dimanche 20 août 2017

LE PARC FORESTIER, UN HAVRE NATUREL AU CŒUR DE LA MÉGAPOLE DE SANTIAGO DU CHILI


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MUSÉE NATIONAL DES BEAUX-ARTS
PHOTO PLATAFORMA URBANA


Santiago – Le Parc Forestier, un espace vert de plus de 17 hectares, est un havre naturel et un poumon vert établi au début du XXème siècle au centre de la capitale chilienne Santiago.

Brahim Salaheddine AMHIL

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Classé parmi les lieux les plus visités de la mégapole, le Parc Forestier (El Parque Forestal), qui a plus de 110 ans d’existence, se trouve sur la rive sud de la rivière Mapocho. En 1901, le maire de Santiago de l’époque avait décidé de confier les travaux d’aménagement paysager du parc à Jorge Dubois qui y a planté plusieurs espèces chiliennes typiques telles que les Cryptocarya rubra (en espagnol: peumos), les palmiers, les araucarias, les quillajacées et d’autres variétés provenant de l’étranger comme les ceibos, les magnolias, les acacias et les paulownias.



L’un des monuments les plus représentatifs de ce parc est le Musée national des beaux-arts, un somptueux palais construit entre 1905 et 1910 dans un style néoclassique notoire et comportant des éléments de l’Art nouveau.


LA FONTAINE ALLEMANDE 
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Néanmoins, le long de la promenade dans le Parc 
Forestier, les visiteurs trouvent plusieurs monuments dont le plus emblématique reste « La fontaine allemande », actuellement en cours de restauration et qui était offerte en 1910, en donation au Chili par l’Ambassade d’Allemagne, à l’occasion des célébrations de la fête de l’indépendance du pays.

Lors des jours fériés et en fin de semaine, le parc se transforme en théâtre géant accueillant spectacles de rue, jongleurs, spectacles de marionnettistes et artistes de la scène urbaine.

L’intense activité culturelle, la bonne connectivité du site et l’intense flux de touristes et de randonneurs font du Parc Forestier de Santiago l’un des hauts lieux des amoureux de la nature et du dépaysement de la ville.

Ce havre de paix permet d’échapper de 
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l’effervescence du centre-ville ultra-bruyant en explorant les allées de ce petit coin du paradis idéal pour se relaxer ou perfectionner ses connaissances en art, en visitant les élégants musées exposant des collections d’art contemporain et de beaux-arts qui s’y trouvent le long de la rivière Mapocho.

En effet, le parc abrite deux musées : le Musée national des beaux-arts (Museo Nacional de Bellas Artes) qui met à l’honneur des artistes chiliens et du monde entier du XVe siècle à nos jours et le Musée d’art contemporain (Museo de Arte Contemporáneo) qui présente, quant à lui, les œuvres modernes d’artistes tels que Damien Hirst ou Isamu Noguchi.

En plus, l’atmosphère calme des lieux, conjuguée à la magie des feuillages des arbres, qui en automne composent un tableau vivant de couleurs, offre un spectacle naturel envoûtant pour le plus grand plaisir des visiteurs tous venus profiter du cadre paisible du Parc Forestier.

Situé dans le centre historique de Santiago, le Parc Forestier est à quelques pas seulement de l’emblématique Place des Armes (Plaza de Armas).

samedi 19 août 2017

CES OBJETS QU’ILS ONT EMPORTÉS SUR LES ROUTES DE L’EXIL

LA PHOTOGRAPHE VIVIAN OLMI, ELLE AUSSI,
EST ARRIVÉE EN SUISSE EN PROVENANCE DU
CHILI AVEC UN OBJET PRÉCIEUX À SES YEUX:
UN ALBUM DE PHOTOS.
PHOTO VIVIAN OLMI
La photographe Vivian Olmi a demandé à de jeunes migrants arrivés en Suisse de poser avec le souvenir le plus marquant de leur pays d’origine. Une exposition dévoile ses portraits, réalisés dans une salle de classe au collège de Béthusy, à Lausanne.
SAMIRA, 16 ANS, SOMALIE: «NOS DROMADAIRES SONT LES
 PLUS BEAUX AU MONDE.» L’UN DES 38 PORTRAITS RÉALISÉS
PAR VIVIAN OLMI À DÉCOUVRIR À LA GALERIE FOCALE,
À NYON, DU 20 AOÛT AU 24 SEPTEMBRE 2017
Ils s’appellent Hestan, Ajzen, Samira, ils sont âgés de 13 à 16 ans et viennent du Portugal, d’Erythrée, de Syrie ou du Brésil. Arrivés en Suisse avec leur famille ou comme mineurs non accompagnés, les uns ont fui un conflit armé, les autres la crise économique. Certains ont simplement suivi leurs parents.

Réalisés entre 2015 et 2016, les 38 portraits de ces jeunes migrants immortalisés par Vivian Olmi seront à découvrir à la galerie Focale, à Nyon, du 20 août au 24 septembre prochain.

Parmi ceux-ci, celui de Samira, une jeune Somalienne âgée de 16 ans, qui a choisi de poser avec un dromadaire. «Ces habits que je porte sont traditionnels de mon pays et représentent ma culture, confie-t-elle. Quand je mets ces vêtements, c’est pour des événements importants. Comme pour un mariage ou une fête. Quand un homme se marie avec une femme, elle doit obligatoirement porter ces habits. Et l’homme doit donner cent dromadaires à la famille de la mariée. Dans mon pays, les dromadaires sont très importants et on boit aussi leur lait. Ce sont les plus beaux du monde et les animaux les plus nombreux de Somalie. C’est pourquoi j’ai choisi une statuette qui les représente.»

CHILI: DERNIÈRE ÉTAPE POUR DÉPÉNALISER L’AVORTEMENT THÉRAPEUTIQUE

Si elle promulguée, la nouvelle législation, initiative de la présidente Michelle Bachelet, autorisera l’avortement pour les femmes dont la vie est en danger, qui ont été violées ou si le foetus est jugé non-viable.

Jeudi, la dirigeante socialiste a affirmé que cette loi est «le minimum dû par le Chili à ses femmes», assurant que son gouvernement défendrait «sa pertinence et sa constitutionnalité».

Elle a toutefois dit qu’elle respecterait la décision du Tribunal constitutionnel, quelle qu’elle soit.

Aux alentours du bâtiment de l’institution, dans le centre de Santiago, des manifestants opposés à la loi étaient rassemblés vendredi matin, priant et entonnant des chants religieux. Ils étaient venus avec des berceaux vides.

«Le projet (de loi) devrait s’appeler légalisation du meurtre ou de l’infanticide par traîtrise et torture pré-natale d’un enfant dans le ventre de sa mère, en situation de vulnérabilité», a lancé Marcela Aranda, membre du groupe religieux «Vivez la foi», l’une des 135 organisations et personnalités ayant présenté leurs arguments pour et contre la loi, face aux juges du Tribunal constitutionnel, entre mercredi et jeudi.

