mardi 13 février 2018

ARABESQUES : CLAUDIO ARRAU (2/5)


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CLAUDIO ARRAU,  ANNÉES 1955
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ARABESQUES : FRANÇOIS-XAVIER SZYMCZAK
 -RADIO FRANCE MUSIQUE- 
« CLAUDIO ARRAU - CHOPIN »,  
DIFFUSÉ LE MARDI 13 FÉVRIER  2018
DURÉE : 1:58:28
CLAUDIO ARRAU,  ANNÉES 1955
PHOTOGETTYIMAGES
Né le 6 février 1903 au Chili, Claudio Arrau est vite initié à la musique; il donne son premier concert à l’âge de cinq ans seulement, et joue pour le président chilien l’année suivante.  
«Cela commence toujours de la façon suivante : l'oeuvre crée en moi une sorte d'état orgiaque. Je sais alors que je dois étudier l'oeuvre à fond. Il faut avant tout qu'existe la vision créatrice. »  Claudio Arrau.
FRANÇOIS-XAVIER SZYMCZAK
Frédéric Chopin
Etude nº4 en ut dièse mineur opus 10 nº4 - pour piano
Claudio Arrau, piano
Pearl Gems 0070/1
Frédéric Chopin
Prélude en si bémolmineur opus28 n°16
Claudio Arrau, piano
Philips 422041
Franz Liszt
Concerto n°1 en mi bémol Majeur S 124 : 4. Allegro marziale animato
Claudio Arrau, piano
Orchestre de Philadelphie
Eugène Ormandy, direction
Sony 8884307165209
Ludwig Van Beethoven
Sonate nº29 en si bémol Majeur opus 106 Hammerklavier : 4. Largo - Allegro risoluto
Claudio Arrau, piano
Philips 432301-2
Franz Liszt
12 études d'exécution transcendante S 139 : Mazeppa
Claudio Arrau, piano
Philips 432 305-2
Jean Sébastien Bach
Variations Goldberg BWV 988 : Variations n°25 à 30 - Aria da capo
Claudio Arrau, piano
Sony 88843071652012
Ferruccio Busoni
Sonatine nº6 K 284 - fantaisie de chambre sur Carmen deBizet
Claudio Arrau, piano
Pearl Gems 0070/1
Ludwig Van Beethoven
Sonate nº21 en do Majeur opus 53 Waldstein pour piano :
Allegro con brio
Introduzione
Rondo
Claudio Arrau, piano
Philips 432301-2
Igor Stravinsky
Mouvements de Petrouchka (3) : danse russe
Claudio Arrau, piano
Pearl Gems 0070/1
Arnold Schoenberg
Pièces opus 11 : n°1
Claudio Arrau, piano
BBC Worlwide Music BBCL 4162-2
Frédéric Chopin
Extrait des 24 préludes opus 28 : Prélude en si bémol Majeur n°21
Karlrobert Kreiten, piano
Cavi Music 8553155
Frédéric Chopin
Extrait des 24 préludes opus 28 : Prélude en si bémol Majeur n°21
Claudio Arrau, piano
Philips 422041
Frédéric Chopin
Concerto n°1 en mi mineur opus 11 : Rondo
Claudio Arrau, piano
Orchestre Symphonique du WDR de Cologne
Otto Klemperer, direction
ICA ICAC 5045
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    vendredi 9 février 2018

    HWANG SOK-YONG : « MON PAYS, LA CORÉE, A ÉTÉ DIVISÉ D’UN TRAIT SUR UNE CARTE »


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    HWANG SOK-YONG

    L’écrivain, qui  a combattu la dictature sud-coréenne, entrelace dans son œuvre petite et grande histoire. Partisan d’un rapprochement avec Pyongyang, le septuagénaire évoque son engagement dans la gauche pacifiste
    Propos recueillis par Philippe Pons (Séoul, envoyé spécial
     L’ÉCRIVAIN SUD-CORÉEN HWANG SOK-YONG,
    LE 16 MARS 2016, À PARIS.
    PHOTO JOEL SAGET 
     
    Le romancier Hwang Sok-yong, l’un des écrivains sud-coréens les plus lus et traduits, vient de publier son autobiographie sous le titre Le Prisonnier (non disponible en français, mais des extraits ont été publiés dans le numéro de janvier-février 2018 de Critique). Agé de 74 ans, il a traversé le demi-siècle le plus tourmenté de l’histoire de la Corée.

