vendredi 6 décembre 2013

CHILI - URSS 73, LES FANTÔMES DU NACIONAL

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« L'AFFICHE DU MATCH ! » 
Il y a quarante ans, le Chili se qualifiait pour la Coupe du monde 1974 avec un simulacre de match contre l’URSS, qui avait refusé de jouer à l'Estadio Nacional, lieu de détention et de torture.


cahiers du football
Le 11 septembre 1973 au Chili, une junte militaire met fin au régime socialiste de Salvador Allende élu démocratiquement trois ans auparavant. En pleine Guerre froide, le coup d’Etat constitue le point de départ d’une dictature longue de dix-sept années qui transforme en profondeur la société chilienne, et le pays change de sphère d’influence se rangeant du côté étasunien.

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MOMENT DU MATCH : « ALEXANDER KOZHEMYAKIN RATE LE BUT.  »   PHOTO VLADIMIR SHARENKOV  

0-0 au stade Lénine

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Dans ce contexte, se profile une double rencontre sportive face à l’URSS, qualificative pour la Coupe du monde 1974 en Allemagne. Prévue seulement deux semaines après le coup d’État, cette confrontation se charge d’une dimension symbolique qui dépasse le cadre sportif.


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ARKADY ANDRIASYAN FACE AU GARDIEN 
DE BUT CHILIEN JUAN OLIVARES.

Qu’il canalise les antagonismes ou qu’il les favorise, le sport fait partie intégrante des relations entre États, notamment lorsque ceux-ci sont opposés. Le football est donc soumis aux contextes internationaux et les rencontres deviennent l’avatar des rapports de force existants entre les protagonistes. Lorsque le Chili et l’URSS doivent se rencontrer à la suite de leurs parcours respectifs dans les zones Amérique du Sud et Europe, la politique s’invite sur le terrain du sport et le match devient une véritable "mise en scène métaphorique de l’affrontement, l’antagonisme entre deux pays" [1].

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LE 26 SEPTEMBRE 1973 À MOSCOU. L'URSS EST LE CHILI 0:0. LE MOMENT DU MATCH DE CARLOS CASZELY,  FRANCISCO VALDES , VLADIMIR  KAPLICHNYJ -AVEC LE BRASSARD DE CAPITAINE- ET OLEG DOLMATOV . 

La délégation chilienne qui s’envole le 24 septembre pour Moscou est dès lors considérée comme représentante d’un pays ennemi, et l’accueil qu’elle reçut à l’aéroport Sheremetyevo fut des plus glaciaux. Les autorités soviétiques retinrent les deux joueurs majeurs du Chili, l’attaquant Carlos Caszely et le défenseur Elias Figueroa pour de longs instants, prétextant des différences importantes entre leur physique et les photos de leur passeport. Après plusieurs heures d’attente et de tractations, les joueurs sont finalement autorisés à entrer en URSS dans une atmosphère tendue. Le match aller se dispute le 26 septembre dans le stade Lénine de Moscou, devant près de 60.000 personnes. Loin d’être favori, le Chili parvient à faire match nul sur le score de 0 à 0, résultat le plaçant dans de bonnes conditions avant le match retour de Santiago.

Chili-URSS 1974 Estadio Nacional Santiago

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DES PRISONNIERS POLITIQUES AU STADE  NATIONAL À SANTIAGO. LE 22 SEPT 1973

Lieu de torture

Prévue le 21 novembre, la rencontre doit avoir lieu à l’Estadio Nacional de Santiago, d’une capacité de 60.000 places, qui est devenu, depuis le coup d’État, l’un des plus grands centres de concentration et de torture du pays. Les militaires de la junte y font prisonniers les dissidents – ou supposée tels – au nouveau régime, avant de les torturer ou de les envoyer dans d’autres centres. Bien que cette utilisation sera méconnue de la majorité des Chiliens, notamment à cause de la censure et du contrôle des moyens de communication, environ 40.000 personnes passeront par l’Estadio Nacional durant la dictature.

