jeudi 9 juillet 2009

Zamorano : "Benzema va comprendre ce qu’est un très grand club"

Vous êtes parti avant la première ère des Galacticos. Que pensez-vous des sommes versées par Florentino Perez pour reconstruire le Real Madrid?

Que veux-tu que je te dise ? Le football est devenu un business à part entière. Commercialement, c’est devenu un truc de dingues. La sensation que j’ai depuis le Chili, c’est que le fossé entre les petits clubs et les grands se creuse de plus en plus, mais attention, ce n’est pas une critique ! Si le Real a les moyens de s’offrir tout ce qu’il souhaite, je trouve ça très bien. Perez n’achète pas des joueurs pour vendre des maillots, mais pour gagner des titres. Si tu ne gagnes pas, tu ne donne pas envie d’acheter. Kaka, Ronaldo, Villa (sic), Benzema, Albiol sont là pour donner du spectacle aux gens. Pas pour leur prendre leur argent. Ce qui me fait le plus plaisirs dans tout ça, c’est que Manuel Pellegrini va pouvoir montrer de quoi il est capable. Ca me fait vraiment plaisirs qu’un chilien soit à la tête du club le plus important du monde. C’est le deuxième chilien dans l’histoire du club, et j’espère qu’il fera aussi bien que le premier... c’est-à-dire moi !( rires)

Vous le connaissez bien Manuel Pellegrini ?

Oui, il était l’adjoint d’Arturo Sola, le sélectionneur du Chili en 1991. C’est quelqu’un qui baigne dans le triomphe. Tout ce qu’il touche, il en fait de l’or. Au Chili il a fait du très bon travail, puis il est devenu champion d’Argentine avec River avant de transformer un petit club comme Villarreal en une place forte du football espagnol et européen. C’est quelqu’un de très professionnel, pour qui la pression n’existe pas. Il a une sagesse et un sang-froid qui vont parfaitement convenir aux madrilènes.

Vous croyez vraiment qu’il est l’entraineur idéal pour ces nouveaux Galacticos?

Je pense qu’il va bien s’en sortir. Bien sûr, il va avoir une pression qu’il n’a jamais connu auparavant, mais il a les épaules pour supporter ça. C’est quelqu’un de très exigeant et surtout, il va donner beaucoup de liant aux qualités individuelles de ses joueurs.

Est-ce que quelqu’un du Real Madrid vous a appelé pour vous demander votre avis sur Pellegrini?

C’est vrai qu’avant de venir, j’ai reçu beaucoup d’appels du Real Madrid. J’ai beaucoup discuté de Pellegrini, avec Butragueno, Amavisca et d’autres membres du staff. Ils voulaient avoir mon avis informel sur ce que je pensais de Pellegrini. J’ai répondu : «Les gars, il n’y a pas à hésiter, cet homme-là est un excellent entraineur et puis il est chilien» ! (rires). Plus sérieusement, Pellegrini n’a eu besoin de personne pour arriver au Real Madrid. Son meilleur conseiller, c’est l’excellent travail qu’il a fait durant toutes ses dernières années.

Quels conseils donneriez-vous à Pellegrini?

Il faut qu’il prenne conscience qu’il est à Madrid pour gagner. Au Real, les places d’honneur sont des échecs. Néanmoins, il faut qu’il ait les idées claires dès le départ pour ne pas se laisser influencer par l’entourage du club. Son gros point fort c’est son humilité. Il sait parfaitement que ce sont les joueurs qui vont devoir faire le spectacle, pas lui. Etre dans l’ombre des vedettes de l’équipe ne le dérange pas. Je crois d’ailleurs qu’il préfère que ça se passe comme ça. Et avec Kaka, Ronaldo, Benzema et Higuain…

Vous ne croyez pas justement, qu’il va se faire bouffer par les caprices de ses stars?