    COUVERTURE
    MONSIEUR HAN 
    Engagé dans la lutte contre la dictature, sous surveillance constante des services de sécurité, exilé cinq ans puis emprisonné cinq autres années pour avoir participé à un congrès d’artistes en Corée du Nord, il a été de tous les combats pour la démocratie qui débuta finalement en 1987, une année avant les Jeux Olympiques de Séoul. Il revient sur les cinquante années écoulées dont les drames nourrissent son œuvre romanesque.


    Pourquoi ce titre « Le Prisonnier » ?

    Prisonnier derrière des barreaux, je l’ai été. Je le suis toujours : du temps, de mon passé, de la division du pays…

    Vous avez dit un jour : « Comment aurais-je pu ne pas être engagé : moins qu’un choix, ce fut mon destin ». Quand a commencé votre engagement ?

    L’ÉCRIVAIN HWANG SOK-YONG 
    EN MARS 2016
    PHOTO JOEL SAGET 
    C’était en avril 1960. J’étais étudiant en philosophie. J’avais 17 ans. Il y avait des manifestations d’étudiants et d’ouvriers contre la dictature de Syngman Rhee instaurée par les Américains au lendemain de la création de la République de Corée, en 1948. Le 19 avril eut lieu un soulèvement populaire déclenché par la découverte du cadavre d’un étudiant tué par des gaz lacrymogènes et jeté dans le port de Masan (sud-est). Un de mes amis a été grièvement blessé. Je me souviens qu’il saignait abondamment et que je ne pouvais pas arrêter l’hémorragie.

    COUVERTURE 
    PRINCESSE BARI
    À partir de ce que l’on appela par la suite « la révolution du 19 avril », l’engagement devint pour moi une sorte de destinée. Au cours de ce soulèvement, 186 personnes ont été tuées dans les affrontements avec la police. Un mois plus tard, Syngman Rhee fut renversé et s’exila à Hawaï. Mais après un intermède démocratique de quelques mois, le général Park Chung-hee prenait le pouvoir en mai 1961 à la faveur d’un putsch militaire et nous retombions dans la dictature.

    Mais allait commencer ce qu’on a baptisé le «miracle économique » : trente ans d’un développement effréné qui a sorti le pays de l’ornière de la pauvreté…

    JEON TAE-IL
    Il faut se souvenir que la prospérité d’aujourd’hui a été construite sur d’énormes souffrances du peuple et une dictature impitoyable : en 1970, un jeune ouvrier, Jeon Tae-il, travaillant dans les misérables ateliers de textile du quartier de Dongdaemun, à Séoul, se suicida par le feu pour protester contre ses conditions de travail. Toute une littérature s’est fait l’écho de la misère de ces années-là.

    C’est ce lourd tribut à la croissance que j’ai essayé de décrire dans mon récent roman Au soleil couchant (Editions Philippe Picquier, 2017) à travers la réflexion sur sa vie d’un architecte qui fut le serviteur de ce capitalisme sauvage. Il faut se souvenir aussi que cette « dictature pour le développement » fut féroce : chasse impitoyable aux dissidents, arrestations, tortures, enlèvements, disparitions inexpliquées dans des camps de rééducation….

    Même la grande figure de l’opposition, Kim Dae-jung (qui deviendra président en 1998), fut enlevée à Tokyo et faillit être jetée à la mer si Washington n’était pas intervenu in extremis. Des étudiants dissidents qui étaient à l’université en France furent également enlevés.

    Du temps de la dictature de Park Chung-hee (1961-1979), comment s’organisaient les opposants ?

    Une partie d’entre eux se lança dans l’opposition souterraine en constituant des réseaux de résistance dans le mouvement ouvrier. Une autre a cherché à éveiller la conscience populaire par des pièces de théâtre, notamment sur les campus, des rencontres et des débats clandestins. C’est cette forme d’action que j’avais choisie. J’étais sous surveillance des services de sécurité et de la police de mon quartier ; je devais chaque mois faire un compte rendu de mes activités.

    Puis, comme beaucoup de mes camarades j’ai dû faire mon service militaire et je fus envoyé au Vietnam, où l’armée sud-coréenne était engagée du côté américain. La division du Tigre et celle du Cheval blanc ont laissé des souvenirs atroces de massacres de populations civiles. Heureusement, je n’avais pas été affecté à ces unités. Il reste que j’étais là, du côté de ceux qui massacraient. Même si on n’est qu’un témoin, on reste responsable.

