dimanche 16 septembre 2018

PÉDOPHILIE DANS L'ÉGLISE: LE VATICAN PRIVE UN PRÊTRE CHILIEN DE SON SACERDOCE


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L'ANCIEN PRÊTRE CRISTIAN PRECHT BAÑADOS
Cristian Precht, prêtre chilien, est accusé d'avoir dissimulé des faits de pédophilie. Le Vatican a privé de son sacerdoce le prêtre chilien Cristian Precht, soupçonné d'avoir dissimulé des faits de pédophilie, et déjà sanctionné en 2012 pour conduite abusive envers des mineurs, a annoncé ce samedi l'archevêché de Santiago.
L'ANCIEN PRÊTRE CRISTIAN PRECHT
Le pape François a pris un décret pour priver « de l'état clérical »  (...) et démettre « de toutes les obligations liées à l'ordination sacrée » le révérend Cristian Precht Bañados, a indiqué l'archevêché dans une note.

LE TYRAN SANGLANT AUGUSTO PINOCHET 
Cristian Precht est considéré au Chili comme une  figure emblématique de la défense des droits de l'Homme pendant la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990) qui a fait plus de 3 200 morts.

En 2012, l'Église catholique chilienne l'avait privé de son sacerdoce pendant cinq ans, après que la congrégation vaticane de la Doctrine de la foi eut vérifié et ratifié une enquête faisant état "d'informations vraisemblables de conduites abusives à l'égard de majeurs et de mineurs".

119 enquêtes ouvertes au Chili

Récemment, le prêtre avait été accusé par des victimes d'avoir dissimulé des faits d'abus sexuels commis par des religieux au cours des dernières décennies, dans des collèges de la congrégation mariste.     

L'Église catholique chilienne est en pleine tourmente depuis la visite du pape en début d'année et la multiplication des enquêtes par la justice - au nombre de 119 - pour agressions sexuelles présumées commises par des membres de l'Église sur des mineurs et des adultes depuis les années 1960. 

Au cours d'un voyage au Chili en janvier, le pape François avait d'abord défendu avec force l'évêque chilien Juan Barros, soupçonné d'avoir tu les crimes d'un vieux prêtre pédophile. Il avait ensuite changé d'avis et accepté la démission de plusieurs évêques dans le cadre de ce scandale.

CHILI: LE CALVAIRE DES PETITS PÊCHEURS



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RADIO FRANCE INTERNATIONALE (RFI), « REPORTAGE INTERNATIONAL »
DIFFUSION : DIMANCHE 16 SEPTEMBRE 2018 - 
CHILI: LE CALVAIRE DES PETITS PÊCHEURS
PAR JUSTINE FONTAINE

vendredi 14 septembre 2018

CHILI. DANS LES CAFÉS « AVEC JAMBES », LE CORPS DES SERVEUSES SUR UN PLATEAU


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 PHOTO LA TERCERA
Alors que les mouvements féministes bousculent la société chilienne, une tradition perdure dans la capitale : celle de “cafés” où les clients sont reçus par des serveuses bien dévêtues et plutôt câlines, qui ne se prostituent pas pour autant.
DESSIN DE KAZANEVSKY, UKRAINE
Fredi Velásquez et Alejandra Olguín
Le 25 juin dernier, 100 000 Chiliens se sont mobilisés à l’occasion de la sixième marche pour la légalisation de l’avortement à Santiago. Ils ont défilé sur l’Alameda, la grande avenue de la capitale, en appelant à la fin du patriarcat et à l’égalité entre les femmes et les hommes. Une pierre de plus à l’édifice du mouvement féministe au Chili, qui aura décidément marqué cette année politique.

À quelques mètres de la manifestation, cependant, dans la Galería Santiago, la vie suit son cours. Les vigiles avaient baissé les rideaux par crainte des manifestants, mais, cet après-midi-là, les seuls à se manifester par ici furent les clients habituels. Cette galerie commerciale bien connue du centre de la capitale a des airs de labyrinthe. Les deux premiers niveaux alignent boutiques de tailleurs, bijouteries et parfumeries. Mais la plupart de ceux qui se sont présentés devant les rideaux baissés se rendaient au sous-sol, là où les vitrines sont en verre fumé et les enseignes au néon.

