dimanche 20 octobre 2013

PRÈS DE 20.000 « ZOMBIES » DANS LES RUES DE SANTIAGO DU CHILI

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PRÈS DE 20.000  « ZOMBIES » DANS LES RUES DE SANTIAGO DU CHILI
Armés de piquets et de couteaux ensanglantés, les visages d'une extrême pâleur, marqués de profondes blessures, ou portant des masques dignes des films d'horreur les plus effrayants, ils ont marché deux kilomètres, un événement présenté comme un « acte culturel ».

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MARCHE DES « ZOMBIES » DANS LES RUES DE SANTIAGO DU CHILI

« Nous faisons chaque fois ça, mais, cette année, il y a beaucoup plus de monde », a dit à l'AFP Catalina Salinas, une jeune fille tout de noir vêtue, avec d'abominables déformations sur le visage.


jeudi 17 octobre 2013

CHILI: QUATRE HOMMES DÉCLARÉS COUPABLES DU MEURTRE D'UN HOMOSEXUEL

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QUATRE HOMMES DÉCLARÉS COUPABLES DU MEURTRE D'UN HOMOSEXUEL.PHOTO CHRISTIÁN ZÚÑIGA 
Les peines des accusés, qui risquent de huit ans de prison à la perpétuité, seront connues le 28 octobre, a annoncé le juge Juan Carlos Urrutia.

Daniel Zamudio avait été agressé et battu le 3 mars 2012, subissant un calvaire qui avait duré six heures - entre coups violents, lacérations et brûlures de cigarettes. Le jeune homme avait succombé à ses blessures 25 jours plus tard et quatre jeunes gens, âgés de 19 à 25 ans à l'époque, avaient été arrêtés.

Les suspects avaient été présentés au moment des faits comme des sympathisants néo-nazis présumés, mais la justice n'a pu déterminer avec certitude leur appartenance à un tel groupe, même s'ils avaient peint des croix gammées sur le corps de la victime.

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DANIEL ZAMUDIO VERA. UNE PHOTO PRISE D'INTERNET.

Selon le juge Urrutia, les accusés ont agi avec une «cruauté extrême» et avec «un mépris total pour la vie humaine»».

Le crime avait profondément choqué la société chilienne, très majoritairement catholique et conservatrice, mais où le tabou entourant l'homosexualité s'est progressivement levé.

Quatre mois plus tard, le pays s'était doté d'une loi anti-discriminations inédite, baptisée «Loi Zamudio», établissant pour la première fois dans le droit chilien le concept de «discrimination arbitraire» en raison du sexe, de la religion, de la race ou de la condition sociale. Déposé en 2005, le texte attendait depuis d'être adopté.

mercredi 16 octobre 2013

LES CHILIENS CONTRE LA LOI « MONSANTO »

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FERMIERS BIO SE LÈVENT CONTRE « MONSANTO »

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UN REPORTAGE DE LAURIE FACHAUX, À SANTIAGO DU CHILI -  FRANCEINTER « LES CHILIENS CONTRE LA LOI " MONSANTO " » L'ÉMISSION DU MARDI 15 OCTOBRE 2013  DURÉE : 00:03:48 
Au Chili, le Sénat devrait bientôt se prononcer sur une loi qui prévoit d’obliger quiconque à enregistrer chaque graine nouvelle ou jamais brevetée jusque là, comme celles qu’utilisent depuis des siècles les peuples autochtones comme les Mapuches.
Selon certains, cette loi rebaptisée « Monsanto » est une manière, pour le géant américain, d’obtenir le monopole des semences au Chili, et de punir quiconque les utilise sans autorisation.
El Monte, à 50  kilomètres de la capitale Santiago. Renato Garcia élève des poules. Il les nourrit avec un type de maïs biologique qui n’existe qu’au Chili,
La loi de protection des obtentions végétales dite loi Monsanto, il ne veut pas en entendre parler. Car son maïs se transmet gratuitement de génération en génération.

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 « MONSANTO TUE ». PHOTO RAÚL ZAMORA- AGENCIA UNO


Renato Garcia :
« 
Nous on va continuer à garder et à reproduire nos semences, même si on nous dit qu’on n’a pas le droit ! On vit de cela, c’est notre source de revenu. Nos poules s’alimentent du maïs que nous produisons. Nous cultivons 2 hectares d’une variété ancestrale : le maïs camélia. Je l’ai obtenu par un vieil agriculteur qui vit près de chez moi à la Isla de Maipo.