    LE ROMANCIER VIETNAMIEN BẢO NINH
    PHOTO FLORENTINE FILMS
    Un jour, j’étais assis au cours d’un dîner à côté de l’écrivain vietnamien Bao Ninh (Le chagrin de la guerre, Editions Philippe Picquier, 2011), qui a connu le même déchirement personnel que moi en raison de la situation de son pays, et je lui ai dit que je voulais (tenais à) m’excuser. Je me souvenais de ce que l’écrivain japonais Hiroshi Noma (1915-1991) m’avait dit un jour à propos de ce que son pays avait fait subir au mien : « Je tiens à m’excuser au nom de la littérature japonaise. »

    Puis, vous revenez en Corée du Sud. Six ans plus tard, Park Chung-hee est assassiné par le chef des services de renseignements et un autre général, Chun Doo-hwan, prend le pouvoir. En mai 1980, à Gwangju (sud-ouest), des unités d’élite chargent la foule à la baïonnette, tirent sur les manifestants et tuent plus de 200 personnes. Gwangju reste une blessure ?

    HIROSHI NOMA (1915 - 1991) 
    À vif, si profonde que des jeunes écrivains d’aujourd’hui, qui n’ont pas connu cet événement, reviennent dans leurs romans sur le climat de terreur qui régnait alors. Chun Doo-hwan, qui avait pris le pouvoir au lendemain de l’assassinat de Park Chung-hee, n’avait pas un contrôle complet de l’armée et il voulait frapper la ville de la principale figure de l’opposition, Kim Dae-jung.

    Nous n’avons jamais connu une pareille sauvagerie depuis la guerre de Corée. Gwangju fut un tournant dans l’histoire de la dictature. Des centaines de manifestants ont été jetés en prison et nous avons essayé de cacher ceux qui avaient échappé à la répression et étaient arrivés jusqu’à Séoul. Je me suis alors consacré à mon activité de militant au point que beaucoup pensèrent que j’étais perdu pour la littérature. J’étais tellement pris par l’aide aux rescapés du massacre, à Séoul, que je ne suis pas allé à Gwangju où était ma femme. Peu à peu, la découverte de l’ampleur de ce massacre a radicalisé les opposants.

    COUVERTURE
    LE VIEUX JARDIN 
    Dans votre roman Le Vieux Jardin (Zulma, 2005), qui n’est pas sans échos biographiques, un homme qui vient de passer dix-huit ans en prison pour sa lutte contre les dictatures, réfléchit sur sa vie, sa jeunesse perdue dans la clandestinité puis derrière les barreaux, sur son amour pour une femme, elle aussi militante, qui mourra sans qu’il l’ait revue. Vous arrive-t-il de penser « Qu’ai-je fait de ma vie » ?

    Oui bien souvent… Je crois que l’amour et l’histoire ne font pas bon ménage. On court avec son temps. Et après s’installe la nostalgie de ce qui aurait pu être et n’a pas été.

    À la suite d’une démocratisation embryonnaire à la faveur des JO de 1988, vous essayez de faire ce qu’aucun civil sud-coréen n’avait fait : aller en Corée du Nord…

    J’étais alors le porte-parole de l’Association des arts et de la littérature de Corée dont le président était le pasteur Moon Ik-hwan. Le gouvernement lançait une politique d’ouverture vers la Chine et l’URSS. Et nous avons pensé qu’il était temps de rompre la glace avec le Nord. Mais il était interdit de s’y rendre sous peine de prison, la loi sur la sécurité nationale, d’ailleurs toujours en vigueur, interdisant tout contact.

    Grâce à des amis japonais du Parti socialiste, j’ai obtenu à Tokyo un visa pour Pékin et de là, je suis allé à Pyongyang. J’y suis resté un mois et j’ai eu une dizaine de rencontres avec Kim Il-sung. Comme je ne pouvais pas retourner en Corée du Sud, je suis allé à Berlin. Le monde changeait : à Pékin, c’était le mouvement de Tiananmen, à Berlin, le mur tombait…

    J’ai passé deux ans en Allemagne, aidé par Günter Grass, et étroitement surveillé par les services allemands, américains et coréens des deux bords. Puis, je suis allé aux États-Unis. Grâce aux relations nouées avec Kim Il-sung, j’ai contribué à amorcer des négociations en vue d’une rencontre entre ce dernier et le président sud-coréen de l’époque, Kim Young-sam. Mais Kim Il-sung est mort deux semaines avant cette rencontre. Pensant que j’aurais une peine légère, je suis rentré en Corée du Sud en 1993. Arrêté à l’aéroport, j’ai été condamné à sept ans de prison. Je fus gracié en 1998 par Kim Dae-jung devenu président.