 PHOTO LA TERCERA
C’est que les “cafés con piernas” [littéralement “cafés avec jambes”, ou “cafés avec nanas”, pierna désignant aussi en argot chilien la copine, la petite amie] rompent rarement avec leur routine.

Un look de miss Univers

À l’Alí Babá, au Marilyn ou à l’Isis, les employés de bureau viennent pour prendre un café. D’emblée ils entament la discussion avec les serveuses, non sans les avoir saluées d’une embrassade et d’un baiser sur la bouche. Ces femmes en bikini, toujours souriantes, servent le café et leur accordent une oreille attentive. En bande sonore, reggaeton, rock et bachata.

Rares sont les clients qui souhaitent parler féminisme, avortement ou fin du patriarcat.

Marlene a toujours voulu ressembler à Cecilia Bolocco, qui fut miss Univers et la plus célèbre animatrice télé du Chili des années 1990. Elle a attentivement étudié son look et remarqué qu’elle avait remporté le prestigieux concours de beauté en se maquillant peu. Elle a donc remisé eye-liner, fond de teint, ombre à paupières et blush, de même que ses lentilles de contact, les bleues comme les vertes. Marlene se voulait plus chic, comme Cecilia Bolocco.

Il y a une seule chose à laquelle elle n’a pas voulu renoncer, c’est son rouge à lèvres, qu’elle commandait à un ami employé dans une pharmacie : “Je lui disais : ‘Prends le rouge vif le plus pute que tu trouves’”, se souvient-elle.

La teinte lui réussissait plutôt bien au Café Cousiño, où elle a commencé à travailler en 1994. C’était le début du boom des “cafés avec jambes”. Marlene est arrivée là à 24 ans pour des raisons économiques : auparavant elle travaillait comme éducatrice en maternelle, mais le salaire ne lui permettait pas de joindre les deux bouts.

Au café, on lui a remis une robe sans manches, et beaucoup trop courte. Tellement courte que, les premiers jours, Marlene a passé beaucoup de temps à tirer dessus dans le vain espoir de la rallonger un peu. Et puis il a fallu aussi s’habituer aux talons de 15 centimètres.

Le concept encombrant du café “avec jambes”

PHOTO LA TERCERA
Avec l’argent qu’elle y a gagné, Marlene a pu acheter une voiture, et un appartement. En 2004, elle a quitté le métier pour travailler avec un avocat. À la mort de ce dernier, en 2012, elle a décidé de renouer avec l’univers des cafés con piernas. Mais, cette fois, elle s’occupe de la caisse – les années ont passé, elle n’a plus le physique d’une miss Univers. Marlene travaille aujourd’hui au Blumenau, installé dans la Galería Alessandri, dans le centre de Santiago.

Marlene a donc été un témoin clé de l’histoire des cafés con piernas, dont certains existent depuis déjà plus de vingt-cinq ans. Elle a vu la police en fermer certains, elle a vu des politiques faire campagne avec les femmes du Barón Rojo, et elle a vécu la précarité des premiers temps. “Il y a beaucoup de préjugés. Or, quand les gens ne connaissent pas ce milieu, ils disent n’importe quoi. Qu’ils viennent, qu’ils observent, ils verront que ce n’est pas ce qu’ils croient”, assure Marlene.

Au sein du mouvement féministe, il n’existe pas de consensus sur le sujet. Certains collectifs dénoncent la marchandisation du corps des femmes, mais, hormis quelques incidents isolés, jamais les cafés con piernas n’ont été visés par des mobilisations spécifiques.

C’est qu’une ambiguïté demeure : dans ces cafés, les femmes sont indubitablement chosifiées par des hommes, mais ce sont aussi des travailleuses qui disposent librement de leur corps et qui, disent-elles, y trouvent une forme d’émancipation financière.

“Les femmes qui travaillent dans ces endroits sont montrées du doigt : or ces stéréotypes sont dangereux, et le mouvement féministe devrait comprendre qu’il ne faut pas stigmatiser ces femmes, que c’est juste un travail qu’elles exercent”, insiste Marcela Hurtado, chercheuse à l’Universidad Austral, qui a conduit des études de genre sur les cafés con piernas.

