jeudi 6 avril 2017

CE QUE LE CHILI DE PINOCHET DOIT VÉRITABLEMENT À MILTON FRIEDMAN


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MILTON FRIEDMAN ET ARNOLD HARBERGER
ACCUEILLENT LES ÉLÈVES À
L'ÉCOLE  D'ÉCONOMIE DE CHICAGO
Quelle fut la position de Milton Friedman sur le régime de Pinochet ? Et celle de ses élèves les fameux Chicago Boys ? Petite analyse d'histoire contemporaine. 
MILTON FRIEDMAN AU CHILI LORS D'UN ENTRETIEN 
– LE 21 MARS 1975 – AVEC LE DICTATEUR AUGUSTO PINOCHET
Tout commence en 1955. Nous sommes alors en pleine guerre froide et les deux grands blocs — l’URSS et les États-Unis — se livrent une lutte sans merci pour accroître leurs zones d’influences respectives.

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MILTON FRIEDMAN EST ACCUEILLI PAR UNE MANIFESTATION 
D’OPPOSANTS À LA DICTATURE CHILIENNE LORS DE LA REMISE 
DE SON « PRIX NOBEL » À STOCKHOLM, EN 1976.
LE FONDATEUR DE L’ÉCOLE DE CHICAGO, DONT LA THÉORIE MONÉTARISTE A INFLUENCÉ LES POLITIQUES ÉCONOMIQUES ULTRALIBÉRALES DE MARGARET THATCHER, DE RONALD REAGAN MAIS AUSSI D’AUGUSTO PINOCHET, S’ÉTAIT RENDU L’ANNÉE PRÉCÉDENTE À SANTIAGO POUR PRONONCER UNE SÉRIE DE CONFÉRENCES ET RENCONTRER LE DICTATEUR MILITAIRE CHILIEN.

Dans la longue liste des terrains d’affrontement, l’Amérique Latine figure en bonne place et le Chili n’échappe pas à cette règle.

La situation chilienne, du point de vue américain, est particulièrement inquiétante : la gauche y vire marxiste, le reste du spectre politique est divisé et les politiques populistes du général-président Carlos Ibáñez ne laissent rien présager de bon. À Washington, on cherche donc à restaurer l’influence des États-Unis dans la région.

C’est dans ce contexte qu’en juin 1955, Theodore Schultz, Earl Hamilton, Arnold Harberger et Simon Rottenberg, tous représentants de l’Université de Chicago, débarquent à Santiago pour y signer un accord avec l’Université Pontificale Catholique du Chili.

DES CHILIENS À LA CHICAGO SCHOOL

CINQ CHICAGO BOYS VERS 1957
(DONT SERGIO DE CASTRO, À DROITE)
L’objet de l’accord, financé par les fondations Ford et Rockefeller, est de créer le Centro de Invertigaciones Económicas à Santiago et de permettre aux meilleurs étudiants chiliens de finaliser leur formation à la Chicago School of Economic.

Dès 1956, l’accord à peine signé, un premier groupe de huit Chiliens prend le chemin de la prestigieuse université américaine.

Parmi eux, le jeune Sergio de Castro, qui n’a alors que 26 ans, se distinguera particulièrement du lot : il deviendra un ami personnel de Harberger1, se revèlera un des étudiants les plus brillants de ce programme mais surtout, une fois de retour au Chili en 1958, il va devenir le tout premier de ceux qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler les Chicago Boys.

LA GENÈSE DES BOYS

Petit à petit, c’est une petite équipe de Chicago Boys 
«MILTON FRIEDMAN: LE PÈRE FIER
DE LA MISÈRE MONDIALE »
qui va se former autour de Sergio de Castro jusqu’à ce qu’ils finissent par former un vrai courant de pensée au sein de l’Université Catholique du Chili — le seul de tout le pays qui ne soit pas explicitement interventionniste ou marxiste.

Tous ont étudié à Chicago avec Harberger, bien sûr, mais aussi Milton Friedman qui y enseigne la théorie économique depuis 1946 et tous reviennent au pays avec la conviction chevillée au corps que seule une politique fondamentalement libérale peut sortir le Chili de l’ornière dans laquelle il s’enfonce.

Le hasard des choses veut que c’est à l’un d’entre eux, Emilio Sanfuentes, que Jorge Alessandri2 confiera la direction du Centro des Estudios Economicos y Sociales (CESC), l’organisme chargé de lui constituer un programme économique pour l’élection présidentielle de 1970 ; organisme dans lequel Sanfuentes aura vite fait de rapatrier quelques Chicago Boys — dont de Castro et Pablo Baraona.

C’est la première fois que leurs idées sortent du cadre restreint de leurs recherches universitaires. Las, non seulement les idées des boys sont bien trop extrêmes pour la vieille génération industrielle des années 1950 mais Alessandri perd l’élection face à Salvador Allende : le programme est enterré.

La première année de la présidence d’Allende donne à ce point l’apparence d’un succès que même Fidel Castro, qui ne croyait pas à la possibilité d’une transition démocratique vers le socialisme, fera le déplacement pour assister au miracle.

Mais l’illusion ne durera que quelques mois. Dès 1972, l’économie chilienne s’effondre, les velléités autoritaires d’Allende se font de plus en plus visibles et les conspiration visant à se débarrasser de ce dernier se multiplient.

LA COFRADÍA

C’est notamment le cas au sein de la Cofradía Náutica del Pacífico Austral, une sorte de club nautique fondé en 1968 par l’ex-amiral José Toribio Merino et le magnat des médias Agustín Edwards3.

Parmi ses membres, on trouve toute une ribambelle d’anciens cadres de la marine chilienne comme Patricio Carvajal, Hernán Cubillos et surtout, en ce qui nous concerne, un certain Roberto Kelly, capitaine à la retraite qui fait office de service de renseignement et d’agent de liaison avec les services américains. C’est-à-dire qu’organiser une opération militaire est assez largement dans les cordes de nos marins.

En revanche, c’est pour l’après qu’ils sont nettement moins confortable : « Jeter Allende, disent-ils un beau jour de 1972 à Kelly, ça ne coûte rien. Ce qui est compliqué, c’est de savoir quoi faire avec l’économie. »4

Roberto Kelly qui est un homme plein de ressources pense immédiatement à son ami Emilio Sanfuentes, le frère de l’économiste Andrés Sanfuentes (lui aussi un Chicago Boy), celui du programme enterré d’Alessandri.

Non seulement il a déjà un programme radicalement opposé à celui d’Allende mais il a aussi toute une équipe d’économistes chevronnés autour de lui. Sanfuentes, un brin optimiste, promet un plan dans les 30 jours.

C’est ainsi qu’une équipe de dix Chicago Boys — Sergio de Castro, Alvaro Bardón, Juan Braun, Pablo Baraona, Manuel Cruzat, Andrés Sanfuentes, Sergio Undurraga, Juan Villarzú, José Luis Zabala Ponce et bien sûr Emilio Sanfuentes — se mettent au travail en août 1972.