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 « L’ANTI-HÉROS DE SANTIAGO  ». PHOTO DAVID BURNETT 


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PRISONNIERS
TORTURÉS

Refusant de cautionner les actes qui s’y déroulent, la Fédération soviétique repousse la décision de disputer la rencontre dans l’enceinte. Il n'est pas question de boycotter l’équipe du Chili, mais bien le lieu du match, comme l'attestent les contre-propositions faites à la FIFA pour que la rencontre ait lieu dans un autre stade. Le président de la Fédération soviétique de football, Valentin Granatkin, propose de trouver un terrain neutre dans une autre ville latino-américaine. L’initiative, liée aux premières critiques internationales sur la dictature chilienne, oblige la FIFA à s’intéresser au contexte politique et social du pays.

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CHILI SEPTEMBRE 1973 PRISONNIER
CONDUIT À UNE SÉANCE DE TORTURE
Le 24 octobre, la confédération envoie deux émissaires afin de visiter le stade et de contrôler les conditions de préparation de l’événement. Abilio D’Almeida, vice-président brésilien de l’organisation et Helmuth Kaeser, secrétaire général suisse, passent alors quarante-huit heures à Santiago. Nettoyé par les militaires, le stade est présenté aux émissaires. Si plusieurs témoignages confirment la présence de nombreux prisonniers au moment de la visite, ceux-ci se devaient de rester invisibles, à l’abri des regards. Les deux hommes de la FIFA visitent également le centre de la capitale et participent à plusieurs réunions avec les autorités chiliennes. Ils rendent public un communiqué évoquant une situation normale et une tranquillité totale, que s’empresse de reprendre le journal El Mercurio, véritable relais du régime militaire [2].



Simulacre de rencontre

L’instance internationale du football, soucieuse de donner l’image d’un football indépendant des événements politiques, et préservant par la même occasion des intérêts économiques colossaux, cautionne la dictature de Pinochet et l’utilisation militaire du stade en acceptant le déroulement du match dans la capitale chilienne.
   
Les Soviétiques ayant maintenu leur refus, la FIFA qualifie le Chili pour la Coupe du monde 1974 en s’appuyant sur l’article 22 de son règlement, qui stipule que si « une équipe ne se présente pas pour un match [...] l’équipe doit être considérée comme perdante et le match attribué à l’équipe opposée ». De fait, elle informe le 19 novembre que « ne doivent pas voyager à Santiago du Chili les arbitres Ramon Barreto, Uruguayen, et José Pestarino, Argentin, qui allaient occuper le poste de juges de touches pour la rencontre Chili-URSS ». La sélection chilienne obtient la qualification sur tapis vert, la victoire automatique de deux buts à zéro lui étant acquise.

La junte militaire décide d’organiser un simulacre de rencontre pour célébrer ses héros et transforme l’événement en un véritable show de propagande dans le but de mettre en avant les valeurs de la nouvelle société chilienne: ordre, discipline, nationalisme. Le 21 novembre 1973, l’équipe chilienne entre sur le terrain de l’Estadio Nacional garni de plusieurs milliers de spectateurs, et participe à une parodie de football. L’arbitre local Rafael Hormazabal, choisi pour suppléer les arbitres internationaux privés de voyage par la FIFA, donne le coup d’envoi de la rencontre. Les joueurs avancent en se faisant plusieurs passes jusqu’au but adverse, où le capitaine de la sélection, Francisco Valdes, pousse le ballon dans les filets. Sans opposition, le Chili marque le but qui scelle symboliquement sa qualification pour la Coupe du monde 1974 devant les yeux incrédules des spectateurs.

Présente en Allemagne, la sélection chilienne quittera la compétition au premier tour sans avoir gagné le moindre match. Son voyage en Europe sera l’occasion pour de nombreux exilés chiliens de protester contre la dictature de Pinochet.