Une “minute heureuse” de trop

PHOTO LA TERCERA
Un aspect cependant met tout le monde d’accord : la nécessité d’en finir avec la précarité des conditions de travail de ces femmes, qui ont par le passé souvent manqué de contrats en bonne et due forme, dû supporter des heures de station debout dans des chaussures inconfortables, sans parler des abus commis en particulier sur les femmes immigrées.

Mais que cela plaise ou non, ce phénomène devenu emblématique de certains quartiers de Santiago du Chili affiche bientôt 30 ans d’existence. Cet anniversaire tombe alors que monte au Chili la vague féministe, qui remet en cause, précisément, des pratiques machistes de ce genre et jusque-là jugées normales dans le pays.

C’est durant l’hiver 1982 que le Café Haití a lancé une nouvelle mode chez ses serveuses : robe courte et talons hauts, un uniforme qui allait coller à la peau de cette chaîne toujours en activité sur le Paseo Ahumada.

Avec le retour à la démocratie, au tournant des années 1990, des entrepreneurs ont l’idée de pousser le concept un peu plus loin encore, en faisant porter un simple bikini aux serveuses. Selon certains, le premier du genre fut le Café Ikabarú, inauguré en 1990 sur la Calle Mc-Iver. C’est alors qu’apparaît l’appellation de “cafés con piernas”.

Cette mode est à son apogée en 1994, quand le patron du Barón Rojo, Miguel Ángel Morales, lance la “minute heureuse” : chaque jour pendant soixante secondes, les serveuses sont seins nus.

L’idée met Santiago en émoi : la fréquentation augmente, mais le tollé aussi, ses détracteurs dénonçant le franchissement d’une ligne rouge. L’initiative de Morales fait aussi de nombreux émules, qui créent de nouveaux cafés con piernas au fin fond de plusieurs galeries commerciales du centre de Santiago.

Ces établissements ont dû parcourir un long chemin pour se faire accepter par les autorités : nul ne savait très bien comment ils fonctionnaient, s’il fallait leur donner une licence de débit de boissons ou d’établissement de nuit – ou bien simplement ordonner leur fermeture pour atteinte à la morale.

Durant l’année 2000 en particulier, les visites surprises de l’inspection du travail et de la police sont monnaie courante. Certains employés des cafés con piernas se souviennent alors d’une “chasse aux sorcières” pendant laquelle pleuvaient les amendes apparemment injustifiées.

C’est un métier comme un autre

En 2002, le maire de Santiago, Joaquín Lavín, tranche la question en signant une ordonnance ad hoc : ces établissements ont pour obligation de se doter de vitrines opaques, ne peuvent être ouverts qu’en journée, ne sont pas autorisés à vendre de l’alcool ni à pratiquer la prostitution.

Les cafés con piernas vont alors vivre leur âge d’or. La clientèle augmente de jour en jour, et les salaires sont généreux. Le Barón Rojo a toujours été le plus couru, ses employées sortaient défiler sur le Paseo Ahumada et faisaient même des tournées en province.

Alors préfet de la métropole de Santiago, Marcelo Trivelli reçoit officiellement l’équipe du Barón Rojo. “La plupart de ces femmes ont tenu à me dire qu’elles exerçaient un métier, qu’elles avaient besoin de gagner leur vie, qu’elles étaient chefs de famille et que leur emploi était digne”, se souvient-il.

Avec le temps, les cafés con piernas se sont si bien fait accepter que, en 2005, Joaquín Lavín, alors candidat à la présidentielle, en choisit un pour étape de sa campagne électorale, allant jusqu’à apposer sa signature sur la jambe d’une serveuse en bikini.

Aujourd’hui, une telle médiatisation des cafés con piernas semble impensable. Le business, selon les observateurs bien informés, a souffert de la diversification de l’offre mais aussi des changements de la société chilienne, où ce genre de pratiques n’est plus aussi bien toléré.

Nous misons sur une hausse de la fréquentation, assure cependant Italia, qui en douze ans a travaillé dans plusieurs cafés de la Galería Santiago. On met l’accent sur une publicité tournée vers un public plus jeune. Actuellement, nos clients ont un certain âge, je vois les mêmes depuis que j’ai commencé.