Vendredi, les dix magistrats entendront notamment deux avocats représentant le gouvernement avant de délibérer et de se prononcer, sans doute dans la journée selon des sources judiciaires consultées par l’AFP.

Jusqu’en 1989 et pendant plus de 50 ans, l’avortement était permis en cas de risque pour la mère et de foetus non-viable. Mais, avant de quitter le pouvoir, l’ancien dictateur Augusto Pinochet (1973-1990), l’a interdit, laissant cette décision inchangée durant plus de deux décennies.

Depuis, ce texte déchaîne les passions: le Chili a été un des derniers pays développés à reconnaître le divorce en 2004 et l’Eglise y est très présente.

Officiellement le Chili enregistre quelque 30.000 avortements provoqués ou spontanés, mais les interruptions clandestines pourraient être de l’ordre de 160.000.

Outre le Chili, 18 pays dans le monde, dont Haïti, le Congo et le Vatican, interdisent totalement l’avortement.

AFP

vendredi 18 août 2017

MORT D’ALBERTO HURTADO JÉSUITE CHILIEN


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LUIS ALBERTO MIGUEL HURTADO CRUCHAGA
1952 -18 AOÛT- 2017
SOIXANTE-CINQUIÈME ANNIVERSAIRE
DE LA MORT D'
ALBERTO HURTADO
Mort d’Alberto Hurtado jésuite chilien, écrivain, accompagnateur spirituel, penseur social, conférencier et fondateur d' « El Hogar de Cristo, » un mouvement pour accueillir les sans abris et pauvres au Chili.
Luis Alberto Miguel Hurtado Cruchaga, dit Saint Alberto Hurtado, né le 22 janvier 1901 à Viña del Mar Chili et mort le 18 août 1952 à Santiago du Chili, était un prêtre Jésuite chilien. Très engagé dans l'apostolat social, avec une attention particulière pour les enfants et les familles défavorisées, il est le fondateur de l'œuvre « Hogar de Cristo ». Ne délaissant pas la réflexion sociale il fut également écrivain et fondateur en 1951 de la revue « Mensaje ». 

Alberto Hurtado est entré le 14 août 1923 au noviciat de la Compagnie de Jésus et fut ordonné prêtre le 24 août 1933. Professeur de collèges, il se dépensa aussi au service des pauvres et des enfants. Il construisit une maison pour les Exercices spirituels, fonda en 1947 l’Asociation sindical Chilena. Son amour pour le Christ et pour les pauvres était la source de son activité sacerdotale, apostolique, éducative, caritative et sociale.

Béatifié en octobre 1984, il fut canonisé par Benoît XVI le 23 octobre 2005. Liturgiquement, il est commémoré le 18 août.

FONTENAY : LES ANCIENS IMMIGRÉS LATINOS NE VEULENT PAS OUBLIER

Une première réunion vient de se tenir entre volontaires. Leur objectif : ouvrir un centre de la culture et de la mémoire latino-américaine le 25 juin 2018, pour fêter les 25 ans de la Maison du citoyen. Entre 1973 et 1987, c’est dans ce bâtiment, alors foyer géré par la Mission de France, que près de 800 immigrés du Chili, de l’Argentine, du Paraguay, de l’Uruguay ont passé de six mois à un an à leur arrivée en France. Le temps d’apprendre à parler français, de trouver un travail et un logement. « L’exil, au départ, c’est une chose atroce, se souvient Susana, arrivée d’Uruguay à 22 ans, avec sa fille. J’avais choisi de fuir vers la France, mais c’était très dur ce déracinement. Ma fille n’a pas dit un mot pendant un mois. Ce foyer, c’est devenu petit à petit notre havre de paix. »

Un lieu où ils ont enfin pu parler, évoquer les dictatures, leur acte de résistance, les proches perdus… « On n’avait plus de famille de sang, on s’en est reconstitué une de cœur, évoque avec émotion Norma, qui a quitté l’Argentine pour la France en 1980. J’ai gardé des affiches, des livres, des photos et je veux les laisser pour les générations suivantes.»


LA MAISON DU CITOYEN DANS LES ANNÉES 1970
Alicia Bonet-Krueger et son mari Aldo avaient déjà réalisé une exposition, en mars 2016, pour les quarante ans du coup d’Etat en Argentine. « Je voulais proposer mes quelque 500 livres, les affiches, les tableaux, les photos à des lieux de recherche, mais ils ne sont pas sûrs de tout garder et moi j’ai du mal à m’en séparer. Alors si c’est à Fontenay c’est parfait», avoue celle qui s’est battue des années 1970 jusqu’en 2012 pour faire condamner, en Argentine, les assassins de son premier mari.

Les fondateurs du centre de mémoire ont déjà pris contact avec la mairie et la Maison du citoyen pour obtenir une salle dédiée. Ils ont commencé le long travail d’inventaire de leurs documents. « Et on est tous motivés pour écrire chacun notre biographie et en faire un livre », défend Leyla Guzman, arrivée du Chili à l’âge de 12 ans. Celle qui tient la boutique associative Newen a elle aussi accumulé beaucoup de documents et d’œuvres culturelles. « Nous avons perdu dernièrement plusieurs anciens du foyer, qui nous ont légué leurs témoignages. Il ne faut pas tarder à tout regrouper. »

Sorte de médiathèque, le centre de culture et de mémoire se veut en lien avec le présent. « Notre histoire commune doit bénéficier aux autres, estime Manuel qui a fêté ses deux ans au foyer en arrivant d’Argentine. Ça fait mal au cœur qu’aujourd’hui, les structures dont nous avons bénéficié ne soient pas là pour les nouveaux réfugiés politiques, comme les Syriens. La France n’est plus si accueillante qu’elle était. »

L’office de tourisme vous emmènera sur les traces des réfugiés

La place de l’amitié entre les peuples fera partie du tour dans Fontenay proposé par l’office de tourisme de la ville sur les traces de l’immigration sud américaine.

La présence de nombreux immigrés d’Amérique latine à Fontenay a tellement marqué la ville que l’office de tourisme et le comité départemental du tourisme envisagent de lancer des visites guidées sur ce thème.

Plusieurs habitants de la ville, investis dans la préservation de la mémoire de cette vague d’immigration ont été contactés pour devenir guides d’un jour. La balade pourra mener les volontaires sur les pas des Argentins, Paraguayens, Uruguayens, Chiliens qui se sont réfugiés à Fontenay. Les sites à découvrir seront la maison du citoyen, la boutique associative et culturelle Newen, la place de l’amitié entre les peuples et la piscine Salvador Allende. Pour finir, un repas composé de plats d’Amérique du Sud sera proposé au restaurant latino la Milonga.

mercredi 16 août 2017

LE CHILESAURUS, LE « CHAÎNON MANQUANT» ENTRE DEUX FAMILLES DE DINOSAURES ?