Ça va leur prendre neuf mois. Neuf mois pour produire un pavé de 500 pages à ce point volumineux qu’ils finiront par l’appeler el ladrillo (la brique). Ce n’est qu’en mai 1973, après avoir écrit un résumé de 5 pages signé par de Castro, qu’ils pourront enfin confirmer que le plan est prêt. Pour les marins, c’est le signal : le coup d’État peut avoir lieu.

APRÈS LE COUP

À ce stade, une digression s’impose. Cette petite équipe savait-elle qu’elle travaillait à un plan qui avait vocation à être mis en œuvre après un coup d’État militaire ? Oui, sans doute. Imaginaient-ils, pour autant, que ce qui résulterait serait une dictature ? Non, sans doute pas.

Non seulement, n’en déplaise à certains, les idées libérales dont ils se font tous les champions s’accommodent mal des régimes autoritaires mais il faut aussi se souvenir de l’ambiance qui règne en 1972 et 1973 au Chili : par bien des aspects, elle rappelle celle du Venezuela aujourd’hui. Il est plus que probable que nos boys croyaient sincèrement travailler à un sauvetage in-extremis de la démocratie.

Quoiqu’il en soit, le coup du 11 septembre 1973 a lieu et, très rapidement, l’équipe de Sanfuentes et de Castro va être intégrée à l’administration du nouveau régime.

Dans le cas de ce dernier, typiquement, on lui annonce dès le 14 septembre qu’il sera désormais assistant de Fernando Léniz, le nouveau ministre de l’économie. Sauf que voilà : si Léniz n’est bien sûr pas marxiste, il est tout de même loin d’être libéral — à l’image, d’ailleurs, de la plupart des généraux de la junte qui ne craignent rien de plus que de lâcher une once de pouvoir, où que ce soit.

C’est ainsi que l’ex-capitaine Kelly, à sa plus grande surprise, héritera de la direction de la Oficina de Planificación Nacional (Odeplan) — poste prestigieux mais pour lequel il n’a pas la moindre compétence.

Concrètement, les Chicago Boys sont en position d’avoir quelque influence mais n’ont pas le moindre pouvoir dans cette nouvelle administration militaire qui, plutôt que d’organiser une transition démocratique semble fermement décidée à s’installer. El ladrillo reste au placard et ce sont les généraux qui vont finalement n’en faire qu’à leur tête pendant plus d’un an et demi. Évidemment, c’est une catastrophe.

Nous voilà donc au début de l’année 1975. Pour Augusto Pinochet, qui a désormais bien consolidé son pouvoir au sein de la junte, la situation devient critique : l’économie va mal et ce, notamment, à cause d’une inflation de tous les diables.

Sur sa table, il a deux plans concurrents : celui de Léniz, son ministre de l’Économie, qui plaide pour une forte intervention de l’État dans l’économie et celui de Jorge Cauas, qu’il vient de nommer ministre des Finances, qui soutient les Chicago Boys et donc une mise en œuvre d’el ladrillo. Et c’est là qu’il va se passer quelque chose de tout à fait extraordinaire.

LES CHICAGO BOYS LES « ÉCONOMISTES » NÉO LIBÉRAUX CHILIENS SERGIO DE LA CUADRA, SERGIO DE CASTRO, PABLO BARAHONA ET ALVARO BARDÓN, [ CHILIENS FORMÉS PAR L’UNIVERSITÉ DE CHICAGO QUI PARTICIPÈRENT ACTIVEMENT AUX GOUVERNEMENTS DE LA DICTATURE MILITAIRE ] DES BUREAUCRATES QUI ONT CAUTIONNE ET COUVERT LES ATROCITÉS DE LA CRUELLE DICTATURE CHILIENNE. LORS D'UNE RÉUNION EN 1982. PHOTO REVUE QUÉ PASA

FRIEDMAN AU CHILI

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QUATRE BOYS - SERGIO DE LA CUADRA,
SERGIO DE CASTRO, PABLO BARAONA
ET ALVARO BARDÓN, 1982
Préoccupée par la situation économique du Chili et notamment l’inflation, la Fundación de Estudios Económicos, une fondation privée qui dépend de la Banco Hipotecario de Chile, prend l’initiative d’organiser une série de conférences avec quelques-uns des meilleurs spécialistes mondiaux des questions monétaires.

À l’époque, pourvu qu’on puisse les convaincre de faire le déplacement, les candidats idéaux sont bien sûr les professeurs de l’Université de Chicago — Arnold Harberger et Milton Friedman en tête.

Coup de chance, Harberger parle couramment espagnol mais en plus, pour les raisons exposées plus haut, il entretient un lien tout particulier avec le Chili : non seulement il accepte mais il amène Friedman et Carlos Langoni5 avec lui.

C’est ainsi que, du 20 au 27 mars 1975, Milton Friedman accompagné de son épouse, Rose, de Harberger et de Langoni se retrouvent à Santiago pour y donner une séries de conférences. C’est d’ailleurs dans la dernière, celle du mercredi 26, que Friedman évoquera la nécessité d’un « traitement de choc » pour mettre fin à l’inflation, allégorie médicale récurrente durant tout son séjour qui semble trouver son origine dans la question d’un journaliste qui lui demandait si le Chili était « un pays malade avec une maladie économique. »

Mais l’important c’est que, le lendemain même de leur arrivée à Santiago, nos trois économistes se sont vus convoqués par Pinochet himself. Cet entretient d’environ 45 minutes, de 17h30 à 18h15, sera exclusivement consacré à la situation économique en général et à l’inflation en particulier.

Évidemment, Harberger, Friedman et Langoni partagent une même analyse des causes et prônent les mêmes remèdes mais c’est à la superstar du jour, Friedman6, que le caudillo demandera un résumé écrit.

Une fois rentré à Chicago après un détour par l’Australie, Friedman s’exécute et, en date du 21 avril 1975, écrit une lettre purement technique dans laquelle il expose son analyse. Lettre à laquelle Pinochet répondra brièvement le 16 mai 1975 en indiquant que les recommandations de Friedman « coïncident pour l’essentiel » avec le Plan de Redressement National proposé par Jorge Cauas.

EL LADRILLO

« EL LADRILLO » : BASES DE LA POLITIQUE
ÉCONOMIQUE DU GOUVERNEMENT
 MILITAIRE CHILIEN
Et c’est tout à fait vrai. C’est très exactement le vendredi 4 avril 1975, dans la soirée, que Pinochet commande un plan de redressement à Kelly pour le dimanche 6 à 9h00 du matin. Évidemment, le directeur de l’Odeplan convoque immédiatement son équipe — dont une bonne partie sont des Chicago Boys — et leur fait, en substance, ressusciter el ladrillo.

Désormais renommé Programa de Recuperación Económica, le plan sera annoncé officiellement le 24 avril 1975, un mois à peine après l’entretien du caudillo avec Harberger, Friedman et Langoni. L’ont-ils convaincu ? C’est tout à fait possible et il est même possible que la présence de Friedman ce jour-là ait joué un rôle7. Cependant, il est sans doute utile d’observer que la décision de Pinochet a été prise avant qu’il prenne connaissance de la lettre de l’économiste.

