vendredi 27 septembre 2013

LA COUR SUPRÊME DU CHILI REND UN JUGEMENT FAVORABLE À BARRICK GOLD

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LES AUTORITÉS CHILIENNES DE RÉGLEMENTATION EN MATIÈRE D'ENVIRONNEMENT AVAIENT ORDONNÉ L'ARRÊT DE LA CONSTRUCTION DU PROJET PASCUA-LAMA, AU SOMMET DE LA FRONTIÈRE MONTAGNEUSE ENTRE LE CHILI ET L'ARGENTINE, D'ICI À CE BARRICK AIT MIS EN PLACE DES SYSTÈMES EMPÊCHANT LA MINE DE CONTAMINER LE BASSIN HYDROGRAPHIQUE EN AVAL. IMAGE  

La cour n'est pas allée jusqu'à demander une nouvelle évaluation, mais elle a décidé que la construction de la mine devait être suspendue d'ici à ce que Barrick ait rempli ses promesses en matière d'environnement et complété des travaux visant à protéger le bassin hydrographique.

Dans un communiqué émis jeudi, Barrick a dit être heureuse que le jugement du plus haut tribunal chilien lui permette d'aller de l'avant avec son projet.

Plus tôt cette année, les autorités chiliennes de réglementation en matière d'environnement avaient ordonné l'arrêt de la construction du projet Pascua-Lama, au sommet de la frontière montagneuse entre le Chili et l'Argentine, d'ici à ce Barrick ait mis en place des systèmes empêchant la mine de contaminer le bassin hydrographique en aval.

La mise en service de la mine a déjà été repoussée et doit maintenant avoir lieu durant la seconde moitié de 2016.

Barrick Gold détient et exploite des mines d'or au Canada, aux États-Unis, au Pérou, en Argentine, au Chili, en Australie et en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

L'action de Barrick Gold a cédé jeudi 21 cents à la Bourse de Toronto, où elle a clôturé à 19,08 $.


CHILI : L’AVORTEMENT INTERDIT, UN HÉRITAGE DE LA DICTATURE DE PINOCHET

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GRAND REPORTAGE -  RFI « CHILI : L’AVORTEMENT INTERDIT, UN HÉRITAGE DE LA DICTATURE DE PINOCHET  » VENDREDI 27 SEPTEMBRE 2013  DURÉE : 00:19:31 

jeudi 26 septembre 2013

LE CHILI 1973-2013, RÉCITS DE PHOTOGRAPHES 3

C’est ainsi qu’elle développe un travail « parallèle » dans la rue – son premier projet sera consacré aux ivrognes, discrètement rebaptisés Les dormeurs –mais aussi dans des lieux d’enfermement tels les hôpitaux psychiatriques ou des foyers pour personnes âgées. Elle fait des portraits des travestis, des boxeurs amateurs, des artistes de cirque (« De par son double visage (répression/imposture), la période de la dictature militaire au Chili a été un temps de cirque… »).

Depuis le début des années 1990, elle enchaîne d’autres projets au longue cours, avec des couples d’amoureux dans un centre psychiatrique (El Infarto del alma, L’infarctus de l’âme), les derniers Kawésqar, un peuple indigène de Patagonie (Los Nómades del mar, Les nomades de la mer), ou dernièrement, une communauté endogame de paysans atteints d’une maladie qui les empêche de voir les couleurs (La luz que me ciega, La lumière qui m’aveugle). Sans oublier ses portraits de rue, pris aujurd'hui en culeur avec un appareil numérique.

Cet entretien a été réalisé par courrier électronique interposé et grâce à la patience infinie de Paz Errázuriz.

MR : Vous avez fait des études en sciences de l’éducation, d’abord en Angleterre dans les années 60, ensuite à Santiago, où vous avez commencé à enseigner pendant la période de l’Unité Populaire. 

Comment êtes-vous venue à la photographie ? Comment êtes-vous devenue photographe ?

PE : Quand j’ai terminé mon séjour en Angleterre, mon idée était d’aller à Cuba et de participer à la campagne d’alphabétisation. Ensuite, des circonstances personnelles – la maternité, une séparation – ont fait que j’ai décidé d’être institutrice au Chile. Mais j’avais rapporté d’Angleterre mon premier appareil, un Exacta. J’y rêvais depuis toujours, je me sentais très, très attirée par la photographie.

Paz Errázuriz
Paz Errázuriz
Or j’ai commencé par prendre des photos de mes élèves pendant la récré. Puis leurs parents voulaient en acheter et je me suis  mise à monter une chambre noire chez mois et à apprendre  développer, soit par moi-même, soit avec les quelques amis  photographes que j’avais à cette époque. Il n’y avait pas d’écoles, on était autodidactes. 