L’illusion de la femme soumise

Au fil du temps, la gamme des cafés con piernas s’est largement étendue. Certains des plus anciens n’ont pas changé, mais dans d’autres les serveuses se laissent toucher, prendre dans les bras voire embrasser par les clients. Les plus critiqués ne sont plus que des vitrines de café : gardés par un vigile, ils sont devenus des bordels déguisés.

Italia discute avec animation avec un client qu’elle semble connaître de longue date. L’homme s’approche de très près pour lui parler, lui touche l’épaule et lui sourit tandis qu’elle danse sur du reggaeton.

Il est 10 heures du matin, mais la vitrine opaque, la lumière tamisée et la musique ménagent une ambiance nocturne. Tandis qu’Italia va de client en client, les hommes ne la quittent pas des yeux.

Les serveuses de cafés con piernas l’assurent pourtant : à l’intérieur de l’établissement, ce sont elles qui dominent la situation. Il est rare qu’un homme dépasse les limites ; d’ailleurs, si cela se produit, il est chassé du café manu militari. “Ici, on leur vend une illusion”, répète Italia – ce prénom est d’ailleurs un simple nom de scène.

Ces professionnelles théâtralisent les rapports hommes/femmes et les stéréotypes : elles jouent la femme hyper serviable, la femme d’intérieur, toujours de bonne humeur, toujours à l’écoute de l’homme, qui l’accueille par un baiser et n’est là que pour s’occuper de lui”, expose la chercheuse Marcela Hurtado.

L’avenir menacé des cafés “con piernas”

PHOTO LA TERCERA
Aucun syndicat ne s’est jamais formé au sein des cafés con piernas. La plupart des femmes ne font que passer dans le secteur, histoire de rassembler de l’argent, puis elles passent à autre chose. Elles ne s’adressent pas non plus aux organisations féministes : elles assurent ne pas en avoir besoin, malgré le machisme auquel elles sont confrontées tous les jours.

Italia est dans le métier depuis 2006. Elle avait besoin de financer ses études d’ergothérapie et avait dû quitter pour raisons de santé son poste de maître-nageuse dans une copropriété. Son médecin lui conseillait de trouver un emploi où elle ne serait pas exposée au soleil, et on lui a parlé de la Galería Santiago. Dès le premier jour, ses employeurs lui ont remis une robe courte qu’elle n’a eu aucun problème à revêtir : elle était toujours plus habillée que lorsqu’elle était maître-nageuse, raconte-t-elle.

Aujourd’hui, Italia travaille au Café Alí Babá. Elle pensait ne rester dans le métier que quelques mois, mais, en étant serveuse, elle a pu gagner suffisamment pour passer son diplôme et entamer d’autres études. “Je suis une femme indépendante, totalement libre : mon temps et mon argent m’appartiennent. Cette liberté, j’aimerais que d’autres femmes en jouissent comme moi. Je ne dépends pas d’un homme”, assène-t-elle.

Les préjugés sont très forts, on entend les mots ‘salope’, ‘pute’ et j’en passe – surtout de la part de femmes d’ailleurs. Elles se piquent de féminisme, mais en fait elles ne sont même pas du côté des autres femmes. Pour ma part, j’estime que personne n’a le droit de discriminer les autres, peu importe leur métier”, regrette Marianela Salgado, serveuse depuis dix-huit ans.

Les mentalités doivent changer

Au fond, ce que cherchent ces hommes, c’est un objet : un objet sexuel réceptif, disponible et servile. Pour en finir avec le stéréotype, il faut d’abord en finir avec ceux qui le consomment”, analyse la chercheuse Marcela Hurtado.

Qu’y a-t-il de plus féministe que ces filles qui pour beaucoup sont étudiantes, ou mères célibataires, et qui ici trouvent un bon salaire pour faire vivre leur famille et être indépendantes ? Ici, elles sont bien”, estime le patron du Café Ika, Cristián Silva.