Quoi qu’il en soit, c’est à partir de ce moment que les Chicago Boys vont accéder à de vraies responsabilités dans la direction des affaires économiques du pays. Les historiques, comme de Castro qui est nommé ministre de l’Économie le 14 avril 1975, et les plus jeunes comme Miguel Kast Rist qui succède à Kelly à la tête de l’Odeplan.

C’est le début des réformes libérales au Chili, celles qui vont rendre possible le « miracle économique chilien ». Un héritage sur lequel aucun des gouvernements démocratiquement élus après le départ de Pinochet ne reviendra.


LES FAMILLES DES VICTIMES RÉCLAMENT UNE JUSTICE
QUI TARDE À VENIR, 40 ANS APRÈS LE COUP D’ETAT.
PHOTO REUTERS


ÉPILOGUE

Il est donc tout à fait juste de dire qu’une partie des Chicago Boys a participé, sous l’angle économique, au coup d’État du 11 septembre. Il est aussi exact qu’un bon nombre ont été intégrés à l’administration de la junte et que, à partir de ce fameux mois d’avril, ils ont été nombreux à occuper des postes de premier plan dans la direction des affaires économiques du Chili.

Ce sont des choix personnels que chacun est libre de juger : était-ce une allégeance à la dictature en tant que telle ou une volonté sincère d’alléger le fardeau des chiliens ? Eux seuls peuvent le dire.

On peut sans doute être plus affirmatif quant au supposé soutien de Milton Friedman au régime. Non seulement il s’en est lui-même toujours défendu sans aucune ambiguïté mais il est manifeste que son implication dans l’affaire chilienne se résume aux éléments exposés plus haut8.

C’est-à-dire rien, pas plus que ce qu’il a fait en URSS ou en Chine. De toute évidence, c’est Harberger qui assurait le lien entre l’Université de Chicago et le Chili ; si ce voyage a été exclusivement reproché à Friedman, ce n’est que dans le but de le calomnier et, au travers de lui, de dénigrer les idées libérales.

Ce mythe, créé et entretenu par ceux-là même qui, il y a encore quelques mois chantaient les louanges de Fidel Castro et vantaient les succès de la « révolution bolivarienne » au Venezuela, n’a pas d’autre but que d’instiller l’idée selon laquelle « le libéralisme s’accommode d’une dictature ».

C’est un contresens grossier, la raison pour laquelle les descendants des admirateurs béats de Staline, Pol Pot et autres Mao Zedong se sentent obligés de parler de « néolibéralisme »9 : comment, sans cela, faire croire que le Libéralisme, courant intellectuel qui se définit par opposition à toute forme d’autoritarisme, puisse porter en lui le germe de ce qu’il combat depuis toujours ?

Pour en revenir et terminer sur Milton Friedman, sa position quant au régime de Pinochet a toujours été limpide : il le désapprouvait tout autant qu’il désapprouvait les régimes chinois, yougoslave ou russe.

Mais au moins, reconnaissait-il dans le cas de la junte, « il y a plus de chances en faveur d’un retour vers une société démocratique. Il n’existe aucun exemple, pour autant que je sache, de totalitarisme communiste qui évolue en société démocratique. » La suite a prouvé qu’il avait raison, sur les deux points.

NB : j’ai eu recours à beaucoup de sources pour recomposer cette petite histoire sans — et c’est un tort — prendre la peine de toutes les noter. Néanmoins, les deux plus remarquables sont Friedman’s two visits to Chile in context de Leonidas Montes et Los economistas y el president Pinochet d’Arturo Fontaine Aldunate. Je vous les recommande chaudement si vous souhaitez rentrer un peu plus dans les détails.

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Sur le web
  1. C’est lui, pour la petite histoire, qui présentera à Harberger sa future femme — Anita Valjalo, une chilienne qu’il épouse en 1958. ↩
  2. Candidat de la droite chilienne (et de la CIA), Alessandri avait déjà été président de 1958 à 1964. ↩
  3. Propriétaire, entre autres, du journal d’opposition El Mercurio, c’est un des hommes les plus riches du Chili. Dès le 5 septembre 1970, il avait rencontré Kissinger pour tenter d’empêcher l’élection d’Allende. ↩
  4. Il existe plusieurs versions de cette citation mais il semble bien que quelque chose de ce genre ait été dit. ↩
  5. Langoni est un économiste brésilien, lui aussi formé à Chicago et lui aussi spécialiste des questions monétaires ; notamment en Amérique Latine. ↩
  6. Friedman est à la veille de se voir décerner son Nobel Memorial Prize in Economic Sciences. ↩
  7. Notez que Harberger est déjà allé au Chili trois fois au cours des 9 mois qui ont précédé le voyage avec Friedman : il faut croire que seule la présence de ce dernier était de nature à éveiller la curiosité de Pinochet. ↩
  8. Il est retourné au Chili en novembre 1981, voyage dont personne ne parle bizarrement. Voir l’article de Leonidas Montes ci-dessous pour plus de détails. ↩
  9. Rappel : Ni Friedman ni Hayek ni aucun autre des grands libéraux ne s’est jamais réclamé du « néolibéralisme ». Ce courant intellectuel n’existe pas. Ce terme est une pure invention qui n’est plus, aujourd’hui, utilisé que par les plus malhonnêtes des antilibéraux. La ficelle est grossière : attaquer un courant d’idée dont personne ne se réclame c’est s’assurer une absence totale de contradicteur. ↩

mercredi 5 avril 2017

CHILI. DEVENIR TRAFIQUANT D’OR, UN JEU D’ENFANT


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PHOTO TOMAS MUNITA
Harold Vilches, un Chilien de 23 ans, a fait passer plus d’une tonne d’or aux États-Unis, en toute illégalité. Son arrestation, en août 2016, a mis au jour les ramifications d’un trafic en pleine explosion. Et d’une facilité déconcertante : il a suffi au jeune homme de quelques clics sur Google pour trouver les informations nécessaires.
Michael Smith et Jonathan Franklin

PHOTO TOMAS MUNITA
Après-midi du 28 avril 2015. Les minutes défilent tandis que Harold Vilches observe, stoïquement, les douaniers de l’aéroport international de Santiago fouiller son bagage à main. Il contient 20 kilos d’or en barre, pour une valeur de près de 800 000 dollars. Cet étudiant de 21 ans à l’air poupin ne veut qu’une chose : être autorisé à prendre un vol de nuit à destination de Miami. Il a fait ce trajet, ou envoyé des émissaires le faire à sa place, plus d’une dizaine de fois. Il a mis le plus grand soin à préparer ses faux documents d’exportation. Il est quasiment certain que tout se passera bien. Sans attendre la fin du contrôle, il prévient ses contacts en Floride qu’il a déjà passé la douane.

Son objectif, une fois arrivé à l’aéroport de Miami, est de remettre l’or à deux agents de sécurité qui le transporteront dans un véhicule blindé jusqu’à NTR Metals Miami, une entreprise qui achète de l’or en quantités plus ou moins grandes pour le revendre sur le marché mondial. La simplicité des locaux miteux, où une réceptionniste travaille derrière une paroi en plexiglas de deux centimètres d’épaisseur, masque l’ampleur des activités qui s’y déroulent.

