dimanche 29 janvier 2012

PACIFIQUE SUD LA RUÉE SUR UN POISSON MENACE TOUS LES AUTRES

PHOTO CIPER
"Les stocks diminuent rapidement, remarque Pineda. Nous devons faire vite avant que tout ait disparu." A la question de savoir si son fils pourra faire le même métier que lui, il répond en haussant les épaules : "Il faudra qu'il trouve autre chose." Mais quoi ? Les scientifiques estiment que les stocks de chinchards sont passés de 30 millions de tonnes à moins de 3 millions en vingt ans. Après avoir épuisé d'autres océans, les plus gros chalutiers du monde se rendent désormais à la limite de l'Antarctique et se livrent à une concurrence féroce pour mettre la main sur ce qui reste. Le chinchard est alors pêché au large du Pérou et du Chili, le long d'une côte s'étendant sur 6 000 km, jusqu'à une longitude d'environ 120 degrés, soit à mi-distance de la Nouvelle-Zélande.

Poisson gras riche en protéines, le chinchard représente une véritable manne pour une planète affamée et constitue une denrée de base en Afrique. Ailleurs, les gens en mangent sans le savoir ; une bonne partie des prises est transformée en aliments pour l'aquaculture et les porcs. Il faut au moins 5 kg de chinchards pour obtenir 1 kg de saumons d'élevage. Classé comme petit pélagique, il est aussi un élément essentiel de la chaîne alimentaire : sillonnant les mers sur de grandes distances, il se nourrit de plancton et de petits organismes et sert lui-même de nourriture à des poissons plus gros. Les poissons fourrage comme le chinchard, les anchois, les merlans bleus, les sardines, les maquereaux ou les harengs représentent le tiers de la pêche mondiale.

Une enquête menée dans huit pays par l'International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) sur l'industrie de la pêche dans le Pacifique sud montre en quoi la situation critique de l'humble chinchard est le signe annonciateur d'un effondrement progressif des ressources halieutiques dans tous les océans. Leur sort est le résultat direct de plusieurs décennies de pêche mondiale incontrôlée, encouragée par les rivalités politiques, la rapacité, la corruption, la mauvaise gestion et l'indifférence de l'opinion.

Daniel Pauly, océanographe à l'université de Colombie-Britannique (ouest du Canada), considère le chinchard du Pacifique sud comme un indicateur inquiétant. "Quand il aura disparu, tout le reste aura disparu, estime-t-il. C'est une frontière qui se fermera."

Des délégués d'au moins vingt pays se réunissent le 30 janvier à Santiago pour une rencontre annuelle afin de tenter de trouver des mesures susceptibles d'enrayer le pillage : la South Pacific Regional Fisheries Management Organization (SPRFMO) a été créée en 2006 à l'initiative de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Chili, lequel évite généralement de s'impliquer dans des organismes internationaux. Son objectif était de protéger les poissons, notamment le chinchard. Mais il aura fallu près de quatre ans à quatorze pays pour adopter 45 articles provisoires visant à assurer cette protection. Jusqu'à présent, six pays seulement ont ratifié l'accord. Pendant ce temps, des flottes industrielles qui ne sont soumises qu'à une retenue volontaire se livrent à une compétition effrénée dans ce no man's land aquatique du bout du monde. Les scientifiques estiment qu'entre 2006 et 2011, les stocks de chinchards ont chuté de 63 %.

Pour devenir contraignante, la convention de la SPRFMO a besoin de huit nouvelles signatures, parmi lesquelles celle d'un pays côtier sud-américain. Le Chili, qui a pourtant joué un rôle de premier plan pour mettre en place l'organisation, n'a toujours pas ratifié la convention.

Au départ, la SPRFMO avait décidé de fixer chaque année aux pays membres des quotas fondés sur le tonnage annuel total des bateaux que chacun d'entre eux aurait déployés entre 2007 et 2009. Pour s'assurer un tonnage maximum, les flottes se ruèrent alors vers le sud. Et les chalutiers chinois arrivèrent en masse, parmi d'autres bateaux provenant d'Asie, d'Europe et d'Amérique du Sud.

