu pour l’occasion, humboldt-heute.de, accessible en allemand et en anglais. 

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jeudi 29 août 2019

QUE PASO CON EL SOL. - QUELENTARO

 LITOGRAFIA "HERCAL" S.A. – (COVER) 
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«QUÉ PASÓ CON EL SOL »
PAROLES ET MUSIQUE EDUARDO ET GASTÓN GUZMÁN, 
 CE TITRE EST EXTRAIT DE L' ALBUM 
«LONCONAO» PARU 1982 AU CHILI.
CHEZ EMI ‎– 104346, EMI ‎– 32C 262-440340 1982 

mercredi 28 août 2019

ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE JOSÉ BALMES


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JOSÉ BALMES
PHOTO 
GUSTAVO GERMANO
2016 -28 AOÛT- 2019
TROISIÈME ANNIVERSAIRE
DE LA MORT DE 
JOSÉ BALMES
JOSÉ BALMES ET GRACIA BARRIOS
PHOTO MABEL MALDONADO 
José Balmes Parramón, né le 20 janvier 1927 à Montesquiu en Catalogne, Espagne, et décédé le 28 août 2016 à Santiago du Chili, fut un peintre chilien, Directeur du Musée de la Solidarité Salvador Allende. Il fut récompensé par de nombreux prix dont le Prix National d'Art, et  la médaille de « Chevalier des arts et des lettres », reconnaissance octroyée le 5 mai 2009 à José Balmes pour sa trajectoire internationale et les liens de travail et d’amitié durables noués avec la France.


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CHILI: LA LANGUE ET LA CULTURE MAPUCHE SONT APPRISES DANS LES ÉCOLES

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CHILI: LA LANGUE ET LA CULTURE 
MAPUCHE SONT APPRISES DANS LES ÉCOLES


RFI: RADIO FRANCE INTERNATIONALE  
ÉMISSION «LES VOIX DU MONDE», 
 PAR JUSTINE FONTAINE, 
DIFFUSION MARDI 27 AOÛT 2019

mardi 20 août 2019

RODRIGO MUNDACA, TENIR TÊTE AUX « SEIGNEURS DE L’EAU » AU CHILI

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LES EXPLOITATIONS AGRICOLES CHILIENNES CONSOMMENT
D’ÉNORMES RESSOURCES D’EAU, DE NOMBREUSES
ZONES SE DÉSERTIFIENT.
 PHOTO CLAUDIO REYES/AFP 
Militant du droit d’accès à l’eau, Rodrigo Mundaca fait l’objet de menaces de mort. Dans la région de Petorca, au nord de Santiago, il dénonce l’assèchement des sols lié au boom de l’avocat, là où poussaient avant… des cactus. Second volet de notre série sur les résistants de la planète.
Dans une petite salle de l’université Santo Tomas, Rodrigo Mundaca boucle ce matin son cours de « gestion des ressources naturelles ». Ce soir commenceront les vacances d’hiver, pour lui comme pour ses étudiants. Après avoir attendu les retardataires, qui arrivent en toute décontraction, il active le boîtier électronique fixé près de la porte et pose son doigt sur le lecteur d’empreintes. Les uns après les autres, ses élèves l’imitent. C’est ainsi que se pratique l’appel dans cet établissement privé du centre de Santiago.

« Allez, on met les tables en cercle !, lance l’enseignant. Les groupes sont prêts ? Qui commence ? » Une dizaine d’étudiants présentent aujourd’hui les résultats de leurs travaux collectifs. Lunettes sur le bout du nez, assis parmi l’assistance, arrondi sur sa chaise, Rodrigo observe, prend des notes. Il pose des questions, ajoute des précisions, notamment quand les présentations abordent des affaires de pollution impliquant des entreprises minières dans le nord du pays. Ou encore le statut de l’eau, ressource privée au Chili depuis la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990).

RODRIGO MUNDACA, DÉFENSEUR DE L’ACCÈS À
L’EAU AU CHILI, A ÉTÉ AGRESSÉ EN 2015
ET MENACÉ DE MORT EN 2017.
PHOTO  GILLES BIASSETTE
À la fin du dernier exposé, le professeur applaudit. Il est visiblement satisfait des futurs agronomes qu’il a contribué à former. Le cours s’achève dans la bonne humeur, Rodrigo serre les mains des uns et des autres.

