mardi 20 août 2013

L'ÉVEIL D'UNE CONSCIENCE NATIONALE

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PORTRAIT DE DON BERNARDO ÓHIGGINS. UNE OEUVRE DE JOSÉ GIL DE CASTRO (MULÂTRE GIL)

L'indépendance


L'éveil d'une conscience nationale

En 1767, l'expulsion des Jésuites ordonnée par le roi eut des répercussions profondes, surtout dans les milieux intellectuels, car ces religieux dirigeaient écoles et collèges, et le besoin de s'instruire se faisait fortement sentir. On peut dire que la base de l'existence coloniale au Chili était essentiellement ecclésiastique. Tous les livres étaient écrits en latin et très peu de Chiliens possédaient les chefs-d'œuvre de la littérature espagnole. Les ouvrages étrangers étaient formellement interdits, mais l'indépendance des États-Unis proclamée en 1776 et l'exemple de la Révolution française allaient inévitablement susciter chez les colons des idées d'émancipation. 

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PORTRAIT DE DON BERNARDO ÓHIGGINS. UNE OEUVRE DE NARCISO DESMADRYL 

À la suite de la défaite espagnole de Trafalgar (1805), tout lien entre l'Espagne et l'Amérique du Sud fut pratiquement coupé. Les Anglais ayant la voie libre s'empressèrent d'attaquer les colonies espagnoles, où ils prétendaient s'installer. En 1806, ils débarquèrent à Buenos Aires dont ils s'emparèrent par surprise. Alors le peuple se dressa en un mouvement de révolte spontané contre l'envahisseur. La ville fut défendue avec un tel patriotisme que les Anglais durent se retirer. Le sentiment national n'était pas nouveau au Chili ; il existait déjà, quoique sous une forme très vague, quand la population repoussait les corsaires anglais et hollandais qui saccageaient ses ports aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Lorsque Santiago apprit que de graves événements s'étaient produits dans la Péninsule et que Napoléon s'était emparé du trône d'Espagne, les colons chiliens s'apprêtèrent à coopérer à la défense de la métropole et à la restauration du roi Ferdinand VII.

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PORTRAIT DE DON BERNARDO ÓHIGGINS. PAR CARLOS DÍAZ


Certains d'entre eux cependant jugeaient préférable de former un État indépendant. Les Chiliens finirent par se diviser en deux factions : les royalistes et les patriotes. Parmi ces derniers, des hommes comme José Miguel Carrera, Manuel Rodríguez, Bernardo O'Higgins firent passer dans les faits les idées révolutionnaires de l'époque grâce à une atmosphère générale d'ardeur patriotique.

La révolution devait triompher avec la proclamation de l'indépendance du Chili le 18 septembre 1810. La municipalité de Santiago, dirigée par son procureur José Miguel Infante, par Juan Martínez de Rozas et Bernardo O'Higgins, reçut la démission du gouverneur et élut la première junte. Cependant, en 1814, les Espagnols entreprirent la reconquête, qui devait se terminer le 12 février 1817, avec la défaite de l'armée royaliste à la bataille de Chacabuco, près de Santiago, grâce au concours des troupes de San Martín.

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PORTRAIT DE DON BERNARDO ÓHIGGINS.
La République

La situation du Chili, à cette époque, était celle d'un pays secoué depuis huit ans par une révolution . Les classes sociales étaient bouleversées, les services publics désorganisés et le régime colonial n'avait été que très légèrement modifié. On nomma alors le général Bernardo O'Higgins chef suprême du Chili. À la fois homme de guerre et homme d'État, il comprit fort bien que la lutte pour l'indépendance serait stérile si on ne faisait pas un effort pour augmenter les forces destinées à libérer le Pérou de la domination espagnole. Il réussit à équiper une puissante escadre, qui, le 20 août 1820, quitta Valparaíso pour le Pérou sous les ordres du général San Martin ; le 28 juillet 1821, l'indépendance du Pérou était solennellement proclamée. 

Cependant, sa politique intérieure suscitant des résistances toujours plus grandes, O'Higgins abandonna le pouvoir le 28 janvier 1823.