Mais il a déjà travaillé avec des stars : Pires, Forlan, Senna, Riquelme…Bon c’est vrai qu’avec Riquelme ça ne s’est pas bien passé. Mais c’est l’une des rares fois où un conflit entre un entraineur et la star d’une équipe a fini par le départ du joueur. D’habitude dans ces cas-là c’est l’entraineur qui dégage. A Villarreal au contraire, c’est Riquelme qui a fait ses valises. Pellegrini sait se rendre indispensable aux yeux du staff et des supporters. Il est juste, droit et loyal. L’expérience avec Riquelme va lui servir au Real Madrid, j’en suis persuadé. Mais je suis également convaincu que ses joueurs vont énormément l’apprécier.

En tant qu’ancien avant-centre du Real Madrid, que pensez-vous de l’arrivée de Karim Benzema?

Quand je suis arrivé à Madrid en provenance de Séville, j’ai du reprendre le flambeau d’Hugo Sanchez. Pour moi, ça a été très dur à supporter , mais dès ma première année, j’ai été désigné comme le meilleur joueur ibero-américain. Je veux dire par là que Benzema ne doit surtout pas faire attention à la pression qu’il va ressentir au début. En Espagne et au Chili, c’est le moins connu de tous les transferts que le Madrid a réalisé, donc ça va sans doute lui servir au départ. J’ai l’impression que c’est un jeune intelligent et plein de tranquillité, donc même s’il a des mauvais moments au cours de la saison, je suis sûr qu’il va triompher au Real.

Jouer au sein de l’attaque du Real c’est quand même synonyme de grosse pression, non?

Au Real, même l’intendant à la pression. Karim va donc avoir la même pression que celui qui lui donne son maillot dans le vestiaire. Il était la star de Lyon, qui est un grand club français un peu malchanceux cette année, mais au Real il va vraiment comprendre très vite ce que jouer dans un très grand club veut dire. C’est dur de jouer pour le Real, mais marquer un but avec cette équipe, c’est un rêve. Une fois qu’il va ouvrir son compteur, il ne pourra plus s’en passer.

Quels conseils lui donneriez-vous?

Ne jamais cesser de travailler. Atterrir au Real c’est bien, mais confirmer les attentes que les dirigeants et les supporters ont placé en lui c’est mieux. A Lyon, j’imagine qu’il n’avait pas beaucoup de pression, en tout cas rien de comparable avec celle qu’il va avoir au Real. A Madrid il va devoir rapidement comprendre qu’il faut toujours gagner. Il n’y a aucune excuse possible.

Vous avez également joué à l’Inter. Qu’est-ce qui différencie le plus le Real des Nerazzurri?

Ce sont deux grandes équipes, mais l’Inter a moins de chance que le Real Madrid. Il y a moins de stabilité à l’Inter, et financièrement, Moratti, qui est un excellent président, a quand même beaucoup dépensé. Maintenant qu’ils sont les rois en Italie, j’imagine que Mourinho va tout faire pour remporter la Ligue des Champions. C’est tout le mal que je leur souhaite, d’autant que je garde un excellent souvenir de mon passage dans ce club.

Le Calcio s’est fait dépouiller de toutes ses stars. Sincèrement, quel championnat allez vous le plus regarder la saison prochaine?

Vous savez, chez moi, j’ai une télévision qui fait la taille d’un écran de cinéma. Tous mes week-ends je les passe devant le football assis confortablement sur mon canapé. Ma femme, mes enfants et mes amis savent qu’il ne faut pas venir me déranger quand il y a du football. Pour moi c’est comme aller à la messe, sauf que je ne bouge pas de chez moi. Je peux passer 24 heures à regarder du football. J’aime bien le championnat chilien, l’argentin, et quelque fois je zappe sur le championnat de France. Mais ce que je préfère par dessus tout c’est le Calcio et la Liga. Le samedi ce sera donc le Real et le championnat espagnol, et le dimanche je me ferai le plaisir d’encourager l’Inter. Le foot me rend complètement dingue

Vous n’êtes pas de ceux qui pensent que le championnat italien a perdu de sa valeur?

Il me semble que l’Italie est encore championne du monde, non? Avec ça j’ai tout dit !

Apparemment vous envisagez de revenir sur les terrains en tant qu’entraineur…
Oui, j’aimerais bien réaliser mon rêve de devenir sélectionneur du Chili, diriger Colo-Colo et bien entendu entrainer le Real Madrid ou l’Inter. J’en ai vraiment envie, mais il faudra d’abord que je passe mes concours.

