mardi 4 octobre 2016

« TANT DE CHIENS » DE BORIS QUERCIA : SANTIAGO DU CHILI COMME VOUS NE L'AVEZ JAMAIS LU

COUVERTURE DE « TANT DE CHIENS »

NOIR, C’EST NOIR – Le crime vous passionne ? Chaque semaine, retrouvez le coup de cœur de Marc Fernandez, notre expert du roman policier. Aujourd'hui : « Tant de chiens » de Don Boris Quercia.
BORIS QUERCIA MARTINIC
c’est loin l’Amérique latine ? Oui, très. Et le Chili ? C’est au bout du monde. Mais c’est aussi la porte d’à côté. Il suffit, pour s’y rendre, de se procurer le roman de Boris Quercia, Tant de chiens (Asphalte éditions). Paru il y a de cela plusieurs mois, remarqué au moment de sa sortie, il revient aujourd’hui sous les feux des projecteurs auréolé du Grand prix de littérature policière catégorie étranger (le lauréat côté français est Luc Chomarat avec Un trou dans la toile, chez Rivages). Une récompense méritée bien sûr, qui, espérons, fera connaître l’auteur chilien au plus grand nombre. Tant de chiens est une plongée dans les bas-fonds de Santiago du Chili, une ville encore marquée aujourd’hui par les stigmates de la dictature de Pinochet. Si vous voulez voyager sur ce continent, décor idéal pour un polar, suivez Quercia, il vous fera découvrir ce que les guides touristiques ne montrent jamais.

C’est qui ?

Boris Quercia est né en 1967 dans la capitale chilienne. Il est connu dans son pays pour ses multiples activités liées au cinéma et à la télévision : réalisateur, producteur, scénariste mais aussi acteur, il travaille notamment pour une série très populaire, Los 80. Il trouve tout de même le temps de cultiver son jardin secret, l’écriture de polars. Tant mieux pour nous, lecteurs assidus de noir. Quercia est arrivé en France en 2014 avec son premier roman, Les rues de Santiago, toujours chez Asphalte et qui vient de sortir au Livre de Poche. Accueilli par d’excellentes critiques, il confirme aujourd’hui avec ce second titre tout le bien que l’on pense de lui.

Ça parle de quoi ?

Sale temps pour Santiago Quiñones. Ce flic vient de perdre son équipier Jiménez lors d’une intervention. Une fusillade qui a mal tourné au cours d’une opération contre des narcotrafiquants. Mais voilà, comme un malheur n’arrive jamais seul, il se retrouve avec les Affaires internes sur le dos car il semblerait que ce Jiménez n’était pas loin d’être un ripou. Et qu’en plus il était lié à une espèce de secte, la Nouvelle lumière, qui agit sous couvert d’association de divulgation philosophique… Il décide de se rendre compte par lui-même de ce qu’est réellement cette Nouvelle lumière. Là, il retrouve une vieille connaissance, Yessina. Ils ont grandi dans le même quartier, elle lui raconte tous ses malheurs. Elle dit avoir été séquestrée et violée par son beau-père. Et elle va demander à Santiago de la venger, en tuant son bourreau. Le voilà dans de beaux draps. Que faire ? Et surtout, comment ? D’autant qu’il a les deux bœufs-carottes sur le dos...

Pourquoi on aime ?

Boris Quercia n’a pas son pareil pour embarquer ses lecteurs dans son monde dès les premières lignes. Le roman démarre fort, très fort, par une scène de fusillade. Et il se poursuit sur le même rythme. Nerveux, vif, avec des dialogues incisifs, des personnages tourmentés et des descriptions de Santiago du Chili comme on en voit rarement. Ici, on est loin des clichés touristiques. On est dans la vraie vie, celle des paumés, celles des narcos aussi, celle qui continue, malgré le retour à la démocratie, de regarder derrière, qui ne s’est finalement pas encore tout à fait remise de la sale période Pinochet. On s’attache à ce flic, Santiago Quiñones, avec son caractère bien trempé et ses failles. Déjà héros du précédent roman de Quercia, il n’est pas obligatoire d’avoir lu le premier pour savourer ce Tant de chiens. Une lecture qui ne vous laissera pas indifférents. Un petit bijou de noirceur.

Tant de chiens, de Boris Quercia, trad. Isabel Siklodi. Editions Asphalte, 204 pages, 21 €