 »
Si la loi Monsanto est votée, les agriculteurs ne pourront plus échanger leurs graines et perdront la liberté de les réutiliser d’année en année. C’est ce que dénonce Ailén Camacho, producteur de fruits et légumes :
« 
- Actuellement, avec la loi en vigueur, si j’achète une graine, la récolte est à moi. Et je peux de nouveau planter cette graine. Mais si cette loi est votée, je ne pourrai plus faire cela avec une semence protégée. Je devrai acheter des graines tous les ans.
- Laurie Fachaux : c’est cher d’acheter une graine ?
- Oui, bien sûr ! 500 grammes de semence coûtent à peu près 150 euros, et selon ce que tu veux semer, tu as besoin de plusieurs kilos par hectare.
 »
Hernan Larraín, sénateur de droite, a voté pour ce projet de loi au sein de la Commission agricole, car pour lui, il est normal de breveter toute nouvelle innovation:
« 
Quand quelqu’un obtient un brevet parce qu’il a modifié une plante -qui d’une certaine manière est nouvelle-, il a droit à la propriété intellectuelle ! Comme l’auteur d’un livre ou d’une musique, comme n’importe quel créateur ! Cette reconnaissance est nécessaire. Elle sert à stimuler la recherche et développement au Chili, et aussi à protéger ces créations.
 »
Francisco Valenzuela rejette cet argument. Pour cet agriculteur chilien, et membre du réseau des semences libres en Amérique latine,  l’équation est simple :
« 
On voudrait pouvoir continuer à utiliser nos semences, ces semences que l’on a utilisées depuis toujours, et continuer à les donner, à les vendre et à les échanger librement.
  »
Depuis plusieurs mois, les organisations sociales se mobilisent. Une pétition signée par plus de 2 millions de Chiliens a été envoyée aux sénateurs.

vendredi 11 octobre 2013

CHILI, PAYS MAPUCHE : OPÉRATION DE POLICE À TEMUCUICUI

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DES INDIENS MAPUCHES SUIVENT LE CERCUEIL DE JAIME MENDOZA COLLÍO, À TEMUCO, DANS LE SUD DU CHILI. LE GARÇON DE 24 ANS A ÉTÉ TUÉ LE 12 AOÛT 2009 LORS D’AFFRONTEMENTS AVEC LES FORCES DE L’ORDRE QUI CHERCHAIENT À RÉCUPÉRER DES TERRES REVENDIQUÉES PAR LES INDIENS. DEPUIS, LES MANIFESTATIONS SE SUCCÈDENT EN HOMMAGE DE LA VICTIME. PHOTO REUTERS
Selon Jorge Huenchullan, Werken de la communauté, environ 300 policiers ont fait irruption violemment, détruisant des maisons et piétinant un troupeau de moutons « 15 animaux morts et de nombreux blessés, tout appartenant à nos fréres », a dénoncé Jorge Huenchullan à Azkintuwe, étant près de la maison de son frère. Les troupes de police ont également violemment molesté la mère du Werken et les membres d'autres familles, présents dans la maison. 

Rappelez-vous que  la Communauté Autonome de Temucuicui a déjà été perquisitionnée le 23 mai de cette année. Ils occupent et contrôlent la terre qui appartient  aux colons Martin Ruf, famille Zeit, et la ferme de René Urban et Luis Valenzuela, terre revendiquée par les Mapuche où ils ont fait différents types de plantations, mis leurs animaux à pâturer et construit des maisons. En outre, pour signifier le contrôle du territoire, la communauté y a effectué des cérémonies traditionnelles, des Guillatunes et des Palines. Donc il s’agit un lieu sacré pour les communautés Mapuche 

Cette action de la police, selon le Werken, "fait partie de la pratique répressive que l'Etat chilien a mis au point contre les communautés mapuches mobilisées pour la restitution de leurs droits territoriaux et l'autodétermination". Il appelle la CONADI  à faire des efforts pour  qu’«une fois pour toutes ces terres reviennent légalement aux propriétaires légitimes, la communauté de Temucuicui".  Le Werken a ajouté que jamais ils ne renonceront à leurs droits légitimes. 
Vengeance du gouvernement 

Jorge Huenchullan estime, en outre, que cette action de la police "est une sorte de vengeance du gouvernement et de son appareil répressif" pour son rôle, en septembre de cette année à l'ONU, où il a appelé le gouvernement chilien à se conformer aux recommandations récentes adoptées le 30 août 2013 par le Comité international de la Convention contre le Racisme, une organisation qui a stipulé que l’on devrait aborder le problème des terres sur la base des traités et des Parlements déjà établis entre le Chili et les Mapuches afin de régler les droits fonciers concernant leurs terres ancestrales. 