  • [1] Histoire politique des Coupes du monde de football, de Paul Dietschy, Stéphane Mourlane et Yvan Gastaut (Vuibert, 2006).
  • [2] "FIFA informo al mundo que la vida en Chile es normal", El Mercurio, 4 novembre 1973.

jeudi 5 décembre 2013

L'EX-PRÉSIDENT SUD-AFRICAIN NELSON MANDELA EST MORT

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PABLO MILANÉS - NELSON MANDELA, SUS DOS AMORES DANS LE CD PROPOSICIONES (1988)
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NELSON MANDELA EST MORT
Le président sud-africain Jacob Zuma a annoncé ce soir la mort de Nelson Mandela à 95 ans. Le héros de la lutte anti-apartheid s'est éteint « paisiblement» dans sa maison de Johannesburg, a-t-il déclaré en direct à la télévision publique. 
« Notre Nation a perdu son fils le plus grand », a déclaré Jacob Zuma, annonçant des funérailles nationales. Les drapeaux sud-africains seront en berne dans tout le pays à partir de demain matin. Le président a appelé ses concitoyens à la « dignité et à ce respect que Madiba (le surnom de Mandela) incarnait lui-même. »  « Exprimons la profonde gratitude pour une vie vécue au service des gens de ce pays et de la cause de l'humanité » , a-t-il enchaîné. « C'est un moment de profond chagrin (...) Nous t'aimerons toujours Madiba ».
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NELSON MANDELA À LONDRES LE 29 JUIN 2008. PHOTO JOHNNY GREEN
Nelson Mandela, qui fut le premier président noir de son pays de 1994 à 1999, a été hospitalisé du 8 juin au 1er septembre pour une rechute d'une infection pulmonaire et probablement d'autres complications. Plusieurs membres de sa famille ou proches s'étaient rendus à son domicile de Johannesburg, où l'ancien président était en soins intensifs. La raison de ces allées-venues plus nombreuses que d'habitude n'avait pas été communiquée mais elles intervenaient deux jours après que Makaziwe, l'aînée des enfants de Mandela encore vie, avait indiqué pour la première fois que le héros de la lutte anti-apartheid était « sur son lit de mort»  bien que toujours combatif.
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WINNIE MANDELA, NELSON MANDELA ET JOE SLOVO DU PARTI COMMUNISTE  SUD AFRICAIN, DANS LE FNB STADIUM, ANCIENNEMENT SOCCER CITY. PHOTO WESSEL OOSTHUIZEN / SASPA, SOWETO, LE 29 JUILLET 1992.
« Une grande lumière s'est éteinte » , pour David Cameron
 Leader du combat des Noirs contre la ségrégation de l'apartheid, Nelson Mandela a passé 27 ans de sa vie en détention. Libéré en 1990, le plus célèbre prisonnier politique du monde devint quatre ans plus tard le premier président noir démocratiquement élu de son pays (1994-1999). Il s'était retiré dès la fin de son mandat, pour se consacrer à la protection de l'enfance et à la lutte contre le sida, fléau de l'Afrique du Sud. L'ex-président avait été récompensé du prix Nobel de la paix en 1993.

MANUEL RICO, LE GYNÉCOLOGUE LE PLUS SEXY DU MONDE QUE TOUTES LES FEMMES S'ARRACHENT

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MANUEL RICO. PHOTO
Manuel Rico fait des ravages dans la ville de Concepción, au Chili. Le jeune homme de 24 ans a un physique qui laisse rêveur et est… gynécologue. Les femmes se bousculent à ses consultations, étonnant…
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MANUEL RICO. PHOTO

Manuel Rico a 24 ans, de beaux yeux bleus et une gueule d’ange… mais il n’est pas que ça. Le jeune homme est aussi stagiaire en médecine et plus précisément en gynécologie-obstétrique.


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DR. MANUEL RICO GYNÉCOLOGUE
Originaire d’Espagne, il est arrivé en septembre à l’Université de Concepción et a intégré le service d’un hôpital de la région en tant qu’étudiant d’échange, rapporte le site SoyChile. L’homme a été présenté lors d’une conférence de presse… le début d’un énorme buzz ! Depuis, de nombreuses femmes font la file pour ses consultations. Le beau gynécologue ne s’attendait pas à ça et révèle vouloir être « une personne anonyme », raté.