    Vous avez gagné le combat pour la démocratie, mais la division demeure. La réunification a été un grand idéal de votre génération. L’est-elle encore ?

    HWANG SOK-YONG
    PHOTO SEVEN STORIES PRESS
    Un mot sur la démocratie car les deux questions sont liées. Nous pensions avoir gagné la partie avec l’élection de Kim Dae-jung puis de Roh Moo-hyun, qui avaient ouvert une période d’apaisement politique (1998-2008). Puis, la droite est revenue au pouvoir avec la présidence de Lee Myung-bak et de Park Geun-hye (2008-2017), qui ont attisé la confrontation avec le Nord balayant les acquis de la politique du « rayon de soleil » de leurs prédécesseurs. Nous avons perdu dix ans et nous avons aussi découvert la vulnérabilité de la démocratie. Lorsque des millions de personnes portant des bougies ont réclamé pendant des semaines la destitution de Mme Park, j’ai retrouvé confiance en mon peuple.

    LA CORÉE DIVISÉE
    PHILIPPE REKACEWICZ, NOVEMBRE 1994
    La réunification ? Bien sûr, elle reste un idéal. En 1945, mon pays a été divisé d’un trait sur une carte par les vainqueurs de la guerre contre le Japon. Cette division nous a conduits à une guerre fratricide. Et nous avons été dépouillés du droit de tout État souverain de décider de son destin à commencer par celui de faire la guerre ou la paix. Ce droit, c’est Washington qui se l’est arrogé. Aujourd’hui, Donald Trump menace d’anéantir une partie de notre pays sans nous demander notre avis. Je crois qu’il est prématuré de parler de la réunification : il faut d’abord construire la paix dans la péninsule.

    Réunification est un mot contaminé, brandi à des fins politiques par le camp conservateur qui accuse ceux qui parlent de paix d’être favorables à Pyongyang. La Corée du Sud n’était même pas signataire de l’accord de cessez-le-feu de 1953 : ce dernier a été signé par les États-Unis au nom des Nations unies et par la Corée du Nord. La nucléarisation de celle-ci est une question entre Pyongyang et Washington. Mais nous pouvons, et nous devons, chercher à pondérer le jeu, à faire retomber la tension intercoréenne pour ouvrir la voie au dialogue.

    (traduit du coréen par Choe Mikyung)




    mardi 6 février 2018

    PÉDOPHILIE AU CHILI : UNE LETTRE MET EN DOUTE LES AFFIRMATIONS DU PAPE



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    JUAN CARLOS CRUZ LIT SA TABLETTE TACTILE  PENDANT UN 
    ENTRETIEN AVEC L'ASSOCIATED PRESS À PHILADELPHIE, 
    DIMANCHE, LE 4 FÉVRIER 2018. 
    PHOTO YVONNE LEE
    François aurait eu connaissance du témoignage d’une victime dès 2015, selon une lettre révélée lundi par l’agence Associated Press.
    Par Cécile Chambraud


    LE PAPE FRANÇOIS À IQUIQUE (CHILI), 
    LE 18 JANVIER 2018.
    PHOTO MARTIN BERNETTI
     
    Les révélations mettant le pape François chaque fois plus en difficulté se succèdent dans le scandale de pédophilie qui secoue le clergé chilien. L’agence Associated Press a révélé, lundi 5 février, que le chef de l’Église catholique aurait eu entre les mains, dès 2015, la lettre d’une victime du père Fernando Karadima témoignant des agressions sexuelles commises par ce prêtre de Santiago, reconnu coupable par l’Église au terme d’un procès canonique en 2011.

