vendredi 12 août 2016

AU CHILI, FORTE MOBILISATION CONTRE LE SYSTÈME DE RETRAITES PRIVÉES


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LES OUVRIERS CHILIENS ONT DÉJÀ EFFECTUÉ UNE MARCHE EN 
JUILLET POUR PROTESTER CONTRE LE SYSTÈME DES RETRAITES PRIVÉES - 
PHOTO/MARTIN BERNETTI  

La réforme annoncée par Michelle Bachelet ne convainc pas. Santiago, Antofagasta, Valparaiso... C'est dans plusieurs grandes villes du Chili que se sont rassemblés, mercredi soir, des milliers de personnes pour dénoncer le système privé de retraite de leur pays. Tambourinant sur des poêles et des casseroles - un type de manifestation appelé « cacerolazo », assez répandu en Amérique du Sud - les Chiliens ont demandé, une fois de plus, la suppression des AFP, les « Administratrices de fonds de pension ». Ce système, hérité de la dictature de Pinochet (1974-1990) fonctionne sur le principe de la capitalisation individuelle. Six grands fonds d'investissement gèrent ainsi les pensions des Chiliens.
«Quelque 90 % des retraités touchent moins de 156.000 pesos (215 euros) par mois, leur situation est très précaire », explique Recaredo Galvez, chercheur à la Fundación Sol, un institut d'études en sciences sociales. Les entreprises qui gèrent ces fonds , de leur côté, font partie des plus riches du Chili, leur rentabilité atteint selon lui en moyenne 26 % chaque année. Au total, les fonds de pension gèrent 150 milliards d'euros, ce qui représente 70 % du PIB du pays. « Il y a un certain ras-le-bol au sein de la population devant tant d'inégalités », poursuit le chercheur.

Sous pression, la présidente socialiste a annoncé une réforme du système des AFP. « Le moment d'agir est venu. Tous les Chiliens méritent d'avoir une retraite qui leur permette de vivre dignement après des années de travail », a déclaré Michelle Bachelet, ce mardi, à la télévision chilienne. Le gouvernement propose de renforcer les aides de l'État aux retraités les moins aisés, et d'augmenter la cotisation des entreprises, de l'ordre de 5 % sur dix ans. 

La présidente souhaite également créer une AFP publique, « pour introduire davantage de concurrence et offrir une alternative aux travailleurs. » Une proposition « tout à fait insuffisante », aux yeux de Luis Mesina, porte-parole du mouvement « No más AFP ». 

Ce leader syndicaliste, jusqu'ici inconnu du grand public, estime que « le gouvernement évite d'aborder nos principales revendications. Nous avions dit que nous ne voulions plus d'AFP, et on nous en propose une de plus ! » Les manifestants, qui se mobiliseront de nouveau le 21 août lors d'une grande marche nationale, continuent de réclamer un retour au système public de retraite par répartition qui existait avant la dictature.

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mercredi 10 août 2016

ANA TIJOUX, RAPPEUSE POLITIQUE AU CHILI


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 CRÉDIT INTI GAJARDO

Ana Mária Merino Tijoux, de son nom complet, a ensuite déménagé à Paris dans les années 1980. Elle y a découvert IAM et NTM et s'est mise à la danse hip-hop. Ses parents ont toujours eu en tête de retourner vivre dans leur pays d'origine. Elle a rejoint l'Amérique Latine à 14 ans, juste après le retour de la démocratie. « J'ai suivi mes parents au Chili, la France n'était qu'une étape pour eux. Aujourd'hui, je vis finalement là où je devais naître », raconte la rappeuse, âgée de 39 ans.

Des parents militants

Ana a grandi dans une « ambiance de gauche humaniste ». Les conversations politiques autour de la table ont baigné son enfance et forgé sa façon d'écrire. À 19 ans, elle monte avec trois de ses amis son premier groupe, Mazika. Tous étaient enfants de réfugiés, et sont venus vivre au Chili, sans y être nés. « C'est le groupe qui m'a fait grandir », se rappelle-t-elle.