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DR. MANUEL RICO EN CALEÇON 

Mais Manuel Rico n’est pas n’importe qui, il a posé pour quelques photos et a aussi remporté un concours de beauté en Espagne. Le jeune homme explique au site : « C’était il y a quatre ans, c’était une belle expérience, un passe-temps. Je n’ai jamais voulu en savoir plus sur la mode. » Il préfère oublier ses heures de mannequin pour Gucci à Milan et Barcelone, afin de se concentrer sur son travail médical, ce qui le passionne vraiment.

mardi 3 décembre 2013

CHILI : LA LUTTE CONTINUE !

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CHILI : LA LUTTE CONTINUE ! LE MAGAZINE DE LA RÉDACTION LE VENDREDI 29.11.2013  DE 18H15 À 19H  « FRANCECULTURE», INVITÉ  : PIERRE KALFON, ÉCRIVAIN, ANCIEN DIPLOMATE, ANCIEN PROFESSEUR À L'UNIVERSITÉ DU CHILI DURÉE : 00:42:30 
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Ils ont été des dizaines de milliers à battre le pavé dans les rues de Valparaiso, Santiago ou Concepcion et à se hisser ainsi à la Une de l’actualité internationale. En cet été 2011, les télés du monde entier ont montré ces jeunes, souvent rejoints par leurs professeurs, et leurs parents. Ils ont manifesté plus de cent fois pour exiger enfin des universités gratuites, et une éducation publique de qualité. Pour en finir avec ces établissements hors de prix que leur a légué la dictature d’Augusto Pinochet. Le retour au pouvoir de Michèle Bachelet – la  (probable) future présidente chilienne, qui doit voir son élection confirmée par les urnes dans 15 jours exactement – suscite beaucoup d’espoir chez les étudiants.

lundi 2 décembre 2013

LULA DA SILVA : « CAMILA VALLEJO REPRÉSENTE UNE NOUVELLE FAÇON DE PENSER POUR LA POLITIQUE LATINO-AMÉRICAINE ».

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CAMILA VALLEJO, DÉPUTÉE ÉLUE, LULA DA SILVA, L'EX-PRÉSIDENT DU BRÉSIL, À LA CEPAL, LE 27 NOVEMBRE 2013. PHOTO RICARDO STUCKERT / INSTITUTO LULA 
« Je veux saluer une jeune promesse chilienne que j'ai eu l'opportunité d'inviter au Brésil la dernière fois que je suis allé au Chili. Je ne souhaite pas provoquer d'incident diplomatique avec le Chili, mais je crois que Camila Vallejo représente non seulement les femmes, mais aussi une nouvelle façon de penser pour la politique latino-américaine », a déclaré Lula.
Lula da Silva* : « Camila Vallejo représente une nouvelle façon de penser pour la politique latino-américaine ».

L'ex Président de la République, aux côtés de Ricardo Lagos*, a présenté devant la CEPAL*, la conférence magistrale « L'Amérique latine : un engagement pour le futur ». En outre, il a souligné l'intégration entre le Chili et le Brésil.
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BÁRBARA FIGUEROA, PRÉSIDENTE DE LA CENTRALE UNITAIRE DE TRAVAILLEURS DU CHILI (CUT),  CAMILA VALLEJO, DÉPUTÉE ÉLUE, LULA DA SILVA, L'EX-PRÉSIDENT DU BRÉSIL, ET ALICIA BÁRCENA, SECRÉTAIRE EXÉCUTIVE DE LA CEPAL, LE 27 NOVEMBRE 2013. PHOTO CARLOS VERA / CEPAL 

L'ex Président du Brésil Luis Ignacio « Lula » da Silva a fait l'éloge de la nouvelle députée Camila Vallejo et l'a qualifiée de représentante d'une nouvelle pensée politique pour l'Amérique latine, lors de son intervention devant la Cepal*.