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IMAGE GABRIEL LÍO
Une étude estime que ce spécimen contribue à combler un écart évolutif, présentant les caractéristiques des théropodes et des ornithischiens. 
Herbivore à l’allure de terrible carnivore, le chilesaurus pourrait être le « chaînon manquant » entre deux grandes familles de dinosaures. C’est ce qu’avance une étude parue mercredi 16 août dans la revue britannique Proceedings of the Royal Society B et qui prône une révision complète de leur généalogie. Ce dinosaure contribue à combler un écart évolutif, explique à l’Agence France-Presse Paul Barrett du musée d’histoire naturelle de Londres, coauteur de la recherche.
« Cette découverte nous aide à comprendre comment un type de dinosaure s’est transformé en un autre type, complètement différent. »
L’animal, qualifié de « l’un des dinosaures les plus déroutants et les plus fascinants » par le chercheur, a été mis au jour dans le sud du Chili en février 2004. Un garçon de 7 ans accompagnait ses parents géologues dans les Andes quand il est tombé par hasard sur des fossiles présents dans des roches de la fin de la période du Jurassique, il y a environ 150 millions d’années.

Le chilesaurus a tout de suite intrigué les chercheurs par ses caractéristiques inhabituelles : il a « presque l’air d’avoir été conçu à partir de plusieurs animaux différents », résume M. Barrett. Il a ainsi la tête d’un carnivore, mais les dents plates d’un herbivore – indispensables pour broyer la matière végétale.

COUVERTURE DE LA REVUE 
«  NATURE » 
DU 18 JUIN 2015
À l’occasion d’une étude précédente publiée en 2015, des scientifiques avaient ainsi placé le nouveau venu dans la famille des théropodes, dont il a l’allure, parmi lesquels figurent les fameux tyrannosaure et vélociraptor.

Mais après avoir étudié plus de 450 caractéristiques anatomiques de dinosaures primitifs, M. Barrett et son collègue Matthew Baron de l’université de Cambridge sont affirmatifs : c’est un ornithischien, un dinosaure au « bassin d’oiseau ». Il rejoint dans ce groupe le tricératops, l’iguanodon et le stégosaure.

Ascendance commune

Et, pour les chercheurs, il est donc le «chaînon manquant» entre les dinosaures herbivores et les carnivores. « Ces deux groupes ont partagé une ascendance commune datant de 220 à 225 millions d’années, explique Paul Barrett. Cet ancêtre commun a donné deux groupes : l’un est devenu les théropodes mangeurs de viande, l’autre les ornithischiens végétariens. »

IMAGE GABRIEL LÍO
Selon l’étude, le chilesaurus serait « un membre très précoce » de ce deuxième groupe. Il en possède le bassin et les dents plates, mais pas le bec, ce qui pourrait en faire un spécimen de transition entre les deux familles. Pour résumer : ce dinosaure « montre comment un animal qui ressemble à un mangeur de viande à deux pattes peut se transformer en quelque chose qui commence à devenir un mangeur de plantes ».

Cette découverte vient conforter une précédente étude des deux chercheurs publiée en mars qui remettait en cause la classification des dinosaures. Depuis plus de cent ans, on répartit ces derniers en deux grands groupes : les saurischiens (qui comportent les théropodes) et les ornithischiens. MM. Barrett et Baron avaient remis en cause cette classification en affirmant que les théropodes et ornithischiens appartenaient au même groupe.

mardi 15 août 2017

LA MÉTAPHORE DU FÉMININ CONTESTATAIRE CHEZ DAMIELA ELTIT

DIAMELA ELTIT GONZÁLEZ
PHOTO LA TERCERA




1 En 1983, Diamela Eltit publie son premier roman, Lumpérica, qui met en scène le corps féminin de L.Iluminada, un corps mutilé, qui est soumis, comme ceux des  « pálidos » avec lesquels la protagoniste partage l'espace de cette place santiaguine, au contrôle permanent du panneau lumineux. Dans ce récit, Eltit dévoile les prémisses d'un projet littéraire radical qu'elle poursuit dans chacun de ses romans ultérieurs : révéler le potentiel dissident d'un féminin solidaire des marges. C'est un engagement qu'elle partage avec d'autres autrices des années 80, avec lesquelles elle organise en 1987 à Santiago le « Congreso internacional de literatura femenina latinoamericana ». L'ensemble des interventions au congrès interrogent la spécificité de la production littéraire des femmes latino-américaines, un questionnementqui conditionne l'émergence d'une scène littéraire et critique nouvelle, avec ses espaces éditoriaux propres, comme la maison d'édition Cuarto Propio1. C'est ainsi que se constitue une « comunidad crítica » (Oyarzún, 2004), qui réunit des romancières comme Diamela Eltit et Guadalupe Santa Cruz, des poétesses comme Nadia Prado et Marina Arrate, des critiques littéraires comme Carmen Berenguer, Nelly Richard, et Raquel Olea, qui se lisent mutuellement, et sont engagées, d'un point de vue esthétique et théorique, à la fois dans la déconstruction des catégories figées du masculin et du féminin, et dans la conceptualisation d'une différence féminine qui serait pivot d'un discours contre-hégémonique.

Hélène Deville 

Dans ce travail, à travers une contextualisation et une analyse du parcours littéraire de Diamela Eltit, nous chercherons à mettre au jour les tensions que rencontre cette scène culturelle dans son élaboration d'un discours féministe propre.

Nous verrons, dans un premier temps, qu'Eltit, et plus généralement les autrices et critiques latino-américaines des années 80, convoquent et s'approprient les débats qui animent le féminisme émanant des centres, notamment le dilemme égalité/différence et la question de l'écriture féminine.

Dans un second temps, nous nous pencherons sur le travail de contextualisation des théories féministes métropolitaines que réalise Eltit, en inscrivant son analyse des rapports de genre dans un contexte historique et politique spécifique à l'Amérique Latine et au Chili en particulier, marqué par le postcolonialisme et l'autoritarisme militaire.

Pour terminer, nous verrons comment la production de Diamela Eltit intègre les enjeux du féminisme latino-americain actuel, aux prises avec le multiculturalisme, traversé par la tension entre savoirs féministes académiques et mouvements sociaux – entre discours et expérience –, confronté à la contradiction inhérente à la nécessité politique d'affirmer l'identité et la théorisation post-moderne d'une identité nomade, multiple, mouvante.