C’est ainsi que je suis devenue photographe. Une décision consciente que j’ai pu confirmer plus tard, pendant la période de la  dictature militaire, quand plusieurs d’entre nous qui travaillaient en freelance ont décidé – à travers la création en 1981 de AFI  – de réclamer le statut de photographes professionnels au motif que nous gagnaient notre vie de la photographie et devraient  pouvoir nous appeler photographes, même en travaillant en indépendant [et étant de ce fait exclus du syndicat officiel].

Ce n’était que quelques années après, aux États-Unis, quand j’ai dit que je faisais de la photographie, qu’on m’a répondu : « Alors, vous êtes artiste ».

MR : Quelle sorte de travail faisiez-vous au début ?

PE : Des portraits d’enfants et de familles, ainsi que des reportages que je publiais dans une revue pour enfants qui s’appelait Mampoto.

MR : Vers la fin de 1973, vous avez aussi édité un petit livre photographique pour enfants, Amalia, qui raconte l’histoire d’une poule qu’on voit très confortablement installée chez vous, perchée sur une chaise, nichée dans l’armoire, jouant avec vos enfants... 

Paz Errazuriz, Amalia, 2013, ReCrea Libros
Paz Errazuriz, Amalia, 2013, ReCrea Libros

PE : C’est le journal intime d’une poule qui vivait chez moi, une mascotte. J’ai tout fait – les photos et les textes – avec mes enfants pendant le couvre-feu imposé par la dictature, quand on était obligés de passer beaucoup de temps à la maison, sans pouvoir sortir. Amalia a été l’un des premiers livres photographiques de la génération des années 70 en Amérique latine.  Cette année, deux maisons d’édition m’ont demandé de le rééditer, la deuxième édition sortira chez ReCrea Libros ce mois-ci, 40 ans plus tard.

MR : Effectivement, vos débuts en tant que photographe professionnel ont coïncidé avec le début de la dictature.

PE : La photographie m’a permis de m’exprimer à ma façon et de participer à ma façon à la résistance que ceux d’entre nous qui sommes restés au Chili pouvaient mener. C’était une manière d’être présent et de lutter.

MR : Comment avez-vous vécu cette lutte ?

PE : C’était à la fois passionnant et très motivant parce que la photographie a pris une dimension que je ne connaissais pas. Je faisais quelque chose dont le sens était très clair. Mais en même temps, j’étais consciente du danger. (D’ailleurs,  ma maison avait été brutalement perquisitionnée après le coup d’État.) Découvrir la rue de cette manière a fait monter l’adrénaline. Je l’ai ressenti comme une forme de militantisme.

mercredi 25 septembre 2013

CHILI : MÉMOIRE DE L'UNITÉ POPULAIRE. LE RÊVE DE NERUDA.

COMPTE-RENDU DESSINÉ ROSENDO LI


EXPOSITION « CHILI : MÉMOIRE DE L'UNITÉ POPULAIRE. LE RÊVE DE NERUDA.» 
Jusqu'au jeudi 26 septembre 2013
Espace Saint-Rémi
Le Collectif Mémoire (Pucéart, Delaba et Dissi, les amis de l'Ormée, France-Chili Aquitaine) organise une exposition sur Neruda et le Chili.

Infos pratiques
Dates / Horaires :
Jusqu'au jeudi 26 septembre 2013
Ouvert tous les jours de 13h00 à 19h00.
Lieu :
Espace Saint-Rémi
4 rue Jouannet
33000 Bordeaux
Entrée libre

jeudi 19 septembre 2013

ALFREDO JAAR ÉBLOUIT LES RENCONTRES D'ARLES

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ALFREDO JAAR « SEARCHING FOR KISSINGER », 1984.UN DÉTAIL (CHERCHANT HENRY KISSINGER). PHOTO PÁGINA 12
A peine arrivé, le spectateur prend en pleine figure des néons blancs violents – une entrée en matière idoine quand on traite de l'aveuglement. "Aucune image n'est innocente, explique Alfredo Jaar. Chacune porte en elle une vision du monde. Or personne ne nous apprend à les lire." Dans l'église, œuvres anciennes et récentes s'emploient à montrer l'envers des images, leur contexte. Qui les fait et les diffuse, qui les possède, pourquoi elles sont là ou manquent. Le tout avec une efficacité visuelle redoutable, jouant sur les blancs, l'absence, le vide.