Et le foot français, vous en pensez quoi?

C’est un football que j’aime beaucoup, même s’il manque de personnalité. Regardez Lyon, en championnat ils étaient très forts, mais en Ligue des Champions ils manquaient toujours un petit quelque chose. J’ai beaucoup d’affection pour les Girondins de Bordeaux. Lors de la coupe du monde 98, nous étions concentrés dans un hôtel du coin. J’ai pu discuter avec des membres de l’équipe et j’en garde vraiment un très bon souvenir. Après il y a l’OM qui a un public incroyable mais aussi le PSG, qui est un club européen très important. Si l’une de ces trois équipes m’appelle pour les entrainer, je saute dans un avion tout de suite !

Javier Prieto Santos

mercredi 8 juillet 2009

Décès Jackson : le changement de la garde au Chili au son de "We are the world"

Cette cérémonie s'effectue généralement au son de marches militaires tous les jours vers midi. Mais ce mardi, les policiers ont interprété la chanson coécrite par Michael Jackson et Lionel Richie en 1985 afin d'aider les enfants souffrant de la famine en Afrique.
Michael Jackson est mort le 25 juin à l'âge de 50 ans. Un hommage massif lui était rendu mardi au Staples Center de Los Angeles.

dimanche 5 juillet 2009

La grippe AH1N1 a fait 16 morts au Chili

La plupart des victimes sont des habitants des villes du sud du pays, région froide et pluvieuse durant l'hiver austral, devenue la plus touchée par l'épidémie.

Selon le rapport, 3,8% des cas confirmés par les tests en laboratoire ont nécessité une hospitalisation, et 0,2% (16 cas) ont abouti au décès du malade.

La plupart des cas (53%) concernent des enfants en âge d'être scolarisés (entre 5 et 19 ans), note également le ministère.

Le premier cas de grippe A(H1N1) au Chili a été détecté le 17 mai dernier.

samedi 4 juillet 2009

Felipe Aguilar: "Au Chili, nous n'avons qu'une trentaine de parcours"

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Photo Stuart Franklin/Getty Images AsiaPac

En 2008, il remportait son premier succès à l'Open d'Indonésie, décrochait une deuxième place à l'Open d'Irlande, et finissait 41e du classement européen avec près de 680 000 euros. Cette saison, il a obtenu une deuxième place à l'Open d'Australie puis une quatrième place à l'Open d'Allemagne, la semaine dernière. Il est marié et père de trois enfants.

Vous êtes le seul joueur chilien du circuit européen. Vous sentez-vous isolé ?

Pas du tout, nous nous retrouvons en permanence entre joueurs latins, surtout sud-américains, mais aussi espagnols et italiens, et je fréquente également quelques joueurs français que j'ai connus lorsque j'étais sur le Challenge Tour.

Comment êtes-vous arrivé au golf ?

C'est mon grand-père qui m'a initié à ce jeu, à Valdivia, ma ville natale, lorsque j'avais 9 ans. J'ai gagné mon premier tournoi international à l'âge de 16 ans, en Bolivie. Ensuite, grâce à une bourse, je suis parti aux Etats-Unis, à l'université de Jacksonville, en Floride. Au Chili, comme dans la plupart des pays, il n'est pas possible de poursuivre ses études tout en continuant à jouer à haut niveau, c'est pourquoi certains golfeurs font le choix de s'expatrier.

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Photo Stuart Franklin/Getty Images AsiaPac

Le golf est-il un sport très pratiqué au Chili ?

Non, nous n'avons que 15 000 joueurs et seulement une trentaine de parcours. Malgré cela, dans la presse, on parle quand même un peu de golf, de moi et de mes deux compatriotes qui jouent sur le Challenge Tour.

Comptez-vous rester en Europe ou revenir aux Etats-Unis ?

Il ne rentre pas dans mes projets d'aller jouer aux Etats-Unis. J'adore l'Europe, je m'y sens très bien. Passer par tous ces pays aux cultures différentes permet d'échanger avec les gens. Et puis, pour jouer sur le circuit européen, il faut être un très bon golfeur, parce qu'il faut savoir dans toutes les conditions, notamment climatiques.