*

Dans le Chili des années 80, la réception des théories du féminisme international joue un rôle important dans l'émergence des productions littéraires et critiques des femmes. Dans un entretien avec Leonido Morales, Diamela Eltit évoque l'impact décisif du féminisme international dans le positionnement des écrivaines de sa génération : « (…)la categoría de mujer-escritura a mí me parece una pregunta que abrió el primer mundo, y que en otras cosas nos preguntó a nosotras, las mujeres latinoamericanas, qué pensábamos de eso, y tuvimos que incorporarlo, que me pareció bien interesante. » (Morales, 1998: 202). Autrices et critiques interrogent les rapports de genre qui structurent l'accès au champ littéraire et installent la relation entre écriture et identités sexuées au cœur de leur démarche. Pour ce faire, elles convoquent les conflits discursifs autour de la différence qui agitent le féminisme international depuis les années 70. En effet, alors que Luce Irigaray, Hélène Cixous ou Julia Kristeva défendent la positivité de la différence-femme qui s'incarne en littérature dans l´écriture féminine, Judith Butler et Teresa de Lauretis récusent l'essentialisme inhérent à cette approche qui inverse mais ne remet pas en cause l'opposition masculin vs féminin, et soulignent le double impératif de mettre au jour le processus discursif par lequel sont construites et figées les identités sexuées, et de déstabiliser ces fictions identitaires. Ces deux tendances entraînent des stratégies sensiblement différentes dans la façon d'articuler discours littéraire et identités sexuées: récupération d'un féminin pré-symbolique, pour les unes, remise en cause de la bicatégorisation et revendication de la fluidité et de la performativité du genre, pour les autres. Prendre part à ce débat, pour les autrices latino-américaines, est un moyen de négocier leur entrée dans un champ littéraire latino-américain masculino-centré, en revendiquant leur différence en tant que femmes. Dans l'article "Latinoamérica: escribir en los bordes. Latin America Writing in the margins" (1991), Eltit explique qu'aux difficultés matérielles que rencontrent les femmes pour accéder à l'espace littéraire s'ajoute de la non-reconnaissance de la qualité de leur discours : « (…) la mujer que escribe es inhabilitada para ejercer su función como operadora cultural, a partir de su invalidación como valor literario. Así, privada de esta función, se la despoja, finalmente, de la posibilidad de alterar los modelos que propicia esta estrategia política. » (Eltit, 1990). Avec Thérèse Courau2, on peut donc affirmer que l'exclusion des femmes du champ littéraire est le résultat d'un double processus: 1) de différentiation et marginalisation au nom de la différence – par des ressorts matériels et discursifs –, 2) d'indifférenciation, afin d'occulter, par l'équation masculin = universel, la première opération de marginalisation. Les stratégies de légitimation des autrices s'inscrivent donc en réaction à ce double processus, qui les oblige 1) à interroger l'existence d’une spécificité féminine de l’écriture, puisque c'est au nom de cette prétendue spécificité qu'elles n'accèdent pas au discours ou que leurs productions sont reléguées à des genres « mineurs » 2) à montrer que le discours littéraire canonique n'est pas neutre mais masculin. Ainsi, selon Nelly Richard,

 (…) afirmar que la escritura es in/diferente a la diferencia genérico-sexual equivale a complicitarse con las maniobras de generalización del poder establecido que consisten, precisamente, en llevar la masculinidad hegemónica a valerse de lo neutro, de lo im/personal para ocultar sus exclusiones de género tras la metafísica de lo humano-universal3.

On voit bien, par conséquent, que l'influence du féminisme international, et plus particulièrement du débat autour de l'écriture féminine, permet à Eltit et aux écrivaines de sa génération d'amorcer une réflexion décisive sur les rapports de genre qui opèrent dans l'espace littéraire, et d'articuler une stratégie d'insertion dans un champ excluant au moyen de la positivisation de la différence.

8 Néanmoins, si l'on s'attache à décrypter la relecture du débat entre différentialistes et anti-essentialistes à laquelle procèdent les différentes intervenantes du congrès de Santiago, l'analyse apportée par Thérèse Courau montre que, loin d'être univoque, leur positionnment oscile entr la revendication de ce que Courau appelle un "féminin resignifié" et le refus d'un biologisme déterminant4. Elle donne l'exemple de Lucía Guerra, qui, dans sa communication lors du congrès de Santiago, met à distance les théories de Cixous et Irigaray :

(…) la diferencia femenina como modelo basado en el correlato físico o biológico del cuerpo-mujer, conlleva el peligro de recaer en un nuevo determinismo sexual, ya que la representación verbalizada de la mujer estaría finalmente condicionada por las figuras realistas de su destino anatómico5.

Diamela Eltit met elle aussi en garde contre le piège essentialiste de l'écriture féminine, qui serait complice d'une différenciation excluante :

Creo entender que una cierta teoría y crítica feministas buscan dilucidar gestos de crisis o resistencia o la calidad del sujeto en algunas producciones escritas por mujeres. Y eso es importante. Pero existe otra modalidad crítica en la que se avala cualquier obra literaria de mujeres dentro de una lectura sociológica. No me convence este razonamiento, pues lo que podría pasar es que las mujeres escritoras entren a habitar en un gran gheto, en una mejor periferia, compitiendo entre ellas, pero que el sistema central permanezca intocado6.

10 Les critiques féministes latino-américaines s'inscriraient plutôt dans la filiation de Kristeva, qui élabore « un segundo modelo de relación femineidad-diferencia que parte del texto como 'juego, trabajo, producción, práctica' : materialidad lingüística del proceso de estructuración del sentido. » (Richard, 1990: 25). La réelle potentialité de subversion du discours dominant résiderait alors dans le passage d'une littérature féminine à ce que Nellly Richard définit comme une « feminización de la escritura », qui opère, d'après elle « cada vez que una poética o una erótica del signo rebalsa el marco de retención/contención de la significación masculina con sus excedentes rebeldes (cuerpo, libido, goce, heterogeneidad, multiplicidad) para desregular así la tesis normativa y represiva de lo dominante actual. » (Richard, 2008). Il existe ainsi, chez Eltit et les autrices post-golpe , une posture différentialiste « dénaturalisée » qui fait de l'allégeance à un "féminin resignifié" un vecteur de transgression. Si Richard défend la « relación privilegiada de lo 'femenino' en/de la mujer con lo somático-pulsional (con aquellos flujos indisciplinados que no se ajustan al control normativo de la ley simbólica) por encontrarse ella situada en los bordes de discriminación del sistema masculino » (Richard, 2008), elle avertit cependant: « la relación entre mujer y transgresión no está nunca garantizada a priori » (Richard, 2008). La transgression n'opère que lorsque « la dinámica de los signos que moviliza lo femenino rompe, desde y en la textualidad misma, con las significaciones excluyentes y monológicas » (Richard, 2008). Cette dynamique du féminin-dissident peut ainsi être partagée par des auteurs masculins, comme l'affirme Diamela Eltit :Yo creo que sí hay por supuesto un femenino y un masculino, que son categorías culturales, y otra cosa es la biología, ser hombre y mujer. Y que por supuesto el poder ha estado más bien en manos masculinas, el ejercicio el poder masivo, y entre otras cosas, el ejercicio de la escritura también. En ese sentido, yo pienso que hay escritores, hombres, que no son centristas. Si se toma la categoría masculino para aquello central, y femenino para aquello periférico, porque es indudable que el centro lo ha ocupado lo masculino y la periferia lo femenino, yo diría que hay sin embargo escritores, como Joyce, para poner un ejemplo monumental, que estarían más bien cerca de lo que corresponde a lo femenino7.