Alfredo Jaar, qui a quitté le Chili pendant la terrible dictature de Pinochet, déroule sous une vitrine la biographie officielle de Henry Kissinger. L'ancien secrétaire d'Etat s'y montre en majesté, saluant les grands de ce monde. Mais il y manque une image qu'a ajoutée l'artiste : une poignée de mains avec Pinochet. Au mur, un document déclassifié enfonce le clou : dans une conversation téléphonique, le président Nixon et Kissinger discutent du coup d'Etat et de l'implication active des Etats-Unis. Les conséquences sur la population ? Kissinger les balaie d'un geste : "Rien d'important."

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ALFREDO JAAR  « SEARCHING FOR AFRICA IN LIFE », 1996, (CHERCHANT L'AFRIQUE DANS LA REVUE LIFE). PHOTO HAUPT & BINDER


LE TOUT FONCTIONNE CAR ALFREDO JAAR N'OUBLIE PAS L'ÉMOTION

Les démonstrations en images d'Alfredo Jaar sont souvent d'une simplicité brutale, implacable. Il aligne les "unes" du magazine Life, puis en sort les seules consacrées à l'Afrique : seulement cinq, dédiées aux animaux sauvages, au sida ou à la famine. Pas besoin d'ajouter autre chose pour dire la vision du monde qui s'exprime ici. La célèbre photo de la "situation room", diffusée par les Etats-Unis au moment de l'assassinat de Ben Laden, est mise en regard d'une image blanche, comme pour dire tout ce qui manque sur cette traque à l'homme – l'image du cadavre de Ben Laden n'a jamais été diffusée. Mais le tout fonctionne car Alfredo Jaar n'oublie pas l'émotion, la poésie : dans des photos de presse du coup d'Etat chilien, il a agrandi de tout petits personnages perdus dans l'image. Leur regard de détresse, bouleversant, déborde largement l'événement historique.

La pièce la plus forte de l'installation raconte d'ailleurs une histoire d'homme, pas seulement d'image. Dans une pièce où le spectateur ne peut entrer et sortir qu'à un moment précis – il y reste huit minutes –, Alfredo Jaar évoque une photo célèbre : une petite fille soudanaise affamée et à bout de force guettée par un vautour. Elle avait fait le tour du monde en 1993, entraînant des critiques violentes dirigées non contre la situation mais contre le photographe – accusé de prendre la photo au lieu de sauver l'enfant. Dans la pièce, on ne voit rien, juste des mots qui défilent sur le mur. Ils content l'histoire de Kevin Cartner, sa naissance, sa révolte contre l'apartheid, son suicide. Mais Alfredo Jaar n'oublie pas d'évoquer aussi la propriété de l'image, détenue par l'agence Corbis de Bill Gates. La photo elle-même n'est montrée qu'une seconde, avant qu'un flash n'éblouisse tout le monde. Comme une incitation à ouvrir les yeux devant les images, otages des stratégies de communication et de l'émotion immédiate.

Alfredo Jaar, "La Politique des images". Jusqu'au 25 août. Église des Frères-Prêcheurs, Arles. De 10 heures à 19 h 30. 8 €. rencontres-arles.com

Claire Guillot (Arles, envoyée spéciale ) 
Journaliste au Monde

mercredi 18 septembre 2013

LES FILS ET LA DICTATURE

1.) Je suis né le 17 août 1987, quand la dictature chilienne s’achevait. L’année suivante, il y eut le plébiscite et Pinochet dut laisser le pouvoir.
Cela veut dire que j’appartiens à la génération qui n’a pas vécu cette histoire. Je suis de ceux qui l’ont apprise à travers les livres, les documentaires, le récit oral de nos parents et de nos amis. On nous la raconta à table, quelqu’un s’est décidé à poser des questions sur l’adolescence de nos parents et ils se sont mis à se rappeler. Dans ma famille il n’y a pas de victimes directes ni de disparus, mais des souvenirs, oui, il y en a.

 «CAMANCHACA»
EDITION EN ESPAGNOL 
2) Ma mère avait 17 ans au moment du coup d’État. Elle étudiait dans un internat pour filles qui se trouvait en face du Stade national. De temps à autre, nous essayons de refaire le 11 septembre et les jours qui suivirent, quand elle dormait dans cet internat et entendait les balles et les cris des détenus qui étaient dans le stade. Peu après, ma mère finit ses études, se maria et partit vivre à Iquique, dans le nord du Chili. Là-bas, elle vécut une grande partie de la dictature. Elle y était aussi quand, quelques jours après le retour de la démocratie, dans le port de Pisagua - qui avait été un camp de concentration -, on découvrit une fosse commune où se trouvaient des restes de disparus. Elle travaillait pour l’Eglise, on l’envoya à Pisagua. Ce furent des jours intenses : la fosse commune, l’exhumation près du cimetière, les restes de ces personnes exécutées et mises en sac. Certains corps momifiés, avec les impacts de balle, intacts.