"Les deux recommandations en faveur du  peuple mapuche ont un caractère vital. Par conséquent, nous aimerions que le gouvernement chilien mette en place un comité mixte en accord avec les Mapuches et  cherche  les moyens de mettre en œuvre les traités et les Parlements pour résoudre les droits fonciers Mapuche, en se fondant sur le droit et non par les ventes de terres", a déclaré le Werken Jorge Huenchullan au cours de la 24e session du Conseil des Droits de l'Homme de l'Assemblée Générale des Nations Unies, à Genève, en Suisse. 

Un bref communiqué de la communauté a confirmé que « Felipe Huenchullan Cayul, membre de la Communauté Temucuicui Autonome, a été retrouvé blessé". Selon les informations fournies par le Werken Jorge Huenchullan, son frère Felipe a été blessé  pendant  son travail de berger. Il s'est trouvé en face de la police qui lui a tiré dessus sans ménagement. Blessé, il a pris la fuite et a été retrouvé par un autre paysan du secteur. 

Vers 14 heures, Victor Queipul Lonko Huaiquil et le Werken Jorge Huenchullan ont été arrêtés par  les  forces spéciales de la police alors qu'ils se dirigeaient vers la ville de Ercilla à bord d'un véhicule avec le blessé Felipe Huenchullan. 

Selon les données rassemblées par le  procureur Luis Chamorro,  chargé de ces opérations violentes dans la région mapuche,  la perquisition est due à un mandat d'arrêt urgent contre Felipe  Huenchullan, présumé avoir tiré sur la police. 

Il a été également signalé l'arrestation du Werken, Mijael Carbone, et de son épouse Susanna Venegas Curinao, de la Communauté de Temucuicui Traditionnelle.

Traduction : Comabe - Bruxelles  - Terre et Liberté pour Arauco - France 

jeudi 10 octobre 2013

« SUR LE FIL DE DARWIN »

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CARTE CHILIENNE DE 1954 TRACÉ FINAL. LA CORDILLÈRE DE DARWIN EST UNE PRESQU’ÎLE SITUÉ À L’OUEST DE LA TERRE DE FEU, À CÔTÉ DU CAP HORN. ELLE FAIT PARTIE DES TERRES LES PLUS INCONNUES ET INHOSPITALIÈRES DU GLOBE.

Dans des conditions climatiques dantesques, les six hommes ont réussi là où de nombreuses expéditions internationales avaient échoué: traverser de part en part la petite cordillère Darwin, queue australe de la cordillère des Andes entre le détroit de Magellan et le canal Beagle, 130 km de sommets et glaciers inviolés et mal cartographiés, battus par des vents et des précipitations d’une violence inégalée.



Ces six hommes, le capitaine Albrieux, 40 ans, son second, le lieutenant Didier Jourdain, 37 ans, l’adjudant-chef Sébastien Bohin, 38 ans, le sergent-chef François Savary, 38 ans, Dimitri Munoz (grimpeur civil du GMHM), 38 ans, et le caporal Sébastien Ratel, 25 ans, ont posé le pied là où aucun homme ne l’avait fait avant eux.

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CAPTURE D'ÉCRAN DE GOOGLE MAPS, EXPÉDITION SPORTIVE D’AVENTURE ET D’EXPLORATION. PENDANT 30 JOURS, 6 MEMBRES DU GROUPE MILITAIRE DE HAUTE MONTAGNE VONT TRAVERSER LA CORDILLÈRE DE DARWIN.

Le Cap Horn de l’alpinisme

Cette cordillère qui porte son nom avait été découverte par l’auteur de la « Théorie de l’évolution des espèces » en 1832, lors de son tour du monde à bord du Beagle. Elle est à l’alpinisme ce que le franchissement du Cap Horn à la voile, contre le vent et un jour de tempête, est à la navigation... En pire.

Jusqu’à l’arrivée du GMHM, elle était restée une des rares « terra incognita » ou rectangle blanc sur le planisphère.