L'un de ces nouveaux venus, l'Atlantic-Dawn, était à l'époque le plus gros bateau de pêche du monde. Jaugeant quelque 14 000 tonnes, il avait été construit pour des armateurs irlandais, puis racheté par l'entreprise néerlandaise Parlevliet & Van der Plas, qui le rebaptisa Annelies-Ilena. Ce genre de super-chalutier traque le chinchard avec des filets dont les ouvertures peuvent mesurer jusqu'à 25 mètres sur 80 mètres. Quand on remonte les chaluts, les poissons sont aspirés vers les cales par des tubes suceurs semblables à des aspirateurs géants.

Gerard van Balsfoort, président de la Pelagic Freezer-trawler Association (PFA), un organisme basé en Hollande qui représente neuf entreprises et 25 bateaux battant pavillon de l'Union européenne (UE), confirme l'évidence : comme les autres, les Néerlandais sont allés dans le Pacifique sud pour marquer leur territoire. "C'était l'une des rares zones où l'on pouvait pénétrer librement, explique Gerard van Balsfoort. On savait bien que trop de bateaux risquaient de se retrouver là-bas, mais nous n'avions pas le choix. Plus vous tardiez à prendre votre décision, plus vous risquiez de trouver porte close." En 2010, la SPRFMO a dénombré 75 bateaux pêchant dans sa zone.

La ruée sur le chinchard a également attiré le premier acteur commercial du secteur, le Pacific Andes International Holdings, ou PacAndes, basé à Hongkong. L'entreprise a dépensé 100 millions de dollars en 2008 (77,5 millions d'euros) pour convertir un tanker de 228 mètres de long et de 50 000 tonnes en une usine flottante baptisée Lafayette. D'une longueur supérieure à deux terrains de football, le Lafayette, qui navigue sous pavillon russe, aspire directement les poissons pris dans les chaluts immergés puis les congèle par blocs. Des navires réfrigérés les transportent ensuite vers de lointains ports.

S'il opérait tous les jours, le Lafayette aurait à lui seul la capacité technique de traiter 547 000 tonnes de poisson par an. En septembre 2011, les scientifiques sont parvenus à la conclusion que des prises d'un montant annuel supérieur à 520 000 tonnes réduiraient un peu plus les stocks restants de chinchards. Cristian Canales, qui travaille pour le centre de recherche chilien de la pêche, estime que 250 000 tonnes constitueraient une limite plus sûre. En désaccord avec ces chiffres, certains experts affirment que le seul moyen de reconstituer les stocks serait d'interdire totalement la pêche durant cinq ans.

L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) affirme que les flottes mondiales de pêche sont "2,5 fois plus importantes que nécessaire". Cette estimation a été faite à partir d'un rapport établi en 1998 ; depuis lors, la taille des flottes a encore augmenté. Si elles ne sont pas réglementées, elles pourraient rapidement dévaster les stocks.

Selon les experts, une bonne part de cette surcapacité a été provoquée par les subventions gouvernementales, notamment en Europe et en Asie. Un important rapport, rédigé par Rashid Sumaila en collaboration avec l'océanographe Pauly et d'autres spécialistes de l'université de Colombie-Britannique, estime qu'en 2003 - date des dernières données disponibles -, le montant global des subventions à la pêche se situait entre 25 milliards et 29 milliards de dollars. Entre 15 % et 30 % de ces subventions paient le carburant nécessaire pour rejoindre les zones de pêche, tandis que 60 % sont consacrés à moderniser et accroître la capacité des équipements. L'étude indique que les subventions chinoises s'élevaient à 4,14 milliards de dollars, et celles de la Russie à 1,48 milliard de dollars.

Un rapport publié en décembre 2011 par le groupe écologiste Greenpeace se penche notamment sur le cas de PFA, l'association hollandaise, qui représente aussi l'Annelies-Ilena. Greenpeace a découvert que le groupe avait bénéficié de 2006 à 2011 d'une exemption de taxes sur le carburant pour un montant situé entre 20,9 et 78,2 millions d'euros. Compilé par un consultant indépendant pour le compte de Greenpeace, le rapport estime que les profits annuels moyens de PFA, soit environ 55 millions d'euros, n'atteindraient, selon une hypothèse optimiste, que 7 millions d'euros sans l'aide du contribuable. Selon l'hypothèse la plus pessimiste, PFA perdrait en réalité 50,3 millions d'euros. Des fonds de l'Union européenne - ainsi qu'un soutien financier de la part de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne et de la France - ont aidé PFA à construire ou à moderniser quinze chalutiers, soit plus de la moitié de sa flotte.