La vague féministe qui monte au Chili apparaît bien comme une menace pour le secteur, mais les patrons des cafés con piernas refusent d’y croire. Le business va continuer, ils en sont sûrs, même s’il apparaît de plus en anachronique dans la nouvelle société chilienne.
Fredi Velásquez et Alejandra Olguín

jeudi 13 septembre 2018

« AUSSARESSES : J'AI DONNÉ L'ORDRE DE SUPPRIMER AUDIN »

« AUSSARESSES : «J'AI DONNÉ L'ORDRE DE SUPPRIMER AUDIN» » 
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lundi 10 septembre 2018

VENEZUELA : «LES SANCTIONS TUENT»

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LA MONNAIE EST L’UN DES NERFS DE LA GUERRE ÉCONOMIQUE 
QUI FAIT RAGE AU VENEZUELA (ICI, LE NOUVEAU BILLET, LE 
«BOLIVAR SOUVERAIN»). POUR ALFRED DE ZAYAS, DE GRANDS 
INTÉRÊTS DÉSTABILISENT LE PAYS POUR FAIRE TOMBER LE PRÉSIDENT MADURO.  
PHOTO KEYSTONE
Le Venezuela est victime d’une guerre économique à l’interne et de sanctions internationales qui contribuent en grande partie à la crise actuelle, estime un expert onusien.
ALFRED DE ZAYAS, EXPERT INDÉPENDANT DE L’ONU
PHOTO BEBETO MATTHEWS
Le rapport déposé lundi au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, jour de son ouverture, fait tache face à l’unanimisme des pays occidentaux à condamner le gouvernement de Nicolas Maduro. Pour expliquer la grave crise économique et politique que traverse le Venezuela, Alfred de Zayas, expert indépendant de l’ONU sur l’ordre international, démocratique et équitable, insiste beaucoup sur la guerre économique menée à l’interne par l’opposition et sur les sanctions internationales des États-Unis, de l’Union européenne et du Canada, qui viennent aggraver la situation de la population.

Spéculation sur la monnaie et le taux de change, flux illicites, rétention de marchandises, sabotage de biens publics sont autant de moyens utilisés par des financiers et de grands entrepreneurs vénézuéliens et étrangers pour déstabiliser un gouvernement démocratiquement élu, constate l’ancien professeur étasunien et suisse.

Docteur en droit de l’Université Harvard, l’homme a été haut fonctionnaire des Nations Unies pendant vingt-deux ans (1981-2003) et professeur dans plusieurs universités, dont l’Institut universitaire des hautes études internationales à Genève, l’université DePaul à Chicago, et celle de British Columbia à Vancouver. Interview à l’heure où ce juriste laisse son mandat d’expert à son successeur, après six ans de loyaux services.

Ne sous-estimez-vous pas la responsabilité du gouvernement vénézuélien dans la crise actuelle? Quelles sont vos critiques de son action?

Alfred de Zayas: Je me sens comme Denis Halliday et Hans-Christoph von Sponeck, tous les deux coordinateurs humanitaires des Nations Unies à Bagdad dans les années 1990. Ils ont démissionné à cause des sanctions économiques qui ont provoqué la mort de plus d’un million de civils iraquiens.

Au Venezuela – comme auparavant à Cuba, au Chili et au Nicaragua –, le peuple a subi une guerre économique, une guerre non conventionnelle. Les sanctions économiques tuent. Il s’agit de mesures contre la démocratie. Elles sont interdites par la Charte de l’organisation des États américains et par la Charte des Nations Unies.

Il est certain que le gouvernement vénézuélien porte une responsabilité dans la crise. Tant Hugo Chavez que Nicolas Maduro ont commis de graves erreurs dans le domaine économique. Mais ils ont été élus démocratiquement. Dire aux Vénézuéliens comment ils doivent voter ne rentre pas dans le cadre de ma fonction. Je veux aider tout le peuple vénézuélien. Ma mission était orientée sur les résultats et j’en ai obtenu, tels que la libération de quatre-vingts prisonniers après ma visite et l’amélioration entre les agences de l’ONU et le gouvernement.