L'ex Président de la République, avec l'ancien Président  Ricardo Lagos*, ont présenté la conférence magistrale « L'Amérique latine : un engagement pour le futur », au milieu du séminaire international sur le Développement et l'intégration de l'Amérique latine qui s'est tenu jusqu'à jeudi au siège de l'organisme international à Vitacura.
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BÁRBARA FIGUEROA, PRÉSIDENTE DE LA CENTRALE UNITAIRE DE TRAVAILLEURS DU CHILI (CUT),  CAMILA VALLEJO, DÉPUTÉE ÉLUE, LULA DA SILVA, L'EX-PRÉSIDENT DU BRÉSIL. PHOTO UPI

« Je veux saluer une jeune promesse chilienne que j'ai eu l'opportunité d'inviter au Brésil la dernière fois que je suis allé au Chili. Je ne souhaite pas provoquer d'incident diplomatique avec le Chili, mais je crois que Camila Vallejo représente non seulement les femmes, mais aussi une nouvelle façon de penser pour la politique latino-américaine », a déclaré Lula.

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LULA DA SILVA, L'EX-PRÉSIDENT DU BRÉSIL, ETRICARDO LAGOS : RICARDO FROILÁN LAGOS ESCOBAR A ÉTÉ PRÉSIDENT DU CHILI DE 2000 À 2006LE 27 NOVEMBRE 2013. PHOTO RICARDO STUCKERT / INSTITUTO LULA  

L'ex Président brésilien en outre a mis en valeur les échanges commerciaux entre le Chili et le Brésil, les considérant comme une partie fondamentale du développement de l'Amérique latine.

* Luiz Inácio Lula da Silva : Président du Brésil de 2003 à 2011
* Ricardo Lagos : Ricardo Froilán Lagos Escobar a été Président du Chili de 2000 à 2006
* Comisión Económica para América Latina y el Caribe 

dimanche 1 décembre 2013

SEXE À LA CHILIENNE : « IL N’Y A PAS DE MOTELS EN FRANCE ? MAIS COMMENT VOUS FAITES ? »

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MOTEL BAHIA. LE PREMIER MOTEL-BOEING DU PAYS. PHOTO ERWIN CUBILLOS  

Lunettes carrées, barbiche ciselée, ce père de famille s’affiche d’humeur badine. Fossettes coquines au creux des joues, il s’arrête à l’angle de la rue Las Perdices.

Brushing L’Oréal, jupe étroite et talons hauts, Francisca, chef de vente de 35 ans, l’y attend. Mariée, mère de deux enfants, elle grimpe sitôt la portière entrouverte. À hauteur du 356, la voiture stoppe devant l’entrée du motel Los Arbolitos. Sur l’enseigne, deux canetons batifolent.

Déjà émoustillés, Pablo et Francisca gloussent comme des mômes. Se garent dans un box dédié. Derrière eux, un employé tire le rideau. Au fond du garage, une porte conduit directement à une chambre. Cinq-à-sept clandestin, secret d’alcôve à la chilienne.

« La discrétion est indispensable, commente la jeune femme un peu ébouriffée au sortir du motel. C’est très excitant de coucher avec son amant entre deux réunions. »

A ses pratiques adultères, elle ne voit qu’un bémol, la douche : « C’est embêtant de revenir au bureau les cheveux mouillés en pleine après-midi ! »

Francisca et Pablo ont fricoté dès l’école de commerce, mais n’ont jamais eu le statut de « pololo» (couple officiel, pas encore marié). Chacun a choisi de « fonder un foyer de son côté », détaille Francisca. «Et, maintenant, avec les enfants, le crédit de la maison et la famille, on ne va pas faire la révolution.»

Au Chili, forniquer, c’est péché

Galipettes discrètes, amours à la sauvette… Sur le front des mœurs, le « fauxculisme » est ici élevé au rang des beaux arts. Un sport national, une manière d’être (ou de ne pas être) et, plus que tout, un biais pour sauver les sacro-saintes apparences dans un pays toujours corseté par l’Église.

Perdition en semaine au motel, contrition le dimanche à la messe : un grand écart dont les Chiliens s’accommodent. Dans ce pays ultra libéral où le capitalisme hérité des années de dictature (1973-1990) autorise tout – licenciement sans cause, privatisation de la santé, de l’éducation, des transports, confiscation des terres… –, le sexe est sale, tabou… et le lobby catholique, tout-puissant.

