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dimanche 19 avril 2020

WUHAN, LE LABO DE LA PEUR OU COMMENT TRUMP ET MACRON MÈNENT LEUR GUERRE DE PROPAGANDE CONTRE LA CHINE ET LA VÉRITÉ

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UNE FEMME EN TENUE DE PROTECTION DANS UN 
HÔPITAL DE WUHAN, EN CHINE, LE 13 AVRIL 2020.
PHOTO ALY SONG
Le laboratoire P4 de Wuhan fait partie d'une poignée de laboratoires au monde autorisés à manipuler les agents pathogènes de classe 4, des virus dangereux qui présentent un risque élevé de transmission.
Par Lina Sankari
PHOTO DU FINANCIAL TIMES POUR ILLUSTRER
L'INTERVIEW  EMMANUEL MACRON GETTY
Malgré les récusations des virologues, Washington ouvre une enquête sur une manipulation d’un laboratoire de Wuhan à l’origine du Covid-19. La propagande devient virale.

LABORATOIRE P4, INSTITUT DE VIROLOGIE DE WUHAN
PHOTO HECTOR RETAMAL/AFP 
Il n’y a pas loin du doute au complot. Dans la crise géopolitique née du Sars-CoV-2, tous les coups sont bons pour éloigner les critiques formulées nationalement sur sa propre gestion de l’épidémie. Donald Trump et Emmanuel Macron l’ont bien compris, et s’appuient sur un article paru dans la rubrique Opinion du Washington Post qui repose exclusivement sur des sources anonymes, afin d’infliger une nouvelle salve à la Chine. Selon le journaliste américain Josh Rogin, un accident au laboratoire P4 (pathogène de classe 4) de Wuhan serait à l’origine de la pandémie actuelle. Un scientifique contaminé aurait ainsi diffusé l’agent pathogène à Wuhan. L’institut de virologie est un établissement de pointe qui travaille sur les souches les plus dangereuses des virus connus comme Ebola. Seulement, personne n’est aujourd’hui en mesure de confirmer que le centre de recherches étudiait les coronavirus avant la propagation du Covid-19. Le Daily Mail assure pour sa part disposer de documents prouvant que les instituts américains de la santé auraient financé le laboratoire de Wuhan à hauteur de 3,7 millions de dollars depuis 2011.

Rien ne permet de dire que l’épidémie serait partie de Wuhan


DÉPISTAGE DU NOUVEAU CORONAVIRUS,
LE 16 AVRIL 2020 À WUHAN (CHINE)
PHOTO AFP
En 2018, après plusieurs visites à cet institut de virologie, créé avec l’aide la France, l’ambassade des États-Unis à Pékin aurait alerté les autorités américaines sur des mesures de sécurité insuffisantes. Rien ne permet de dire que l’épidémie actuelle serait partie de ce laboratoire, mais le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a annoncé une enquête. « Il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas », a abondé le président Emmanuel Macron dans une interview au Financial Times, mettant en cause le manque de transparence chinois. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, a, lui, martelé que Pékin serait sommé de répondre à des « questions difficiles ».

DESSIN FREDERICK BURR OPPER
La guerre de propagande se moque des vérités scientifiques. Dès février, le laboratoire assurait que les chercheurs avaient reçu des échantillons du virus le 30 décembre et séquencé le génome avant de transmettre les données, le 11 janvier, à l’Organisation mondiale de la santé. De nombreux virologues estiment pour leur part que le nouveau coronavirus, né chez la chauve-souris, a sans doute transité par une autre espèce avant d’être transmis à l’homme. En outre, les différences entre le Sars-CoV-2 et la souche du Sars-CoV-1 indiquent que l’un n’émane pas de l’autre, donc qu’il ne peut s’agir d’une manipulation de laboratoire.
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