En tant qu’expert indépendant sur l’ordre international, démocratique et équitable, j’ai un mandat limité. Je ne suis pas un «super rapporteur» ni un plénipotentiaire des Nations Unies. J’ai formulé mes préoccupations au gouvernement oralement et dans un mémorandum. Il s’agit aussi de permettre à d’autres rapporteurs de l’ONU d’effectuer des visites. Entretemps, trois autres ont été invités. Je préfère une diplomatie discrète et efficace.

La vraie fonction d’un rapporteur est de formuler des recommandations constructives et de convaincre le gouvernement que c’est dans son propre intérêt et dans l’intérêt du peuple de faire de réformes. On ne réussit rien si l’on est hostile.

De nombreuses causes expliquent la crise vénézuélienne. Comment pondérez-vous l’importance de tous ces facteurs?

La crise a effectivement des causes multiples. Bien sûr, il y a la dépendance du pays envers le pétrole. Cela ne date pas d’hier: la structure de cette économie, qui a plus d’un siècle, a été héritée par les gouvernements de Chavez et de Maduro. Il est certain qu’il faut diversifier cette économie. Le gouvernement de Maduro a mis en place plusieurs initiatives dans ce sens, dans le domaine de l’agriculture, de la production de médicaments génériques, etc. Mais la guerre économique interne puis les sanctions extérieures ont freiné les progrès dans ce domaine. Bien sûr, il y a de l’incompétence, et je l’ai dit au gouvernement, il y a trop d’idéologues, pas assez de technocrates au sein de l’État.

La corruption est aussi présente. Mais, là encore, elle existait aussi dans les années 1980 et 1990. Beaucoup de citoyens ont élu Hugo Chavez pour protester contre la corruption des gouvernements antérieurs. Sous Maduro, le nouveau ministre de la Justice a mis en place un programme anticorruption robuste. En ce moment même, il y a des investigations et des procès en cours.

Les membres de l’opposition qui j’ai interviewés insistent sur les facteurs endogènes et sur la mauvaise gestion. Le gouvernement pointe les facteurs extérieurs. Ces deux séries de causes existent et convergent. J’ai formulé des recommandations à ce sujet dans mon mémorandum au gouvernement. J’ai proposé entre autres la création d’un Comité d’experts internationaux pour conseiller le gouvernement. Ce pourrait être un organe composé d’experts en économie, par exemple Thomas Piketty, Joseph Stiglitz, mais aussi d’experts dans le domaine de la production de pétrole, d’or, de bauxite, de coltan, et des spécialistes du commerce et de l’agriculture. Mais il faut d’abord libérer le pays du blocage financier qu’il subit et des sanctions qui sont en train d’asphyxier l’économie, entraînant la forte émigration actuelle.

Depuis votre visite au Venezuela fin 2017, la situation économique et sociale s’est encore dégradée. Des centaines de milliers de Vénézuéliens fuient la crise en émigrant… Connaissez-vous les causes précises de cette détérioration?

Pas besoin d’un doctorat en physique nucléaire pour comprendre que la guerre économique et les sanctions ont généré des manques dans tous les domaines, ainsi qu’énormément de chômage. Il est normal que les gens cherchent une vie meilleure, en Colombie, au Brésil, en Equateur, au Pérou, et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés doit les aider. Il faut aussi rappeler que le Venezuela a accueilli par le passé quelque cinq millions d’émigrants économiques colombiens, qui ont bénéficié des programmes sociaux vénézuéliens, sans aucune discrimination.

A-t-on désormais atteint le stade de la crise humanitaire au Venezuela?

Non. Même si les médias aiment utiliser ce terme. La situation du Venezuela n’est aucunement comparable à celle de Gaza, du Yémen, de la Syrie, ou encore du Mali. Je reçois des informations fiables de toute l’Amérique latine et j’échange des informations et des statistiques avec des experts aux États-Unis et en Espagne. Le terme «crise humanitaire» dans le cas du Venezuela ne vise qu’à créer un climat propice à une éventuelle intervention militaire extérieure ou à la justification d’un coup d’État.



Certains observateurs évoquent la possibilité d’une intervention armée des États-Unis ou d’une guerre déclenchée par la Colombie. Comment évaluez-vous la probabilité de tels événements?