Elle a également participé en 2001, à l'album en hommage à Violeta Para, intitulé Después de vivir un siglo (Après avoir vécu un siècle). Cette chanteuse célèbre, a révolutionné la musique traditionnelle de son pays. « C'est notre muse. Elle était déjà super hip-hop dans ses compositions », commente-t-elle. La rappeuse s'engage aussi pour la place des femmes dans la société et ne veut pas faire figure d'exception dans le rap : « Le hip-hop est la continuation du système, il y a énormément plus de femmes dans le rap, que celles qui sont connues dans ce milieu machiste. » Elle ajoute enjouée : « C'est un outil de sens critique, dont la nouvelle génération chilienne s'est emparée. »

«  VENGO »  CE TITRE EST EXTRAIT DE L' ALBUM «  SOMOS SUR » EN 2014. 
VENGO FUT NOMINÉ POUR UN GRAMMY AWARD POUR LE MEILLEURE 
LATIN ROCK EN 2015.  LE TEXTE ANITA TIJOUX, 
 PRODUCTION ET ARRANGEMENTS ANDRES CELIS.   
DURÉE : 00:03:12

« Ne jamais nier l'histoire »

En 2007, elle sort son premier album solo, mais c'est deux ans plus tard avec son deuxième album et single, 1977 qu'elle se fait connaître. « C'est ma date de naissance. J'y raconte mon histoire en France, même si ce n'est pas directement autobiographique. Je crois qu'on ne peut jamais nier l'histoire, celle de mes parents réfugiés politiques, celle du Chili, mes amis et mes souvenirs en France... Tout ça a influencé mon énergie et est la source de ma culture», explique la rappeuse qui pose sa voix sur un flow hip-hop des années 1990.

Dans ses chansons, Ana Tijoux aborde les inégalités sociales, le quotidien et s'attaque avec une pointe d'humour à la politique. En 2011, dans son second album, la chanson Shock, soutient un mouvement de protestation étudiant qui dénonçait les conditions des écoles publiques et qui était réprimé par la police. «Non à la constitution pinochétiste ; [...] Au putschiste masqué d'une élite graciée [...] Les rues, ne soyez pas muettes, grandes comme vous êtes ! » peut-on entendre dans cette chanson dont le clip a été relayé par des milliers d'internautes.

Ces deux premiers albums, lui ont valu des nominations aux Grammy Awards. Son dernier album, Vengo, sorti en 2014, lui fait gagner une troisième nomination à ce prix américain. Cette fois-ci, elle mélange les sonorités, toujours en lien avec ses racines. « Pourquoi, alors qu'on a écouté la musique traditionnelle d'Amérique latine toute notre enfance avec nos mères ou nos amis, on n'avait même pas pensé à l'intégrer dans notre musique actuelle. » La rappeuse y a ajouté des rythmes folks et jazz pour un concert détonnant et plein de poésie. Dépaysant et prenant.

Dimanche 7 août, au festival de Crozon, à 15 h et à 21 h, au cabaret de Seb'. Complet.

MARCIA MERINO, CONFESSION D’UNE DÉLATRICE


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ILLUSTRATION ISABEL ESPANOL
Face aux ténèbres (3/6). Opposante à la dictature Pinochet, « la Flaca » dénonce les siens sous la torture en 1974, puis intègre la police secrète du régime.
MARCIA MERINO
CAPTURE D'ÉCRAN
la photo occupait la première page de La Nacion : une femme aux cheveux relevés par un peigne, entre deux âges, esquisse un sourire. Carmen Castillo n’arrive pas à en détourner les yeux. Ce visage, elle le reconnaît malgré les opérations de chirurgie esthétique : c’est celui d’une légende, le symbole de la trahison. Après tant d’années à se cacher, « la Flaca » (« la maigre ») réapparaît. Elle est l’une des trois militantes de gauche au Chili à avoir dénoncé les siens, un à un, jusqu’à devenir pendant dix-huit ans une collaboratrice de la DINA, la police secrète de la dictature Pinochet (1973-1990). Le réseau dont Carmen Castillo faisait partie fut livré par « la Flaca». Vingt ans plus tard, à Santiago, la revenante demande pardon publiquement. Et le Chili se déchire.