D'après les données de la Commission européenne présentées sur le site Fishsubsidy.org, l'Helen-Mary de PFA, qui a commencé à pêcher dans le Pacifique sud en 2007, a reçu 6,4 millions d'euros de subventions entre 1994 et 2006, soit plus que tout autre navire de pêche de l'UE. Van Balsfoort, le président de PFA, ne conteste pas les montants des subventions mais souligne que les exemptions de taxe sur le carburant sont routinières dans l'industrie de la pêche. Il précise que l'Helen-Mary et un autre navire de PFA étaient de vieux chalutiers est-allemands qui ont été rénovés avec l'appui de l'Allemagne après la réunification.

Selon la pratique internationale, les bateaux peuvent pêcher librement dans les zones qui ne sont pas couvertes par des accords ratifiés. L'Union européenne demande toutefois aux bateaux des Etats membres de considérer les mesures provisoires de la SPRFMO comme juridiquement contraignantes. En outre, les pays de l'UE doivent se répartir un quota annuel de prises pour le chinchard. Mais cela n'empêche pas les propriétaires des navires de contourner ces règles.

Unimed Glory, par exemple, une filiale de la compagnie grecque Laskaridis Shipping, gère trois chalutiers dans le Pacifique sud. Ils appartiennent à des propriétaires grecs, donc membres d'un pays de l'UE. Mais, naviguant sous pavillon de Vanuatu, une île du Pacifique, ils opèrent en dehors du contrôle de Bruxelles et peuvent en conséquence pêcher plus de chinchards que ce que leur autoriserait une part du quota européen.

Per Pevik, l'administrateur norvégien d'Unimed Glory, a déclaré à l'ICIJ que, étant donné que Vanuatu ne répond pas aux normes sanitaires de l'UE, le chinchard que ses bateaux rapportent ne peut être commercialisé en Europe. Il le vend donc en Afrique. A la question de savoir si les autorités européennes voient la moindre objection à ce qu'il navigue sous pavillon de Vanuatu, il répond : "Non, on ne m'embête pas avec ça."

Les transbordements de prises en pleine mer empêchent également un contrôle efficace. Une fois que le poisson est chargé sur des navires réfrigérés à long rayon d'action, son origine peut être aisément dissimulée.

Après des années de pêche agressive, les flottes industrielles trouvent de moins en moins de chinchards dans le Pacifique sud : l'ensemble des navires voguant sous des pavillons appartenant à l'Union européenne ont capturé plus de 111 000 tonnes de chinchards en 2009 ; l'année suivante, les prises ont été de 40 % inférieures ; en 2011, le total a atteint péniblement 2 261 tonnes.

Aujourd'hui, Gerard van Balsfoort, le patron de PFA, pense qu'on a trop pêché à un moment où les stocks de chinchards connaissaient une phase de diminution naturelle. "On a beaucoup trop prélevé en trop peu de temps. L'ensemble de la flotte est responsable", y compris PFA, précise-t-il.

PacAndes, l'autre grand acteur, constitue un mystère à l'intérieur d'une énigme. Son navire amiral de 50 000 tonnes, le Lafayette, est enregistré auprès de la compagnie d'investissement Kredo à Moscou et navigue sous pavillon russe. Kredo - au travers de quatre autres filiales - appartient au China Fishery Group de Singapour, lui-même domicilié dans les îles Caïmans.

China Fishery et Pacific Andes Resources Development appartiennent au holding Pacific Andes International, basé à Hongkong mais qui dépend d'un autre holding enregistré aux Bermudes. PacAndes, qui est coté à la Bourse d'Hongkong, réunit plus d'une centaine de filiales dans ses diverses branches ; néanmoins, son réseau mondial en partie opaque comprend de nombreuses autres filiales. Un de ses principaux investisseurs est le groupe américain Carlyle, qui a acquis pour 150 millions de dollars d'actions en 2010.

Le China Fishery Group a annoncé en 2011 une hausse de 27,2 % de ses revenus, qui sont passés de 538,9 millions à 685,5 millions de dollars, ce qui représente 55 % des revenus d'activité de PacAndes. La compagnie attribue cette hausse au renforcement de ses opérations dans le Pacifique sud et au succès de ses unités de production de farine de poisson au Pérou.

