jeudi 3 septembre 2015

ALEJANDRO ARAVENA, BIDASSE DE LA XV ÈME BIENNALE D'ARCHITECTURE DE VENISE




ALEJANDRO ARAVENA
Au Chili, les journaux se réjouissent de la nomination d’Alejandro Aravena. Tous félicitent le premier architecte latino-américain à accéder au poste convoité. DiarioUchile, dans son édition du 20 juillet 2015, revient, sous la plume de Vivian Lavín, sur les raisons d’un tel choix. Pour la journaliste, Alejandro Aravena, en tant que membre du jury du Prix Pritzker pendant six ans, s’est révélé être «l’une des personnes les plus influentes de l’architecture mondiale».

Au-delà, son travail exemplaire force l’admiration de sa concitoyenne : «il a estampillé ses projets d’un message : la vocation publique comme geste politique». Vivian Lavín cite alors, entre autres, son implication dans le domaine du logement social «qu’il conçoit comme des noyaux en croissance permanente» et selon un idéal «communautaire».  

«Elemental n’est pas aujourd’hui une agence d’architectes alternatifs et décoiffants. C’est une entreprise associée à la Copec (Compañía de Petróleos de Chile, compagnie des pétroles du Chili, ndlr) et à l’université catholique du Chili qui déclare avoir pour mission ‘d’opérer sur la ville et sa capacité à générer richesse et qualité de vie. Nous menons nos projets de logements, d’infrastructures, d’équipements et d’espaces publics comme une opportunité pour porter les bénéfices de la ville au plus grand nombre’», rapporte-t-elle. Bref, un «Do Tank».

Aussi, Paolo Baratta a invité Alejandro Aravena à porter son regard sur «la fracture entre l’architecture et la société civile qui a, ces dernières décennies, transformé cet art en spectacle d’un côté, et en accessoire, de l’autre».

Le 31 août 2015, l’architecte chilien a révélé ses intentions. Le thème sera donc : Reporting from the front – grosso modo, les nouvelles du front, comme si l’architecture, en plus d’être un sport de combat était une guerre à mener.

«Il y a plusieurs batailles à gagner et de nombreuses frontières à repousser en vue d’améliorer la qualité de l’environnement construit et la vie de ses habitants», assure le nouveau commissaire.

«Toutefois, contrairement aux guerres militaires où personne n’est victorieux et où le sens de la défaite prévaut sur tout, il y a, sur les lignes de front de l’environnement bâti, une forme de vitalité ; l’architecture porte sur la réalité en tant que proposition clé», poursuit-il.

MARCHÉ DE DE BRAGA, D'EDUARDO SOUTO DE MOURA
La XVe biennale de Venise sera donc celle des «sucess stories» et des «cas exemplaires», dixit son commissaire. Angélisme à Giardini ? Qui sait… «Ce n’est ni caprice, ni une croisade romantique», prévient-il. Le ton reste étonnamment belliqueux.

«Nous voulons à travers des projets d’architecture observer, malgré la pénurie de moyens, toutes les possibilités offertes plutôt que de nous plaindre sur les manques. Nous voulons savoir quels sont les outils dont nous avons besoin pour subvertir les forces qui privilégient le gain individuel sur le bénéfice collectif, réduisant le Nous au Je. Nous voudrions connaitre ces cas qui résistent au réductionnisme à la sur-simplification, ces cas qui n’abandonnent jamais la mission de l’architecture, à savoir, pénétrer le mystère de la condition humaine. Nous nous intéressons à la manière dont l’architecture peut introduire une plus large notion du gain : le projet en tant que valeur ajoutée en lieu d’un coût supplémentaire ou bien l’architecture comme moyen de l’égalité», poursuit-il.

Report from the front, pour Alejandro Aravena ne doit pas être la «chronique de témoins passifs» mais, au contraire, le «témoignage de personnes qui passent de la parole aux actes. Nous voudrions équilibrer l’espoir et la rigueur. […] Ces nouvelles du front ne seront pas une simple dénonciation, ni une plainte, ni une harangue, ni même un discours de vestiaires».




Echapper au statu quo est un mot d’ordre. De l’intuition à l’intelligence, l’appel est lancé pour lutter contre la résignation. Alejandro Aravena, nouvelle recrue de Venise, se lance donc, la fleur au fusil, dans un exercice difficile où, selon l’interview qu’il a donnée le 27 juillet [2015] dernier à la revue spécialisée ARQ, la qualité devra supplanter la charité professionnelle. Adelante compañero !

Jean-Philippe Hugron