11 Le féminisme européen et nord-américain vient donc nourrir la réflexion et l'esthétique des critiques et écrivaines latino-américaines des années 80. Cependant, celles-ci ne souscrivent pas de manière figée à l'une ou l'autre des théories féministes émanant du centre, bien au contraire elles opèrent une relecture de ces théories, se les approprient, et puisent en elles des stratégies plurielles pour construire un discours littéraire dissident.

**

12 Si les autrices et critiques latino-américaines des années 80 convoquent le répertoire idéologique du féminisme hégémonique, la spécificité historique et politique de leur continent rend nécessaire un travail de contextualisation : « las escritoras latinoamericanas debemos realizar un profundo y atento trabajo de reflexión, precaviéndonos de traspasos lineales y precipitados de modelos feministas internacionales, sin considerar nuestra cultura particular y nuestro específico contexto social » (Eltit, 1990), explique Diamela Eltit. Ainsi l'impératif de différenciation est double: il s'agit de se différencier et du discours critique et littéraire « masculin », et du féminisme hégémonique qui ne prend pas considération l'impact du post-colonialisme, de l'autoritarisme et du capitalisme qui exercent dans le Chili des années 80 des formes de subordination homologues et entrecroisées. Pour Eltit et sa génération, les revendications féministes sont indissociables de la lutte contre la dictature. Nelly Richard explique que le congrès de 1987 porte une double marque d'énonciation: d'une part celle « de la violencia y la censura política del Chile de la dictadura », d'autre part, celle de « la marginalidad periférica de la escritura latinoamericana frente al discurso académico metropolitano » (Richard, 2008). C'est cette double marque qui, selon elle, confronte la critique locale à « la necesidad de reajustar el saber importado de la teoría feminista internacional en función de lo que provocan y demandan en Chile la poética y la narrativa emergentes » (Richard, 2008). Cette allégeance à l'anti-autoritarisme et au féminisme chez les autrices latino-américaines conditionne une réaction axée sur la positivation de la différence. Il s'agit de se différencier au sein du champ littéraire anti-autoritaire en tant que femmes, et au sein du champ des études féministes en tant que latino-américaines. Elles brandissent pour cela l'arme du « féminin resignifié » dans sa dimension politique : à travers une opération métaphorique, dans ce féminin se trouvent englobées toutes les formes de résistance aux mécanismes d'enfermement des sujets, qu'il s'agisse de l'oppression coloniale, post-coloniale, dictatoriale, ou néolibérale. À l'occasion d'un entretien réalisé en 1988, Eltit revient sur cet engagement en faveur de « lo marginal »:

8 Maria Foxley, Ana, « Diamela Eltit: me interesa todo aquello que este a contrapelo del poder », La (...)
Esto marginal, sería como el desborde de la institución algo que pertenece a la sociedad pero se le opone. Uno lo puede figurar en un momento en un prostíbulo, en lo indígena, en el problema de la mujer, en el de las minorías sexuales, en relación y enfrentamiento con el poder y con la institución8.

13 La lutte contre l'oppression patriarcale s'inscrit ainsi au sein d'une réflexion sur les relations de pouvoir et d'exclusion. D' après Richard, les autrices chiliennes des années 80

9 Richard, Nelly, « Arte, fugas, y disidencias de códigos », in Nelly Richard, Feminismo, género y di (...)
trazaron líneas de fugas, de revueltas y descentramiento, en el interior de los lenguajes de la represión y de la censura oficiales, cifrando en lo 'femenino' las potencialidades metafóricas de una desobediencia a los códigos (políticos, sociales, simbólicos, sexuales) que va mucho más allá del simple binarismo de género9.

14 Par ailleurs, Eltit met en relation dans son œuvre fictionnelle et théorique les rapports de genre et les rapports post-coloniaux. Dans l'article "Latinoamérica: escribir en los bordes. Latin America Writing in the margins" (1991), elle attribue la spécificité du féminisme latino-américain à l'histoire coloniale du continent:

10 Eltit, Diamela, « Escribir en los bordes », in Berenguer, Carmen, Eugenia Brito, Diamela Eltit, Raq (...)
Reconociendo que, quizás, compartimos un padre común con las mujeres de los países desarrollados -padre europeo-, nuestra madre es otra -la indígena- y en esa otredad aún no explorada, puede radicar el eje para que la mujer se establezca en la historia latinoamericana de modo permanente e iluminado para la nueva sociedad que tan urgentemente necesita del discurso, de los discursos de la mujer, es decir, de una verdadera democracia10.

15 Dans nombre de ses romans, Eltit entrelace les questions de genre dans l'espace familial avec les relations de domination à l'échelle continentale. Elle établit par exemple une analogie entre violence de genre et violence coloniale. Plusieurs des familles qu'elle met en scène ont pour genèse un viol au moyen duquel les pères pénètrent le corps-territoire des mères. Ainsi, dans le roman Impuesto a la carne (2010), la narratrice explique :
Con una precisión documentalista, mi madre me contó que el médico, el primero que se apoderó de nuestros organismos, la miró despectivo o no la miró, sino que se abocó a la estructura de sus genitales y al conjunto tenso de los órganos. Lo hizo con una expresión profesionalmente opaca, distanciada. Y luego se abalanzó artero para ensañarse con ella de un modo tan salvaje que en vez de examinarla la desgarró hasta que le causó un daño irreparable. […] [Mi madre] Dice que en ese momento entendió que una parte crucial de sí misma se había modificado, porque hasta ese día ella era inocente como una virgen o una lega una tonta y me asegura que el médico la sacó de ese estado11.