Il existe effectivement plusieurs plans pour une intervention militaire. L’un serait mené par les États-Unis et la Colombie, avec le soutien de l’OTAN et du Brésil. L’idée serait de déguiser l’intervention et le renversement du gouvernement Maduro en une action liée à la protection des droits humains, prenant appui sur la crise économique actuelle.
Cela comporterait pourtant de grands risques, comme en 1961 lorsque Kennedy pensait que l’intervention de la CIA à la baie des Cochons, à Cuba, serait chirurgicale et rapide. Elle a échoué. Il est important de rappeler que le monopole de l’utilisation de la force reste l’apanage du Conseil de sécurité des Nations Unies. Toute intervention militaire menée sans son aval serait illégale et constituerait un crime d’agression selon le Statut de Rome.

Au vu de ces risques, je doute que les États-Unis ou la Colombie osent l’agression militaire. Ils misent probablement sur une aggravation de la crise et une rébellion interne contre Maduro. D’où la volonté des États-Unis d’imposer des sanctions économiques plus draconiennes encore, sans aucun égard pour les droits humains.

Aucune solution ne semble en vue.

Que recommandez-vous aux deux parties au Venezuela et à la communauté internationale?

Il faut renouer le dialogue entre le gouvernement et les partis de l’opposition. Avec l’appui du Vatican, l’ancien premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero a tenté entre 2016 et 2018 une médiation internationale entre l’opposition et les représentants du gouvernement. Plusieurs États latino-américains ont aussi prêté leurs services pour la médiation, des deux côtés. Après deux ans de discussion, le compromis était prêt pour la signature. Hélas, à la surprise de tous les participants, le 7 février 2018, Julio Borges, le représentant de l’opposition, a refusé de signer.

Pourtant, je suis convaincu qu’il faut relancer une médiation internationale, et de bonne foi, sous les auspices des Nations Unies et de la Communauté d’États latino-américains (CELAC).

La seule alternative serait la violence, avec une autre tentative de coup d’État, comme en 2002 contre Chavez, ou une autre tentative d’assassinat, comme début août contre Maduro.

Que pensez-vous de l’appel de Quito, lancé par plusieurs États latino-américains après leur réunion début septembre? Il recommande l’adoption d’un mécanisme d’assistance humanitaire en faveur du Venezuela.

Une action humanitaire de bonne foi est urgente. La Croix-Rouge pourrait se charger de la distribution, de même que Caritas ou peut-être la Fondation Bill Gates. Le gouvernement Maduro a réclamé de l’aide à plusieurs reprises. Mais l’aide humanitaire ne doit pas servir des intérêts politiques cachés. Il s’agit d’aider tous les Vénézuéliens, sans discrimination.
CKR
10 septembre 2018

Source : https://lecourrier.ch/2018/09/10/les-sanctions-tuent/

mercredi 5 septembre 2018

AU CHILI, LES HABITANTS DE L'ÎLE DE PÂQUES RÉCLAMENT AU BRITISH MUSEUM LA RESTITUTION D'UNE DE LEURS STATUES





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ÉMISSION DU MERCREDI 5 SEPTEMBRE 2018 

L'île de Pâques veut récupérer l'une de ses plus célèbres statues. Les autorités de Rapa Nui, le nom polynésien de ce territoire chilien du Pacifique, ont obtenu pour la première fois l'appui du gouvernement chilien pour demander officiellement au British Museum de Londres de rendre un moai, une grande sculpture en pierre volcanique offerte à la reine d’Angleterre par un explorateur britannique, au milieu du XIXe siècle.

Du troc remis en question

Cette statue, datant plus de huit siècles, haute de 2,40 mètres, est unique. Au dos de ce moai se trouvent des inscriptions liée au culte de l'homme-oiseau, une divinité adorée par le peuple de l’île, les Rapanui. Et on ne les retrouve sur aucune des autres statues, près de 900, présentes sur l'île de Pâques. Quand l'officier de a marine britannique qui a rapporté ce moai est arrivé sur place, en 1868, cette statue était placée à l'entrée d'un site religieux, et il l'a achetée en la troquant contre d’autres objets. Un échange remis en question aujourd'hui par les autorités de l’île de Pâques, qui n'étaient à l’époque pas en mesure de négocier.