À l’époque, Carmen Castillo n’ose pas l’approcher. Ecrivaine et réalisatrice, elle rentre à Paris où elle vit exilée. On est en 1992, alors. « La Flaca » se met à la hanter. Carmen voit des tortionnaires partout. Dans sa bibliothèque, une étagère puis deux se couvrent de tout ce qui s’est écrit sur le mal, Primo Lévi ou les ­récits des rescapés de la Kolyma, en Russie.

Elle se souvient aussi de cette camarade, survivante d’une des maisons de torture à San­tiago, qui lui avait raconté les nuits sur le sol nu, à vingt-cinq ou trente peut être, mains attachées, yeux bandés, dans le sang, la crasse, la peur. Soudain, l’une hurle en plein cauchemar. C’est « la Flaca ». Depuis qu’elle a rompu sous la torture, les gardiens la laissent au milieu des prisonniers, tout en leur répétant qu’elle a trahi. Stratégie de démoralisation.

Cette nuit-là, une femme se penche sur « la Flaca » qui gémit. Elle la console contre son propre corps brisé. Lumi Videla, 26 ans, professeure, est la meilleure amie de « la Flaca », dénoncée par elle et le sachant. Les autres captifs apprendront la mort de Lumi quelques semaines plus tard, en voyant des militaires jouer aux dés ses vêtements. Carmen sait qu’elle gardera toute sa vie la vision de ces deux femmes, blotties l’une contre l’autre.
« ELLE A TRANSFORMÉ MA VISION DES CHOSES. LA RÉSISTANCE AVAIT CONDAMNÉ “LA FLACA” À MORT, MAIS LUMI, ELLE, LUI AVAIT PARDONNÉ. »
« Je ferai tout ce que tu veux »

Bien sûr, Carmen et « la Flaca » se connaissent. Toutes deux militaient au Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), à 25 ans chacune, quand Salvador Allende est renversé par Augusto Pinochet en 1973. Grande, mince, Marcia Merino – nom de code « la Flaca Alejandra » (« Alexandra la maigre ») – est l’une des seules femmes à la direction centrale du mouvement. Profil de soldat modèle, dogmatique, solide, respectée. Elle dit : « Je n’admets aucune faiblesse chez les autres. » Elle-même s’interdit tout pour le parti : famille, carrière, amours.

« La Flaca » s’est engagée très jeune, à l’université de Concepcion, où avait étudié l’un des fondateurs du MIR, Miguel Enriquez, surnommé « le Che Guevara chilien ». Dans l’assaut du palais présidentiel, Allende lui a laissé, avant de mourir, la résistance en héritage. ­Dernier message : « À toi de continuer la lutte. » Carmen Castillo était alors la compagne de ­Miguel Enriquez.

Qui eut l’idée, à Paris, de faire un documentaire sur cette « Flaca », qui soudain demandait pardon, vingt ans plus tard ? Guy Girard dit que c’est Carmen Castillo. Carmen Castillo dit que c’est Guy Girard. Il est réalisateur lui aussi, mais ce n’est, de toute façon, pas le problème : personne ne veut de leur film. En cette année 1992, le Chili est passé de mode en France. Sa révolution a été embaumée une fois pour toutes, défaite sublime et sanglante comme l’Amérique du Sud sait s’y abîmer, l’un des derniers mythes de la pureté en politique, auquel s’accroche une gauche française en plein délitement. Les personnages troubles, comme « la Flaca », n’y ont aucune place : même la disponibilité morale de penser à eux n’existe pas.

Carmen finit par contacter « la Flaca ». Lettre en retour : « Je ferai tout ce que tu veux, j’ai une dette envers toi. » C’est Guy Girard qui ­répond : « Nous ne sommes pas là pour vous juger. Dites-vous que ce sera un travail. » La ­production a fini par trouver trois sous, le film est lancé en 1993.

« Chaque fois, je me sentais plus abjecte »

« La Flaca » n’est plus si maigre ; « une grande fille, un peu garçon », se souvient le réalisateur. Plus si jeune non plus, 45 ans. Un jour, pendant le tournage, dans une maison de torture – désormais à l’abandon –, un rai de lumière imperceptible strie la pénombre. « D’instinct, “la Flaca” est allée s’y couler. Il n’y aurait eu qu’un millimètre d’oxygène, elle l’aurait trouvé aussi. Une capacité de survie énorme. » En voyant La Flaca Alejandra, tout le monde pose la même question à Carmen Castillo : « Comment pouviez-vous rester si calme face à elle ? » Sur le tournage, le ton était parfois si cordial entre les deux femmes que Guy Girard a dû éloigner Carmen pour que « la Flaca » se lâche.