16 Chez Eltit, la répression exercée par les pères de ses romans au sein du foyer est complice d'une domination post-coloniale et néolibérale. Dans El cuarto mundo (1988), la narratrice explique au sujet de sa mère: « Ella piensa que mi padre está coludido con [la] nación [más poderosa del mundo] y que nosotros somos la carroña. » (Eltit, 2004: 223). Face à ces pères oppresseurs, la rébellion des mères des romans d'Eltit est systématique. En s'appuyant sur le ressort essentialiste de la thématisation de la maternité comme pivot de révolte, Eltit procède à une positivation de la différence féminine, et rend le féminin solidaire d'autres formes d'exclusion. L'émancipation des mères du joug conjugal s'accompagne ainsi d'une inclination pour la condition marginale. Dans Los Vigilantes, Margarita désobéit pour porter assistance aux « desamparados », alors que la mère de El cuarto mundo libère son désir sexuel dans l'adultère: « Se creyó acompañada por la voz desgarrada y atómica de una mujer negra que le abría las piernas para llevarla al final en un himno marginal y solemne. » (Eltit, 2004: 226). Ce potentiel contestataire du féminin-dissident est ensuite légué par les mères à leurs enfants, et aussi bien dans Los Vigilantes que dans de El cuarto mundo, la résistance des garçons à la figure paternelle et à un environnement extérieur répressif est consubstantielle à leur progressive acquisition de comportements traditionnellement considérés comme « féminins ».

17 À travers ces exemples, on voit comment la contextualisation des théories féministes des centres, notamment celle de la différence à l’œuvre dans l'écriture féminine, débouche sur la mise en scène d'un féminin métaphorique contre-hégémonique. Ce féminin contestataire peut être employé par des auteurs ou par des autrices, et se trouve dénaturalisé, quoique qu'il use du recours à une rhétorique essentialiste, à des fins politiques, comme nous venons de l'évoquer.

18 Néanmoins, le positionnement d'Eltit et de la « communauté critique » à laquelle elle appartient, comme nous l'avons vu, n'est pas univoque. La mise en œuvre d'une stratégie de différenciation s'accompagne d'une opération de déconstruction des catégories identitaires et donc d'indifférenciation, elle aussi tributaire du contexte politique au sein duquel elle se manifeste. En effet, l'œuvre de Diamela Eltit s'insère dans dans un ensemble de productions anti-dictatoriales, que Nelly Richard rassemble sous le nom de Escena de Avanzada, qui se caractérise par une esthétique du fragment :
ciertas poéticas críticas del arte y la literatura de la postdictadura prefirieron confesarse vulnerables y heridas : solidarias de la descomposición e interesadas en reestilizar los fragmentos de las totalidades fisuradas para expresar con ellos los cortes y sobresaltos de la discontinuidad histórica12.
13 Richard, Nelly, « Presentación » in Nelly Richard, Fracturas de la memoria. Arte y pensamiento crít (...)
19Ainsi, face à la destruction, la Escena de Avanzada s'engage dans un processus de déconstruction et embrasse une esthétique de la multiplicité. Elle emploie un langage, qui, parce qu'il ne sait pas « cómo nombrar los restos »13 (Richard, 2007), devient convulsé, elliptique, métaphorique, non référentiel. De la même manière, ces productions mettent en évidence l'éclatement du sujet, qui est représenté dans sa non-unicité, sa non-conformité avec les injonctions identitaires:
La constelación de obras de la Escena de Avanzada no sólo pretendió resimbolizar lo social fuera de las coordenadas represivas que lo encadenaban, sino, también, reintensificar el deseo individual y colectivo, abriendo líneas de fuga en los bloques de identidad y conductas normadas14.

20 Cette subversion des comportements normatifs, particulièrement en matière de genre, est une constante dans l’œuvre d'Eltit, qui fait du corps le siège de la dissidence, en proposant une ritualisation du travestisme, du jeu, de la danse, du chant, comme autant de vecteurs d'un rapport à l'identité non linéaire, fluide et mouvant. Dans le roman El cuarto mundo (1988) par exemple, les frères et sœurs s'adonnent à des jeux de rôles grâce auxquels ils expérimentent différentes identifications génériques: « Si yo era la esposa, mi hermana era el esposo y, felices, nos mirábamos volar sobre nuestra suprema condición. » (Eltit, 2004: 167). C'est la perversion des relations familiales traditionnelles, qui culmine avec l'union incestueuse des jumeaux, qui permet l'autodestruction des rôles différenciés comme masculins ou féminins.

21 Il y a donc chez Eltit à la fois 1) une « poétique » et « politique » du féminin basée sur une métaphorisation du féminin comme expression de toutes les formes de marginalités 2) une transgression des comportements normatifs en matière de genre et l'aporie d'une identité générique, multiple, dénaturalisée, performative, intermittente. Ces deux stratégies empruntées au féminisme international qui les présente comme contradictoires, coexistent, et sont l'objet d'une appropriation politisée et contextualisée. La différence se vide de son déterminisme biologique et devient politique; la déconstruction des catégories identitaires se fait l'écho de l'éclatement provoqué par le coup d'état de 1973. Les autrices latino-américaines font par conséquent de l'hybridité stratégique l'élément définitoire de leur positionnement littéraire. Elles glanent chez les penseuses européennes et nord-américaines les outils leur permettant l'analyse et la représentation de leur contexte propre, dans sa spécificité historique et politique.

22 À présent que nous avons analysé les conditions d’émergence des productions littéraires des femmes au sein de la nouvelle scène culturelle chilienne et latino-américaine des années 80, et mis en exergue l'opération d'appropriation qu'elles réalisent à partir des théories féministes métropolitaines, nous nous attacherons dans la troisième partie de ce travail à montrer comment Eltit et sa génération se positionnent par rapport aux enjeux auxquels est confronté le féminisme latino-américain actuel.

23 Ces enjeux sont nombreux mais possèdent un dénominateur commun : l'impératif d'interroger le sujet du féminisme latino-américain dans sa multiplicité et son hétérogénéité. Le premier élément à l'origine de cet impératif est le processus d'institutionnalisation que connaissent le savoir et les pratiques féministes à partir de la Transition. En effet, le féminisme chilien de la post-dictature redirige ses actions et réfléxions vers deux principaux domaines: les ONG et les départements de « Estudios de la Mujer » et « Estudios de Género » des universités. Richard évoque une « circunscripción y regionalización de la reflexión feminista », et explique que « el tema de la mujer perdió su impulso contestatorio y su dinámica agitativa » (Richard, 2007). Face au gender mainstreaming ambiant, la penseuse chilienne Kemy Oyarzún, incite alors le féminisme latino-américain à « promover sacudones espistemológicos a la reificación del concepto de género » (Oyarzún, 2010) et invite à jeter des ponts entre savoirs académiques et activisme politique. Tant Richard que Oyarzún revendiquent un féminisme dialogique qui rompe l'antagonisme entre expérience et discours, qui ne cloisonne pas le savoir académique, mais l'articule avec l'action politique.