De sources proches du dossier, les enquêteurs du ministère américain de la Justice évaluent à au moins 3 milliards de dollars le stock d’or acheté par NTR Metals Miami en Amérique du Sud depuis 2012. Une grande partie serait issue d’activités minières illicites.

En deux ans seulement, Harold Vilches a fait son chemin parmi les trafiquants d’or en Amérique latine. À peine assez vieux pour commander une bière à Miami, il n’en a pas moins acheté et revendu plus de 1 800 kilos d’or en très peu de temps, d’après les procureurs chiliens. À l’unisson des enquêteurs américains, ils estiment que l’essentiel était de la contrebande.

Le suspect était sous très haute surveillance

Ce soir-là, à l’aéroport de Santiago, Harold ressort d’ailleurs son histoire habituelle – des pièces d’or achetées auprès de clients puis refondues en lingots –, mais les douaniers sont sceptiques. Le laboratoire auquel Harold a fait appel pour certifier son stock n’apparaît pas dans les registres officiels. Les agents ne sont pas non plus convaincus que cet or soit constitué d’anciennes pièces. Harold n’en croit pas ses oreilles quand l’homme derrière le bureau appelle son supérieur, pour ensuite relayer les ordres de sa hiérarchie : si c’est l’or de Vilches, confisquez-le.

Les enquêteurs de la police judiciaire chilienne surveillent Harold depuis des mois : son téléphone est sur écoute et ses documents d’exportation examinés de près. Ce jeune est malin, cela ne fait aucun doute, mais pour qui travaille-t-il ? “J’étais persuadé qu’il recevait des ordres de quelqu’un”, admet José Luis Pérez, un procureur chilien chargé de l’affaire.

Après avoir confisqué son pactole à l’aéroport, les douaniers ont relâché Harold. Pendant plus d’un an ensuite, les autorités chiliennes vont le laisser importer de l’or de contrebande et le réexporter, le temps de monter leur dossier. Ils sont à la recherche d’associés et de donneurs d’ordres.

Ils vont intercepter les appels de Harold sur plusieurs téléphones, lire ses SMS et suivre ses coursiers. Ils vont observer des contrebandiers lui livrer de l’or venu du sud du Pérou, dans des zones désertiques reculées et des vallées andines, traversant en voiture un col enneigé dans l’ombre de l’Aconcagua (6 962 mètres) pour rejoindre Santiago et le QG de Harold, surnommé le “Bunker” par la police. C’est là qu’il évalue et pèse le précieux métal avant de rémunérer ses fournisseurs. Puis il le fait fondre pour obtenir des lingots, avant de le transporter par avion jusqu’à Miami – en personne, ou par l’intermédiaire d’un proche.

Au 80 millions de dollars ont transité par Vilches

À leur grande surprise, les policiers ne trouveront jamais l’organisation censée soutenir et protéger Harold. Malgré leurs suppositions initiales, l’enquête ne met pas au jour de plus gros poisson.

Harold est finalement arrêté en août 2016. Les enquêteurs affirment avoir les preuves que 80 millions de dollars d’or ont transité grâce à lui, via huit sociétés écrans créées au Chili et à Miami. Et il ne s’agirait que de la partie émergée de l’iceberg. Ils inculpent Harold et quatre associés – dont le père de son épouse et cette dernière – pour racket, contrebande, fraude douanière et blanchiment d’argent.

DES SOUDEURS RÉPARENT DES POMPES À EAU
UTILISÉES POUR EXTRAIRE L’OR À
PUERTO MALDONADO, AU PÉROU.
PHOTO TOMAS MUNITA 
Aucun n’est encore passé en jugement, et le dossier reste ouvert. Aujourd’hui, Harold vit avec son épouse dans un appartement situé dans un quartier délabré de Santiago. Il est assigné à résidence de 22 heures à 6 heures du matin.

Pour éviter la prison, Harold a accepté de livrer un témoignage très complet qui a permis aux procureurs chiliens et au département de la Justice des États-Unis de monter un gigantesque dossier sur le trafic illégal d’or à l’échelle internationale. Des interrogatoires avec des policiers et des procureurs au Chili et aux États-Unis, ainsi que des centaines de pages de rapports policiers, décrivent le rôle de Harold au sein du marché noir qui injecte chaque année des tonnes d’or, littéralement, dans l’économie mondiale – or dont l’extraction et le commerce sont illégaux.

Depuis le début des années 2000, la consommation mondiale de ce métal a augmenté d’environ 0,1 tonne par an, jusqu’à atteindre les 4 300 tonnes selon le World Gold Council [Conseil mondial de l’or, montant pour 2016], une association professionnelle sise à Londres. Les activités légales d’extraction n’ont pas suivi le rythme de la demande, c’est pourquoi des mines illégales, sous le contrôle de bandes criminelles, contribuent à combler ce déficit, de l’Amazonie à l’Afrique centrale, selon Verité, une ONG [implantée à Amherst, dans le Massachusetts] qui réalise des recherches sur le commerce illégal de l’or.

D’après une étude publiée en 2016 par cet organisme, cinq pays d’Amérique latine auraient acheminé aux États-Unis 40 tonnes d’or issu de mines illicites en l’espace d’un an, soit deux fois le volume des exportations légales de ces pays. Les exploitations sauvages en Amérique du Sud, dont la plupart se trouvent dans le bassin amazonien, sont des mines toxiques où des foules d’ouvriers utilisent des lances à incendie et du mercure pour extraire des pépites quasiment pures de la terre rouge.

Selon les Nations unies, le secteur prospère grâce au travail des enfants, il dévaste l’environnement et favorise la prostitution dans les camps de fortune qui se forment autour des mines. L’or passe d’un contrebandier à l’autre avant d’entrer dans un réseau de raffineurs et de négociants qui, tous, alimentent la demande mondiale.

DES BOUTIQUES DANS UNE RÉGION DÉVASTÉE PAR LES
MINES ILLÉGALES, PRÈS DE LA RÉSERVE NATIONALE DE
TAMBOPATA (PÉROU), EN 2016.
PHOTO THOMAS MUNITA
Harold, qui a grandi en ville, n’a jamais rien vu de tout cela. Mais l’or ne lui est pas étranger. Son père, Mario, possède une bijouterie ; son oncle Enrique est un pasteur évangélique qui dirige une chaîne de 18 boutiques de bijoux appelée Joyas Barón. Harold a commencé à travailler dans la bijouterie familiale dès l’âge de 15 ans. Un an plus tard, son père remplissait son sac à dos de sommes allant jusqu’à 50 millions de pesos [70 500 euros] et l’envoyait faire des dépôts à la banque.

En 2013, Harold est entré à l’université Mayor de Santiago pour étudier la gestion d’entreprise. Peu après, son père a fait un AVC et le jeune homme a abandonné une partie de ses cours pour se consacrer à l’entreprise. Quitte à se trouver dans cette situation, autant gagner beaucoup d’argent, a-t-il décidé. Ce qui impliquait de se lancer dans la vente d’or en gros.