Après le coup d’État militaire, « la Flaca » est arrêtée une première fois, torturée. Remise en liberté, elle demande au MIR de pouvoir fuir. « Ça démobiliserait la base », répond le parti. L’ordre a été donné de résister à l’intérieur du pays, les dirigeants doivent être exemplaires. Jusque-là, le parti était légal. «Chacun de nous était connu, se cacher était difficile, raconte Carmen Castillo. Un manuel avait été distribué “Comment survivre dans la clandestinité”. On connaissait La Bataille d’Alger [Gillo Ponte­corvo, 1966] par cœur. On était sûrs de s’en sortir. » Quand « la Flaca » tombe de nouveau, en août 1974, elle balance tout.

Bientôt, les opposants ne sont plus arrêtés chez eux. Trop de témoins. Ils « disparaissent ». Des camionnettes anonymes les embarquent, à toute allure, en pleine rue. À bord, « la Flaca » est assise entre deux agents de la DINA. « Quand je voyais quelqu’un du MIR sur le trottoir, je ne pouvais pas m’empêcher de dire qui c’était. Chaque fois, je me sentais plus abjecte, je tombais plus bas et c’était encore plus facile pour eux », raconte-t-elle dans le film. Carola, elle l’a reconnue de dos. Sa blouse indienne, ses cheveux magnifiques. Elle était celle qu’elle n’avait jamais donnée : elle était en contact avec la mère de Flaca et celle-ci était terrifiée à l’idée de la voir à son tour arrêtée. « Mais en l’apercevant, je n’ai rien fait pour éviter de la reconnaître. Ce jour-là, j’étais finie, le miroir me renvoyait désormais un visage inconnu. »

Carmen Castillo et son compagnon, chef du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), Miguel Enriquez. Lieu et date inconnus. Carmen Castillo et son compagnon, chef du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), Miguel Enriquez. Lieu et date inconnus. AD VITAM

« Quelque chose d’humain »

Le 5 octobre 1974, une fête sanglante éclate dans la maison de torture. Les militaires gueuletonnent entre les cachots et la gégène, dans ces couloirs où des prisonniers supplient parfois qu’on les achève d’une balle dans la tête. Miguel Enriquez, chef du MIR, vient d’être tué rue Santa Fe. Carmen Castillo, qui l’accompagnait, est grièvement blessée. La DINA est persuadée que la résistance ne durera plus sans son symbole. Cette victoire est celle de Miguel Krassnoff, chef de la DINA, qui a tenu à mener l’assaut en personne. Il n’a pas 30 ans, même génération que les membres du MIR, fils d’un Cosaque pendu sur la place Rouge par le régime communiste.

Dans la maison de torture, « la Flaca » pleure la mort d’Enriquez, « mais j’ai été soulagée de voir Krassnoff rentrer vivant. J’étais sa possession, le seul à qui je m’accrochais. Sa présence me donnait une certaine sécurité », écrit-elle dans Mi verdad – « Ma vérité » – (1993, non traduit). Parfois, Krassnoff la gratifie « de quelque chose d’humain ». Une cigarette. Du café. Il touche sa main. Si un jour il faut la tuer, on promet de le lui dire avant. C’est une très grande faveur ici, où rien n’obéit aux règles du dehors, même ses propres pensées.

« Elle avait honte »

Après la vague de répression, « la Flaca » est ­officiellement embauchée dans un bureau à la DINA. Alcool, médicaments, toute l’énergie passe à ne se souvenir de rien. « Elle savait que les familles de disparus la cherchaient, elle avait peur, elle avait honte, elle se cachait », dit Carmen Castillo.

En 1992, le Chili tâtonne vers la démocratie, la Commission justice et réconciliation commence à recueillir des témoignages sur les disparus et les atteintes aux droits de l’homme. Lautaro Videla, le frère de Lumi, qui la soutenait au cachot, demande à la rencontrer. « J’avais si peur, je tremblais, mais il me parla comme si on s’était quittés la veille, pas un seul reproche. Il me dit : “Parle, Flaca, ça te fera du bien, ça nous aidera à découvrir la vérité et à poursuivre les vrais responsables” », écrit-elle.