Ng Joo Siang, 52 ans, jovial diplômé de l'université de Louisiane et grand amateur de golf, dirige PacAndes comme l'affaire familiale qu'elle est restée malgré son inscription en Bourse. Son père, un Chinois de Malaisie, a emmené toute la famille à Hongkong en 1986 pour y lancer une affaire de produits alimentaires marins. Lorsque le conseil d'administration se réunit dans la sobre salle de conférence dominant le port, c'est sous son portrait accroché au mur que s'installent sa veuve, actuelle présidente de l'entreprise, ses trois fils et sa fille.

"Mon père m'avait dit que les océans étaient sans limite, explique Ng Joo Siang. Mais c'était une erreur. Nous ne voulons pas porter tort aux ressources, ni que l'on nous reproche de les avoir dégradées. Je pense que cela mécontenterait nos actionnaires. Et je ne crois pas que nos enfants apprécieraient." Il admet avec regret que PacAndes est confronté à un grave problème d'image.

En 2002, une compagnie affiliée à PacAndes a été accusée de pêche illégale dans l'Antarctique. Ng Joo Siang nie toute malversation et tout lien avec les bateaux incriminés, mais ses adversaires maintiennent leurs accusations. Des diplomates néo-zélandais ont raconté à l'ICIJ qu'à l'époque un avocat russe travaillant pour la compagnie en cause aurait menacé un cadre des pêcheries d'Auckland en lui montrant des photos de sa famille. Invité à commenter cette information, Ng Joo Siang la nie catégoriquement et la qualifie de nouvelle calomnie lancée par des gens que le succès de PacAndes contrarie.

Résolu à restaurer l'image de sa compagnie, Ng Joo Siang a engagé un spécialiste de la responsabilité sociale en entreprise et affirme qu'il est prêt à accueillir des scientifiques à bord de ses navires afin d'aider à la préservation des stocks de poisson. Mais lorsqu'on mentionne devant lui la limite de 520 000 tonnes de poisson pêché recommandée par la SPRFMO, il s'esclaffe. "Et c'est fondé sur quoi, ce chiffre ?", interroge-t-il en tendant son index mouillé comme pour relever la direction du vent.

Ng Joo Siang explique que le Lafayette arbore un pavillon russe parce qu'il a concrétisé une vieille idée soviétique : un navire amiral qui reste immobile en mer et récupère les prises effectuées par une flottille de petits chalutiers. Des experts du secteur soupçonnent qu'une autre raison est l'opacité dans laquelle baignent les activités industrielles en Russie. Le Lafayette, indique Ng Joo Siang, ne peut pas lui-même pêcher, mais il peut servir à mettre en place un "chalut de paire" : maintenir l'extrémité d'un filet relié à un autre navire, lequel hisse les prises à son bord. Une inspection française effectuée à Tahiti en janvier 2010 n'a trouvé aucun équipement de pêche à son bord.

Roberto Cesari, principal délégué de l'UE auprès de la SPRFMO, qui doit se réunir le 30 janvier, a déclaré à l'ICIJ qu'il n'attend pas de ratification des accords avant 2013. Les textes entreraient donc en vigueur après sept années de forte chute des stocks de chinchards. La SPRFMO a réduit de 40 % les quotas volontaires pour l'année 2011, mais la Chine, entre autres, s'y est tout d'abord refusée. Pékin a toutefois fini par accepter de réduire ses quotas de 30 %. Selon Roberto Cesari, l'UE tente de faire pression pour parvenir à un indispensable consensus, mais son poids est limité. "Nous avons officiellement fait part de notre mécontentement à la Chine et à la Russie, indique-t-il. Mais chacun sait bien que ces deux pays ne sont pas des acteurs de second plan sur la scène internationale. Ce sont des géants."

Duncan Currie, juriste environnemental en Nouvelle-Zélande qui travaille avec la Deep Seas Conservation Coalition, considère la situation du chinchard comme un cas d'école. Ce poisson se déplace en bancs dans une zone bien délimitée et est pourchassé par un nombre relativement restreint de flottes. "Une question-clé vient immédiatement à l'esprit, conclut-il. Si nous n'arrivons pas à sauver le chinchard, que pourrons-nous sauver ?"