    L’IMPOSITION DES MAINS
    LES ÉVÊQUES ET LEUR 
    LEADER CHARISMATIQUE 
    FERNANDO KARADIMA 
    PHOTO TWITTER 
    Cette victime, Juan Carlos Cruz, a précisé dans sa lettre que l’évêque Juan Barros, à l’époque l’un des protégés de Fernando Karadima, avait été à de nombreuses reprises témoin de ces agressions sans jamais tenter de s’y opposer. C’est sa nomination comme évêque d’Osorno par le pape, en janvier 2015, que de nombreux catholiques de ce diocèse du sud du pays reprochent à François aujourd’hui. 

    Or, lors de la conférence de presse qu’il a tenue dans l’avion qui le ramenait de sa visite au Chili et au Pérou, le 22 janvier, le pontife argentin avait affirmé à la journaliste de l’agence qui l’interrogeait : « Vous, avec bonne volonté, vous me dites qu’il y a des victimes, mais moi je ne les ai pas vues, parce qu’elles ne se sont pas présentées. » « Elles n’ont pas apporté d’éléments à charge », avait-il insisté. 

    « ÉVÊQUE BARROS »
    DESSIN GUILLO
    Il avait longuement pris la défense de Mgr Barros, qui nie avoir été au courant des faits reprochés à Fernando Karadima : « Moi aussi je suis convaincu qu’il est innocent. » Il avait révélé avoir par deux fois refusé sa démission, une fois en 2014 et une autre après la bronca soulevée au Chili par sa nomination au siège épiscopal d’Osorno. Les révélations concernant la lettre rendent difficiles à comprendre ces déclarations.

    « Calomnies »

    En 2015, Juan Carlos Cruz a rédigé cette lettre de « huit pages » et aurait demandé à des membres de la commission pontificale pour la protection des mineurs de la faire parvenir au Vatican. Quatre membres de cet organisme créé par François en 2014 se seraient rendus à Rome en avril 2015 pour la confier à leur président, le cardinal américain Sean O’Malley. Celui-ci leur aurait assuré plus tard qu’il l’avait transmise au pape. L’archevêque de Boston aurait aussi confirmé à Juan Carlos Cruz, après la visite du pape à Philadelphie, en septembre 2015, avoir donné sa lettre au pape en main propre.

    « POUR CROIRE EN NOUS IL FAUT AVOIR LA FOI, 
    MAIS POUR QUE JE CROIE EN VOUS 
    IL FAUT M'APPORTER DES PREUVES. »
    Rejoignant ceux d’autres victimes, le témoignage de Juan Carlos Cruz décrit comment, dans le groupe de prêtres et d’adolescents fédérés par le charismatique père Karadima, les attouchements sexuels auraient été monnaie courante, le prêtre réclamant des jeunes qu’ils se plient à ses demandes. Quatre évêques, dont Juan Barros, et de nombreux prêtres chiliens sont issus de ce groupe.

    La contestation autour de Mgr Barros a totalement dominé la visite du pape au Chili, du 15 au 18 janvier. Avant de quitter le pays, François avait encore attisé la tension en affirmant qu’il n’y avait «pas une seule preuve » contre le prélat, victime selon lui de « calomnies ». Ses propos dans l’avion du retour n’ont rien arrangé. À tel point que, une fois à Rome, le pontife a dû décider, le 30 janvier, d’envoyer prochainement à Santiago un représentant pour écouter les accusateurs de Mgr Barros.


    « MILAGRO SALA, L’ÉTINCELLE D’UN PEUPLE»

     COUVERTURE DE « MILAGRO SALA, L’ÉTINCELLE D’UN PEUPLE »,
    D’ALICIA DUJOVNE ORTIZ, , 268 P., 12 € 


    Milagro Sala est un personnage particulièrement controversé en Argentine : pour les uns, cette militante sociale est une héroïne, combattante sans peur et sans reproche au côté des plus démunis ; pour les autres [le patronat et la grande bourgeoisie], elle est l’incarnation d’un système politico-mafieux qui pousse régulièrement le pays des gauchos au bord de la crise, entre corruption et violence.
    Gilles Biassette



    Une rebelle, à l’image de Tupac Amaru
    MILAGRO SALA  ET LE PAPE FRANÇOIS 
    Aujourd’hui âgée de 53 ans, la dirigeante et fondatrice du mouvement Tupac Amaru (du nom du descendant du dernier Inca, leader d’une rébellion contre le colonisateur espagnol au XVIIIe siècle) est depuis deux ans en détention préventive, sur ordre du gouverneur de la province de Jujuy, dans le nord de l’Argentine, proche du chef de l’État actuel, Mauricio Macri.