L'île de Pâques a déjà formulé cette demande de restitution au British Museum. Ces dernières années, de nombreux pays dans le monde ont demandé à de grands musées internationaux de rendre des pièces importantes qu'ils détenaient. Des demandes faites au nom de la récupération du patrimoine national et parce que, dans beaucoup de cas, les pièces avaient été usurpées lors d'expéditions coloniales.

Pour le retour du moai, le site a été amélioré

Quand les autorités de l'île de Pâques ont fait leur première demande au British Museum en 2016, la direction avait alors répondu que les conditions n'étaient pas réunies sur l'île pour assurer la bonne conservation de cette pièce unique. Mais aujourd'hui, le site où se trouvent la plupart des moais est beaucoup mieux entretenu. Et les autorités de l'île proposent de mettre à disposition leurs meilleurs artisans pour confectionner une nouvelle statue qu'ils offriraient au British Museum pour compenser leur perte.

On estime qu'il existe une dizaine de moais répartis dans différents musées internationaux, dont le musée du quai Branly - Jacques Chirac à Paris. Et d'ailleurs les autorités de l'île de Pâques, qui dépend du Chili mais se trouve à 3 500 kilomètres du continent, demandent à plusieurs musées chiliens de rendre les moais qu'ils exposent, notamment à Viña del Mar, à 100 km de la capitale Santiago. Les habitants de l'île soulignent que la statue, exposée devant un musée de cette ville balnéaire représente leurs ancêtres. Mais selon la direction du Museo Fonck, elle a été offerte par les Rapanui, et elle risquerait d'être endommagée si elle était déplacée.

    mardi 4 septembre 2018

    CHILI: DES SCIENTIFIQUES DÉCOUVRENT LE MOMENT CRITIQUE AVANT LA MORT DES ÉTOILES


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    UN FLASH, PUIS UNE EXPLOSION MORTELLE. 
    VUE D'ARTISTE CREDIT  NAOJ 
    Des scientifiques ont découvert grâce à un télescope au Chili que les supernovas, des étoiles en fin de vie, émettent un flash avant l'explosion qui signifie leur mort.
    FRANCISCO FÖRSTER
    Cette lueur s'explique par le choc entre le gaz en expansion de la supernova et un matériau d'origine inconnue qui entoure l'étoile, selon Francisco Förster, responsable d'un programme de recherches mené au sein de l'Université du Chili et l'Institut d'astrophysique du millénaire (MAS).

    "Cela nous permet de comprendre un peu mieux la fin d'une famille d'étoiles, très massives, qui à l'intérieur brûlent des éléments comme de l'hydrogène et de l'hélium", explique le scientifique à l'AFP. Les plus massives brûlent jusqu'au fer de sorte qu'elles "perdent leur source de pression et la gravité finit par gagner, provoquant l'effondrement", détaille-t-il.

    C'est précisément avant ce phénomène qu'elles émettent cette lueur, selon les observations du télescope Blanco de Cerro Tololo, positionné dans le désert de l'Atacama (nord du Chili), le plus sec du monde.

    Pour le scientifique, ces résultats modifient la compréhension des explosions de supernovas et la mort des étoiles. Ils ouvrent des pistes pour appréhender "le comportement mystérieux des étoiles massives sur le point d'exploser", souligne Takashi Moriya, astronome à l'Observatoire astronomique national du Japon, cité dans un communiqué de l'Université du Chili.

    "Quand l'étoile est à cours de combustible, un mécanisme à l'intérieur provoquerait la perte de matériau dans ses zones les plus périphériques, juste avant l'explosion, mais nous n'avons pas une idée claire du mécanisme qui provoquerait cela", ajoute-t-il.

    Förster espère que ces résultats ouvriront des perspectives pour de nouvelles recherches rendues possibles grâce aux télescopes géants en construction dans le nord du Chili, comme le Large Synoptic Survey Telescope, qui chaque nuit balaiera le ciel pour rapporter "10.000 événements toutes les 30 secondes".

    Les résultats de ces recherches menées par les scientifiques chiliens pendant quatre ans ont été récemment publiées dans la revue Nature Astronomy.