Catégorie

mercredi 10 juillet 2019

JUSTICE. LE PLAN CONDOR RATTRAPÉ JUSQU’EN ITALIE

PHOTO EFE
Un tribunal de Rome a condamné, lundi, 24 ex-militaires et politiques latino-américains pour les crimes de 23 opposants dans les années 1970.

EN PREMIÈRE INSTANCE, EN JANVIER 2017, LES FAMILLES
DES VICTIMES N’AVAIENT PAS EU GAIN DE CAUSE.
PHOTO FILIPPO MONTEFORTE/AFP 
Jorge Nestor Troccoli était le seul présent dans le box des accusés. Cet ancien militaire uruguayen, qui avait fui la justice de son pays en 2007, a été rattrapé par la cour d’assises d’appel de Rome, qui l’a condamné, lundi, à de lourdes amendes, ainsi qu’à la prison à perpétuité pour son implication dans les disparitions forcées de 23 Latino-Américains d’origine italienne dans le cadre du plan Condor. Vingt-trois autres dignitaires – dont le dictateur bolivien Luis Garcia Meza, décédé en 2018, son « ministre » de l’Intérieur, Luis Arce Gomez, l’ex-président péruvien Francisco Morales Bermudez et son premier ministre, Pedro Richter Prada, mort en 2017 –, ainsi que des anciens militaires de l’Uruguay, de Bolivie, du Chili et du Pérou ont écopé de peines similaires par contumace.

LES ARCHIVES DÉCOUVERTES AU PARAGUAY DOCUMENTENT
LES CRIMES COMMIS DANS LE CADRE DE L’OPÉRATION CONDOR
PHOTO GETTY IMAGES
En 2017, une première sentence avait épargné 18 des prévenus, ainsi que Jorge Nestor Troccoli, qui pourrait désormais se pourvoir en cassation ou faire appel auprès de la Cour suprême d’Italie.

À l’annonce du verdict, le ministre uruguayen de la Défense, José Bayardi, a fait part de sa satisfaction, estimant qu’il venait corriger l’impunité du premier procès. Les condamnations sont certes symboliques puisque la majorité des militaires poursuivis à Rome se trouve déjà derrière les barreaux. Il y a peu de chance qu’ils soient extradés au terme de la peine qu’ils purgent dans leur pays d’origine en raison de leur âge avancé. Mais, pour la seconde fois, ils ont dû répondre pour leurs crimes perpétrés durant les dictatures qui ont ensanglanté le sous-continent américain à partir des années 1960.

Une sentence dédiée aux « militants sociaux »


Voilà deux décennies que les familles des victimes avaient porté plainte en Italie à la faveur du processus de justice universelle promue par le juge espagnol Baltasar Garzon, qui avait ordonné, en 1998, la détention du dictateur chilien Augusto Pinochet. Elles ont bataillé pour que toute la lumière soit faite sur le sort de leurs proches exécutés dans le cadre du plan Condor. Cette internationale du terrorisme d’État entre les différentes dictatures latino-américaines – Brésil, Argentine, Chili, Bolivie, Paraguay, Pérou, Uruguay –, soutenue par la CIA, collaborait afin d’exterminer sur leur sol et à l’étranger les opposants politiques de gauche.

L’avocat qui représentait l’Uruguay, Andrea Speranzoni, a dédié la sentence aux « militants sociaux et aux personnes qui répudient les crimes de lèse-humanité ». Le président de la Bolivie, Evo Morales, a lui aussi salué un verdict « historique ». « Nous avons vaincu l’impunité grâce à la vérité », s’est-il réjoui.

Cathy Dos Santos