3) Il y a aussi les récits des amis plus âgés, ceux qui sont nés dans les années 60, qui ont vécu la dictature au collège, résistant depuis ces lieux précaires, luttant contre un  État qui systématisait la violence. C’est un récit fondé sur l’épique, mais aussi, très souvent, sur le scepticisme. Ce récit a ressurgi au Chili ces dernières années par les marches et les protestations, grâce aux mobilisations sociales, aux étudiants qui ont pris les rues pour réclamer une éducation plus juste, un pays plus juste.

4) Nous qui sommes nés à la fin des années 80 nous n’avons pas vécu la dictature, mais nous avons vécu ses conséquences : un modèle économique qui nous a entièrement déterminés. La santé et l’éducation privatisées. Un monde où, si tu n’as pas d’argent, tu ne vaux rien. Un monde moderne.

5) L’homme qui parle à la télévision nie tout. Il dit qu’il ne savait rien des violations des droits de l’homme au Chili pendant la dictature, qu’il n’a rien à voir avec ça. L’homme s’appelle Manuel Contreras, il a dirigé la Dina - la police secrète du régime - et il est condamné à plus de 300 ans de prison, cet organisme a séquestré, torturé et assassiné les gens dans les années qui suivirent le coup d’État. C’est le 10 septembre 2013, deux journalistes l’interrogent et il nie tout, mais plus personne ne le soutient. Au moins publiquement, car le problème, dans toute cette histoire - dans ces 40 ans du coup d’État qu’on vient de commémorer - c’est que, comme Contreras, d’autres nient, justifient même les morts, les disparitions, les tortures, puisqu’il fallait sauver le Chili de la révolution marxiste que Salvador Allende allait soi-disant instaurer. Le problème de cette histoire est qu’elle n’est toujours pas terminée : il y a encore des disparus, des tortionnaires et des complices qui n’ont pas été jugés. Mais on cherche à la refermer, et les partis de droite insistent pour que les plus jeunes regardent vers le futur. De fait, après avoir assisté aux liturgies de la commémoration, le président Piñera a demandé : «Qu’est-ce qui est le plus important : ce qui a eu lieu voilà quarante ans, ou ce que nous allons faire ensemble dans les quarante prochaines années ?»


6) A cette question, j’ai plusieurs manières de répondre. Aucune ne parlerait du futur.

7) Nous n’avons pas vécu la dictature, mais nous avons lu. Non seulement les livres d’investigation et de journalisme publiés ou réédités ces derniers mois - comme ceux, fondamentaux, de Patricia Verdugo, Mónica González et Cristóbal Peña -, mais aussi des romans, et, surtout, de la poésie. Nous sommes allés au théâtre voir les œuvres de Juan Radrigán et des plus jeunes : Guillermo Calderón, Luis Barrales et Alejandro Moreno. J’aime penser que nous nous sommes éduqués ainsi : en regardant les documentaires de Patricio Guzmán, en lisant les chroniques rageuses de Pedro Lemebel, en allant voir les expositions de Gonzalo Diaz et d’Alfredo Jaar. En lisant les romans de Diamela Eltit et de Germán Marín. En étant impressionnés par ce roman petit et monstrueux de Roberto Bolaño, Etoile distante. Nous les avons lus et nous avons lu les poèmes d’Enrique Lih, de Raúl Zurita et de Gonzalo Millán, qui a écrit dans la Ville l’un des portraits les plus durs et les plus importants de la dictature. On nous dit de regarder vers le futur, mais nous nous souvenons de ces livres et, en vérité, il nous est impossible de vouloir effacer ce passé, qui est l’héritage de nos pères. Nous devons apprendre à vivre avec ces années. Il ne s’agit pas de nostalgie, de discours recherchant l’empathie, il ne s’agit pas de nier la responsabilité de tous ni de s’enfermer dans un discours de victime. Ce n’est pas ça. C’est autre chose. C’est ce qu’a dit, il y a une semaine, la sœur d’une jeune femme assassinée pendant la dictature, et qui me semble indispensable pour comprendre les quarante ans qui ont suivi le coup d’État : «Il y a des gens qui demandent jusqu’à quand nous devrons continuer à parler de ça. Je dirais que nous allons continuer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à dire.»

