jeudi 28 mars 2019

CHILI 1985 : DES OPPOSANTS ÉGORGÉS

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CHILI 1985 : DES OPPOSANTS ÉGORGÉS 

NATTINO, PARADA ET GUERRERO
1985 -29 MARS- 2019
L'« Affaire des égorgés » Caso Degollados ) désigne au Chili l'assassinat de trois intellectuels communistes sous la dictature de Pinochet, le 29 mars 1985.
Le Monde diplomatique
 NATTINO, PARADA Y GUERRERO 
L’imagination des bourreaux connaît-elle des limites ? Les citoyens latino-américains ont longtemps supporté, à l’occasion de régimes répressifs, une riche panoplie de tortures « ordinaires », depuis les stades de concentration jusqu’à la pratique des « disparitions ». Au Chili, aujourd’hui, le régime du général Pinochet, dans son zèle autoritaire, retrouve un vieil usage perdu, introduit jadis par les Conquistadors, celui du couteau à égorger. Trois opposants, José-Manuel Parada, Manuel Guerrero et Santiago Nattino, enlevés par des inconnus, ont, en effet, été retrouvés égorgés le 29 mars 1985. Cet événement, que la presse en France a couvert insuffisamment, a eu un retentissement considérable dans le pays. Le bulletin Solidaridad du 13 avril 1985, publié par le vicariat à la solidarité de Santiago (où l’une des victimes, José-Manuel Parada, était employée) — et que reproduit intégralement DIAL (1) — décrit dans le détail les circonstances de ces enlèvements et des homicides, et publie des témoignages accablants pour les autorités.

«  UN LIEU POUR LA MÉMOIRE : 
 NATTINO, PARADA Y GUERRERO »
Sont révélateurs le lieu et le type de mise à mort de ces trois personnes : sur le bord de la route quittant la voie principale en direction de l’aéroport international, à quelque 150 mètres du croisement et à moins de 3 mètres de la route, dans une déclivité de terrain. Les corps ont été retrouvés à environ 30 mètres les uns des autres, parallèlement à la route goudronnée. Des grandes taches de sang montraient qu’ils avaient été assassinés sur place : ils avaient des entailles des deux côtés du cou.

Tout promeneur éventuel aurait pu voir ce qui arrivait si cela s’était passé à une heure où le couvre-feu n’était pas en vigueur. « Il aurait été impossible de ne pas le voir », a déclaré un camarade de José-Manuel Parada après avoir parcouru l’endroit (...).


Un témoin de l’enlèvement [de Santiago Nattino] a déclaré que, vers 10 heures du matin du jeudi 28 mars, il avait pu constater la présence de deux individus à l’angle des rues Badajoz et Apoquindo, qu’il reconnut plus tard sur les portraits-robots diffusés par Enquêtes du Chili. Vers 13 h 45, le témoin a vu Santiago Nattino passer dans la rue Badajoz en direction du nord. Parvenu devant le bureau des taxis La Condesa, à hauteur du numéro 6, celui-ci a été soudain accosté par l’un des deux individus qui arrivaient en courant du trottoir d’en face et qui lui a crié « Halte ! Police ! » en le saisissant par devant. Il lui a demandé ses papiers d’identité, tandis que le deuxième individu lui saisissait le bras pour lui passer les menottes. L’un d’eux l’a alors emmené vers la rue Apoquindo, où est arrivée une voiture de couleur beige, de marque Chevette, dans laquelle Nattino a été introduit de force. L’automobile est partie par la rue Apoquindo, dans la direction de l’Ouest.

(1) DIAL, 47, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris, n° 1026, 16 mai 1985.

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