Tout le monde peut alors s’éparpiller vers d’autres lieux. Mais pas l’enseignant. Lui doit patienter avant de quitter l’université. « Je ne me déplace jamais seul à Santiago, dit-il en allumant son téléphone. J’appelle un ami qui va venir m’accompagner jusqu’au terminal de bus. »

Une agression en 2015, des menaces de mort en 2017


Comme toujours depuis quatre ans désormais, ce proche saluera Rodrigo au pied du car qui le ramènera chez lui, à La Ligua, chef-lieu de la province de Petorca, à 150 km au nord de Santiago. C’est en 2015 que le porte-parole du Movimiento de Defensa por el Acceso al Agua, la Tierra y la Proteccion del Medioambiente (Mouvement de défense pour l’accès à l’eau, la terre et la protection de l’environnement – Modatima) a changé sa façon de vivre. Après avoir été roué de coups par un inconnu dans une rue de la capitale.

Rodrigo n’avait rien vu venir. En fin de matinée, il descendait d’un taxi aux abords d’une place du centre quand l’agresseur a frappé. Une photo montre une blessure au front, entre les deux yeux. La surprise avait été totale, le choc soudain. Il ne s’agissait ni d’une tentative de vol ni d’une querelle de la vie quotidienne comme il s’en produit parfois entre gens stressés et impatients des grandes villes. L’assaut semblait gratuit, l’attaque restait muette. Mais le message, passé pour le faire taire, était limpide aux yeux de Rodrigo et de ses compagnons.

L’eau, ressource privée depuis Pinochet


Depuis ce jour, l’ingénieur agronome est donc toujours accompagné par un proche pour ses déplacements dans la capitale. « C’est une mesure de précaution », dit-il en haussant les épaules, conscient qu’il reste bien vulnérable. Il sait aussi qu’il s’est fait de nombreux ennemis depuis qu’il a uni ses forces avec d’autres pour créer Modatima en 2010. Défendre les droits des agriculteurs et des habitants de la province de Petorca, frappée de plus en plus par des problèmes de sécheresse, c’est affronter de puissants intérêts – les « seigneurs de l’eau ».
Le Chili, « c’est l’unique pays au monde où l’eau est privatisée »
« Le Chili est un pays à part », explique-t-il plus tard dans un café de La Ligua, non loin du terminal où des hommes en blanc vendent les dulces, ces petites pâtisseries locales dont raffolent les habitants de la capitale de retour des plages du Nord. « C’est l’unique pays au monde où l’eau est privatisée, poursuit-il. Sous Pinochet, le gouvernement a distribué gratuitement des droits de propriété sur l’eau, qui peuvent ensuite être vendus, comme des actions. Ces droits sont indépendants de la propriété de la terre, et même de la consommation de l’eau… Des personnes ont accumulé des droits énormes, alors que s’assèchent les puits des familles et des paysans. »

Rodrigo dresse une liste : il nomme un député, un maire, un homme d’affaires, des gros bonnets de l’agriculture, alliés des premiers… Tous peuvent se permettre de puiser dans les sous-sols jusqu’à plus soif, ou spéculer sur le prix des droits, dans une région où l’eau vient à manquer – la faute au réchauffement climatique et au boom de l’avocat, qui épuise les sources souterraines et rompt le cycle de l’eau. Les rivières La Ligua et Petorca sont à sec, depuis plusieurs années, laissant des lits cabossés et craquelés où se multiplient déchets et herbes folles. Sur les hauteurs, les avocatiers s’épanouissent, eux, à perte de vue, jusque sur les collines, où ils détrônent rapidement la végétation locale, à commencer par les cactus…


LA CULTURE DE L’AVOCAT EST POINTÉE DU DOIGT
PAR LES HABITANTS DE LA PROVINCE DE PETORCA.
PHOTO CLAUDIO REYES/AFP
Expansion hors de contrôle de la culture de l’avocat Rodrigo marque une pause. À l’autre bout du café, un homme vient de s’installer en terrasse. Coiffé d’un chapeau, il fume le cigare. « C’est un propriétaire terrien d’ici, il ne nous aime pas. Je crois qu’il nous a vus », dit-il en appuyant ses propos d’un léger sourire. Mais il reprend vite ses explications, retrouvant des accents de professeur : la superficie consacrée à l’avocat, qui a plus que triplé en trente ans à l’échelle nationale, a été multipliée par… dix dans la région de Valparaiso, dont dépend Petorca. « Notre province et celle d’à côté, ­Quillota, sont les premières du pays en matière de production d’avocats pour l’exportation, précise l’ingénieur agronome. Plus de 90 % des terres cultivées sont consacrées à ce fruit ! »
En mars 2017, il reçoit par téléphone sa première menace de mort : « On va te tuer enfoiré, on va te tuer. »
La fièvre de « l’or vert » – l’avocat est très en vogue en Amérique du Nord et en Europe – fait tourner les têtes à Petorca. Et voilà comment une culture très gourmande en eau remplace des cactus pour satisfaire les besoins, et les envies, de lointains consommateurs. Aujourd’hui, le Chili est l’un des principaux exportateurs mondiaux d’avocats, avec le Mexique, le Pérou et l’Espagne.