SITE D'EXTRACTION DANS LA SAN COMMUNAUTÉ INDIGÈNE
DE JACINTO  DANS LA RÉGION DE MADRE DE DIOS AU PÉROU
 
PHOTO TOMAS MUNITA
Sa première initiative a été de convaincre Gonzalo Farias, un exportateur de métaux à Santiago, de le recruter comme fournisseur. Harold a effectué sa première livraison en septembre 2013 – 30 kilos d’or achetés légalement au Chili – et il a réalisé plusieurs transactions similaires par la suite. Mais il voulait viser plus haut. Il a contourné Gonzalo Farias et conclu un accord directement avec l’un des clients de ce dernier, la société Fujairah Gold.

En juin 2014, Harold a signé un contrat pour 2 720 kilos d’or à livrer sous un an au siège de cette entreprise de Dubaï. L’accord prévoyait un envoi de 41 kilos le premier mois, puis des volumes plus importants. Harold n’ayant pas les moyens d’acheter autant d’or, l’entreprise lui a donné accès à un compte crédité de 5,2 millions de dollars. C’était la chance de sa vie : le contrat valait potentiellement plus de 100 millions de dollars [le prix du kilo d’or frisant les 37 000 dollars] et il lui était possible de gagner 2 millions de dollars sur un profit de 6 millions.

Les trafiquants utilisaient WhatsApp

C’était plus qu’ambitieux de la part du jeune homme, car il n’y avait pas assez de pièces et de bijoux en or disponibles au Chili pour satisfaire les commandes de Fujairah Gold. C’est ainsi que Harold a décidé de devenir trafiquant. Rien n’aurait pu être plus simple : il lui a suffi de chercher “marchands d’or au Pérou” sur Google et de contacter Rodolfo Soria Cipriano, l’un des exportateurs les plus prolifiques du pays selon le journal péruvien El Comercio.

La réponse ne s’est pas fait attendre. Harold a expliqué aux enquêteurs que Rodolfo Soria Cipriano lui avait promis autant d’or qu’il le souhaitait tant qu’il aurait les liquidités nécessaires. Il affirme qu’il n’a pas demandé d’où venait l’or. Quelle qu’ait été sa provenance, il s’est soustrait aux contrôles douaniers et a importé l’or au Chili sans payer ni taxes ni droits de douane, précisent les procureurs.

Rodolfo Soria Cipriano a présenté Harold à un réseau de fournisseurs, avec qui le jeune homme a ensuite organisé des transactions via [l’application de messagerie] WhatsApp. Quand l’or était prêt à être récupéré, il allait en avion à Arica, dans le nord du Chili, où une berline Mazda l’attendait pour ses déplacements au Pérou. Une dizaine de fois à partir de la mi-2014, Harold et son beau-père se sont rendus dans la ville péruvienne de Tacna, à quelques kilomètres de la frontière, avec l’intérieur des portes de la voiture rempli de billets. Les sommes pouvaient atteindre 2 millions de dollars.

2014, l’année des premiers ennuis juridiques

Harold a fini par se rendre jusqu’à cinq fois par mois au Pérou. Il employait aussi des coursiers pour lui livrer directement des cargaisons à Santiago. Le tout lui a permis de s’acquitter de plusieurs livraisons auprès de Fujairah Gold en passant par des compagnies de fret aérien.

Jusqu’à ce que, en août 2014, les douaniers de l’aéroport d’Arica arrêtent deux de ses coursiers en possession d’un peu plus de 47 kilos d’or. La paperasse et les explications du duo ne les ont pas convaincus. L’or a été confisqué et Harold a connu ses premiers ennuis juridiques : une affaire de fraude fiscale qui n’est toujours pas résolue.

Harold a décidé d’abandonner Fujairah Gold. Respecter les termes du contrat aurait nécessité des dizaines de voyages. Et l’expédition des stocks à Dubaï comportait des défis logistiques considérables. Quand l’entreprise s’est enquise de ses livraisons en retard, Harold a inventé des excuses. Mais les avocats de la société émiratie étaient convaincus qu’il mentait. Ils le soupçonnaient de vendre à d’autres entreprises en douce. Fujairah Gold est aussi arrivée à la conclusion que l’or était illégal.

Près de deux ans plus tard, Harold a pour la première fois été confronté à des poursuites pénales pour fraude et détournement de près de 5,2 millions de dollars appartenant à Fujairah Gold – l’entreprise cherche encore à recouvrer les sommes en jeu.

PORTRAIT DE HAROLD VILCHES
PHOTO PARQUET DU CHILI
À mesure que sa relation avec Fujairah Gold se détériorait, Harold s’est mis en quête de nouveaux acheteurs. Il savait que certains de ses clients chiliens vendaient l’or acheté au Pérou à NTR Metals Miami. Rodolfo Soria Cipriano s’est chargé des présentations. “Le comité de conformité de l’entreprise a donné son accord en plus ou moins trois semaines”, a déclaré le Chilien au FBI.

Trey Gum, le directeur juridique d’Elemetal, la maison mère de NTR Metals, affirme quant à lui que l’entreprise n’est devenue partenaire de Harold qu’après un déplacement de leurs représentants au Chili. “Selon les informations obtenues par NTR Metals Miami, M. Vilches venait d’une famille de bijoutiers proches de la communauté évangélique”, a écrit l’avocat dans un courriel.

Pour préserver les apparences, Harold voulait fabriquer des lingots avec un sceau indiquant leur poids et un indice de pureté. Ce n’était pas une mince affaire : il avait vu son père le faire mais il ignorait comment s’y prendre. Quand il a branché une machine d’importation pour faire fondre l’or, celle-ci a provoqué un court-circuit et empli son bureau de fumée noire. Il avait négligé d’acheter un transformateur pour utiliser ce matériel sur le réseau électrique chilien, au voltage trop élevé.

Harold et son beau-père ont finalement appris à fondre les lingots eux-mêmes en regardant des vidéos sur YouTube.

Qui savait quoi sur l’origine de l’or?

En décembre 2014, Harold a fait sa première livraison à NTR Metals Miami : une valise pleine de petits lingots d’or. Ainsi s’est conclue sa première année complète dans le milieu, au cours de laquelle il avait expédié, d’après les documents d’exportations cités dans l’enquête judiciaire, 1 414 kilos d’or évalués à 57,4 millions de dollars.

Grâce aux déclarations de Harold et à ses communications par téléphone, courriel et SMS – autant d’éléments partagés avec les enquêteurs des États-Unis –, les procureurs chiliens affirment disposer de suffisamment de preuves pour démontrer que NTR Metals avait connaissance de la provenance frauduleuse du métal.

D’après la déposition de Harold au FBI, deux directeurs de l’entreprise, Renato Rodriguez et Samer Barrage, l’ont convoqué à Miami au début de l’année 2015 pour lui faire une proposition audacieuse. “Ils m’ont demandé de trouver un fournisseur en Afrique”, raconte-t-il. Les cadres de NTR Metals lui auraient suggéré d’organiser une opération clandestine pour un volume d’une tonne par mois.