    Qui est donc Milagro Sala, prisonnière politique la plus célèbre d'Argentine ? Pour le savoir, Alicia Dujovne Ortiz est allée enquêter sur place, dans la province de Jujuy, au printemps 2017. Elle a rencontré Milagro Sala dans sa prison ainsi que son mari, ses camarades de luttes, des membres de son association Tupac Amaru, ses voisins, ses ennemis aussi. Au fil des témoignages se révèle une femme hors du commun, une révolutionnaire d'une générosité exceptionnelle qui a su mettre la cause indienne sur le devant de la scène, et qui est aujourd'hui en danger de mort. Ce livre se joint à la mobilisation internationale lancée pour exiger sa libération.[FNAC]

    Les accusations qui pèsent sur elle sont graves et nombreuses : incitation à la violence, fraude, détournement de fonds, extorsion, etc. Mais s’agit-il d’un processus judiciaire juste, ou d’un règlement de compte politique, visant cette alliée de l’ancienne présidente Cristina Kirchner ?

    Alicia Dujovne Ortiz, journaliste et romancière argentine, a choisi son camp : elle défend résolument la militante. Elle s’est rendue sur place en 2017, et livre aujourd’hui son enquête, décrivant le parcours de cette indienne pauvre, fille des rues confrontée à la violence et à la drogue et passée par la prison, avant de prendre en main son destin et celui de milliers d’enfants des rues.

    Un livre à sens unique

    « MILAGRO SALA, L’ÉTINCELLE D’UN PEUPLE»
     D’ALICIA DUJOVNE ORTIZ
    Son livre est, bien sûr, à sens unique. C’est un plaidoyer, et il est à lire comme tel. Mais l’auteur n’est pas seule à prendre la défense de Milagro Sala. En février 2016, Amnesty International et d’autres organisations ont déposé une plainte auprès des Nations unies et auprès de la Cour interaméricaine des droits de l’homme au sujet de cette affaire.

    Quelques mois plus tard, le Groupe de travail de l’ONU jugeait la détention de Milagro Sala « arbitraire » et demandait que « le gouvernement de la République d’Argentine la libère immédiatement ». « Après avoir analysé les motifs légaux de la détention de Milagro Sala, le groupe a conclu qu’aucun élément juridique ne justifiait cette détention », selon Amnesty International.


    Gilles Biassette

    lundi 5 février 2018

    MORT DE MARGOT DUHALDE, LA PILOTE CHILIENNE QUI A VOLÉ AU SECOURS DE LA FRANCE


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    MORT DE MARGOT DUHALDE
    Margot Duhalde, seule femme pilote des Forces françaises libres durant la Seconde Guerre mondiale, est décédée à 97 ans à Santiago, a annoncé lundi le gouvernement chilien.

    "Nous regrettons le décès de Margot Duhalde, première femme pilote du Chili", a écrit sur Twitter le ministère de la Femme et de l'Égalité des genres. 

    Le gouvernement, qui n'a pas précisé les causes de sa mort, a rendu hommage à "son courage pour réaliser le rêve de toute une vie, combattre les stéréotypes et ouvrir la voie aux autres femmes".

    "Pionnière de notre aviation, première femme pilote dans la FACH (armée de l'air chilienne), combattante contre le nazisme dans les forces françaises et britanniques durant la Seconde Guerre mondiale. Margot Duhalde a prouvé dans un monde d'hommes qu'il n'y a rien d'impossible pour les femmes", a réagi sur Twitter la présidente chilienne Michelle Bachelet.

    "Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu voler", avait-elle confié à l'AFP en 2017. 

    À peine âgée de 16 ans, elle était parvenue à convaincre ses parents de la laisser quitter Rio Bueno, localité du sud du Chili, pour s'installer à la capitale, Santiago, afin d'apprendre à voler. Quitte à mentir sur son âge. 

    À 20 ans et avec à peine une cinquantaine d'heures de vol à son actif, cette femme au caractère bien trempé est engagée comme sergent-pilote par le consulat de la France Libre à Santiago, en cachant son astigmatisme avant d'embarquer pour l'Angleterre.

    Grâce à l'intervention d'un pilote français rencontré au Chili, elle rejoint finalement l'Air Transport Auxiliary (ATA), organisation au service de la Royal Air Force, pour assurer le transfert des avions entre les usines et les aérodromes, dont le célèbre Spitfire, l'un des chasseurs de combat les plus utilisés par les Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale.

