dimanche 12 avril 2020

AU ROYAUME-UNI, LA TENTATION DE L’INÉLUCTABLE

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« OUTBURST » (EXPLOSION), 2004
DHRUVI ACHARYA
Dimanche 12 avril 2020 Ironie du sort ? Le premier ministre britannique Boris Johnson — qui préconisait dans un premier temps de laisser circuler le Covid-19 afin que la population développe une « immunité collective » susceptible de protéger l’économie — a attrapé la maladie. Alors que son état se dégradait, il a été hospitalisé le 5 avril puis placé en soins intensifs. M. Johnson a pu quitter l’hôpital dimanche. Pendant ce temps, la maladie progresse dans un pays qui a tardé à mettre en œuvre les mesures de confinement adoptées ailleurs.
Soucieux d’éviter de mettre l’économie à l’arrêt, le premier ministre britannique Boris Johnson a envisagé un pari risqué : celui de l’immunité collective. Avant de faire machine arrière. 
par Théo Bourgeron
 «CONSUME» (EXPLOSION), 2018
DHRUVI ACHARYA
Le 12 mars dernier, le premier ministre britannique Boris Johnson annonçait embarquer son pays dans un pari pour le moins risqué. À l’opposé de la doctrine de confinement radical décrétée par plusieurs pays asiatiques et par l’Italie, le Royaume-Uni avait décidé de « contenir (…) mais pas éradiquer le virus » afin de « créer une immunité de groupe » au sein de la population (1) : ni confinement des individus, ni fermeture des écoles, ni même interdiction des grands événements, notamment footballistiques.


Sans connaître le niveau exact de contaminations nécessaire à cette immunité de groupe (la proportion de la population qu’il faudrait laisser contaminer pour que le virus cesse de se diffuser), les experts du gouvernement britannique définissaient comme hypothèse pessimiste le taux de 80 % de la population britannique. Le bénéfice d’une telle immunité ? Sitôt atteinte, le Royaume-Uni pourrait prospérer de nouveau dans les échanges internationaux sans craindre de foyers de contagion ultérieurs. Son coût ? Jusqu’à 500 000 morts (2). Dans de telles circonstances, reconnaissait M. Johnson le 12 mars, « chacun doit s’attendre à la perte précoce d’êtres aimés ».

Face à la pression de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de l’opinion et de nombreux scientifiques, le premier ministre ajustait sa politique quatre jours plus tard. Il interdisait finalement certains rassemblements sportifs, imposait le confinement aux malades et laissait entrevoir un durcissement progressif des politiques de distanciation sociale en fonction du taux de remplissage des unités de soins intensifs du pays — sans toutefois changer radicalement d’analyse sur une épidémie jugée « inéluctable ».

D’un point de vue scientifique, l’approche britannique développée initialement n’était pas déraisonnable. Plutôt que de chercher à éradiquer l’épidémie, elle se concentrait sur le contrôle de la diffusion du virus dans la population. Elle visait à éviter une propagation anarchique en concentrant l’infection sur les personnes les moins vulnérables et en confinant les individus à risque (personnes âgées ou souffrant de comorbidités), afin que ces derniers bénéficient de l’immunité acquise par les premiers.

Bien que seuls les Britanniques aient osé exposer leur approche dans une telle nudité, d’autres l’ont envisagée.

Lorsque le premier ministre néerlandais Mark Rutte explique qu’il s’attend à ce que 60 % de la population des Pays-Bas soit infectée à terme (3), il ne dit pas autre chose. Les États-Unis l’ont également appliquée de facto pendant la première phase de l’épidémie : alors qu’à la mi-mars le virus SRAS-CoV-2, responsable de la maladie, circulait sur le territoire américain et qu’une grande majorité des cas n’étaient plus reliés à aucun foyer identifié, l’État fédéral n’avait pris de mesures que mineures ou symboliques (à l’image de l’interruption des vols aériens depuis les pays à risque), laissant à chaque État fédéré, voire à chaque municipalité, le soin de gérer le risque, dans un pays où près de 27,5 millions d’individus n’ont pas, par ailleurs, accès à une couverture santé et où une journée d’hospitalisation coûte, en moyenne, 3 800 euros. Jusqu’au renforcement des mesures de distanciation sociale annoncées à partir du 12 mars, la doctrine française n’en était pas radicalement éloignée.

Mais l’approche britannique témoigne d’une vision libérale, tendance libertarienne, de l’ordre des choses. Dans un monde « ouvert » caractérisé par des systèmes sanitaires inégaux, affirme sir Patrick Vallance, ancien directeur de la recherche et du développement au sein du géant pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK), devenu le conseiller scientifique en chef (chief scientific adviser) du gouvernement britannique, le coronavirus va nécessairement continuer de circuler. Selon lui, l’épidémie est même appelée à devenir annuelle. S’il est possible de la contenir totalement par des mesures draconiennes à la chinoise, il ne serait pas concevable qu’un pays comme le Royaume-Uni supporte des confinements de plus de quelques semaines — encore moins des confinements longs et répétés plusieurs années de suite. M. Vallance s’appuie ici sur le concept de « fatigue sociale » élaboré par la Behavioural Insights Team, ou Nudge Unit, cette cellule d’économie comportementale créée en 2014 par M. David Cameron afin d’introduire du béhaviorisme dans les grandes décisions gouvernementales du pays (4).