Réalisé par Jeanne Delasnerie et Jean-François Didelot à partir des images tournées par les alpinistes-explorateurs lors de leur progression, le film offre des plans stupéfiants: les six hommes constamment encordés, gros sacs sur le dos et tractant des pulkas (traîneaux) bourrées chacune de 75 kg de matériel, progressent dans l’inconnu, au milieu du chaos des champs de glace et de neige, grimpant et descendant dans le brouillard parmi de profondes crevasses, en butte aux chutes mortelles de séracs et aux avalanches.

Là, au coeur des 50e hurlants, ils sont coincés dans une abominable tempête de neige avec des vents de plus 100 km/h. Ils ne se voient plus, ne s’entendent plus et sauvent leur vie en creusant une caverne dans la neige pour s’y terrer.

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« SUR LE FIL DE DARWIN » CAPTURE D'ÉCRAN DE GOOGLE MAPS

« Six hommes avec un seul cerveau »

Ici, tels des funambules fantomatiques, ils progressent sur une crête étroite qui surplombe de vertigineux précipices glacés de 2.000 mètres où au moindre faux pas, la mort est certaine.

Ainsi qu’aux siècles des découvertes, à l’époque des premiers grands explorateurs de la planète, ils sont en totale autonomie, sans aucune assistance et ne peuvent espérer aucun secours en cas d’accident. Ils ne doivent compter que sur eux mêmes.


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BIVOUAC. SOURCE GMHM 
Mais l’équipe est soudée comme un seul homme. C’est, disent-ils, la clef de leur réussite. « Nous avons toujours douté mais chaque décision importante a toujours été prise en commun et à l’unanimité. Nous étions six hommes avec un seul cerveau, c’est ce qui nous a sauvés », disent-ils à l’écran.

Lorsque enfin, du haut de la dernière crête, ils peuvent apercevoir en contre-bas le canal de Beagle que borde la forêt primaire de Patagonie, fin de leur calvaire, ils ne triomphent pas, restent humbles, se bornant à dire qu’ils sont « contents ».

Mais assurent-ils tous, une telle épreuve exceptionnelle ne peut se répéter: « Nous ne reviendrons pas ».

AFP

mercredi 9 octobre 2013

PAULO SLACHEVSKY : DICTATURE, DÉMOCRATIE, DIVERSITÉ

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PHOTOGRAPHIE DE PAULO SLACHEVSKY 

 

On a discuté de ces questions et casquettes par email au mois d’août. Même s’il a essayé par tous les moyens de mettre en  avant les photos des autres, il a fini par me transmettre une sélection émouvante des siennes, y compris celles qu'il a prises le  11  septembre dernier à Santiago lors des commémorations du 40ème anniversaire du coup d’État militaire. Je lui remercie de  nos échanges et de toutes les photos et tous les livres qu’il m’a fait découvrir. 

[Les photographies de Paulo Slachevsky sont placées sous licence Creative Commons CC-BY-NC-SA.] 

MIRIAM ROSEN (MR) : Né à Santiago en 1964, vous avez passé votre adolescence en France avant de rentrer au Chile en 1983 et vous joindre aux photographes indépendants couvrant les premières journées de protestation nationale. C’est déjà un parcours très chargé.

Dans quelles circonstances votre famille est-elle partie en France?

Paulo Slachevsky (PS) : On est partis en janvier 1975, un an et quatre mois après le coup d’État militaire qui a mis fin au gouvernement de l’Unité Populaire.  Ma mère avait été licenciée de son travail. Plusieurs membres de la famille (dont mon oncle maternel,  Jacques Chonchol,  ministre d’agriculture d’Allende) et des amis de mes parents avaient été poursuivis, emprisonnés, exilés. Dans ce contexte, mes parents ont décidé de ne plus vivre au Chili. On n’a pas été exilés nous-mêmes, dans la mesure où mon père  a gardé son travail au Chili et on y est retournés tous les deux ans, mais entre 1975 et 1983, notre vie s’est déroulée en France.

MR : Quand vous êtes revenu au Chili à l’âge de 19 ans, saviez-vous ce que vous vouliez faire ? Aviez-vous déjà fait de la photographie en France ?

PS : Oui, j’avais déjà commencé à faire de la photo : des photos de famille, les voyages, un stage photographique au début des années 80, puis un atelier au lycée.