À l’issue de la conférence de presse, où « la Flaca » demande finalement pardon, une journaliste s’approche : Gladys Diaz, héroïne de la résistance chilienne. Elle tend la main vers le visage de la traîtresse. Et le caresse. « Un geste d’amour qui continue de déranger », dit Carmen Castillo dans le film. Au Festival de La Havane, le jury s’est longuement demandé si La Flaca Alejandra était un chef-d’œuvre ou une supercherie, avant de lui décerner finalement son Grand Prix documentaire.

« Tout le monde se sent coupable »

À l’université de Santiago, en 2014, Andrea Pilar a publié une thèse sur « la Flaca » et la ­génération de l’après-dictature, la sienne.
« AUJOURD’HUI, “LA FLACA” ENSEIGNE LA MÉMOIRE DE L’HORREUR, QUI VISE À MAINTENIR UNE POPULATION DANS LA SOUMISSION, NON PAR LA VIOLENCE, MAIS PAR SON SOUVENIR. »
LUZ ARCE
L’écrivain chilien Bernardo Toro a traduit et préfacé L’Enfer (Les petits Matins, 2013), le livre d’une autre traîtresse, Luz Arce. « Ces expériences remettent en question la représentation de la victime. La plupart du temps, elle subit le mal, mais ne le rend pas. Or, quand le mal s’érige en système social, les individus ne sont plus tenus de choisir entre le bien et le mal, mais entre le mal et le mal. Dans ces régimes-là, tout le monde se sent coupable, même les héros. » Au Chili, entre 1973 et 1979, on recense 2 277 morts et disparus, 33 000 arrestations arbitraires et cas de tortures.

Longtemps, Carmen Castillo ne se disait pas victime. « Je vivais comme une culpabilité de ne pas avoir été torturée comme les autres. On me traitait en privilégiée. » En 2002, pour un nouveau film, elle retourne rue Santa Fe, où Miguel Enriquez est mort. Leur voisin est toujours le même, petit bonhomme de rien, boitillant, pas de travail. Ils ne se connaissaient pas alors, mais lui se souvient bien d’elle et raconte sans façon comment il s’est battu pour la conduire à l’hôpital en pleine fusillade, veillant ensuite à la remettre aux médecins, et non aux militaires. Carmen Castillo l’ignorait.

Le petit bonhomme est soudain comme une révélation. « Tout s’est soudain inversé pour moi, J’ai enterré le mal en le rencontrant. Au fond, ce n’est pas la banalité du mal qui est intéressante. C’est la banalité du bien. »

Aux dernières nouvelles, « la Flaca » vit sur l’île de Pâques, mariée à un pêcheur. Elle tient un magasin de souvenirs.


mardi 9 août 2016

L'HISTOIRE DU PEINTRE JOSÉ BALMES ENCORE MENACÉ AUJOURD'HUI

JOSÉ BALMES EN 2007
PHOTO PALOMA BAYTELMAN
TROIS jours après l'arrestation de Pinochet, le peintre espagnol José Balmes a reçu à Santiago la visite de «fantômes » du passé qui l'ont menacé de mort, à la fois pour ses idées politiques et ses origines. Le lundi 19 octobre, sa fille recevait un coup de téléphone anonyme. 

Après l'avoir informée de l'arrestation de Pinochet survenue trois jours plus tôt, «ils lui ont dit qu'ils allaient m'étriper », a raconté José Balmes, ancien républicain espagnol ayant opté pour le Chili en 1939, lors d'un entretien avec l'AFP. «Ils lui ont ensuite conseillé de commencer une relation d'amitié avec Carmen Soria », la fille d'un diplomate espagnol assassiné sous la dictature. Pour le peintre, professeur émérite de la Sorbonne, le message était clair.