24 Cette tension entre action et réflexion se trouve aussi au cœur du débat autour du multiculturalisme qui anime le féminisme latino-américain. À nouveau, l'enjeu consiste à problématiser le sujet du féminisme dans sa pluralité et sa diversité, tout en résistant au risque d'essentialiser la différence du féminin-latino-américain., de procéder à « la codificación de una 'otredad' de lo femenino y lo latinoamericano peligrosamente asociada a los mitos, los sentimientos y las ideologías de lo natural como conciencia espontánea y como narración primaria de un territorio y un cuerpo de origen. » (Richard, 2009). Cette opération aurait pour effet de cantonner féminin et latino-américanité au domaine de l'expérience, de priver le féminisme latino-américain de la capacité à se formuler théoriquement, et de renforcer ainsi l'hégémonie opérante dans les mécanismes de production de savoir.

25 Enfin, la mise en tension du sujet du féminisme est aussi l'effet de l'influence de la philosophie post-moderne à laquelle souscrit la nouvelle critique féministe latino-américaine, qui formule la non-unicité du sujet, et pense les identités au pluriel, dans leur caractère de relation non immédiate, non linéaire, soumise à des discontinuités. Ainsi, le féminisme latino-américain se trouve face à une impasse: comment s'affirmer politiquement, en s'appuyant sur un sujet vecteur de cohésion autour duquel articuler les revendications, tout en déconstruisant d'un point de vue critique ce même sujet ? Nelly Richard cristallise ce conflit entre action et discours dans l'interrogation suivante:
¿Puede el feminismo seguir hablando en nombre de “las mujeres”, sabiendo que el significado “mujer” – internamente contradictorio y externamente plural – se dispersa fuera de toda unidad coherentemente programable? ¿Cómo armar políticas de identidad basadas en una conciencia de género, si tanto la identidad como el género son recorridos, en sus cadenas de signos, por múltiples fracturas que interrumpen, desvían, y bifurcan el trayecto representacional que debería unir el sujeto del feminismo a su objeto : las mujeres?15

26 Si les discours artistiques et esthétiques sont traversés par ces nœuds de tensions entre identité et « désidentité », affirmation politique et déconstruction théorique, à travers des exemples tirés des œuvres d'Eltit, nous verrons comment la littérature imagine des stratégies hybrides qui lui permettent de dénaturaliser identité et différence(s), de visibiliser des subjectivités non-normatives, tout en revendiquant l'utopie politique d'une communauté englobante, incluante.

27 Comme nous l'avons vu précédemment, Eltit conjugue dans son projet narratif le recours à la différence resignifiée depuis une perspective politique, avec une opération de déconstruction de l'identité comme catégorie stable. Ces deux stratégies qui possèdent des visées différentes – affirmation politique d'une part, désaffirmation épistémologique d'autre part, coexistent, et sont unifiées sur le plan fictionnel par leur ancrage dans le corps. Le corps est à la fois le siège de la dissidence politique, le lieu depuis lequel rétablir un lien communautaire métaphorique, et le support métaphorique depuis lequel exprimer la fluidité et le nomadisme de l'identité. Il permet la mise en œuvre d'un mécanisme de l'ordre de l'essentialisme stratégique postulé par Spivak, sur lequel Richard se base pour proposer
una operacionalidad estratégica que nos permita deslizarnos desde las coreografías postmodernas de la indeterminación hacia el diseño de nuevas políticas y poéticas de la subjetividad : desde la torsión deconstructiva contenida en la problematización de la identidad y la crítica de la representación hacia las luchas emancipatorias por la significación16.

28 Le discours littéraire d'Eltit exploite cette flexibilité des stratégies, en instaurant un dialogue entre le « je » politique et le « je » métacritique au sein d'un « je » esthétique. Dans les romans Impuesto a la carne et El cuarto mundo, on retrouve un rapport stratégique à l'identité comme vecteur d'union et de cohésion. Dans Impuesto a la carne, la mère et la fille partagent un seul corps : la mère est contenue à l'intérieur de sa fille et elle lui insuffle sa force dissidente. Leur corps est maltraité, exploité par les médecins de l'hôpital mais c'est aussi à partir de lui qu'est formulée l'utopie d'une communauté ayant au cœur de son fonctionnement l'horizontalité des relations entre ses membres. C'est la « comuna » à laquelle aspire la mère et qu'elle finit par installer à l'intérieur du corps de sa fille : « En la patria de mi cuerpo o en la nación de mi cuerpo o en el territorio de mi cuerpo, mi madre por fin estableció su comuna. Se instaló en una comuna en mí rodeada de órganos que se levantan para protestar por el estado de su historia. » (Eltit, 2010: 183). C'est à partir de l'image du corps de la mère imbriqué dans celui de sa fille que les deux protagonistes résistent aux violences subies, en insistant de façon stratégique sur leur identité de femmes, indigènes, anarchistes. Leur corps partagé oppose ainsi à la dystopie de l'hôpital une utopie solidaire qui fait du lien mère-fille le prototype d'un lien communautaire instaurant des relations de réciprocité. On retrouve un processus semblable dans le roman El cuarto mundo, a travers le concept-métaphore de la « fraternidad sudaca ». En effet, l'inceste entre les jumeaux allégorise la revendication d'un modèle de société basé un lien fraternel et sur la cohabitation harmonieuse des différences. L''inceste est le support symbolique de l'union du masculin et du masculin, de l'instauration de relations non-hiérarchiques entre les genres. À nouveau, cette utopie politique est servie par la métaphore de l'union des corps, sexuelle, cette fois. Mais Eltit met l'accent sur le fait qu'il s'agit de « cuerpos sudacas ». Elle s'approprie le terme « sudaca17 » – désignation identitaire catégorisante reposant sur une idéologie naturaliste –, et le ressignifie pour et en faire le vecteur d'une utopie de société incluante. La sœur évoque ainsi « [el] poder de la fraternidad sudaca y [de] cómo nuestro poder podría destruir a esa nación de muerte. » (Eltit, 2004: 227).

29 Si d'un point de vue politique, Eltit insiste de façon stratégique sur l'identité pour rétablir un sentiment communautaire, d'un point de vue épistémologique, l'autrice opère une altération des catégories identitaires qui enferment le sujet. Eltit défend la flexibilité dans le rapport à l'identité, et pour donner à voir le caractère mouvant de ce rapport, elle emploie, dans plusieurs de ses romans, la métaphore des fluides corporels. À nouveau, le corps est l'espace privilégié depuis lequel Diamela Eltit interroge la constitution de la subjectivité. On peut évoquer par exemple le sang menstruel, qui s'écoule dans le roman Vaca Sagrada de façon simultanée à la mise en doute de l'autorité énonciative : « Sangro, miento mucho. » (Eltit, 1992: 11). De la même manière, dans Los vigilantes, dans la bave qui s´écoule de la bouche du fils s'inscrit la dissidence face au pouvoir hégémonique incarné par le père, la résistance aux tentatives de normativisation. La lecture que propose Cecilia Ojeada va dans ce sens: « El acto sostenido del babear, de dejar que los fluidos de su cuerpo fluyan libremente traspasando sus límites, alegoriza su resistencia ante la voluntad de los poderes hegemónicos de encerrarlo en una identidad fija. » (Ojeada, 2006).