En juillet 1983, je suis venu au Chili pour les vacances. Je venais de passer le bac et de m’inscrire à Nanterre en philosophie et économie. Au Chili, c’était le début des grandes journées de protestation contre la dictature. Avant de partir, je suis passé aux bureaux du journal Libération avec un ami que je connaissais d’un mouvement de solidarité pour les prisonniers politiques au Chili. On a proposé de faire des  photos et ils nous ont donné de la pellicule.

Je suis arrivé quelques jours avant la protestation de juillet et j’ai tout de suite commencé à faire des photos des manifestations en centre-ville, notamment celles des étudiants et des mouvements pour les droits de l’Homme,  mais aussi dans des peuplements (poblaciones) aux alentours. Il y avait un grand essor des mouvements sociaux et on croyait que la dictature pouvait tomber. C’est aussi en ce moment que j’ai rencontré ma compagne, Silvia Aguilera, qui travaillait dans l’Association des familles des prisonniers politiques, et en août  j’ai décidé de rester au Chili. 


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PHOTOGRAPHIE DE PAULO SLACHEVSKY 


MR : Dès 1984 vous êtes entré dans l’AFI (l’Association des photographes indépendants du Chili) et vous étiez par la suite l’un des fondateurs de l’agence Cono Sur (Cône Sud].

PS : Dans la rue, face à la répression, il était naturel de se regrouper entre photographes. C’est ainsi que j’ai connu d’abord Claudio Pérez et ensuite  Óscar Navarro, Carlos Tobar et le photographe hollandais Vincent Floor. On travaillait tous en indépendant, envoyant nos photos à l’étranger et les confiant à des publications chiliennes qui s’opposaient à la dictature. Comme beaucoup d’autres photographes qu’on retrouvait dans les manifestations,  on a rejoint l’AFI.  Et sur l’initiative de Vincent, on a créé la petite agence de presse Cono Sur. En 1986, l’equipe a édité le livre El pan nuestro de cada día  (Notre pain quotidien) en deux mille exemplaires, mille pour nous,  mille pour la maison d’édition. Quand on a réussi à récupérer nos livres début décembre, ils ont circulé de main en main. La maison d’édition et son imprimerie ont été  perquisitionnées par la CNI, qui a détruit les machines et les livres, avec beaucoup d’autres ouvrages.

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PHOTOGRAPHIE DE PAULO SLACHEVSKY 

Pour ma part, j’avais une carte de presse de la revue française Témoignage Chrétien, ce qui était très important face à la police. Néanmoins, après une grande journée de mobilisation en 1985, le CNI, la police politique, est venu me chercher à la maison et  j’ai été emprisonné pendant dix jours.

MR : Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette période ?

PS : C’était des moments d’horreurs.  Jusqu’alors,  je n’avais pas assisté  plus qu’une ou deux fois à des funérailles. Depuis mon arrivée au Chili, les marches au cimetière général étaient devenues une habitude. On vivait quotidiennement la politique du terrorisme d’État, dont une des  plus brutales  expressions a été l’assassinat du jeune photographe Rodrigo Rojas De Negri en 1986. Il venait de rentrer d’exil et prenait des photos des protestations dans un quartier populaire en compagnie d’une amie, Carmen Gloria Quintana. Interpellés par des militaires, ils ont été aspergés d’essence et brûles vifs. Carmen a survécu à ses blessures mais Rodrigo est mort  quelques jours plus tard. Carmen avait 18 ans et Rodrigo, 19. 

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PHOTOGRAPHIE DE PAULO SLACHEVSKY 

Mais comme c’est le cas pour toute période de résistance face à la brutalité, on vivait quotidiennement des relations très intenses, de forte solidarité et de lutte, d’espoir et d’engagement, à la fois social, culturel et politique. 

MR : En fait, vous étiez l’un des plus jeunes photographes dans ce milieu engagé. J’ai l’impression que même après la fin de la dictature, on retrouve moins de photographes de votre âge, comme s’il fallait attendre la génération née dans les années 70 pour que la relève se fasse.

PS : À la fin de la dictature en 1990, tous les espoirs d’un réel changement au Chili, d’un vrai retour démocratique,  de justice, ont été frustrés par une transition où Pinochet est resté chef des forces armées jusqu’à 1998. « Tout change pour que tout reste pareil » comme l’a dit le sociologue Tomás Moulian en 1997, reprenant les mots de Lampedusa dans Le Guépard. Les énergies des mobilisations sociales, des milieux indépendants de la presse, ont été laissées de côté par les pouvoirs politiques de la coalition de centre-gauche (la Concertación) qui a gouverné entre 1990 et 2010. On a continué d’être le laboratoire du néolibéralisme, sous la règle de chacun pour soi.