Alors, pour frapper là où ça fait mal, Modatima tente désormais d’interpeller le commanditaire final, celui qui, en bout de chaîne, a le pouvoir parce qu’il paie : l’étranger. Rodrigo s’adresse dès qu’il le peut à des interlocuteurs internationaux. Et comme son combat a commencé à porter ses fruits, le ton de ses adversaires est monté d’un cran. En mars 2017, il a reçu, par téléphone, sa première menace de mort : « On va te tuer enfoiré, on va te tuer. »

Remise du prix des droits de l’homme de Nuremberg en septembre


Un peu plus tôt, un reportage diffusé par l’agence danoise Danwatch – tout à la fois centre de recherche et d’investigation spécialisé dans les sujets environnementaux et la responsabilité sociétale des entreprises, et agence de presse – avait reçu un large écho. « Au Chili, critiquer son pays à l’étranger est très mal perçu par certains milieux, explique l’ingénieur. Je ne sais même pas si je pourrai me rendre en Allemagne. Il faut s’attendre
à tout ! »

Le porte-parole de Modatima est en effet attendu en Europe : il recevra, le 22 septembre, le prix international des droits de l’homme que décerne tous les deux ans la ville allemande de Nuremberg, depuis le milieu des années 1990. En annonçant cette décision, le jury avait tenu à saluer « l’admirable courage » de l’engagement de Rodrigo Mundaca en faveur d’un « droit fondamental » – l’accès à l’eau.

Il n’ignore pas que le gouvernement à Santiago voit d’un mauvais œil ses prises de position. Rodrigo a conservé sur son téléphone un message reçu il y a peu. Il tend son appareil, sur lequel on peut lire : « Bonjour, je travaille avec le ministre Walker. Je t’écris de sa part pour te remercier de tes propos dans la Revista del Campo (hebdomadaire du quotidien El Mercurio, NDLR) et que nous prendrons en compte tes commentaires. » « C’est ironique, bien sûr !, glisse-t‑il. C’est une menace voilée. »

Attaques en justice, pertes de contrats professionnels
Depuis qu’il a commencé à dénoncer les atteintes aux droits humains commises par des responsables politiques locaux et des entreprises, Rodrigo Mundaca est dans le collimateur de la justice chilienne. Quatre procédures pénales ont été engagées à son encontre au cours des trois premières années. En 2014, il a même été condamné à 61 jours de prison pour diffamation. Sa peine a été assortie d’un sursis, à condition qu’il se présente à la police chilienne tous les mois pendant un an et paye une amende.

Ces attaques déstabilisent sa vie professionnelle. Rodrigo a perdu de nombreux contrats dans la région de Petorca, où il propose ses services comme consultant en matière d’agriculture responsable.
« Et puis les jeunes, ce sont eux qui peuvent changer ce pays » Rodrigo Mundaca
L’université Santo Tomas, elle, ne l’a jamais abandonné. L’ingénieur agronome au torse large et aux cheveux ras flanche un peu… À 58 ans, il en a pourtant vu d’autres. Approcher la soixantaine au Chili signifie avoir connu le coup d’État de 1973 et le bombardement de la Moneda, avoir eu à croiser la route de la police politique du général Pinochet, avant, dans son cas comme dans le cas de nombre de ses compatriotes, de connaître l’exil…

Il n’empêche : quand il parle de la faculté, son havre de paix, quand il évoque le soutien de la direction et de ses étudiants, sa gorge se noue. Le silence se fait, son regard se perd quelque part au loin. « Et puis les jeunes, ce sont eux qui peuvent changer ce pays », lâche-t-il enfin, les yeux humides.

