vendredi 5 avril 2013

GUATEMALA : PROCÈS DE RÍOS MONTT : « ILS TIRAIENT SUR TOUT CE QUI BOUGEAIT »

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DES CORPS DE PAYSANS ASSASSINÉS À SALACUIN, AU NORD DE GUATEMALA, EN 1982.

Juan López Mateo, survivant d’un massacre dans un village des environs de Nebaj (département de Quiché, dans le nord du pays), a perdu sa famille le 2 septembre 1982. Il n’a eu la vie sauve que parce qu’il était parti très tôt travailler dans la milpa (le champ de maïs). « Quand je suis retourné au village, j’ai entendu les pleurs d’un petit enfant, ce qui m’a alerté sur ce qui se passait », commente-t-il. Il a pu entrer chez lui vers 3 heures de l’après-midi, lorsque les soldats sont repartis. « Chez moi, j’ai trouvé les cadavres de ma femme et de mes enfants, 5 ans et 2 ans », assure-t-il d’une voix qui s’interrompt par moments. Quand on lui demande s’il a vu davantage de personnes assassinées, il se contente de répondre qu’« il y en avait beaucoup » , mais que trente et un ans après il ne pourrait pas se hasarder à citer un chiffre. Il se rappelle très bien en revanche que l’un de ses enfants a été étranglé avec une corde et qu’un autre a reçu de violents coups sur la tête.


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UNE DES VICTIMES PLEURE DURANT SON TÉMOIGNAGE DANS LE JUGEMENT CONTRE RÍOS MONTT AU GUATEMALA. PHOTO JOHAN ORDONEZ

Brûlés vifs


Un autre témoin, Pedro Alvarez Brito, raconte au tribunal que les militaires ont assassiné toute sa famille. « L’armée a encerclé la maison », commente-t-il. Sa sœur, « jeune maman avec son bébé », un de ses petits frères et lui-même ont pu se réfugier dans un temascal [bain de vapeur maya], depuis lequel ils ont vu la totalité des habitants du village introduits de force dans une maison. 



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UNE FEMME INDIGÈNE SE COUVRE LE VISAGE PENDANT QU'ELLE ÉCOUTE LES TÉMOIGNAGES. PHOTO SAÚL MARTÍNEZ


« L’un des soldats, a-t-il ajouté, a commencé à mettre la main sur les poules et les poulets de la famille. » Il se rappelle que ces volatiles étaient au nombre de 60, que c’était la plus grande richesse de cette maisonnée. « Malheureusement, l’une des poules ne s’est pas laissé capturer et elle s’est glissée dans le temascal », poursuit Brito, si bien qu’ils ont été découverts et ont dû rejoindre les autres. « Ensuite, ils ont mis le feu à la maison », s’indigne-t-il. Le récit d’autres survivants a confirmé les faits : les soldats ont arrosé les maisons d’essence et y ont mis le feu pour que leurs occupants soient brûlés vifs.




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UNE FEMME IXIL UTILISE LE TRADUCTEUR PENDANT LE JUGEMENT. PHOTO MOISES CASTILLO

« Je ne sais pas comment j’ai fait, mais je suis arrivé à m’échapper en passant entre les flammes et je me suis réfugié sous un arbre, explique-t-il. Je suis resté comme ça, caché comme un animal traqué, pendant huit jours, sans manger ni boire. Nu et sans abri. » Les récits sur des attaques perpétrées depuis des hélicoptères sont particulièrement accablants. « Ils tiraient sur tout ce qui bougeait, dénonce une septuagénaire. Ils ont tué sans distinction des enfants, des femmes, des vieillards. » 

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L'ANCIEN DICTATEUR JOSÉ EFRAÍN RÍOS MONTT  DANS LA COUR SUPRÊME DU GUATEMALA.  PHOTO SAÚL MARTÍNEZ


Les témoignages se succèdent et renvoient toujours à un même mode opératoire. Seuls les lieux et les dates changent. « Je crois que l’armée, qui nous surveillait, profitait de ce que les hommes étaient partis aux champs pour entrer dans le village, et violer et tuer les femmes », affirme Juan López Mateo. Et il ajoute que beaucoup de ceux qui avaient pu se réfugier dans les montagnes sont morts de faim, « car les soldats ont brûlé les récoltes ». Le ministère public présente 205 témoignages, soit de témoins directs, soit d’experts. Le procès se poursuivra jusqu’à ce que le dernier d’entre eux ait fait sa déposition.