Tout cela a effectivement sapé le mouvement qui avait marqué les jeunes dans les années 80 et c’est vrai qu’il a fallu attendre assez longtemps pour un réveil de la société civile et un renouvellement des énergies créatives dans la photographie, l’écriture ou l’édition, entre autres. Chaque début de réveil à la fin des années 90 et pendant les années2000 aété contenu, voire éteint,  par les pouvoirs publics. Aujourd’hui on vit enfin ce réveil : dans les marches des étudiants en 2011 [pour réclamer une réforme du système d’éducation], on a pu voir dans leurs yeux que la peur n’était plus là. 


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PHOTOGRAPHIE DE PAULO SLACHEVSKY 

MR : Dans votre cas, vous avez décidé dès 1990 d’arrêter la photographie professionnelle afin de lancer,  avec Silvia Aguilera, la maison d’édition indépendante LOM.  Qu’est-ce qui vous a amené à ce choix ?

PS : La fin de la dictature a coïncidé avec la fin de nos études universitaires. Ni Silvia ni moi – elle en tant  que professeur d’histoire et moi en tant que journaliste – ne voulait  travailler dans le système. Entre 1987 et 1989, en parallèle à la photo et aux études, j’avais collaboré à une petite entreprise de conception graphique, montée avec les premiers Macintosh qui arrivaient au Chili.  L’année d’après, avec 10 000 dollars US prêtés par mon père, Silvia, l’un de ses frères et moi avons acheté une petite presse offset reconditionnée et initié ce projet qui est aujourd´hui LOM Ediciones. Avec l’argent qu’on gagnait en faisant des travaux d’impression pour d’autres, on a  commencé à éditer nos propres livres. 

Après les années noires, c’était magique de pouvoir publier de nos propres mains.  De multiplier les voix que le silence de la dictature et de sa « démocratie protégée» avaient écartées. 

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PHOTOGRAPHIE DE PAULO SLACHEVSKY 

[Tierra du Humo (Terre de fumée), LOM, 1994 ; Paz Errázuriz, Kawésqar, hijos de la mujer sol (Kawésqar, enfants de la Femme-Soleil), 2006 ; Tomás Munita, Cosecha Perdida (Moisson perdue), LOM, 2011 ; Pasaporte Chile (Passeport Chili, coffret de livres de 6 photographes : Jorge Gronmeyer, Héctor López, Alejandro Olivares, Claudio Pérez, Rodrigo Gómez Rovira  et Luis Sergio, LOM, 2013]

Très rapidement, en 1992, en plus de la poésie, la fiction, et les sciences humaines et  sociales, qui constituent depuis toujours les axes principaux de notre projet, on a initié la collection « Mal de Ojo » (Mauvais œil) pour les livres de photographie. C’était probablement la première collection de ce genre au Chile : on a voulu démocratiser le livre photographique, en prenant comme modèle la collection française « Photo Poche ». Les deux premiers livres, Tierra de Humo  (Terre de fumée, un album de photographies patrimoniales de la Terre de Feu), et une monographie de Claudio Pérez, marquent d’une certaine manière les lignes qu’on a suivies depuis, aussi bien dans le domaine de la photo que dans les autres champs : la mémoire, l’histoire, la sauvegarde des œuvres laissées dans l’oubli sous la dictature, mais aussi l’ouverture d’un espace consacré aux nouveaux auteurs, à la création et au regard critique sur la réalité. Pour nous, LOM est la continuation, à travers le livre, de l’engagement que nous avons vécu sous la dictature afin de récupérer des espaces démocratiques.  Vingt-trois ans plus tard, avec1 300 livres édités et 1 000 dans notre catalogue vivant, LOM continue à faire face aux défis qui l’ont vu naitre.

[Patricio Guzmán Campos, Chile en la retina (Le Chili sur la rétine), LOM, 2013; portrait de Victor Jara © Patricio Guzmán Campos ; Raymond Depardon, Chile 1971, LOM, 2013 ; Chile 1973-1990,La dictadura de Pinochet (La dictature de Pinochet vue par Alejandro Hoppe, Héctor López, Marcelo Montecino et Claudio Pérez), LOM, 2013]

MR : Vous vous êtes aussi engagé dans des initiatives en faveur de l’édition indépendante, et plus largement, de la promotion de la diversité culturelle. Concrètement, qu’est-ce qui se passe aujourd’hui sur ce front ?