30 À travers ces exemples de recours stratégique à l'identité, et de revendication d'une identité multiple, mouvante, on peut donc affirmer que dans ses œuvres, Eltit promeut une identité de l'ordre de celle qui est théorisée par Teresa de Lauretis, c'est à dire

una identidad múltiple, mudable, y a menudo en contradicción consigo misma, (...) una identidad compuesta por representaciones heterogéneas y heterónomas del género, raza y clase y, frecuentemente, compuesto de hecho a través del lenguaje y culturas; una identidad que se reclama partiendo de una historia de asimilaciones múltiples y en el cual se insiste a manera de estrategia18.

31 La littérature telle que la conçoit Eltit apparaît en fin de compte comme un lieu privilégié où faire cohabiter des stratégies qui ne sont pas réconciliables d'un point de vue analytique. C'est dans la littérature et le je/u esthétique que se défont momentanément les antagonismes entre essentialisme et anti-essentialisme, entre féminisme militant et féminisme théorique. Convaincue de ce rôle décisif des discours esthétiques, complémentaire à celui de la réflexion académique et de l'action militante, Richard affirme :
Le hacen falta también al feminismo lenguajes capaces de tejer ficciones utópicas; de jugar con un desorden terminológico que se preste a las aventuras de lo inclasificable; de preservar las fisuras e intersticios por donde hacer vacilar el sentido en el interior de las definiciones programadas: de abrir huecos para que los meandros conceptuales y las vagancias del nombre sin categoría fija se rebelen contra la normatividad profesional del saber competente de las disciplinas aplicadas19.

32 À travers à la fois la métaphorisation d'un féminin-dissident dénaturalisé, et la représentation de subjectivités rebelles, non normatives, qui défient les catégories sexuées, Eltit réaffirme la dimension politique de son engagement littéraire. C'est au moyen de la multiplication dans les discours esthétiques d'articulations identitaires non figées, dénaturalisées, que se renouvellent les imaginaires symboliques, et qu'on entrevoit la possibilité d'une transformation politique effective.


Bibliographie

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Richard, Nelly, « ¿Tiene sexo la escritura? », in Nelly Richard, Feminismo, género, y diferencia(s), Santiago: Editorial Palinodia, 2008.

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Notes

1 La maison d'édition Cuarto Propio porte le nom de Room of One’s Own (Une chambre à soi), titre d’un essai célèbre de Virginia Woolf publié en 1929.

2 Courau, Thérèse, sous la direction de Michèle Soriano, L’ordre sexué du discours : le positionnement de Luisa Valenzuela dans le champ littéraire argentin, Thèse de doctorat, Université Toulouse 2, 2012.

3 Richard, Nelly, « ¿Tiene sexo la escritura? », in Nelly Richard, Feminismo, género, y diferencia(s), Santiago: Editorial Palinodia, 2008.

4 Dans sa thèse de doctrat, Thérèse Courau procède à une analyse détaillée de la relecture par les autrices latino-américaines du conflit entre différencialistes et anti-essentialistes: Courau, Thérèse, sous la direction de Michèle Soriano, L'ordre sexué du discours: le positonnement de Luisa Valenzuela dans le champ littéraire argentin, Thèse de doctorat, Université de Toulouse 2012.

5 Guerra Cunningham, Lucía, « Silencios, disidencias y claudicaciones: los problemas teóricos de la nueva crítica feminista », in Berenguer, Carmen, Eugenia Brito, Diamela Eltit, Raquel Olea, Eliana Ortega y Nelly Richard (Eds.), Escribir en los bordes. Congreso internacional de literatura femenina latinoamericana 1987, Santiago: Editorial Cuarto Propio, 1990, p.28-29.

6 Eltit, Diamela, « Erránte, errática. » in Lértora, Juan Carlos, Una poética de literatura menor: la narrativa de Damiela Eltit, Santiago: Editorial Cuarto Propio, 1993, p.23

7 Morales, Leonidas, Conversaciones con Damiela Eltit, Santiago: Editorial Cuarto Propio, 1998, p.203-204

8 Maria Foxley, Ana, « Diamela Eltit: me interesa todo aquello que este a contrapelo del poder », La Época, 20 Novembre 1988, p. 4-5

9 Richard, Nelly, « Arte, fugas, y disidencias de códigos », in Nelly Richard, Feminismo, género y diferenci(s), Santiago: Editorial Palinodia, 2008

10 Eltit, Diamela, « Escribir en los bordes », in Berenguer, Carmen, Eugenia Brito, Diamela Eltit, Raquel Olea, Eliana Ortega y Nelly Richard (Eds.), Escribir en los bordes. Congreso internacional de literatura femenina latinoamericana 1987, Santiago: Editorial Cuarto Propio, 1990.

11 Eltit, Diamela, Impuesto a la carne, Buenos Aires : Eterna Cadencia, 2010, p.13.

12 Richard, Nelly, « Las marcas del destrozo y su reconfiguración en plural. » in Nelly Richard, Fracturas de la memoria. Arte y pensamiento crítico, Buenos Aires: Siglo Veintiuno editores, 2007.

13 Richard, Nelly, « Presentación » in Nelly Richard, Fracturas de la memoria. Arte y pensamiento crítico, Buenos Aires: Siglo Veintiuno editores, 2007.
14 Ibid
15 Ibid

16 Richard, Nelly, « Experiencia, teoría y representación en lo femenino latinoamericano » in Nelly Richard, Fracturas de la memoria. Arte y pensamiento crítico, Buenos Aires: Siglo Veintiuno editores, 2009.

17 Terme péjoratif désignant les migrants sudaméricains.

18 De Lauretis, Teresa, Feminist Studies / Cultural Studies, Bloomington: Indiana University Press, 1986, citée
par Braidotti, Rosi, Feminismo, Diferencia sexual y subjetividad nómade, Barcelona: Gedisa Editorial, 2004, p.22.

19 Richard, Nelly, « Experiencia, teoría y representación en lo femenino latinoamericano » in Nelly Richard, Fracturas de la memoria. Arte y pensamiento crítico, Buenos Aires: Siglo Veintiuno editores, 2009


Pour citer cet article

Référence électronique
Hélène Deville, « La métaphore du féminin contestataire chez Damiela Eltit », Amerika [En ligne], 16 | 2017, mis en ligne le 03 juillet 2017, consulté le 15 août 2017. URL : http://amerika.revues.org/8185 ; DOI : 10.4000/amerika.8185
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Auteur

Hélène Deville
Université Toulouse – Jaurès, CEIIBAhelenedeville@free.fr