“Ils m’ont dit qu’en raison des directives de conformité ils ne pouvaient pas recevoir d’or en provenance d’Afrique, a avoué Harold au FBI, alors ils ont proposé que j’exporte l’or d’Afrique vers le Chili avant de le réexpédier à Miami.”

Harold s’est envolé pour Dar es-Salaam, en Tanzanie, où il a passé près d’un mois à examiner des butins et à négocier avec des marchands implantés en Afrique du Sud et au Cameroun. Il a confié au FBI qu’il était “en contact permanent avec Renato et Samer” pour déterminer les voies maritimes envisageables. Mais il s’est fait escroquer de 300 000 dollars par un individu qu’il croyait être un fournisseur. Toute cette affaire en Tanzanie l’a troublé.

Un jour, selon ses dires, il a été accosté par deux véhicules et des hommes armés (ils appartenaient sans doute aux forces de sécurité du gouvernement) qui l’ont traîné dans une pièce crasseuse pour l’interroger pendant des heures sur ses activités en Tanzanie. Il s’est estimé heureux de s’en sortir vivant.

LE BUNKER OÙ VILCHES A TRAITÉ DE L'OR
 
PHOTO TOMAS MUNITA
Les deux cadres de NTR Metals ont nié avoir proposé à Harold de se rendre en Afrique. “D’ailleurs, en 2015, il nous a demandé si nous achetions en Afrique, a écrit Renato Rodriguez dans un courriel. Je lui ai répondu sans détour que ce n’était pas le cas et que NTR évitait ce marché.

Un QG plus sécurisé qu’une banque

Malgré les revers subis en Tanzanie, l’année 2015 a été bonne pour Harold. Il a acheté une maison valant 1 million de dollars près d’un lac avec des nénuphars et des cygnes. Il a également investi 150 000 dollars dans un bâtiment ultrasécurisé à Recoleta, un quartier de Santiago où des chiens errants écument les rues jonchées de déchets. 

Des murs hauts de plus de trois mètres, couverts de graffitis et surmontés de barbelés, encerclent un bâtiment de deux étages équipé de fenêtres et portes blindées. Des cloisons renforcées et 32 caméras de sécurité protégeaient le saint des saints. La touche finale consistait en un système de gaz lacrymogène. “Même dans une banque, les mesures de sécurité et de protection ne sont pas aussi sophistiquées”, affirme le procureur chilien José Luis Pérez.

C’est là que Harold trimait, généralement seul, à transformer son or en lingots standards – une étape nécessaire pour ne pas éveiller les soupçons à la douane. Chaque brique était marquée de son poids précis et d’un indice de pureté, ainsi que du sceau d’Aurum Metals, une entreprise qu’il avait créée à Miami. C’est aussi dans le bunker que Harold cachait son argent liquide et falsifiait les justificatifs.

LINGOTS SAISIS EN 2014 SUR DEUX COURSIERS
DU TRAFIQUANT D’OR HAROLD VILCHES.
PHOTO DOUANES CHILIENNES
Le jeune Chilien a expliqué aux enquêteurs que les directeurs de NTR Metals lui avaient conseillé de faire des vidéos du processus de raffinement afin d’attester la provenance réglementaire de l’or. Ce qu’il a fait : ses brochures marketing le montrent, tout sourire, en train de verser le liquide d’une fiole tel un lycéen en cours de chimie. À ceci près que le liquide en question est de l’or.

NTR Metals Miami est l’une des 49 succursales de NTR Metals, également connue sous le nom d’Elemetal Direct, l’une des huit divisions de la société Elemetal, qui a son siège à Dallas. Elemetal Direct vend de l’or en lingot pur à 99,99 %, dont la provenance légale est certifiée par des associations professionnelles. Parmi celles-ci, la London Bullion Market Association, l’organe d’autorégulation du secteur, dont le conseil d’administration regroupe des représentants de grandes banques et des négociants d’or.

Un autre certificat est délivré par la Conflict-Free Sourcing Initiative [initiative pour l’approvisionnement en dehors des zones de conflit] de l’Electronic Industry Citizenship Coalition [Coalition citoyenne du secteur de l’électronique]. Il concerne la fonderie d’Elemetal située dans la ville de Jackson, dans l’Ohio. Pour renouveler cette certification tous les ans, Elemetal charge des auditeurs d’examiner les documents relatifs aux achats et aux importations, de visiter la fonderie et d’interroger les employés sur la provenance de l’or.

Pour Amjad Rihan, ancien auditeur à Ernst & Young, spécialiste des chaînes d’approvisionnement de matières premières, il n’est pas compliqué de berner ses anciens pairs. Lui travaille aujourd’hui pour Martello Risk, un cabinet de conseil londonien qui aide les entreprises à inspecter la chaîne logistique afin de déceler les minerais illicites. “Le problème, c’est que ces audits ne vont pas au-delà de la paperasse”, résume-t-il.

Les certifications sont pourtant essentielles à l’ensemble du secteur. En Europe et aux États-Unis, les entreprises doivent faire en sorte que leurs fournisseurs ne s’approvisionnent pas auprès de mines qui financent des conflits. Par conséquent, elles achètent de l’or à des sociétés dont la chaîne d’approvisionnement est certifiée transparente.

On se bouscule pour écouter le repenti

Le certificat accordé à la fonderie de Jackson est donc un atout précieux qui a permis à Elemental de fournir 68 groupes en 2015, dont Alphabet [la maison-mère de Google], Apple, Ford, General Electric, General Motors et HP, selon l’ONG Verité.

Selon Trey Gum, l’avocat d’Elemetal, NTR Metals Miami a mis un terme à sa collaboration avec Harold le 1er juin 2016, le jour où il a été inculpé de fraude, et l’entreprise aurait “signalé l’affaire aux autorités concernées”.

Afin d’éviter une peine d’emprisonnement de plusieurs années pour blanchiment et fraude fiscale, Harold a accepté de coopérer avec la police des États-Unis et du Chili. En octobre 2016, des agents du FBI et des représentants du procureur à Miami se sont rendus au Chili pour interroger Harold. D’après des sources proches de l’enquête, quand ils ont été persuadés que ses informations étaient valables, ils lui ont proposé l’immunité judiciaire aux États-Unis en échange d’un témoignage sous serment.

Pendant les longs interrogatoires du trafiquant, les agents du FBI et les détectives chiliens ont été à la fois fascinés et amusés. Plus de quinze représentants de la loi s’entassaient dans une salle de réunion à Santiago 1, un gigantesque centre pénitentiaire. Harold se nourrissait de leur curiosité. Il riait, ne semblant pas prendre la mesure de la gravité de sa situation. Ses confessions s’apparentaient à un spectacle, selon l’un des enquêteurs. “Il ne manquait que le pop-corn”, se souvient-il en riant.

La réglementation chilienne en matière d’exportations a été renforcée après l’affaire Harold Vilches. Un marchand d’or compare les nouvelles procédures à quelque chose comme “Face au mur, les mains en l’air !”. Des douaniers d’Équateur, de Bolivie et du Pérou se sont rendus au Chili pour échanger des informations et comparer leurs notes. José Luis Pérez s’en félicite, mais ne se fait pas d’illusion.