PS : De la même manière qu’on s’est regroupés entre photographes dans les années 80, on a rencontré à la fin des années 90 d’autres éditeurs indépendants, tels qu’Era au Mexique, Trilce en Uruguay ou Txalaparta au Pays Basque, qui vivaient la même réalité que nous face à la concentration du milieu éditorial.  En 1998, on a créé ensemble le premier réseau d’éditeurs indépendants de langue espagnole. C’était le début d’un mouvement qui cherchait à protéger la dimension culturelle des métiers du livre au-delà de leur dimension commerciale. Peu après, l’Alliance internationale des  éditeurs indépendants a vu le jour. Suite à d’autres rencontres, on a créé en 2001, avec des associations du monde de la culture,  la Coalition chilienne pour la diversité culturelle.

Dès lors, avec Silvia,  on continue d’associer le travail chez LOM à la lutte pour la diversité culturelle et la démocratisation du livre. On est convaincus que la construction d’une société vraiment démocratique n’est pas possible sans des citoyens participatifs, critiques, sujets de leur histoires et non pas de simples consommateurs. Le livre et la lecture, la diversité culturelle, ont un rôle à jouer là-dedans.

[Marcelo Montecino, Nunca supe sus nombres (Je n’ai jamais su leurs noms), LOM, 1994 ; Luis Poirot, Identidad Fortuita (Identité fortuite), LOM, 2011, portrait de Pablo Neruda © Luis Poirot ; Rodrigo Casanova Moreno, Valparaíso Revisitada (Valparaíso revisitée), LOM, 2005]

Nos deux premières éditions chez LOM étaient une collection de cartes postales avec des photos des détenus disparus chiliens et une carte du monde à l’envers, montrant le Sud en haut. Dans la Nature, le monde n’a pas un haut et un bas. Or, il n’y a pas de raison que nous, les humains, considèrent comme « naturels » des regards de domination.

Les archives de Paulo Slachevsky sur Flickr

Le site de LOM ediciones

Le site du réseau d'éditeurs indépendants de langue espagnole




LES SECRETS DE L’ARSENAL CHIMIQUE DE PINOCHET

Des nouvelles révélations montrent que la dictature chilienne s’est servie de puissants poisons contre ses opposants.


5 SEPTEMBRE 2013|

Le dictateur Augusto Pinochet (1973-1990) disposait d’armes chimiques susceptibles de faire des milliers de morts, vient de nous révéler la microbiologiste Ingrid Heitmann, ancienne directrice de l’Institut de santé publique (ISP), qui a pourtant ordonné en 2008 leur destruction sans en informer ni le gouvernement en place ni la justice chilienne.Le témoignage d’Ingrid Heitmann, ainsi que plusieurs enquêtes judiciaires en cours, ont permis d’établir que la toxine botulique provenait d’un laboratoire d’Etat au Brésil et était aux mains du gouvernement militaire depuis les années 1980.

Dissimulés durant vingt-sept années à l’ISP, près du Stade national [centre de détention et de torture sous la dictature], ces produits ont été découverts par hasard, indique le Dr Heitmann. De fait, depuis le retour à la démocratie, la police civile avait envoyé à plusieurs reprises des agents à l’ISP pour y trouver des preuves capables de confirmer les soupçons d’utilisation d’armes chimiques dans les opérations meurtrières de la dictature. “Mais jamais ils n’avaient fouillé les sous-sols”, précise l’ancienne directrice.

Le nom qui revient le plus souvent est celui du chimiste [et agent de la police politique de la dictature] Eugenio Berríos impliqué dans la mort du diplomate espagnol Carmelo Soria en 1976 et dans celle de l’ex-président Eduardo Frei [1964-1970] en 1982. “Les employés les plus anciens assurent qu’il était à l’ISP comme chez lui”, dit la microbiologiste.

En 2008, Ingrid Heitmann ordonna à plusieurs employés de l’ISP de nettoyer les congélateurs des sous-sols, à l’abandon et c’est alors qu’ils y trouvèrent la toxine botulique. “Deux caisses pleines d’ampoules, de quoi tuer la moitié de la population de Santiago”, indique l’ancienne directrice. Il suffit de 0,15 picogrammes [10−15 kg] de toxine botulique pour entraîner une mort rapide chez un adulte de 70 kilos. “Ce sont des armes chimiques dont rien ne justifiait la présence à l’ISP”, précise Ingrid Heitmann.