Au Chili, vous vous investissez auprès de plusieurs associations. Pourquoi ?

J'ai commencé par soutenir une fondation qui a pour nom " El Barco de los pobres " [le bateau des pauvres], une banque de microcrédit. En ce moment, j'aide une autre association, " un techo para mi pais " [un toit pour mon pays] qui est présente dans plusieurs pays d'Amérique du Sud. Si ce n'est pas nous, des personnes qui ont quelques moyens, qui aidons ce genre d'organisations, qui va le faire ?

Vous n'avez pas passé le cut pour un seul coup. Quels sont vos prochains objectifs ?

Je vais jouer l'Open d'Ecosse la semaine prochaine et si je réussis là-bas une place dans les cinq premiers, cela m'ouvrira les portes de l'Open britannique. Mais mon principal objectif est de jouer le tournoi de Dubaï, à la fin de la saison, auquel ne participeront que les 60 premiers du classement européen.

vendredi 3 juillet 2009

Un coup d’Etat qui ne veut pas dire son nom

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Photo Associated Press
Dimanche 28 juin au petit matin, des soldats ont encerclé la maison du président Manuel Zelaya, l’ont mis en joue et lui ont demandé pourquoi il n’avait pas obéi aux ordres du général Romeo Vásquez [que le président avait tenté de destituer le 24 juin, destitution refusée par la Cour suprême]. Et, comme le chef de l’Etat pensait que c’était plutôt à lui de donner des ordres à ses subordonnés que le contraire, on l’a invité à quitter le palais présidentiel. Emmené en voiture, puis en avion militaire, on l’a conduit en pyjama jusqu’au Costa Rica.

Simultanément, tous les médias du pays ont été placés sous contrôle et invités par la force à ne pas diffuser d’informations qui ne seraient pas passées au crible de l’appareil démocratique à l’œuvre dans le pays. C’est tout juste [l’électricité avait été coupée un moment et les signaux de télévision brouillés] si nous avons pu entendre les déclarations du président déchu à son arrivée au Costa Rica et les nouvelles transmises “illégalement” par quelques journalistes et une poignée de Honduriens s’exprimant par voie électronique.

Selon l’armée du Honduras, il s’agissait de défendre la légalité et la Constitution [le président Zelaya souhaitait faire approuver une réforme constitutionnelle par référendum contre l’avis de l’opposition, de l’armée et de la Cour suprême]. Les militaires se sont justifiés en invoquant les ordres qu’ils avaient reçus de la Cour suprême. Et si la Constitution du Honduras ne prévoit pas ce type de mécanisme pour se débarrasser de l’autorité d’un président élu légalement et légitime dans sa fonction, peu importe, il fallait trouver une excuse à deux sous. Ces déclarations ne font que souligner que le Honduras vient de connaître un coup d’Etat en bonne et due forme. Au nom de la “légalité”, militaires et magistrats ont traité la Constitution par-dessus la jambe.

Un acte criminel soutenu par le pouvoir judiciaire

Par le passé, ces manœuvres de gorilles étaient menées par de hauts responsables militaires, mais voilà qu’aujourd’hui ces actes criminels sont soutenus, favorisés et justifiés par le pouvoir judiciaire d’un pays. La complicité du Parlement hondurien confirme ce virage. On ne respecte la loi que lorsqu’elle sert les intérêts des franges les plus puissantes d’une société. Tout pays convenable et démocratique est doté d’une Constitution qui prévoit la destitution de son président. Mais ce mécanisme est régi par des conditions précises qui en garantissent la validité. Il n’est aucune Constitution démocratique, que je sache, qui prévoit que le président peut être arrêté par l’armée, retenu en otage et expulsé de son propre pays. Moins encore au nom de la légalité. Moins encore sur ordre d’une petite coterie de juges. Moins encore avec la complicité d’un chef du Parlement qui, comme par hasard, est l’adversaire politique du chef de l’Etat.