À l'image de plusieurs leaders politiques de gauche ou de ressortissants espagnols ou britanniques, Balmes s'est ainsi retrouvé dans la ligne de mire des plus farouches partisans de Pinochet. «Ils m'ont peut-être choisi pour faire d'une pierre deux coups », a-t-il ironisé. Trois jours plus tard, des voisins ont alerté M. Balmes de la présence d'une voiture suspecte dans sa rue, avec une personne à l'intérieur qui portait un bas sur la tête. Ce même véhicule s'est ensuite garé devant l'entrée de la maison du peintre et l'a ainsi empêché de sortir en voiture de son domicile.

« Ceux qui profèrent ces menaces ne sont pas les mêmes qui participent aux manifestations » de soutien au général, a-t-il expliqué. «Ceux-ci ont un autre caractère, ce sont des professionnels et ils ont pris part aux disparitions et à la torture » sous la dictature. «A chaque fois que se produisent des événements comme celui-ci (la détention de Pinochet), il essayent de créer la panique«, a déclaré M. Balmes, qui s'était exilé en France à deux reprises, la première après la guerre civile espagnole, en 1939, et la seconde après le coup d'État de Pinochet, en 1973.

Aussitôt que surgissent des moments de tension dans la transition démocratique chilienne, «ils réapparaissent comme de vieux fantômes », a affirmé le peintre, allusion à l'ancienne police secrète de la dictature.

«Mais ces fantômes sont en chair et en os et ils continuent d'être bien présents » dans la société chilienne. Ami intime du président Allende, il estime que le Chili d'aujourd'hui «a quelque chose en lui qui est malade et que l'on essaie de cacher avec des calmants ». Dans la situation de crispation que vit actuellement le pays, M. Balmes craint que la tension se maintienne et surtout qu'elle débouche sur des opérations violentes. «Il y a des précédents », a-t-il rappelé. «Après l'attentat contre Pinochet en 1986, cinq militants de gauche ont été assassinés. » Pour faire face à la situation, il a demandé protection au gouvernement et un policier veille en permanence sur son domicile depuis vendredi dernier. «Pendant le week-end, je ne suis pas beaucoup sorti, à la demande de la police », a-t-il expliqué. «Mais depuis lundi j'ai décidé de reprendre une vie normale... »

lundi 8 août 2016

50ÈME ANNIVERSAIRE DES CHAMPIONNATS DU MONDE DE SKI 1966 À PORTILLO AU CHILI

1966 -5 AU 14 AOÛT- 2016 
50ÈME ANNIVERSAIRE DES CHAMPIONNATS DU MONDE DE SKI 1966 À PORTILLO AU CHILI 
UNE DE PARIS MATCH N°906


Les championnats du monde de ski alpin 1966 ont eu lieu à Portillo au Chili du 5 au 14 août 1966. C'est l'unique championnat du monde organisé dans l'hémisphère Sud en août. 

La France bat tous les records avec 7 titres sur 8, 16 médailles sur 24 et 6 doublés.
Marielle Goitschel gagne 3 titres (descente, géant et combiné) et une médaille d'argent (slalom).





RÉSUMÉ DES CHAMPIONNATS DU MONDE DE SKI 1966 À PORTILLO AU CHILI. 15 AOÛT 1966. 

REPORTAGE SUR LES CHAMPIONNATS DU MONDE DE SKI ALPIN DE PORTILLO (CHILI) MARQUÉS PAR LE TRIOMPHE DES SKIEURS ET SKIEUSES FRANÇAIS (SEIZE MÉDAILLES, DONT SEPT D'OR): JEAN-CLAUDE KILLY REMPORTE LA DESCENTE ET LE COMBINÉ DEVANT LÉO LACROIX, GUY PERILLAT LE SLALOM GÉANT DEVANT GEORGES MAUDUIT, ANNIE FAMOSE LE SLALOM DEVANT MARIELLE GOITSCHEL QUI REMPORTE À SON TOUR LE SLALOM GÉANT ET TERMINE ÉGALEMENT SECONDE DE LA DESCENTE DERRIÈRE ERIKA SCHINEGGER (QUI SERA DÉCLASSÉE SUITE À UN TEST DE FÉMINITÉ ET LUI RENDRA LA MÉDAILLE D'OR 22 ANS PLUS TARD).