Traduit de l’espagnol (Chili) par Philippe Lançon.

Dernier ouvrage : «Camanchaca» (à paraître chez Christian Bourgois).

Diego Zuñiga Ecrivain

mardi 17 septembre 2013

SEBASTIAN RIVAS, GUERRIER PACIFISTE


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LE COMPOSITEUR SEBASTIAN RIVAS
EN SEPTEMBRE, À L'IRCAM (PARIS).
PHOTO SYLVAIN GRIPOIX 
Engagé et pugnace, le compositeur franco-argentin conçoit l'opéra comme un art "du temps réel", en prise avec les combats et les blessures de l'histoire contemporaine.
 « Je suis né en France. Ma mère était enceinte de sept mois quand mes parents ont reçu une lettre anonyme assez explicite et qu'ils ont décidé de plier bagage.» Cela se passait en 1975, et la junte militaire au pouvoir en Argentine montrait peu de bienveillance à l'égard des intellectuels communistes.

Les Rivas, un couple de chercheurs, se sont donc fixés en région parisienne, sans toutefois renoncer à leur idéal, multipliant, par exemple, les actions en faveur de la libération du pianiste Miguel Angel Estrella, leur compatriote, qui croupissait dans les geôles uruguayennes. Concerts de soutien, ventes de disques... « Mes premières années ont été scellées par cette cause », se souvient Sebastian Rivas, qui, dans ses confidences biographiques, s'arrête sur un épisode survenu en 1982, au moment de la guerre des Malouines.

« Je devais être en CE1 dans un village de l'Essonne. La maîtresse mentionne la guerre qui se déroule dans mon pays et m'invite à en parler. Je me revois intervenant sur le sujet, à 7 ans, et je pense que cette prise de parole a constitué un acte fondateur, mon réveil identitaire et politique. »

UNE MUSIQUE À LA FOIS NEUVE ET RÉFÉRENCÉE

Vingt et un ans plus tard, Aliados (« Alliés »), une stupéfiante réussite d'art total, est donné en création au Théâtre de Gennevilliers avant d'être programmé, le 4 octobre, à Strasbourg, dans le cadre de Musica. Margaret Thatcher et le général Pinochet en sont les principaux protagonistes, et leur entrevue de mars 1999 (alors que le dictateur chilien était assigné à résidence à Londres) constitue la trame d'un « opéra du temps réel » (sous-titre de l'œuvre).

Sebastian Rivas y signe une musique à la fois neuve (effectif inédit, électronique en direct) et référencée (citations, parodies). Pour en arriver là, le compositeur a dû batailler ferme, et son parcours ressemble à celui d'un combattant qui s'interroge, à l'instar du conscrit d'Aliados échappé de la guerre des Malouines...

La démocratie réinstaurée en Argentine, les Rivas regagnent leur patrie. En 1988-1989, ils effectuent un nouveau séjour en France, cette fois pour des raisons professionnelles. C'est alors que Sebastian commence l'étude du saxophone. La musique n'est encore qu'un hobby pour le jeune homme, qui prend ensuite des cours à Buenos Aires tout en jouant dans des groupes de funk et de rock (Aliados utilise un extrait de London Calling, le célèbre hit de Clash).

À 17 ans, le saxophoniste reçoit le choc du Sacre du printemps, d'Igor Stravinsky. Il sera compositeur (et Aliados prendra pour modèle L'Histoire du soldat, de Stravinsky). Sebastian Rivas se lance dans l'apprentissage du piano avec une intensité telle qu'il en attrape des tendinites. Les travaux d'écriture, en revanche, ne provoquent pas de dommages collatéraux. L'étudiant est doué.

DU CONSERVATOIRE DE BOULOGNE-BILLANCOURT AU PRIX ITALIA

Toutefois, il ne tarde pas à comprendre que son niveau ne suffira pas pour l'entrée au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, son objectif de formation. Une escale à Boulogne-Billancourt s'impose, le temps d'affermir les bases dans un conservatoire de région. Mais, là encore, il manque quelque chose. Comment s'aguerrir quand on n'a pas le moyen de faire jouer sa musique ?

Le conservatoire de Pantin permet aux étudiants d'obtenir l'exécution de leurs œuvres et même de les enregistrer. De plus, il est dirigé par Sergio Ortega, compositeur chilien connu, entre autres, pour ses hymnes pro-Allende (Aliados contient un remodelage d'une danse chilienne, la cueca).