Traduit de l'anglais par Gilles Berton

AU CHILI, VINGT ANS DE MASSACRE ET DES QUOTAS TOUJOURS ÉLEVÉS

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Depuis, les choses ont changé. Pourtant, d'après l'enquête de l'International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) menée en collaboration avec le centre d'investigation chilien Ciper, il ressort que huit groupes disposant d'un quasi-monopole ont fait pression sur le gouvernement pour qu'il fixe des quotas supérieurs aux recommandations des scientifiques. Six de ces groupes sont contrôlés par de puissantes familles. Ensemble, ces huit groupes ont droit à 87 % des prises de chinchard accordées au Chili.

ROBERTO ANGELINI ROSSI (FERRARA, LE 30 JUILLET 1948) EST UN INGÉNIEUR ET ENTREPRENEUR CHILIEN D'ORIGINE ITALIENNE, LEADER DE L'UN DE LES PLUS GRANDS GROUPES ÉCONOMIQUES DU PAYS SUD-AMÉRICAIN.

HÉRITIER ET SUCCESSEUR DE L'HOMME LE PLUS RICHE D'AMÉRIQUE DU SUD

Roberto Angelini, 63 ans, contrôle la zone de pêche au nord du pays. On le surnomme "l'héritier", car il a succédé à son oncle, Anacleto, qui mourut en 2007 alors que le magazine Forbes s'apprêtait à le classer homme le plus riche d'Amérique du Sud. Les deux entreprises de pêche d'Angelini détiennent 29,3 % du quota de chinchards fixé par le gouvernement chilien. Elles assurent 5,5 % de la production mondiale de farine de poisson.

Un rapport officiel indique qu'environ 70 % des chinchards pêchés entre 1998 et 2011 dans le fief septentrional d'Angelini étaient inférieurs à la taille autorisée. Si l'on s'en tenait à la loi, la moitié de ces prises devraient être considérées comme illégales. Mais les responsables gouvernementaux affirment que les prises opérées dans ce secteur nord appartiennent à une catégorie spéciale relevant de la "recherche", et qu'à ce titre elles ne sont pas soumises à une taille réglementée. Angelini s'est refusé à tout commentaire à ce sujet.
LE DOCTEUR EDUARDO TARIFEÑO PROFESSEUR ASSOCIÉ ET BIOLOGISTE MARIN DE L'UNIVERSITÉ DU CHILI, 1969. PHD,  DOCTEUR EN BIOLOGIE DE L'UNIVERSITÉ DE CALIFORNIE,  U.S.A. 1980
A l'université de Concepcion, le ton habituellement calme du biologiste marin Eduardo Tarifeño se durcit lorsqu'il aborde la question du pillage des océans. D'après lui, la sardine est le seul poisson qui subsiste en relative abondance au Chili. "Il n'y a plus ni chinchard, ni colin, ni anchois péruvien. Les pêcheries qui produisaient 1 million de tonnes ou plus chaque année ont été tout simplement épuisées par la surpêche des grandes compagnies." Tarifeño est l'un des deux seuls scientifiques siégeant au Conseil national chilien des pêcheries (CNP), mis en place pour recommander des quotas. Les votes se font à la majorité, et 60 % des membres sont des industriels de la pêche.

Selon Oceana, organisme à but non lucratif qui milite pour la protection des océans et qui a étudié les chiffres non publiés des quotas, l'Institut de promotion des pêches (IFOP), un organisme officiel de recherche, a demandé en 2009 une forte réduction des prises, à 750 000 tonnes. Le sous-secrétariat aux pêcheries (Subpesca), qui dépend du ministère de l'économie chilien, a porté ce chiffre à 1,4 million de tonnes, et le CNP a donné son accord. La nouvelle loi sur les pêcheries qui devrait être adoptée cette année transférera le rôle du CNP à un groupe d'experts cooptés.

Mais, d'après Tarifeño, on a tellement tardé que seules des mesures radicales pourraient enrayer le déclin irrémédiable des stocks. "Si nous ne sauvons pas le chinchard aujourd'hui, a-t-il déclaré à l'ICIJ, nous ne pourrons plus jamais le faire. La seule solution est une interdiction totale de la pêche pendant au moins cinq ans."

