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samedi 22 mai 2010

IMPÔT SUR LA MALBOUFFE - LE CHILI AVANCE, LE RESTE DE LA PLANÈTE SALIVE

Le but visé? Inverser la courbe de l'obésité dans ce coin du globe, courbe qui fait preuve de mimétisme avec celle des États-Unis. Les restaurateurs chiliens, tout comme les multinationales du «manger vide», sont en colère. Le reste de la planète regarde... peut-être pour s'en inspirer.

Pour les dirigeants chiliens, l'équation est devenue relativement simple: «Les campagnes d'éducation sont utiles, mais elles ne suffisent pas pour bouleverser les comportements, a indiqué il y a quelques jours à l'Agence France-Presse (AFP) Jaime Manalich, le ministre de la Santé. En revanche, augmenter les taxes est une mesure efficace, donc il faut l'étudier.»

Le scénario actuellement sur la table vise à modifier la fiscalité du pays afin d'inclure une taxe de 20 % sur les aliments contenant trop de gras saturés, de sel, de sucre. Les sucreries et les aliments provenant des chaînes de restauration rapide sont bien sûr dans la ligne de mire.

C'est que depuis les dernières décennies, sous l'effet d'une étonnante croissance économique, le Chili doit désormais composer avec un élargissement du tour de taille de la population. «La tendance est la même qu'aux États-Unis», confiait récemment une nutritionniste du coin qui estime que 55% des gens ont un problème de poids et que le tiers des 17 millions d'habitants souffre d'obésité.

Pis, 18 % des enfants scolarisés — les plus sensibles, par effet d'entraînement, à la malbouffe et aux messages publicitaires qui en assurent la prolifération — seraient obèses. Contre 16 % au pays de Barack Obama. Et dans ce contexte, une intervention musclée s'impose, selon le gouvernement chilien, qui vient alimenter, du coup, un courant mondial qui cherche à éradiquer la progression d'une mode alimentaire dont les effets délétères sur la santé et les systèmes de santé ne sont plus à démontrer aujourd'hui.

Le Québec y pense aussi

En septembre dernier, la Commission politique et la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec (PLQ) n'ont d'ailleurs pas hésité à ouvrir la porte ici en proposant au gouvernement d'emprunter ce chemin fiscal afin de minimiser l'impact de la malbouffe sur les consommateurs. Les produits alimentaires visés sont ceux qui ont «des vertus nutritives douteuses», expliquaient alors les membres du parti. À ce moment-là, les boissons gazeuses, les croustilles, les plats surgelés et les confiseries viennent à l'esprit. Entre autres.

L'idée n'est pas folle. Elle prend aussi un peu plus de lustre lorsqu'elle s'accompagne d'un fonds dédié à la promotion de bons comportements alimentaires et de saines habitudes de vie. Avec l'argent d'une taxe, Québec pourrait ainsi financer des campagnes de publicité (pour diffusion aux heures de grande écoute et dans les émissions favorisées par la jeunesse), mais aussi des campagnes dans les écoles. Pourquoi pas?

En matière de santé publique, la communication — qui ne se fait pas sans argent — est d'ailleurs le nerf de la guerre, comme ne cessent de le rabâcher les défenseurs de la santé publique un peu partout sur la planète. Et dans le domaine, le déséquilibre est à l'image des comportements alimentaires dictés par l'industrie de la bouffe minute.

Un doute? Chaque année au Québec, les McDo, Coke, Burger King et Pepsi de ce monde — tout comme les propriétaires très locaux de chaînes de dépanneurs où l'on vend de la slush et les fabricants de biscuits sucrés — consacrent en choeur des centaines de millions de dollars à la promotion de leurs produits. Cela prend le visage de messages télévisés savamment placés dans la grille horaire des réseaux spécialisés ou de campagnes subtiles orchestrées sur la toile et dans les réseaux sociaux. Entre autres.

La guerre des chiffres

En face, les tenants d'une saine alimentation disposent de budgets faméliques qui se chiffrent en centaines de milliers de dollars afin d'inciter la population à repenser son rapport à la nourriture, pour son bien et le bien commun. Sans compter qu'une partie de ces enveloppes s'envole dans des projets de sensibilisation à des évidences comme le lavage des mains et la cuisson de la viande hachée. On remercie toutefois l'État de ne pas avoir encore pensé à des publicités pour motiver le changement des draps sur une base régulière, l'ouverture des fenêtres au printemps ou le nettoyage des comptoirs de cuisine après utilisation.

En s'inspirant de l'idée du Chili, Québec pourrait toutefois se constituer facilement un trésor intéressant afin de placer dans l'écosystème agroalimentaire des contre-messages publicitaires afin de faire baisser le niveau des tissus adipeux dans sa population et du coup enlever de la pression sur son système de santé qui donne chaque jour, depuis des années, des signes d'essoufflement et de faiblesse.

Et il ne suffit que de quelques bases en mathématique pour s'en convaincre: une taxe de 20 % sur les repas congelés (certainement pas le meilleur choix santé en ville) ferait entrer 88,6 millions de dollars dans les coffres de l'État. Et ce, pour cette seule catégorie d'aliments, si l'on se fie aux chiffres de vente compilés en 2009 par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ).

Si l'on y ajoute les produits à grignoter, les boissons gazeuses, les crèmes glacées et autres desserts congelés, cela pourrait entraîner une récolte de 259 millions de dollars. Une charge économique équivalente à la charge en cellules graisseuses qu'on retrouve chez les amateurs de bouffe industrielle, mais qui est autrement plus inspirante.