La conjonction Boulogne-Pantin permet à Sebastian Rivas d'intégrer, en 2000, la classe de composition d'Ivan Fedele, au conservatoire de Strasbourg. Trois ans sous la férule du pédagogue italien, et il se sent prêt à postuler à Paris, en automne 2003.

Hélas ! son passeport le lui interdit. Non pas parce qu'il a été émis en Argentine, mais à cause de sa date de naissance : 29 juillet 1975. Impossible, en effet, de passer le concours d'entrée du Conservatoire de Paris quand on a plus de 28 ans, même si le dépassement n'est que de deux mois (une dérogation lui sera refusée).

Qu'à cela ne tienne. Le compositeur est admis à suivre le cursus d'information musicale de l'Ircam (Aliados use du traitement en temps réel, spécialité de l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique fondé par Pierre Boulez).

À partir de là, il commence à monter des projets. L'un d'eux, La Nuit hallucinée (opéra radiophonique qui sera donné en version de concert le 21 septembre, au Théâtre national de Strasbourg, à l'occasion de Musica), débouche, en 2012, sur l'obtention du prix Italia. Juste avant l'«explosion» d'Aliados.

« PEUT-ON ENCORE ÉCRIRE UN QUATUOR À CORDES AUJOURD'HUI ? »

Et maintenant ? Comment rebondir après un tel succès et un cas aussi particulier (sujet, langage, esthétique) ? «  C'est la question que je me pose », avoue le compositeur, qui a la certitude de ne plus pouvoir écrire comme avant. La pertinence sociologique de l'œuvre est devenue à ses yeux fondamentale. « Peut-on encore écrire un quatuor à cordes aujourd'hui ? », se demande Sebastian Rivas, qui doit pourtant répondre à une commande de ce type.

Il pourra méditer sur la question à la Villa Médicis, où il entame une résidence de dix-huit mois. Cette fois, sa candidature à l'Académie de France à Rome s'est heurtée au refus des membres du jury. «  J'ai passé l'oral à cinq reprises », commente le musicien, tenace, qui a enfin obtenu gain de cause.

Sur sa table de travail, un opéra tiré d'un roman italien, dans lequel trois enfants réinventent un langage en s'inspirant de la violence des Brigades rouges. Thatcher et Pinochet ont fait place à Aldo Moro. Avec Sebastian Rivas, la politique n'est jamais loin de la partition.



lundi 16 septembre 2013

IL Y A 10 ANS NOUS QUITTAIT LE MAESTRO SERGIO ORTEGA

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SERGIO ORTEGA AU PIANO PENDANT UNE REPETITION

Il était devenu l'une des figures les plus novatrices de la scène musicale latino-américaine de la deuxième moitié du XXe siècle, et ses créations ont été de véritables « protagonistes » de l'histoire politique chilienne des 45 dernières années.


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NOUS VAINCRONS CHANTE PAR ANGELA WINKLER, ARJA SAIJONMAA, HARRY BELAFONTE, JUDIE GORMAN JACOBS, ANNA PETROWA, IRMGARD SCHLEIER, SERGIO ORTEGA, 1985

Parti en exil suite au coup d'état, Sergio Ortega avait trouvé refuge en France à l'automne 1973 et il a assuré pendant vingt ans la direction de l'Ecole nationale de musique de Pantin, en Seine-Saint-Denis. Il a continué à y développer une intense activité créatrice, ainsi que de diffusion de l'éducation musicale « de qualité ». Ortega avait créé en Finlande un opéra dont le livret était emprunté à Pablo Neruda (Esplendor y muerte de Joachim Murieta), et il venait d'achever son dernier opus, Pedro Páramo, sur un livret du romancier mexicain Juan Rulfo.

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REPETITION SUR LA PIAZZA GRANDE A MONTEPULCIANO, TOSCANA, IRMGARD SCHLEIER ET SERGIO ORTEGA EN 1985

En permanence à cheval sur deux cultures, comme tant d’autres créateurs de la diaspora chilienne, Sergio Ortega s’était fait remarquer pour porter deux montres au poignet : l’une qui donne l’heure à Pantin, l’autre à Santiago du Chili. Le maestro repose depuis 2003 au cimetière général de Santiago.

dimanche 15 septembre 2013

LA LITTÉRATURE CHILIENNE HORS LES MURS À LA MAISON DE L’AMÉRIQUE LATINE

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BERNARDO TORO : INTRODUCTION.  PRISE DE SON ALEXANDRE DE NUÑEZ, DURÉE : 00:17:00