L’accès à l’eau en Amérique latine

Avec l’Amazonie et la cordillère des Andes, l’Amérique latine possède de nombreuses ressources en eau. Au total, la région concentre à elle seule 31 % des sources d’eau de la planète.
Poutant, l’accès de la population à l’eau reste un problème, depuis le Mexique jusqu’à la Patagonie, au Chili et en Argentine. Au total, 55 millions d’habitants n’ont pas accès à l’eau potable, et quelque 200 millions de personnes ont un accès « précaire ».
La pauvreté et les inégalités, toujours importantes en Amérique latine, expliquent en grande partie cette situation. Mais aussi le modèle de développement agricole : 70 % de l’eau douce est consommée par le secteur agro-alimentaire.

Le difficile combat des ONG au Chili


DES DÉTRITUS JONCHENT LE LIT DE
LA RIVIÈRE LA LIGUA AU CHILI

PHOTO  CLAUDIO REYES/AFP
Le Chili accueillera en décembre la 25e COP. L’occasion pour les défenseurs de l’environnement du pays du cône Sud de tenter de se faire enfin entendre.

Quand on évoque les dangers que court la planète en Amérique du Sud, le Chili se fait discret. Bien que doté d’une nature particulièrement riche, des étendues du désert de l’Atacama aux spectaculaires glaciers de Patagonie, le pays du cône sud est rarement évoqué. L’Amazonie fait beaucoup d’ombre : on s’alarme beaucoup plus facilement du sort du « poumon de la planète », qui recouvre une partie du Brésil, du Pérou, de l’Équateur, de la Colombie, du Venezuela, de la Bolivie, du Suriname et du Guyana – sans oublier la Guyane –, que du reste du sous-continent.

Des ressources naturelles convoitées


Épisodiquement, des événements rappellent pourtant que le Chili est, lui aussi, vulnérable. Fin juillet, un incident survenu sur le terminal d’une compagnie minière a provoqué une marée noire à 250 kilomètres de Puerto Natales, au sud du continent américain, là où la terre, de fjord en fjord, est dentelle. Le pétrole s’est déversé dans une zone réputée pour ses eaux parmi les plus pures de la planète et pour son riche écosystème marin.

Car les ressources naturelles du Chili suscitent l’appétit de très nombreux intérêts privés – à commencer par les entreprises minières, les grands noms de l’industrie forestière et un secteur agroalimentaire particulièrement agressif. Or les ONG dénoncent le laxisme des autorités, qui laissent trop souvent les coudées franches à ces acteurs privés.

« Le Chili passe pour une démocratie modèle en Amérique latine, mais c’est un mythe, déplore Flavia Liberona, directrice de la Fondation Terram, une ONG locale de défense de l’environnement. Nous avons des lois, mais très peu d’autorités de contrôle ! Sur le saumon, par exemple, il est écrit noir sur blanc que l’élevage est illégal dans les eaux protégées. Pourtant, c’est bien ce qui se passe ! »

La COP 25 pour se faire entendre


Depuis de nombreuses années, les défenseurs de l’environnement accusent « l’or rose » – le Chili est l’un des principaux exportateurs mondiaux de saumon – de nuire à la biodiversité. Mais difficile de se faire entendre dans un pays tourné vers le productivisme, où l’écologie est peu présente dans le paysage politique – le parti vert ne compte qu’un député.

Les grandes causes environnementales ne mobilisent que rarement l’opinion publique. L’abandon en 2014 d’un projet de barrage en Patagonie – de nombreuses manifestations ayant poussé le gouvernement de Michelle Bachelet à revenir sur un projet validé par son prédécesseur, Sebastian Pinera – fait figure d’exception.

De retour aux affaires depuis 2018, c’est Sebastian Pinera qui, en décembre, accueillera ses homologues à Santiago, où se tiendra la 25e conférence de l’ONU sur les changements climatiques, la COP25. Pour les ONG, c’est l’occasion de se faire entendre.

Des réunions préparatoires se tiennent depuis plusieurs mois pour mobiliser la société civile et exiger plus d’actions de la part du gouvernement. Notamment sur la protection des glaciers – le Chili représente 80 % des glaciers sud-américains, presque 4 % à l’échelle mondiale – ou encore sur les énergies fossiles : si le pays a fait des pas en avant en matière d’énergie solaire, 40 % de l’électricité provient encore de centrales à charbon, très polluantes.


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