Ainsi, le Chili continue à proscrire toute forme d’avortement. « Il a fallu dix ans de discussions au Parlement pour que la loi sur le divorce soit votée, en 2004 », ajoute Ricardo Viteri, sociologue.

« Avant, on se débrouillait pour annuler le mariage, on allait au tribunal avec deux témoins et on déclarait qu’on n’habitait pas à cette adresse. »

Hypocrisie, quand tu nous tiens ! L’éducation sexuelle, elle, « est inexistante et c’est une catastrophe, le coût en termes de santé publique est énorme », s’insurge Andrea Huneuus, gynécologue, qui reçoit beaucoup d’adolescentes en détresse. « Les jeunes gens entrent dans la vie amoureuse sans rien en savoir. »

Les parents se taisent, les mères rougissent et les pères toussent. Forniquer, c’est péché ! Officiellement, s’entend.

Asphyxiée par des dogmes d’un autre âge, la société chilienne renvoie pourtant à la communauté internationale l’image d’une pseudo-modernité. N’a-t-elle pas en 2006 porté la socialiste – et divorcée ! – Michelle Bachelet à la tête du pays ? Ne s’apprête-t-elle pas à réitérer ?

Si, mais les traditions pèseront à n’en pas douter plus lourd que les élections. Et les motels resteront les théâtres de plaisirs estampillés « coupables ».

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 PLEIN PHARES « MOTEL COSTANERA ». PHOTO CLAUDIO PEREZ 

C’est un bâtiment comme un autre, en plein centre de Santiago, coincé entre une église et une banque. Pas d’enseigne, juste un numéro, une porte de garage, une sonnette. Nous sommes le 17 septembre, la veille de la fête nationale... qui dure trois jours. Pour que leurs employés puissent préparer la « chicha », boisson à base de maïs fermenté, et acheter la viande pour l’« asado », le traditionnel barbecue, les patrons les lâchent tôt. Il est 13 heures.

Chauds comme la braise

A la réception, Marlene, dont le nom est brodé sur sa blouse, assure la permanence. « Completo, si, si, completo. Non, dans deux heures. » Le téléphone sonne sans arrêt. « Dis-moi, “querida” [“ma chérie”, ndlr], combien de chambres vont se libérer ? » A l’autre bout du talkie-walkie, Stefania, la femme de chambre, fait le décompte. « Deux, plus la Jacuzzi, disponible dans trente minutes. »

Marlene tient la caisse depuis vingt-huit ans. Elle en a vu des choses !

« Aujourd’hui, on travaille très bien, et pour cause, les couples adultères vont se bousculer. Les amants ne pourront pas se voir pendant ces jours fériés. Pas de bureau, pas d’excuse : vie de famille obligatoire !»

Ça sent la javel et l’humidité. A l’entrée du couloir sombre qui mène aux chambres – des alcôves d’un mètre sur deux –, des couples calés dans des canapés séparés les uns des autres par un petit rideau attendent qu’une « habitación » se libère. Chauds comme la braise, ils se pelotent ostensiblement.

Longs cheveux bruns, foulard mauve, ongles vernis de noir, Manuela, 25 ans, raconte :

« C’est un peu comme une partouze, on s’excite en écoutant les amants qui, comme moi et mon mec, se chauffent avant qu’un lit se libère. La dernière fois, j’ai un peu levé le rideau pour mater et on m’a engueulée : je comprends, on ne sait jamais, tu peux éventuellement tomber sur un collègue ou même sur ton mari ! »

Cinéaste à peine sortie de l’université, Manuela ne peut faire l’amour ailleurs. Elle et son compagnon vivent chacun chez leurs parents.

« Si on baisait chez moi, ma mère en crèverait, mon père me tuerait. Et puis je dors avec mon petit frère dans un lit superposé. Dans mon pays, pour les classes moyennes, l’amour, c’est pas glorieux. »

Elle ajoute :

« Quand mon chéri et moi étions complètement fauchés, c’était n’importe où : un parc, une voiture prêtée par un pote. Maintenant, on choisit des motels qui font des promos pour les étudiants, c’est moins cher le matin. »

Le tarif : entre 7 000 pesos (9 euros) et 8 000 pesos (12 euros) de 9 heures à 12 heures.