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[ Pour écouter, cliquer sur la flèche ]  BENOÎT SANTINI (UNIVERSITÉ DU LITTORAL-CÔTE D’OPALE) : LA POÉSIE CHILIENNE ÉCRITE EN EXIL.  PRISE DE SON ALEXANDRE DE NUÑEZ, DURÉE : 00:17:00
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[ Pour écouter, cliquer sur la flèche ]  CATHERINE PELAGE (UNIVERSITÉ D’ORLÉANS) : UNE LITTÉRATURE DE L’ENTRE-DEUX. ROMAN ET EXIL AU CHILI.  PRISE DE SON ALEXANDRE DE NUÑEZ, DURÉE : 00:17:00
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[ Pour écouter, cliquer sur la flèche ]   (UNIVERSITÉ DE LA SORBONNE, PARIS) : « JE SUIS D’ÉTRANGILANDE. » LITTÉRATURE ET EXIL DANS L’ŒUVRE DE BOLAÑO.  PRISE DE SON ALEXANDRE DE NUÑEZ, DURÉE : 00:17:00
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[ Pour écouter, cliquer sur la flèche ]  JORGE EDWARDS : CONCLUSION .  PRISE DE SON ALEXANDRE DE NUÑEZ, DURÉE : 00:17:00

samedi 14 septembre 2013

BERNARDO TORO EN DIRECT À RADIO LIBERTAIRE (89. 4) MHZ

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COUVERTURE  DE « L’ENFER », TERREUR ET SURVIE SOUS PINOCHET DE LUZ ARCE.
PRÉFACE DE BERNARDO TORO
LES PETITS MATINS
ISBN 978-2-36383-097-5
PARIS, AOÛT 2013
576 P., 20 EUROS


Présentation « Il fallait collaborer avec la Dina ou mourir. Moi, je voulais vivre. » La police de Pinochet place Luz Arce devant une alternative impossible, il s’agit de sauver sa vie en envoyant les autres en enfer. Elle choisit de vivre et sa vie deviendra un enfer. 

Lire la préface

Ce soir de 19h à 21h Bernardo Toro sera invité en direct à Radio Libertaire (89. 4) pour nous parler du livre qu'il vient de traduire  L'enfer de Luz Arce.
Pour en savoir plus, cliquez ici.
Pour suivre l'émission sur internet Radio Libertaire

vendredi 13 septembre 2013

ARAUCARIA DE CHILE N° 47-48


ARAUCARIA DE CHILE N° 47-48



ARAUCARIA DE CHILE N° 21, PREMIER TRIMESTRE 1983

ARAUCARIA DE CHILE N° 21,  PREMIER TRIMESTRE 1983


ARAUCARIA DE CHILE N° 1, PREMIER TRIMESTRE 1978


ARAUCARIA DE CHILE N° 1, PREMIER TRIMESTRE 1978

LA REVUE ARAUCARIA ENTRE AU MUSÉE

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LA CÉRÉMONIE DE DON A COMPTÉ AVEC LA VISITE SURPRISE DU PROFESSEUR OSVALDO FERNANDEZ, MÉMBRE DE L'ÉQUIPE DE RÉDACTION DE LA REVUE ARAUCARIA. 
Conçue par un petit groupe d’intellectuels de gauche chassés par la dictature de Pinochet et publiée pendant une douzaine d’années —entre 1978 et 1989—, la revue trimestrielle est devenue très vite une référence culturelle incontournable, et le flambeau de la riche production artistique et littéraire de la diaspora chilienne.

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LA REVUE ARAUCARIA, ENTRE DANS LES COLLECTIONS DE LA MÉDIATHÈQUE ABDELMALAK SAYAD DU MUSÉE DE L’HISTOIRE DE L’IMMIGRATION. LE DÉPÔT OFFICIEL DE LA REVUE EN PRÉSENCE DE M LUC GRUSON, DIRECTEUR GÉNÉRAL DU MUSÉE DE L’HISTOIRE DE L’IMMIGRATION; DE MME STÉPHANIE ALEXANDRE, RESPONSABLE DE LA MÉDIATHÈQUE, DES MEMBRES DE L’ASSOCIATION ARAUCARIA ET D'UN PUBLIC BIBLIOPHILE.

Des plumes éminentes et des voix majeures des lettres latino-américaines sont venues se joindre à cette magnifique entreprise lancée par le Parti communiste chilien, qui a accueilli des collaborateurs de tout bord et a joui du soutien unanime des milieux littéraires hispanophones.

La rédaction de la revue —souvent un bureau exigu dans des locaux prêtés—, a été à Paris jusqu’en 1984 et transférée ensuite à Madrid. Soutenue par un vaste réseau de lecteurs fervents qui assuraient aussi sa distribution, Araucaria a circulé dans 37 pays, en Europe et outre-Atlantique, et a circulé aussi clandestinement au Chili sous la dictature.

