vendredi 30 août 2019

ALEXANDER VON HUMBOLDT, LE PREMIER GÉNIE UNIVERSEL


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PORTRAIT DE ALEXANDER VON HUMBOLDT (1769-1859).
 PEINTURE DE FRANCISCO FONOLLOSA, NON DATÉE. 
PHOTO PRISMAARCHIVO/LEEMAGE.
Né le 14 septembre 1769, il y a 250 ans, le scientifique allemand a été, à plus d’un titre, l’un des grands précurseurs de la mondialisation.
Courrier international
WILHELM ET ALEXANDER VON HUMBOLDT
AVEC SCHILLER ET GOETHE À IÉNA
PHOTO DPA
Lu et admiré par Darwin, Alexander von Humboldt était un scientifique comme seul pouvait en produire le XIXème siècle, un esprit curieux et insatiable, un grand voyageur, un touche-à-tout de génie. Zoologie, chimie, physique, vulcanologie, botanique, océanographie, ethnologie et même géopolitique… La liste est longue des disciplines dans lesquelles il s’est illustré. “Mais on oublie souvent qu’il était aussi un inventeur”, souligne la Süddeutsche Zeitung. On lui doit le concept des isobares et des isothermes, toujours utilisé en météorologie. Il avait également mis au point une encre indélébile (raison pour laquelle les carnets de son périple sur l’Orénoque sont encore lisibles aujourd’hui, malgré le naufrage dont il a été victime sur le fleuve vénézuélien lors de son expédition en Amérique latine) et un lointain prototype de masque à oxygène, pour mieux respirer en haute altitude.

Un scientifique révolutionnaire


ALEXANDER VON HUMBOLDT DANS SA
BIBLIOTHÈQUE PRIVÉE À BERLIN
PHOTO DPA
Surtout, Humboldt a révolutionné notre compréhension du monde grâce à son art de la synthèse. “Il a interprété la Terre, dans des termes scientifiques modernes, comme un système total”, écrit la London Review of Books. En mettant en correspondance ses découvertes et les connaissances de son temps, il a élaboré ce que Die Zeit appelait en 2018, dans un hors-série consacré à l’histoire des “derniers grands aventuriers”, une “science du mouvement” :
“ Ce n’est pas seulement le chercheur qui voyage, non, tout bouge : les continents, les animaux, les plantes, les hommes, le cosmos dans son ensemble. ”
Que le savant décrive un paysage ou une personne rencontrée, qu’il mesure la hauteur du soleil ou discoure sur le creusement d’un canal, “chaque élément est décrit avec soin, mais aussi mis en relation avec les autres”, poursuit l’hebdomadaire : “Humboldt l’avait compris : ‘Tout est interaction.’ Rien n’existe pour soi, rien n’est statique. Le mouvement est la clé de sa compréhension du monde.”

Célèbre jusque sur la Lune


QUELLES PLANTES POUSSENT OÙ ET POURQUOI JUSTE LÀ?
CETTE QUESTION A PARTICULIÈREMENT SÉDUIT HUMBOLDT.
© FIG. [M]: STAATSBIBLIOTHEK ZU BERLIN
/ BPK; LA COLLECTION STAPLETON
 / BRIDGEMAN IMAGES; SCIENCE
PHOTO LIBRARY / AKG-IMAGES
Ses périples aux Amériques et en Russie (en 1829, aux frais du tsar, cette fois) ont rendu Alexander von Humboldt immensément populaire. Mais, homme du XIXème siècle, il n’aurait jamais acquis la stature qui était la sienne sans l’essor de la poste, des journaux et des magazines. La légende veut qu’à sa mort il n’y avait que Napoléon pour le dépasser en célébrité. Or “ses livres seuls ne lui auraient pas permis d’accéder à une telle renommée mondiale”, relève la Süddeutsche Zeitung. Tout au long de sa vie, le savant a rédigé au moins 30 000 lettres, adressées à des scientifiques, des diplomates, des entrepreneurs et des dirigeants aux quatre coins du monde (“le ministre prussien de la Poste lui a rendu un fier service le jour où il l’a exempté de frais de port”, écrit Die Zeit). Et surtout, grâce à la presse, ses écrits ont été “publiés à Londres et à Paris, à Madrid et à Amsterdam, à New York et à Moscou, à Bruxelles et à Washington, à Calcutta et à Sydney”, énumère la Süddeutsche Zeitung.

La popularité du chercheur transparaît aujourd’hui dans le nombre de rues, de places et de villes qui portent son nom en Allemagne, ainsi qu’en Amérique latine et aux États-Unis. Il a aussi donné son nom à un courant marin dans le Pacifique, et à “un manchot, une chauve-souris, un cactus, une orchidée, un champignon et un gros, très gros calamar”, détaille la London Review of Books. Jusque sur la Lune il y a une mer de Humboldt.
2019, l'année Humboldt

Si Alexander von Humboldt était une star mondiale à sa mort, en 1859, il avait au XXe siècle largement sombré dans l’oubli. Deux ouvrages l’ont récemment remis au goût du jour. Tout d’abord le roman Les Arpenteurs du monde, de l’écrivain austro-allemand Daniel Kehlmann. Paru en 2005 et traduit en français chez Actes Sud, ce best-seller met en scène un scientifique maniaque qui espère percer l’essence des choses en les mesurant de toutes les façons possibles. À ce portrait “peu flatteur”, selon l’hebdomadaire Die Zeit, a succédé en 2015 une magistrale biographie publiée par Andrea Wulf, traduite en français sous le titre L’Invention de la nature (éd. Noir sur Blanc). L’historienne britannique y présente Humboldt comme un savant à la fois visionnaire et aventurier qui, avec sa compréhension systémique du monde, s’impose comme un pionnier de l’écologie et un prophète du changement climatique. Parce que tout est pour lui interaction, il saisit avant d’autres la façon dont l’homme transforme inéluctablement son environnement.

DIE ZEIT, UNE DU 25 JUILLET 2019.
Alors que l’inquiétude grandit sur l’état la planète et l’avenir de l’humanité, cette facette du personnage suscite un intérêt particulier. Elle est souvent mise en avant dans les commémorations organisées cette année pour le 250e anniversaire de la naissance de Humboldt. En témoigne la une que Die Zeit a consacrée à cet anniversaire, titrée “Le premier défenseur de l’environnement”.

Le 250ème anniversaire de la naissance d’Alexander von Humboldt donne lieu cette année à des événements en tous genres, incluant conférences, expositions et parutions. La majorité d’entre eux, notamment en Allemagne et en Amérique du Sud, sont répertoriés sur le site Internet que la Fondation Humboldt a conçu pour l’occasion, humboldt-heute.de, accessible en allemand et en anglais. 

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