    Ces "ferry pilots" de l'ATA recevaient des formations théoriques sur les appareils à convoyer, qu'il devaient ensuite manier en s'appuyant uniquement sur un manuel. 

    "Les hommes disaient toujours que les femmes n'allaient pas être capables de piloter les avions, mais ils devaient ravaler leur fierté, parce qu'en réalité nous volions aussi bien qu'eux!", se rappelait-elle.

    Avec ses actes héroïques, cette mère d'un enfant a fait l'unanimité: elle été décorée par l'Angleterre, le Chili et la France, où elle a reçu la Légion d'honneur.

    Margot Duhalde a volé pour la dernière fois en 2007 à 86 ans.


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    vendredi 2 février 2018

    UNE CRISE DU LITHIUM SE PROFILE-T-ELLE ?



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    UNE CRISE DU LITHIUM SE PROFILE-T-ELLE ?
    Le boom attendu des voitures électriques devrait doper la demande mondiale du lithium. Faut-il, pour autant, s'attendre à un choc des prix ?
    UNE CRISE DU LITHIUM
    SE PROFILE-T-ELLE ?
    La transition énergétique vers le tout électrique est en marche. Les batteries nécessaires pour stocker l’électricité des véhicules comprennent du lithium, plusieurs kilogrammes par voiture. Pour le lithium, dont les quantités sont incommensurables à celles du pétrole, les inconnues sont nombreuses. La production pourra-t-elle répondre à l’explosion de la demande ? 

    Boom des voitures électriques

    On ne connaît pas encore le volume de vente des voitures électriques équipées au lithium. Le taux de croissance annuel composé (TCAC) évolue entre 17 % et 40 % suivant l’agressivité des scénarios. C'est-à-dire qu’en tenant compte du taux de renouvellement des voitures et du chiffre des primo-accédants (notamment en Asie et en particulier en Chine), le taux de pénétration des voitures électriques dans le monde, inférieur à 1% aujourd’hui, devrait au minimum atteindre 8 % en 2025, si ce n'est 25 % dans le meilleur des cas.

    Cette progression dépendra de différents facteurs, par exemple les incitations fiscales, mais surtout le coût des batteries, qui représente aujourd’hui le tiers du prix final d'une voiture électrique. Les constructeurs automobiles considèrent que pour être attractif ce coût doit être divisé par deux, à 100 dollars/KWh, tout en gagnant en endurance, en poids et donc en lithium. Les quantités unitaires utilisées augmenteront (+20% en moyenne) : une automobile 100 % électrique embarque aujourd’hui en moyenne 15 à 20 kWh, elle passera à 50 kWh. Les Tesla ont déjà évolué de 60 kWh à 100 kWh.

    Tesla a annoncé la sortie de batteries «Ryden Dual Carbon», dépourvues de métaux lourds, donc sans lithium. Stanford a annoncé en 2016 la mise au point d’une batterie durable dépourvue de lithium. Des nanotubes de carbone et des batteries au graphène de l’espagnol Graphenano sont aussi évoqués, tout comme la batterie sodium-ion développée en France par le CNRS et le CEA. Mais ces innovations doivent encore rentrer en production industrielle, et le lithium reste au coeur des stratégies des constructeurs aujourd’hui. L’essor de la mobilité électrique devrait donc avoir un très fort impact sur la demande de lithium.

    Vers une production limitée

    La croûte terrestre ne manque pas de lithium, mais cela n’est en rien une garantie contre un choc sur les prix. En 2016, environ 215 kilotonnes de lithium carbonate équivalent (LCE) ont été produites dans différents pays car il n’est correctement exploitable à grande échelle que dans quelques pays. Le Chili était encore le premier producteur mondial en 2016 avec 37 %, suivi par l’Australie avec 34 %. Cette dernière l’aura déjà dépassé dès cette année.

    En 2025, si environ 30 % des projets miniers viennent à terme (un chiffre raisonnable dans ce secteur), 700 kt de LCE seront produits. L’Australie assurera à ce moment 45 % de la production mondiale, le Chili et l’Argentine seront chacun à 15%, la Chine à 10% et le reste du monde à 15 %.