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Indissociable de l’exil, la revue Araucaria est aussi le symbole du long combat livré contre l’obscurantisme d’une dictature brutale qui a brûlé des livres et des œuvres d’art, et qui a persécuté, déporté et tué des créateurs et artistes.


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COUVERTURE DE LA REVUE ARAUCARIA DE CHILE N° 47-48 TROISIÈME ET QUATRIÈME TRIMESTRE 1989, PEINTURE DE ROSER BRU. 

La revue a été référencée dans les bibliothèques de plusieurs universités et des centres de documentation de par le monde, et grâce au don des particuliers, elle sera maintenant accessible aux lecteurs de la région parisienne, et bientôt consultable en ligne pour tout le monde.

MY SWEET LORD (STUDIO VERSION) ORIGINAL

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  « MY SWEET LORD » MY SWEET LORD EST UNE CHANSON DE GEORGE HARRISON, PARUE EN 1970 SUR SON TRIPLE ALBUM ALL THINGS MUST PASS. DURÉE : 00:04:39 

BEETHOVIANA

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  « BEETHOVIANA » THÈME DU FILM L'ORANGE MÉCANIQUE COMPOSÉ ET INTERPRÉTÉ PAR WALTER CARLOS, 1974. DURÉE : 00:01:44 

GIGI L'AMOROSO

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DALIDA;  « GIGI L'AMOROSO », 1974. AUTEURS COMPOSITEURS : MICHAELE - LANA ET PAUL SEBASTIAN - R.RINALDI. DURÉE : 00:07:28 

VOUS LES FEMMES

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JULIO IGLESIAS;  PAUVRES DIABLES (VOUS LES FEMMES). CE TITRE EST EXTRAIT DE L'ALBUM : « EN FRANCAIS». DURÉE : 00:02:59






INTRODUCTION DU FILM L'ORANGE MÉCANIQUE

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MUSIQUE D'INTRODUCTION DU FILM L'ORANGE MÉCANIQUE COMPOSÉ ET INTERPRÉTÉ PAR WALTER CARLOS D'APRÈS UNE MUSIQUE D'HENRY PURCELL (1659-1695) « MUSIQUE POUR LES FUNÉRAILLES DE LA REINE MARY ». DURÉE : 00:02:21

CHILI : QUAND LA MUSIQUE DEVIENT UN INSTRUMENT DE TORTURE


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  « MY SWEET LORD » MY SWEET LORD EST UNE CHANSON DE GEORGE HARRISON, PARUE EN 1970 SUR SON TRIPLE ALBUM ALL THINGS MUST PASS. DURÉE : 00:04:39 


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JULIO IGLESIAS;  PAUVRES DIABLES (VOUS LES FEMMES). CE TITRE EST EXTRAIT DE L'ALBUM : « EN FRANCAIS». DURÉE : 00:02:59
Son étude nous revèle que les tubes de Julio Iglesias, Georges Harrison, la bande-son du film Orange Mécanique ou encore Dalida, dont les geôliers chiliens raffolaient, étaient diffusés 24 heures sur 24 à certains prisonniers pour provoquer chez eux des souffrances psychologiques. Dans d’autres cas, les tortionnaires chantaient durant les séances de torture, une manière de faire apparaître la souffrance qu’il infligeait à leur victime comme « normale ».



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« BEETHOVIANA » THÈME DU FILM L'ORANGE MÉCANIQUE COMPOSÉ ET INTERPRÉTÉ PAR WALTER CARLOS, 1974. DURÉE : 00:01:44 




Mais dans cette histoire terrible, la musique n’était pas toujours du côté des tortionnaires. Pour beaucoup de détenus, l’écoute de la musique ou la pratique du chant, notamment dans des chorales, était aussi un moyen de résister aux souffrances psychologiques imposées par l’administration des camps d’internement.
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DALIDA;  « GIGI L'AMOROSO », 1974. AUTEURS COMPOSITEURS : MICHAELE - LANA ET PAUL SEBASTIAN - R.RINALDI. DURÉE : 00:07:28 
Comme le rappelle le blog Big Browser du Monde, il existe des cas plus récents de ce type d’utilisation de la musique : «Plus récemment, la torture musicale a été utilisée par l'armée américaine à Guantanamo pour faire craquer des détenus, en 2002 et 2003. Les artistes mis en cause, Metallica, Britney Spears et AC/DC en tête, avaient entamé une procédure pour réclamer des explications à l'administration».