Si Harold, qui n’avait aucun atout particulier, si ce n’est son audace, a réussi à aller si loin dans le commerce illégal d’or, qui d’autre ne pourrait en faire autant ? “Il y a sûrement une centaine de personnages comme lui en Amérique latine, conclut-il. C’est plus facile qu’il n’y paraît.”

lundi 3 avril 2017

3 AVRIL 1987, DES CENTAINES DE BLESSÉS À LA MESSE DE JEAN-PAUL II AU CHILI


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LE PAPE JEAN-PAUL II ARRIVE LE 03 AVRIL 1987 AU PARC O'HIGGINS
À SANTIAGO DU CHILI ET PASSE DEVANT UNE FOULE DE CHILIENS
PROTESTANT CONTRE LE GOUVERNEMENT ET LA DICTATURE
DU PRÉSIDENT CHILIEN PINOCHET. DES INCIDENT DURANT
LA MESSE FERONT PLUSIEURS CENTAINES DE BLESSÉS.
PHOTO JOSE DURAN


[CE JOUR-LÀ] Le voyage de Jean-Paul II au Chili, du 1er au 6 avril 1987, avait été annoncé comme l’un des plus difficiles de son pontificat, tant étaient vives les tensions entre les différents interlocuteurs depuis le coup d’État du général Pinochet en 1974. 
On craignait les incidents, et il y en eut. À Santiago, le 3 avril 1987, quelque six personnes venues assister à la messe du pape ont été blessées lors d’affrontements entre opposants au régime et forces de l’ordre.

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CONTEXTE

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Avec ce voyage au Chili, du 1er au 6 avril 1987, 
CARMEN GLORIA QUINTANA ET KAROL JÓZEF WOJTYŁA
Jean-Paul II entreprenait l’une des visites les plus difficiles de son pontificat tant étaient vives les tensions entre les différents interlocuteurs, où depuis treize ans – depuis le coup d’État d’Augusto Pinochet contre le président socialiste Salvador Allende –, l’épreuve de force était engagée entre l’Église et le pouvoir du général. Comme il l’avait fait en Colombie en juillet 1986, le pape arrivait au Chili avec un double objectif : défendre les droits de l’homme et favoriser la réconciliation nationale.

Dès l’arrivée du pape à Santiago, de vifs incidents avaient eu lieu. « Saint-Père, comment est-ce la liberté ? » Très présentes sur le parcours menant le pape de l’aéroport au centre de la capitale chilienne, les forces de l’ordre n’avaient pas toléré que soit brandie cette pancarte. Mais d’autres aussi avaient fleuri et des cris avaient fusé de la foule massée tout au long du trajet : « Pain, justice, liberté », clamaient les uns, « Ami Jean-Paul, emmène le tyran » disaient les autres. La police avait alors répliqué en déversant des torrents d’eau sur les manifestants.

Le lendemain, d’autres incidents avaient eu lieu, notamment lors de la visite du pape à Valparaíso. Plusieurs étudiants qui étaient venus écouter Jean-Paul II avaient été arrêtés au cours d’une manifestation. Mais c’est le 3 avril, lors de la messe du pape célébrée dans le parc O’Higgins, devant 600 000 personnes, que les violences ont été les plus importantes, lorsque quelques centaines de jeunes se sont mis à lancer des pierres sur les carabiniers et sur les journalistes regroupés à environ 150 mètres du pape.

Grenades lacrymogènes, véhicules blindés, la réaction des forces de l’ordre a été brutale. 600 personnes auraient été blessées durant les affrontements. Si le pape, comme le relate la Croix dans son édition du 6 avril 1987, « n’a pas interrompu la messe », « à la fin, au lieu de quitter le podium, comme il le fait habituellement, Jean-Paul II s’est agenouillé pour prier un long moment en silence, le visage caché dans les mains ».

Rencontrant peu après les partis d’opposition, le pape leur avait alors demandé de rejeter avec force « la tentation de la violence » et defavoriser le processus de réconciliation nationale.

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ARCHIVES

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Violents incidents pendant la messe du pape

(La Croix du 5 avril 1987)

Par Bernard Le Léannec, envoyé spécial

C’est sur fond de violence et de tensions profondes que Jean-Paul II a appelé les hommes politiques chiliens à choisir le dialogue et la collaboration pour l’avenir de leur pays.

Devant le quart de la population de Santiago, le pape a procédé à la béatification de la première chilienne : Teresa de los Andes. Mgr Manuel Camilo Vial, évêque de San Felipe, s’est attaché à présenter cette religieuse carmélite, morte dans les premiers mois de sa vie religieuse, comme un exemple pour la jeunesse d’aujourd’hui. Née le 13 juillet 1900 à Santiago, elle manifeste une attention particulière pour les pauvres et les enfants.


Le pape est accueilli par le général Pinochet à son arrivée au Chili, le 1er avril 1987.

Cette messe se voulait celle de la réconciliation entre les Chiliens. Elle a révélé la violence de leurs divisions. Des incidents éclatent avant l’arrivée du pape quand un groupe organisé, installé à droite de l’autel, près de l’emplacement réservé à la presse, lance des slogans contre Pinochet.

Des prêtres descendent alors de l’estrade pour appeler au calme. Soudain, ce fut une pluie de pierre vers les carabiniers, peu nombreux à cet endroit et sans armes, qui atteignit de nombreuses personnes dans la foule. La police a répondu aux jets de pierres en utilisant des bombes lacrymogènes et des canons à eau, elle a ensuite chargé sauvagement, provoquant une véritable panique. Ceci se passait sous les yeux même de Jean-Paul II.

Des femmes et des enfants étaient piétinés ou plaqués contre le grillage, ne trouvant pas d’issue pour éviter les courbes. Des coups de feu éclataient.


Des violences éclatent pendant la messe du pape au stade O’Higgins à Santiago du Chili, le 3 avril 1987.

Avant que le pape ne commence son discours, considéré comme l’un des plus importants de son séjour au Chili, la foule apeurée crie « Vive le pape ! ». Ce à quoi Jean-Paul II répond par « Vive le Chili ! » d’une voix cassée par l’émotion. Le pape va-t-il réussir à faire passer le message de réconciliation, véritable programme pour une transition pacifique vers la démocratie ?

Après la communion, il y a eu une deuxième vague de violences. Comme la précédente, elle fut sauvagement réprimée par la police, chargeant le groupe de manifestants. Dans les postes de secours, c’est par centaines que les personnes se présentent, réclamant des soins.

Commentant cet incident, Mgr Cox exprima sa profonde consternation et déclara que « cet événement était très important pour le peuple chilien. Car il révèle que ces groupes n’ont rien à proposer au pays et que l’on pouvait imaginer ce que serait un pays entre les mains de pareilles personnes ».

Après cette messe, le pape a rencontré les représentants des partis politiques d’opposition. Parmi les invités qui ont pris part à la rencontre, il y a la Démocratie chrétienne, le Parti libéral, le Parti socialiste (de Ricardo Nunez), le Parti républicain, le Parti social-démocrate, le Parti radical, c’est-à-dire les membres de l’accord national. Viens s’y ajouter le MDP (Mouvement démocratique populaire), représenté par son secrétaire German Correa (PS Almeyda) et Jose Sanfuentes (PC).