ÍTALO CAMPODÓNICO, CHEF DE LA DIVISION DE PÊCHERIE DU SOUS-SECRÉTARIAT DE PÊCHE
Au secrétariat des pêcheries de Valparaiso, Italo Campodonico s'avoue partagé sur la question. "En tant que biologiste halieute, je ne peux qu'être d'accord, dit-il. On devrait en effet décréter une interdiction de cinq ans. Mais en tant que fonctionnaire, je dois être réaliste. Pour des raisons économiques et sociales, cela n'arrivera pas. Les étrangers peuvent aller pêcher ailleurs. Pour nous, c'est impossible."

samedi 28 janvier 2012

CHILI : RETOUR EN EUROPE DE CAMILA VALLEJO

CONFÉRENCE INTERNATIONALE SUR LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE ET LES INFRACTIONS AUX RÈGLES COLLECTIVES
Dans cette ville, ils seront reçus par la Fondation Rosa Luxembourg où ils donneront une conférence sur le mouvement social chilien. Ce sera aussi l'occasion pour Camila Vallejo de présenter son livre "nous pouvons changer le monde", lancé lors de la fête annuelle des calins à Santiago, il y a quelques semaines. Il regroupe une série d'interviews, d'analyses personnelles sur ce qui s'est passé en 2011.

"Au Chili, tes droits dépendent de la situation économique ou si tu as de l'argent pour les financer." déclare encore la leader étudiante de l'Université du Chili. "Voir et connaitre mieux les problèmes sociaux en Europe, nous permettra de réfléchir aussi à ce qui se passe au Chili. Egalement à élaborer un travail de rouge" renchérit-elle. Celle qui est l'actuelle vice-présidente des étudiants de l'Université du Chili indique que le mouvement étudiant de cette année englobera d'autres mouvements sociaux et sera plus large. Elle ne cache pas non plus l'impact que pourrait avoir sa possible candidature officielle pour le Parti Communiste aux prochaines élections municipales chiliennes, en novembre. En effet, ce dernier n'a toujours pas annonçé que la plus emblématique des leaders étudiantes du Chili ,depuis de nombreuses années ,postulerait pour ces élections. Depuis sa défaite à la présidence de la FECH et battue par Gabriel Boric, étudiant en droit de 24 ans, Camila Vallejo était restée discrète. Il y a une semaine à peine, elle faisait son retour au sein de la Confédération des étudiants du Chili (CONFECH). Ses différents membres ont fixés la date du 15 mars 2012 comme le jour de la première grande manifestation étudiante.
ROSA LUXEMBURG FUT MILITANTE ET THÉORICIENNE MARXISTE ET RÉVOLUTIONNAIRE ALLEMANDE, NÉE À ZAMOŚĆ EN POLOGNE LE 5 MARS 1871 ET MORTE ASSASSINÉE À BERLIN LE 15 JANVIER 1919 PENDANT LA RÉVOLUTION ALLEMANDE, LORS DE LA RÉPRESSION DE LA RÉVOLTE SPARTAKISTE DE BERLIN.
Pourtant une pemière marche a eu lieu jeudi passé. Les étudiants chiliens protestant contre la loi dit Hinzpeter, du nom du ministre de l'intérieur chilien. Cette loi vise à criminaliser le mouvement étudiant interdisant des regroupements sociaux passibles de prison et d'amendes. La loi doit encore être discutée au parlement et au congrès chiliens. Le gouvernement chilien du président milliardaire Sebastian Piñera avait déjà donné son feu vert à l'expulsion des lycéens en grève, près de 3000 , et le licenciement de 4000 enseignants. Cependant, selon de nombreux journaux chiliens, la révolte des étudiants a réussi à provoquer une crise politique au sein de la gauche et de la droite chilienne.

Lors de son précédent voyage sur le sol européen, Camila Vallejo et d'autres leaders étudiants chiliens avaient été reçus en France par l'UNEF (syndicat étudiant), en Belgique par la FEF (syndicat étudiant équivalent) et en Suisse.

jeudi 26 janvier 2012

LE CHILI MONTRÉ DU DOIGT PAR RSF "S'ÉTONNE"

PHOTO DAVID VELÁSQUEZ
Plusieurs reporters d'images, dont un photographe collaborateur de l'AFP en octobre, ont été agressés, arrêtés et détenus plusieurs heures en 2011, lors des couvertures de manifestations étudiantes - une quarantaine - qui se sont succédées pour demander une réforme de l'éducation.