Quitter ses parents ? Impossible pour Manuela quand le salaire minimum est de 210 000 pesos (310 euros), tandis qu’un deux-pièces se loue 160 000 pesos ! José, son copain brun et rondouillard, reconnaît avoir « eu un peu honte d’aller dans ces endroits. Mais, finalement, on fait avec, parce que la société ne veut pas ouvrir le débat. Le non-dit arrange les gens ».

« On cherche des trucs bizarres »

Le chauffeur de taxi qui file vers le Marin 14, l’un des 600 établissements de Santiago, a l’œil qui frise. « Elle est pressée, la demoiselle, c’est ça ? », titille- t-il. Dire qu’on va au Marin 14, c’est avouer qu’on a rendez-vous galant.

Polo Silva, le directeur de l’établissement, fait le tour du propriétaire : « On invite les décorateurs à la fantaisie, car les pasajeros [“les clients”, ndlr] sont friands de surprises. » Un tortueux escalier mène dans la chambre dite africaine, un espace façon savane du pauvre, kitsch en diable : végétation artificielle, piliers en faux bois, peaux de léopard et lit king size.

« Il n’y a pas de motel en France ? Mais vous faites comment pour vous amuser ? Vous allez où ? », hallucine Elizabeth, doyenne des femmes de chambre.


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ELIZABETH POSE DANS LA CHAMBRE « GREY » PHOTO CLAUDIO PEREZ 
Elle déverrouille la chambre 18, baptisée Grey en référence aux cinquante nuances du roman. « Si on veut, on la loue avec les joujoux SM en prime », sourit-elle. « Pour celles qui cherchent le loup, il y a l’habitación 30, nommée “Petit chaperon rouge”. Les murs sont tapissés d’arbres et au-dessus du lit est écrit “je vais te dévorer” ! »

Dans une autre aile du Marin 14 déambule Veronica, 39 ans. Chargée de communication au civil, elle privilégie le non-dit dans le privé :

« Mon mec a quatorze ans de moins que moi et, chez nous, la différence d’âge est taboue. Si je m’exhibais avec lui, je passerais pour une pute. »

Elle saisit son iPhone et zoome sur sa dernière trouvaille, « un motel de Santiago avec balançoires au bord des lits. J’ai testé, c’est l’éclate », pouffe cette grande brune aux yeux bleus. « A force d’être bridés, on cherche des trucs bizarres : à la maison, je devrais mordre l’oreiller et, de toute façon, je ne pourrais pas amener un homme, entre ma mère, ma fille de 7 ans et ma sœur... »

Coincés à l’extérieur et libérés à l’intérieur

Veronica est à l’image des Chiliens, réputés pour être « cartuchos » (« coincés ») à l’extérieur et « sueltos » (« libérés ») à l’intérieur. « C’est notre fameux “double standard”, analyse Alejandro Arellano, journaliste et auteur. On veut paraître sages et raisonnables, mais ça ne tient pas. Notre société repose sur la duplicité. »

Scénographe et propriétaire de motel, Ximena confirme :

« Nous sommes très préoccupés par le qu’en-dira- t-on. Mon père, alors qu’il est soi-disant progressiste, n’a jamais admis que je tienne un établissement comme celui-là. »

BACHELET, ESPOIR DES CHILIENNES 
En 2006, l’élection de la socialiste Michelle Bachelet fut une vraie surprise. Sur une terre macho et catholique, « j’accumule toutes les tares : femme, divorcée et agnostique », ironisait celle qui fut aux manettes du pays jusqu’en 2010. Cette fois, elle revient presque dans un fauteuil. Les sondages la donnent gagnante du second tour de l’élection présidentielle organisé le 15 décembre.
Dépénalisation de l’avortement, parité en politique, lutte contre les violences et les discriminations professionnelles, la liste des revendications est longue comme une journée sans empanada. Autant dire que les Chiliennes attendent Bachelet de pied ferme.
Mais, pour l’ancienne exilée politique, coincée dans sa coalition, la marge de manœuvre est étroite. Quel grand écart entre sa gauche (communiste) et son centre (démocrate-chrétien) ? Comme le prophétise l’agente littéraire Mariana Hales, la cause des femmes avancera, certes, mais « à marche lente ».