Pour réaliser cette rencontre, ils ont dû renoncer à tous moyens de violence pour arriver à la démocratie. Cet accord, envoyé jeudi matin, fut signé par tous à l’exception du Parti communiste. Déjà, au début de la visite du pape, les leaders politiques s’étaient prononcés de façon positive sur les premières déclarations de Jean-Paul II concernant le caractère dictatorial du régime chilien.

Le pape leur a déclaré : « l’Église ne se confond pas de quelque manière que ce soit avec la communauté politique et elle n’est liée à un système politique quel qu’il soit. Bien plus, il est vrai qu’elle a le devoir, comme une engeance de la mission qu’elle a reçue de Jésus-Christ, de protéger la lumière de l’Évangile, dans le domaine des réalités temporelles, y compris dans l’action politique, pour faire briller chaque fois plus dans la société et les valeurs éthiques et morales qui manifestent le caractère transcendant de la personne et la nécessité de protéger ses droits inaliénables. »

« Comme pasteur de l’Église, a poursuivi Jean-Paul II, je désire que vous réfléchissiez avec moi sur les points qui découlent de ce principe d’inspiration évangélique : la communauté politique est au service de la personne humaine. Soyez convaincu et reconnaissez que la convivialité nationale doit être fondée sur des principes éthiques et que ceci a des conséquences pour tous et chacun des citoyens d’une nation déterminée, et dans notre cas, pour le Chili. »

Rappelant les racines profondes de ce pays, le pape a déclaré ensuite : « La fidélité à ce patrimoine spirituel et humain exige un développement harmonieux, un effort conjoint de volonté et d’action qui tend à la réconciliation nationale dans un esprit de tolérance, de dialogue et de compréhension. Personne ne doit se soustraire à cette participation active, responsable et généreuse, pour le bien commun. La justice et la paix dépendent de chacun de nous. »

Revenant sur les événements de l’après-midi, le pape a précisé : « C’est pourquoi, au nom de l’Évangile, je demande à tous de rejeter avec force la tentation de recourir à la violence, ce qui est toujours indigne de l’homme. Vous pouvez être convaincu que la fraternité entre les hommes et la collaboration pour construire une société plus juste n’est pas une utopie, mais le résultat de l’effort de chacun en faveur du bien commun. »

Jean-Paul II a conclu : « Je fais le vœu pour que vous aussi, dans votre vie et dans vos activités, vous donniez le témoignage de cet idéal. De cette façon vous pourrez rendre un grand service à votre pays : vous contribuerez à la suppression des tensions présentes, vous favoriserez le processus de réconciliation nationale et vous encouragerez la recherche de toute initiative capable d’assurer à cette nation bien-aimée un avenir digne de ses plus nobles traditions civiles et religieuses. »

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Jean-Paul II : « Non à la violence »

(La Croix du 5 avril 1987)

L’éditorial d’Yves de Gentil-Baichis

On redoutait les violences, mais on espérait pouvoir les éviter… Elles ont fini par couvrir un temps les appels de Jean-Paul II à la réconciliation. Le sang a coulé à Santiago, vendredi après-midi, pendant que le pape célébrait une messe dans le parc O’Higgins, devant 600 000 personnes.

Quelques centaines de jeunes se sont mis à lancer des pierres sur les carabiniers, armés seulement de matraques, et sur les journalistes regroupés à environ 150 m de l’endroit où le pape célébrait la messe.

La réaction des forces de l’ordre est brutale : des véhicules blindés fendent la foule, renversant plusieurs personnes au passage, et lancent des grenades lacrymogènes, provoquant la panique. Ensuite, c’est l’affrontement entre manifestants et policiers (il y aurait plusieurs centaines de blessés).

Le pape n’a pas interrompu la messe mais, à la fin, au lieu de quitter le podium, comme il le fait habituellement, Jean-Paul II s’est agenouillé pour prier un long moment en silence, le visage caché dans ses mains.

Rencontrant peu après les partis d’opposition, le pape leur a demandé instamment de rejeter avec force « la tentation de la violence ». Il les a appelé à favoriser le processus de réconciliation nationale, les encourageant vivement à rechercher des initiatives dans ce sens.
Les violents incidents de vendredi après-midi pouvaient-ils être évités ? Ce n’est pas sûr, car ce pays, bâillonné depuis treize ans, a profité du passage du pape pour crier et manifester son refus de l’oppression et de la dictature.

Pourtant, les interventions de Jean-Paul II n’ont jamais incité à la violence. S’il a vigoureusement rappelé aux évêques la nécessité de faire respecter les droits de l’homme, dans ses contacts avec le peuple il a prêché la réconciliation.

Certains commentaires présentent déjà le voyage du pape au Chili comme un échec, car il n’aurait pas dénoncé assez vigoureusement la dictature.

En fait, on serait tenté d’enfermer Jean-Paul II dans une alternative simpliste. Ou bien, après avoir été reçu par Pinochet, le pape se cantonnait dans des discours purement spirituels sans faire allusion aux injustices ni aux exactions. Dans ce cas, à l’évidence, le chef de l’Église catholique cautionnait et renforçait le régime.

Ou bien Jean-Paul II dénonçait devant les foules rassemblées toutes les tortures, les emprisonnements et les entraves à la liberté, appelant moralement la population à la révolte. Au Chili et ailleurs, certains imaginaient déjà le pape dans ce rôle de grand libérateur.

Mais Jean-Paul II a choisi une autre voie. Ne voulant ni renforcer le pouvoir de Pinochet ni mener les foules au massacre, il a pris le chemin difficile de la démarche non violente.

Pour faire comprendre qu’il ne soutenait pas le régime en place, il a multiplié les gestes symboliques. Il a montré à la foule la Bible du P. Jarlan, serré dans ses bras une jeune Chilienne gravement brûlée par l’armée, dit des paroles de compréhension à tous ceux qui évoquaient les tortures et les enlèvements.

Mais Jean-Paul II a parlé aussi, et ses paroles adressées aux évêques et aux hommes politiques vont loin. Il leur a demandé de défendre les droits inaliénables de la personne et de tout mettre en œuvre pour aller pacifiquement vers la démocratie.

Mais c’est vrai, le pape n’a nulle part brandi l’étendard de la révolte. Pas plus au Chili qu’en Pologne, il n’a lancé le peuple contre l’armée.

À Santiago, il a insisté plusieurs fois pour appeler à la réconciliation, demandant que l’on renonce à la violence pour instaurer une démocratie dans la justice, recommandant à temps et à contretemps l’esprit de dialogue, de tolérance et de compréhension. Le pape voulait d’abord soutenir, encourager, conforter ceux qui croient à une solution sans violence.

Après le choix de cette voie difficile, les résultats ne pouvaient être ni rapides ni spectaculaires… On verra dans quelques semaines si la manière de Jean-Paul II a permis de débloquer l’avenir du Chili ou si celui-ci s’est encore enfoncé dans les ténèbres de la répression.