Empoisonnement. Ces dernières années, plusieurs enquêtes judiciaires portant sur l’empoisonnement de prisonniers politiques de la Cárcel Pública [la prison de Santiago où étaient regroupés les prisonniers politiques pendant la dictature] et sur la mort de l’ancien président démocrate Eduardo Frei, ont mis au jour des documents attestant l’entrée au Chili de toxine botulique en provenance du Brésil. Jusqu’à présent, on ignorait cependant ce qu’il était advenu de ce produit, et les soupçons s’orientaient plutôt vers le laboratoire bactériologique de l’armée chilienne.

L’importation de ces produits au Chili avait été prise en charge pour le compte de l’ISP par le médecin Eduardo Arriagada Rehren, comme le révéla par la suite l’enquête sur la mort de Frei, menée par le juge Alejandro Madrid. Eduardo Arriagada, qui est encore en vie, dirigeait alors le laboratoire bactériologique de l’armée.

Ingrid Heitmann, qui au début de la dictature fut arrêtée et torturée à deux reprises, a été bouleversée par la découverte de ces armes chimiques par son équipe. “J’ai eu peur, confie-t-elle, je n’ai pas pensé qu’elles pourraient servir à la justice, en 2008 on ne savait pas pour Eduardo Frei” [la cause de sa mort fut officiellement imputée à une septicémie postopératoire, jusqu’à ce que sa fille demande une enquête : une autopsie révéla en 2006 la présence de traces de gaz moutarde et de mort-aux-rats, et la thèse de l’assassinat devait être confirmée en 2009].

En 2008, Ingrid Heitmann prit donc la décision d’incinérer les toxines avec tous les autres produits trouvés dans les sous-sols. Elle justifie sa décision par les longues années qu’elle avait passées en exil, dans la prostration consécutive aux horreurs vécues, et par le travail d’oubli progressif qu’elle avait dû entreprendre pour sa survie : “En découvrant les toxines, je me suis dit ‘encore un sale truc des militaires’, et je suis passée à autre chose.”

Plusieurs procès pour violation des droits de l’homme ont permis de recueillir des témoignages et des preuves faisant état de l’usage par la répression de toxine botulique, de gaz sarin et de thallium. Un livre ayant appartenu à l’agent Eugenio Berríos porte même plusieurs annotations sur ces produits chimiques. Berríos, proche du mouvement nationaliste [paramilitaire] Patria y Libertad, opposé au gouvernement de Salvador Allende, avait joué un rôle clé dans plusieurs crimes. Sa large implication et son alcoolisme grandissant conduisirent les militaires à l’exfiltrer du Chili en 1991. L’opération eut lieu alors que la démocratie était déjà revenue au Chili, mais Pinochet était toujours à la tête de l’armée. Le corps de Berríos, recherché par la justice de son pays, fut retrouvé en 1995 en Uruguay, après sa détention par des militaires uruguayens.

Assassinat. Qu’y avait-il donc de si terrible à cacher pendant vingt-sept ans dans les sous-sols de l’ISP pour motiver cette liquidation ? Pour l’heure, la réponse réside en grande partie dans les investigations du juge Madrid sur la mort d’Eduardo Frei et l’empoisonnement de prisonniers politiques du Movimiento de Izquierda Revolucionaria (MIR) détenus à la Cárcel Pública, aujourd’hui détruite. Les deux affaires sont aujourd’hui proches de leur dénouement et devraient faire l’objet d’une décision du juge dans les mois à venir, avec des conséquences concrètes pour les militaires.

Plusieurs questions d’ordre politique se posent encore. Les empoisonnements à la Cárcel Pública constituaient-ils des “répétitions” pour préparer l’assassinat d’Eduardo Frei ? L’armée présentera-t-elle des excuses à la nation et à la famille Frei pour la mort de l’ancien président ? Eduardo Frei, comme le Prix Nobel de littérature Pablo Neruda, est mort au quatrième étage de la clinique Santa María de Santiago. Ces deux décès ont fait et font encore l’objet d’enquêtes de la part de la justice chilienne, qui soupçonne qu’ils résultent d’un empoisonnement.


THE CLINIC | MAURICIO WEIBEL BARAHONA 5 SEPTEMBRE 2013|