Dans le quartier populaire de Recoleta, l’Ocho Art Hotel, géré par Ximena et son compagnon photographe, ne paie pas de mine.

Situé à cinq minutes de Sanhattan, QG du business et des affaires à Santiago, l’établissement se veut conceptuel.

« Nous ne sommes pas des moteleros traditionnels, mais nous cherchions une affaire et on s’est dit “pourquoi pas ?” », explique la svelte et brune Ximena, tout en inventoriant le stock de lubrifiants, vibromasseurs, boules chinoises et autres menottes fourrées qu’elle propose aux visiteurs.

« Mon métier, c’est la mise en scène, je travaille sur les vies fantasmées des clients.

Dans les chambres, tout est étudié, je laisse délibérément traîner des sous-vêtements, des chaussures de stripteaseuse ou des blouses d’infirmières canailles. »

Les murs de la « habitación clinica » sont immaculés. Près du lit, un chariot avec du vrai sérum physiologique, un tensiomètre, des gants.

Dans un coin, une chaise gynécologique rouge, retapée et molletonnée.

La pièce voisine, elle, fait froid dans le dos. C’est une prison. Une vraie cellule, qu’on peut fermer à clé. Au mur, un poster jauni de Playboy, un lit sommaire.

« Rien ne me choque, moi, on peut tout faire, je ne juge pas », réagit Thomas, l’ami de Ximena. Tous les deux veulent changer l’image un peu glauque des motels, mais célèbrent « la clandestinité », et scandent : « Plus on se cache, plus on exhale le sexe.»

S’en donner à corps joie

Au crépuscule, l’autobus de la compagnie Condor Bus s’essouffle sur la route du littoral. Santiago, ses six millions d’habitants et son smog sont distants de 100 kilomètres. Le long de la nationale, des forêts d’eucalyptus, des petits bois embrumés et quelques huesos (« paysans ») à cheval. La zone des motels démarre là, à la frontière d’une raffinerie.

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ENSEIGNE DU MOTEL ENSUEÑO (RÊVERIE) PHOTO CLAUDIO PEREZ 
Ensueñorêverie »), Toi et Moi, Je t’aime... Des panneaux annoncent la couleur et affichent les tarifs. En ce moment, dans le coin, on casse les prix : 6 000 pesos (9 euros) les trois heures.

A l’approche du cimetière de Concon, dans la province de Valparaíso, on aperçoit le Bahia. Le premier motel-Boeing du pays, un authentique 737 acheté et reconverti en « avion de tous les fantasmes » par Javier Margas, l’un des plus célèbres footballeurs des années 90.

« Viens, passe quand tu veux, je vais tout te montrer, promet au bout du fil l’ex-vedette du club Colo-Colo. Dans mon complexe, j’ai aussi un camion, une locomotive, un wagon de train. »

Pourquoi tant de fantaisie ? « Les gens cherchent la petite folie. Chez moi, on s’envoie en l’air au sens propre, si j’ose dire », plaisante-t-il. Au pied de l’avion, la signalétique aéroportuaire est parfaite. Une fausse tour de contrôle surveille les allées et venues. La compagnie a été rebaptisée Aereolineas del Amor.

Dans ce décor de carton-pâte aux allures de parc d’attractions bon marché, les Chiliens s’en donnent à corps joie. Et ce, comme de coutume, en toute discrétion.

Une auto se gare à l’arrière du Bahia. Un homme seul à bord. Cinq minutes plus tard, une autre voiture s’arrête. Une femme seule en sort. Elle reprendra le volant les cheveux mouillés. Dans le jésuite Chili, on préfère les motels aux noces rebelles.

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