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CHAMPIONNATS DU MONDE DE SKI 1966
Erika Schinegger remporta la descente, mais un test médical établira plus tard qu'Erika était un homme : Erik remettra officiellement le titre de championne du monde de descente à Marielle en 1988. Vainqueur d'un troisième titre en combiné et du Kandahar en 1964 et 1965, Marielle Goitschel est la grande skieuse des années 1960. Étonnamment, elle ne gagna jamais la coupe du monde de ski et un K de diamant. 

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JEAN-CLAUDE KILLY LORS DU CHAMPIONNATS
DU MONDE DE SKI 1966
Jean-Claude Killy s'impose en descente (c'est alors sa première victoire dans cette discipline) et en combiné. Avec sa victoire au Kandahar 1966 accompagnée d'un K de diamant et ces succès chiliens, la carrière de Killy est lancée. 





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CÉRÉMONIE OUVERTURE CHAMPIONNATS
DU MONDE DE SKI 1966 
Le triomphe français est complété par Guy Périllat en géant et Annie Famose en slalom. 

Un seul titre échappe à la razzia française : le slalom Hommes, gagné par l'italien Carlo Senoner. 

L'Autriche ne ramène que trois médailles : une d'argent et deux de bronze.

LE JEU « POKÉMON GO » INTERDIT EN IRAN


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 CHIRURGIE, CHARAKTERY MAGAZINE DESSIN PAWEL KUCZYNSKI, 2016
Le jeu Pokémon Go, qui connaît un immense succès depuis son lancement en juillet, a été interdit en Iran. Le Haut Conseil des espaces virtuels a évoqué des « questions de sécurité» pour justifier sa décision, car ce jeu, qui s’appuie sur la géolocalisation de ses utilisateurs, pourrait selon lui être utilisé à des fins d’espionnage.
LE JEU « POKÉMON GO » EST SORTI EN JUILLET.
PHOTO ISAAC LAWRENCE  
«Parce que ce jeu mélange le monde virtuel et réel, il peut poser beaucoup de problèmes au pays et aux gens en termes de sécurité », a déclaré vendredi 5 août le procureur général adjoint, Abdolsamad Khoram-Abadi, à l’agence Tasnim.

Les joueurs contournent l’interdiction

L’Iran, qui bloque déjà depuis longtemps des réseaux sociaux comme Twitter et Facebook, devient ainsi l’un des premiers pays à interdire Pokémon Go. Ce jeu en réalité augmentée, qui permet de collectionner des créatures virtuelles en se déplaçant dans le monde réel, a suscité quelques inquiétudes un peu partout dans le monde pour différentes raisons : rassemblements massifs et imprévus de joueurs comme à Central Park, accidents de la route, agressions… Au Japon, les autorités ont aussi pressé les joueurs de ne pas s’approcher de la zone contaminée de Fukushima pour capturer des Pokémons.

DESSIN PAWEL KUCZYNSKI, 2016
Malgré l’interdiction du jeu en Iran, de nombreux joueurs continuent à s’y connecter en utilisant des VPN (réseaux privés virtuels), qui permettent de contourner la censure. Disponibles dans la plupart des magasins d’informatique, les cartes VPN permettent d’accéder à Facebook, YouTube ou d’autres sites interdits pour seulement 2 dollars par mois.

Samedi, une quinzaine de nouveaux pays en Asie et Océanie ont eu accès au jeu, comme le Cambodge, l’Indonésie, les Philippines, le Vietnam ou encore la Thaïlande.

BELGIQUE : DES AMENDES POUR LES JOUEURS DE POKÉMON GO SUR LA VOIE PUBLIQUE


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CONTROL, PAWEL KUCZYNSKI, 2016
La police belge compte verbaliser les joueurs de Pokémon Go distraits par le jeu qui se mettent en danger sur la voie publique. 
PHOTO AFP
Selon plusieurs médias belges, l'amende s'élèverait à 55 euros.

Selon les journaux belges De Morgen et Het Laatste Nieuws, la police belge souhaite verbaliser les chasseurs de Pokémon distraits qui se promènent smartphone à la main et se mettent en danger sur la voie publique.

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PHOTO BELGA
La police se base sur l’article 7.2 du code de la route qui stipule que «les usagers doivent se comporter sur la voie publique de manière telle qu’ils ne causent aucune gêne ou danger pour les autres usagers» selon Le Vif.