Un nouveau général allait lui succéder : Ramón Freire. C'est sous son gouvernement que fut publié un nouveau code fondamental, appelé Constitution de l'an 1823. Mais, en 1826 il dut, à son tour, abandonner le pouvoir. De 1826 à 1830, le Chili traversa une période d'anarchie et plusieurs de ses chefs furent victimes de soulèvements militaires.

Au milieu de cette agitation, un homme s'était distingué au sein du parti conservateur, Diego Portales, qui jugula le militarisme turbulent. La nouvelle Constitution, qui fut publiée le 25 mai 1833, devait rester en vigueur jusqu'en 1925.

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PORTRAIT DE DON BERNARDO ÓHIGGINS.

Ce moment marque le début d'une ère de prospérité pour le pays. En 1841, Manuel Bulnes était porté à la plus haute magistrature de l'État. Sous sa présidence, en 1844, l'Espagne signait un traité par lequel elle reconnaissait l'indépendance du Chili.

Cependant, cette ère de paix fut troublée par un problème qui caractérisait alors les rapports existant entre toutes les républiques hispano-américaines : la question de la délimitation des frontières. La guerre du Pacifique éclata le 5 avril 1879. L'armée chilienne, après de nombreux combats contre les Péruvio-Boliviens, entra victorieuse à Lima, en janvier 1881, et le Chili obtint la région riche en nitrate convoitée par les belligérants. Ainsi s'achevait ce conflit qui avait perturbé la politique de bon voisinage constamment prônée par le Chili à l'égard des autres pays de l'Amérique du Sud.

En ce qui concerne la politique intérieure, l'esprit réformiste, préconisé par tous les gouvernements libéraux de l'époque préoccupés en premier lieu de diminuer les pouvoirs excessifs du président de la République, se manifestait déjà.

Les deux tendances politiques divergeaient sur des questions d'ordre religieux et constitutionnel. Tandis que, pour les conservateurs, l'autorité politique et les dogmes religieux étaient les deux fondements du bien-être et du progrès collectifs, pour les libéraux, la liberté politique et la liberté de pensée étaient les conditions indispensables du développement social.

Sous la présidence de Domingo Santa María (1881-1886) furent promulguées les lois de laïcité, dites « du Registre civil ».

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PORTRAIT DE DON BERNARDO ÓHIGGINS.

Une des administrations les plus progressistes dont on ait souvenir en Amérique latine fut celle du président José Manuel Balmaceda (1888-1891). C'est durant cette présidence que s'exprimèrent les premières revendications des salariés.

Le président Balmaceda, au début de l'année 1891, vit éclater un grave conflit qui devait aboutir à un nouveau régime politique, le parlementarisme, dans lequel le pouvoir exécutif était soumis à l'autorité du Congrès. Ainsi, l'instabilité ministérielle devint le régime normal de gouvernement pendant les trente-trois années que dura le parlementarisme (1892-1924). Les phénomènes sociaux apparus en Europe à la fin de la Première Guerre mondiale ne tardèrent pas à avoir leurs répercussions au Chili.

Un puissant mouvement réformiste porte à la présidence Arturo Alessandri, qui propose au Congrès l'adoption d'un groupe de lois destinées à promouvoir la justice sociale à l'égard des travailleurs. C'est alors qu'est adoptée la Constitution de 1925.

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STATUE DU GÉNÉRAL BERNARDO ÓHIGGINS À SANTIAGO. ILLUSTRATION  DU « CHILE ILUSTRADO : GUÍA DESCRIPTIVA DEL TERRITORIO DE CHILE, DE LAS CAPITALES DE PROVINCIA, DE LOS PUERTOS PRINCIPALES »  PARIS , 1872  

Le gouvernement du président Carlos Ibáñez del Campo (1927-1931) se caractérisa par une continuelle et âpre lutte pour assurer les attributions que la réforme concédait au pouvoir exécutif. La crise économique mondiale de 1929 affecta durement le Chili et occasionna des remous politiques qui aboutiront finalement à la démission du président Ibáñez.

Un second mandat fut alors confié au président Alessandri (1932-1938), qui lui permit d'affermir le régime constitutionnel et de réaliser d'autres œuvres de progrès.

Raimundo AVALOS