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jeudi 2 avril 2020

CORONAVIRUS : RAFAEL GOMEZ NIETO, HÉROS ESPAGNOL DE LA LIBÉRATION DE PARIS, EST MORT

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PHOTO GERARD JULIEN / AFP
Portrait Après avoir fui le régime franquiste puis débarqué en Normandie, Rafael Gomez Nieto avait participé à la libération de Paris et combattu les nazis. Il est décédé à Strasbourg, à 99 ans, du coronavirus.
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PHOTO GEORGES MELAMED
C’est un héros de la Seconde Guerre mondiale qui a été emporté, mardi 31 mars, par le coronavirus. «Avec lui part un pan de l’histoire de la libération de Paris et des Républicains espagnols », a déploré à l’AFP l’historienne Evelyn Mesquida.

► Libérer la Mairie de Paris


Le 24 août 1944, Rafael Nieto et ses compagnons républicains espagnols de « la Nueve » (neuvième) sont les premiers à entrer dans la capitale occupée aux côtés de la 2e division blindée du Général Leclerc. Chauffeur à bord du half-track baptisé Guernica et accompagné par la centaine d’anciens résistants espagnols, il a pour mission d’atteindre et libérer la Mairie de Paris. Ils ne mettront qu’une heure et demie pour se frayer un chemin depuis la porte d’Italie jusqu’à l’hôtel de ville. Ce fait d’arme exceptionnel lui a valu la légion d’honneur en 2012.

Son père, fidèle partisan de la République espagnole, a été carabinier pendant la guerre civile. Après la débâcle de la bataille de l’Èbre en 1938 à laquelle il participe, lui et sa famille décident de traverser les Pyrénées pour se réfugier en France. Rafael Nieto se retrouve à 17 ans parqué dans un camp de concentration pour réfugiés à Saint-Cyprien, non loin de Barcarès, où les conditions de vie sont déplorables. Rafael et son père se font passer pour deux frères et se débrouillent avec de faux papiers pour rejoindre un oncle à Oran, en Algérie française. En 1942, après le débarquement des forces Alliés en Afrique du Nord, Rafael décide de son propre chef d’intégrer les Corps francs d’Afrique. Et il intègre la « Nueve ».

► Un destin lié à celui de la compagnie


La vie de Rafael Gomez Nieto se raconte à travers cette compagnie. Créée en 1943, La Nueve tient son nom des 140 soldats d’origine espagnole qui la constituent sur un total de 160. La plupart sont républicains, souvent d’anciens combattants de la guerre civile qui fuient le régime franquiste comme Rafael Nieto. Officiellement française, la neuvième compagnie affiche cependant fièrement ses couleurs. Les véhicules sont symboliquement baptisés Guernica, Don Quichotte, Madrid et Guadalajara.

Sur leurs uniformes fournis par l’armée américaine, certains arborent le drapeau républicain espagnol. Au fil des campagnes militaires au Maroc et en Écosse, la réputation de la Nueve se renforce. Elle est constamment envoyée en première ligne et parvient à faire avancer les troupes. Le 8 août 1944, Rafael Nieto au volant du Don Quichotte débarque avec ses compagnons à Utah Beach pour venir en renfort des troupes engagées dans la bataille de Normandie.

Déjà sous les ordres du Général Leclerc, l’efficacité de la neuvième compagnie lors des dernières batailles la place en tête de file pour la libération de la capitale. Une victoire que ses membres célèbrent en agitant le drapeau républicain sur le balcon de l'hôtel de ville et en chanson. Mais la guerre n’est pas encore finie. Dernière étape : le Berghof, dans les Alpes-Bavaroises, aussi surnommé le « nid d’aigle » d’Hitler. Lors de cette ultime mission, beaucoup de ses camarades sont tués. Seuls seize membres de la Nueve en réchappent.

► Un travail de mémoire


Lors de Libération, Rafael Gomez Nieto défile aux côtés du Général de Gaulle sur les Champs Elysées. À la fin de l’année 1945, il est démobilisé et retourne mener sa vie de cordonnier à Oran, où il se marie et fonde une famille. Il est appelé en renfort lors de la guerre d’Algérie mais décide, fatigué par les combats, de partir vivre en Alsace en 1958. L’Histoire a cependant oublié les exploits de « la Nueve » et de Rafael Nieto.

C’est à partir des années 1990 que le travail de mémoire s’amorce petit à petit. En 2012, le chauffeur de la Nueve reçoit la plus haute distinction de la République française. Et en 2014, à l’occasion du 70ème anniversaire de la Libération de Paris, la maire Anne Hidalgo (espagnole d’origine) rebaptise les jardins de l'hôtel de ville, devenus « Jardin des combattants de la Nueve ». Ce mardi, c’est le dernier des combattants de la « Nueve » qui s’est éteint à Strasbourg.