    En termes de méthodes de production, il y a une évolution. En 2016 l’essentiel (70%) provenait des salars, les lacs salés des hauts plateaux andains, une production peu onéreuse : la saumure subit une évaporation puis la récole a lieu. L’Australie exploite quant à elle des mines de lithium (procédé plus onéreux), et sera donc renforcée dans son rôle de producteur dont le coût de production marginal déterminera le prix de marché mondial.

    Cette production duale encourage des prix élevés, tout comme la potentielle différence significative entre une demande sans doute supérieure à 800 kt et une production qui aura du mal à dépasser 700 kt.

    Un marché sous tension

    Les prix du carbonate de lithium étaient à 6.000 dollars la tonne en juin 2015, puis de 20.000 dollars/tonne en avril 2016. Après s’être comblés vers les 14.000 à 15.000 dollars/tonne en 2017, ils étaient à 25.000 dollars/tonnes en janvier 2018.

    Cette hausse de la production a déclenché des investissements et les prix du lithium sont attendus en baisse à partir de 2020. C’est un mécanisme bien connu sur le marché des matières premières : des prix élevés déclenchent des investissements (prospection, exploitation), et quand ceux-ci produisent leurs effets les prix baissent.

    Mais dans le cas du lithium, qui rejoint le cercle restreint des matières premières stratégiques essentielles d’un monde toujours plus dépendant de l’électricité, d’autres évolutions sont encore des inconnues. Par exemple la possibilité d’un choc pétrolier peut susciter un choc de demande. Si la relation entre l'Iran et l'Arabie saoudite se tend davantage, une nouvelle crise pétrolière est à redouter. Elle pourrait, peut-être provoquer l’augmentation exponentielle de la part des voitures électriques sur les routes dans 10 à 15 ans.

    Quid, par ailleurs, de la future immense demande émanant des batteries stationnaires liées à l’essor des renouvelables intermittentes (solaire, éolien) ? Avec la transition énergétique, l’électricité à la demande associée à la production au gaz, charbon, et au nucléaire se verra substituer progressivement une production moins régulière, ce qui impose le développement de solutions.

    Celles-ci seront pour partie logicielles (compteur Linky), pour partie matérielle (infrastructures, nouvelles centrales à gaz, mais aussi stockage en batterie stationnaire). Ces solutions de stockage feront-elles appel au lithium ? C’est le cas de celles développées par Tesla. D’autres solutions émergeront sans doute. Mais à quel rythme ?

    Compétition et recyclage

    Entre les extrapolations raisonnables de l’offre et de la demande associée au développement prévisible de la mobilité électrique, d’un côté, et les aléas que nous venons d’évoquer, de l’autre, il est clair que le marché restera sous tension pendant une décennie ou davantage et j’en tire deux conclusions.

    La première porte sur la disponibilité industrielle du lithium. Même s’il faut s’attendre à une compétition sur les ressources, la crainte d’une pénurie brutale est peut-être exagérée tant que la demande n’explose pas. La spécialisation économique des principaux producteurs, Chili et Australie, leur insertion dans le commerce mondial, permet également d’écarter la perspective d’une captation des ressources par un seul acteur dans une logique d’intégration verticale, comme on l’a vu avec la Chine sur les terres rares, stratégie qui est en train d’échouer.

    Seconde conclusion, le recyclage des batteries sera probablement l’une des solutions. Une solution rentable, à développer pour pallier l’écart entre la demande et l’offre primaire à l’horizon 2025. Un autre élément va dans ce sens : le lithium, au-delà de sa fragilité thermique et sa tendance à l’explosion - comme de nombreuses matières - sera considéré comme toxique, et nul ne doute qu’avec l’essor de son usage les réglementations se renforceront.

    Le recyclage représente un coût, bien sûr, mais le développement de procédés plus efficaces pourrait permettre le développement de spécialités industrielles durables. Et la ressource sera disponible dans les pays consommateurs.

    La transition énergétique vers le tout électrique est en marche. C’est un événement mondial, qu’on comparera peut-être dans l’avenir à la domestication du feu, à l’avènement de la vapeur, ou à celui des hydrocarbures. Le stockage de l’électricité dans les processus au lithium n’est qu’une étape. Il ne fait aucun doute que d’autres formes de stockage tout comme d’autres processus d’énergies (ITER) apparaîtront. La solution reste et restera dans la R&D, dans l’intelligence et le hasard de la recherche fondamentale et des sciences.

    Didier Julienne 
    est stratège des ressources naturelles