RSF avait dénoncé courant 2011 ces "agressions intentionnelles" des forces de l'ordre.

L'analyse de RSF "nous surprend énormément", a réagi mercredi le porte-parole du gouvernement chilien, Andres Chadwick. "Le gouvernement a pour principe fondamental le respect absolu pour la liberté de la presse, la liberté d'expression et le travail que réalisent les médias", a-t-il ajouté.

"L'an dernier, nous avons eu malheureusement quelques situations liées aux manifestations, où quelques journalistes ont été arrêtés, des situations que le gouvernement n'approuve en rien", a souligné M. Chadwick.

Des explication ont été demandées à la police dans chaque cas et des réunions avec la hiérarchie policière ont eu lieu pour "éviter" que se renouvelle ce type de situations, a assuré M. Chadwick.

Le rapport de RSF a aussi relevé au Chili en 2011 des cyber-attaques d'origine indéterminée contre des sites alternatifs de journalisme et l'explosion d'un engin artisanal, causant des dégâts matériels légers, contre le quotidien La Tercera.

mercredi 25 janvier 2012

CONSTRUCTION D’UNE NOUVELLE BASE CHILIENNE EN ANTARCTIQUE

SEBASTIÁN PIÑERA SON ÉPOUSE CECILIA MOREL ET JOSÉ MUJICA PRÉSIDENT URUGUAYEN, QUI ACCOMPAGNAIT SON HOMOLOGUE CHILIEN LORS DE CETTE VISITE EN ANTARCTIQUE LE 13-01-2012. PHOTO HUGO ADONIS
Le président chilien a également souligné que son pays souhaite devenir un pionnier de la recherche scientifique et du développement touristique de ce continent dont il a relevé l’importance en matière de biodiversité et de réserves d’eau douce.

En outre, Sebastián Piñera a observé que le Chili est devenu une porte d’entrée pour la région méridionale et un fournisseur de services pour les pays y effectuant des activités. Il a aussi rappelé l’étendue des revendications territoriales de son pays en Antarctique. Ces dernières, fixées par un décret datant de 1940 du ministère chilien des Affaires étrangères, couvrent un territoire de 1 250 257 kilomètres carrés.

Pour sa part, le président uruguayen, qui accompagnait son homologue chilien lors de cette visite, a rappelé que « dans un monde où il existe plusieurs cercles très puissants, les Latino-américains doivent s’unir dans le respect des souverainetés mutuelles et réaffirmer les droits de chaque nation afin de surmonter ensemble les difficultés ». Il a aussi salué le travail de Sebastián Piñera en Antarctique.

L’Uruguay et le Chili sont tous deux signataires du Traité de l’Antarctique entré en vigueur en 1961. Le président Piñera a d’ailleurs signifié son désir d’affermir son engagement à titre de « garant et de gardien des principes » de cet accord. Le gèle des revendications territoriales, l’utilisation du continent à des fins pacifiques et la liberté de recherche scientifique font partie des dispositions principales contenues dans ce traité.

SD

lundi 23 janvier 2012

COUP DE SOLEIL ALARMANT AU CHILI, OÙ LES SOLMAPHORES CLIGNOTENT

EXPOSÉ À UN SOLEIL INTENSE, UN CHILIEN A DÉJÀ REÇU À 18 ANS LA DOSE DE RAYONS UV D'UN SEXAGÉNAIRE AILLEURS. MARTIN BERNETTI / AFP
Nous avons établi fin septembre (début du printemps austral) que le rayonnement ultraviolet était plus élevé que les années antérieures, explique à l'AFP Ernesto Gramsch, physicien de l'Université du Chili, chargé du Réseau national de mesure ultraviolet.

Normalement, les radiations commencent à s'élever en décembre et atteignent un pic en janvier, mois le plus chaud de l'année.

Cette année, les radiations, de 10% plus intenses qu'en 2008, dernière année forte, ont commencé plus tôt, en raison d'une vulnérabilité accrue de la couche d'ozone protégeant l'atmosphère.

Nous pensons qu'une baisse proche de 1% de la densité de l'ozone est ce qui a fait augmenter les indices, analyse M. Gramsch.