Voilà qui démontre à quel point la culture du coup d’Etat reste ancrée dans les classes dirigeantes du Honduras. Et pas seulement de ce pays. Nous devons rester vigilants face à ces serpents de mer de l’histoire de l’Amérique latine. Défendre aujourd’hui le président Zelaya ne revient pas à défendre sa politique et encore moins sa personnalité. Le défendre aujourd’hui, y compris contre les institutions (confisquées) du Honduras, c’est défendre la démocratie et tout Etat de droit, partout dans le monde, fondé sur le respect des lois et de la Constitution quand bien même certains intérêts seraient mis à mal. Car en démocratie, on ne change pas les lois et la Constitution en les faisant voler en éclats, mais en les modifiant. Et c’est précisément ce qu’entendait faire ce président chassé. Le Honduras se débat aujourd’hui face au grand défi latino-américain : s’engager sur la voie du changement politique, quel qu’il soit, pour l’égalité et la liberté, pour l’indépendance et la dignité, ou bien retourner au temps où nos pays étaient présentés comme des republiquetas [semi-républiques], des républiques bananières.


*Jorge Mafjud est un écrivain uruguayen, professeur à la faculté de sciences humaines de la Lincoln University (Pennsylvanie).

jeudi 2 juillet 2009

Grippe porcine: le Chili alloue 30 M USD pour sa "pire épidémie depuis 1957"

"La situation est compliquée. Nous sommes en présence d'une épidémie mondiale comme nous n'en avons pas vu depuis 52 ans dans le pays", a déclaré Mme Bachelet lors d'une visite à des hôpitaux de Santiago, qui ploient sous la charge sanitaire.

La chef de l'Etat se référait au précédent d'une épidémie de grippe qui avait frappé plus d'un million de Chiliens en 1957.

Un dernier bilan mardi du ministère de la Santé a fait état d'un 14e décès dû au virus A (H1N1), pour 7.342 cas recensés depuis le début de l'épidemie fin mars, faisant du Chili le pays le plus touché en Amérique du Sud, même si l'Argentine (26 morts) est le plus endeuillé.

La plupart des cas au Chili sont concentré dans l'extrême sud, froid et pluvieux en cet hiver austral.

Le Chili a déclaré il y a deux semaines l'état d'urgence sanitaire, ce qui revient, a expliqué Mme Bachelet, a allouer quelque 30 millions de dollars de plus au budget de la Santé.

mercredi 1 juillet 2009

D'encre et d'écume

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Francisco Coloane
Avec sa barbe d'écume blanche, il ressemblait à Neptune et ses livres réinventaient Jack London dans de ténébreux décors où mugissent les vents australs: un monde du bout du monde, avec ses pampas figées dans le silence, ses fjords déchiquetés par les tempêtes et ses icebergs si lugubres qu'on les croirait dessinés par la main du diable.

Du détroit de Magellan aux déserts de Patagonie

Exotisme, magie des lointains, sauvagerie des paysages et des hommes, tout cela se brasse sous la plume de Coloane, dont les éditions Phébus ont rassemblé en un seul volume les trois titres les plus célèbres - Tierra del Fuego, Cap Horn et Le Golfe des peines. Au générique, 41 nouvelles saturées d'embruns et nourries de toutes les légendes qui, depuis la nuit des temps, n'ont cessé de galvaniser l'imaginaire latino-américain. D'un récit à l'autre, entre le détroit de Magellan et les déserts de Patagonie, on retrouve tous les personnages chers à l'enchanteur chilien: contrebandiers, bagnards d'Ushuaia, Indiens dépossédés de leurs rêves, châtreurs de moutons, chasseurs de baleines, vieux cabochards agrippés à leurs haubans, gauchos solitaires et matelots égarés au large du cap Horn, redoutable Cyclope gavé du sang des naufragés. Partout, la même quête de l'impossible, les mêmes odyssées au bout desquelles on empoigne la mort à mains nues avant de plonger dans d'insondables abîmes. Réunissant ce que l'intrépide Coloane a écrit de meilleur, ce livre est un festin de bourlingues, une somptueuse gerbe d'encre et d'écume. Ivresse garantie.