En raison de sa situation géographique, d'une faiblesse locale de la couche d'ozone et d'un climat désertique au nord, le Chili est particulièrement vulnérable. Et les rayonnements UV, responsables de cancers de la peau, y sont presque une cause nationale.

Nous nous appuyons sur des études qui démontrent qu'un jeune à 18 ans a reçu la quantité de radiation qu'il devrait avoir accumulé à 60 ans, affirme Cecilia Orlandi, dermatologue à la Corporation nationale du cancer (Conac).

CAUSE NATIONALE

Avec les indices actuels, un exposition de quinze minutes, particulièrement dans la tranche 11H00 - 16H00, suffit à endommager la peau, selon la Conac.

Plus de 200 Chiliens décèdent chaque année d'un cancer de la peau, un chiffre qui a augmenté de 106% sur la décennie écoulée, selon la Conac.

Pour ces raisons, le Chili est en pointe de la prévention solaire, avec une législation stricte, qui oblige les entreprises à informer chaque jour leurs employés en extérieur de l'indice de radiation prévu et à fournir crèmes solaires, chapeaux, lunettes voire gants de protection.

Le Chili innove aussi avec ses solmaphores, dérivé de l'espagnol semaforo (feu de signalisation): un drôle d'appareil, conçu par M. Gramsch dans son atelier de l'Université du Chili, aux faux airs de feu de circulation, mais pentacolore au lieu de tricolore.

Un capteur reçoit les radiations, un circuit électronique amplifie le signal, le répartit et allume l'ampoule qui correspond au degré de risque, explique-t-il. Vert pour bas, jaune pour moyen, orange pour élevé, rouge pour dangereux et violet pour extrême.

Sur les places publiques du Chili, dans le nord surtout, au bord des piscines, dans des stations balnéaires, sur des sites miniers, on trouve ces grosses boîtes à loupiottes. M. Gramsch dit en avoir distribué 200 exemplaires, et en avoir également exporté en Espagne, au Pérou, en Colombie ou au Mexique notamment.

Mais rien ne remplace la prise de conscience, que favorisent en été les températures élevées, qui font penser à se protéger, alors que les gens ignorent que la peau reçoit des rayonnement ultraviolet toute l'année, des doses qui s'accumulent, souligne le physicien.

L'important est d'arriver à en finir, dans la tête des travailleurs, avec le paradigme de la crème solaire réservé aux femmes ou à la plage, explique sur le chantier de Santiago Jonathan Fernandez, un expert de sécurité au travail.

ÊTRE L'UNIQUE ÉLÈVE DE SON ÉCOLE

BENJAMÍN GUIRGUIRUCA ESCUELA G 173 PURGATORIO
Qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, le jeune garçon est déterminé à terminer ses études, même s’il n’a pas de compagnons de classe. «Benja aime apprendre, fait valoir son grand-père, Guillermo Gamonal, qui l’accompagne à l’école tous les jours. Il lit très bien et il nous a appris à utiliser un téléphone cellulaire.»

Le seul enseignant de l’école, Ricardo Sáez, qui occupe aussi les fonctions de directeur, affirme qu’ils sont «de grands copains». Ils jouent, discutent et travaillent à des problèmes de mathématiques ou à des exercices de lecture. «C’est un grand défi pour moi», admet M. Sáez, qui explique avoir abandonné l’enseignement il y a 24 ans. Le timide Benja dit simplement qu’il aime aller à l’école et qu’il souhaite devenir policier parce que «c’est un métier utile».

Ángel Castro, le maire de Santa Juana, la ville la plus proche, est bien décidé à ne pas fermer l’école. «Tant qu’un enfant voudra s’instruire, nous continuerons à lui offrir le service, maintient-il. L’éducation est un gage de réussite, même dans des régions rurales comme Purgatorio.» «L’école a déjà accueilli de nombreux élèves, mais avec l’arrivée des compagnies forestières, les gens ont commencé à vendre leurs terres», continue le maire. Principale matière première de la région, le bois est désormais convoité par les compagnies forestières, ce qui a incité de nombreuses familles à déménager.

M. Castro poursuit : «Je m’identifie à Benjamin. Je suis fils de paysans, moi aussi, et je devais marcher tous les jours pour me rendre à l’école.»