Cette structure a été renforcée par l’arrivée au 10 Downing Street de M. Dominic Cummings, conseiller spécial de M. Johnson, lui-même fervent admirateur de l’économie comportementale. Des mesures de confinement strict ne seraient donc pas seulement nocives d’un point de vue économique, mais surtout intenables socialement à long terme. La victoire des pays asiatiques (Chine, Singapour, Taïwan) sur le SRAS-CoV-2 grâce à l’interdiction de circulation des populations serait un trompe-l’œil. Sitôt les pays rouverts à la circulation interne et externe des personnes — ouverture perçue par les experts britanniques comme un principe incontournable de l’organisation des sociétés —, de nouveaux foyers d’infection se développeraient, qui requerraient de nouvelles mesures de blocage coûteuses. Une situation qui se vérifierait déjà par l’« importation » de nouveaux cas européens en Chine (5). Par conséquent, pas d’autre solution : laisser le virus se propager tout en ralentissant sa circulation.

Une nouvelle étape dans l’approche libérale des épidémies
Au cours des dernières décennies, la mondialisation néolibérale a sécrété ses règles et ses instances de coordination internationale en matière d’épidémies, au premier rang desquelles l’OMS. Défendant une approche globale du problème, l’institution promeut une gestion « ouverte » des propagations de virus : si elle soutient le confinement de villes et régions par les États au sein des pays affectés, elle refuse les fermetures de frontière (décrites comme contre-productives car n’étant pas efficaces à 100 % et empêchant la traçabilité des malades) et les embargos sur le matériel médical (qui aboutissent à du surstockage dans les pays en attente de l’épidémie et à des pénuries dans les pays déjà touchés). Bref, cette organisation constitue le cœur d’un ensemble de règles visant à gérer les épidémies dans un monde composé d’États supposés coopératifs, mais dont bon nombre rompent précisément avec l’ordre du jeu international multilatéral hérité des années 1990 et 2000. Au premier rang de ceux-là, les États-Unis.

Un exemple : comment les règles de l’OMS peuvent-elles s’appliquer à un pays comme l’Iran, soumis à un embargo américain, contraint de commercer avec la Chine pour sa survie en dépit de l’épidémie, et dont même le droit à accueillir de l’aide humanitaire est remis en cause (6) ? Pourtant, laisser cette puissance régionale de 81 millions d’habitants devenir un foyer de Covid-19, c’est condamner l’Europe et l’Asie à d’incessantes résurgences de contamination.

Participant à cette rupture, la doctrine britannique constitue une nouvelle étape dans l’approche libérale des épidémies. Élaborée entre 2010 et 2017 à travers plusieurs rapports du ministère de la santé et des services de santé nationaux (National Health Service, NHS), elle s’appuie non seulement sur des chercheurs en épidémiologie et en médecine, mais aussi sur des psychologues sociaux et des économistes comportementaux, réunis au sein du Comité scientifique de conseil pour les pandémies grippales (Scientific Pandemic Influenza Advisory Committee). Prenant comme base de travail les grandes pandémies grippales du XXe siècle, elle constate l’impossibilité d’endiguer une pandémie au Royaume-Uni compte tenu de ses liens économiques avec le reste du monde : « La circulation de masse mondialisée propre au monde moderne permet au virus de se diffuser rapidement à l’ensemble de la planète. (…) Cela signifie qu’il est très certainement impossible de contenir ou d’éradiquer le virus dans son pays d’origine ou à son arrivée au Royaume-Uni. Il faut s’attendre à ce que le virus se diffuse inévitablement, et toutes les mesures visant à bloquer ou réduire sa diffusion (…) n’auront certainement qu’un impact très limité ou partial et ne peuvent même pas être utilisées de manière fiable pour gagner du temps (7). » Dès lors, le gouvernement britannique n’a d’autre choix que de laisser le virus se diffuser dans la population en « minimisant les pics » de contamination et en « assurant une communication efficace » qui évite la panique.

Si elle permet au Royaume-Uni de rapidement reprendre sa place dans les échanges internationaux, cette politique condamne l’ensemble de ses partenaires à accepter la diffusion du virus. Les critiques acerbes de l’OMS et de l’Union européenne à son égard n’ont donc rien d’étonnant. Mais la doctrine britannique est loin d’être un événement isolé : son édiction résulte du développement au sein du corpus idéologique des droites au pouvoir — notamment au Royaume-Uni et aux États-Unis — de doctrines sanitaires radicalement individualistes. Au cours des dix dernières années, de nombreux commentateurs ont montré comment le cœur idéologique du Parti conservateur a progressivement glissé du centre droit vers les think tanks de Tufton Street, du nom de cette rue de Westminster dans laquelle se regroupent les boîtes à idées de la droite radicale héritées de l’ère Thatcher, fréquemment eurosceptiques, climatosceptiques et libertariennes. Bien avant la crise du SRAS-CoV-2, malgré la réémergence d’épidémies de rougeole au Royaume-Uni, ces institutions recommandaient l’abandon des politiques de vaccination obligatoire pour les maladies infantiles. Certaines d’entre elles jugeaient l’immunité de groupe acquise par la vaccination au choix déjà bien assez élevée (8), et d’autres proposaient de la remplacer par des mécanismes marchands. Think tank libertarien, l’Adam Smith Institute estimait, par exemple, que les parents devaient être rémunérés pour la vaccination de leurs enfants au nom de l’« internalisation des externalités », c’est-à-dire du paiement financier par la société du bénéfice sanitaire qu’elle tire du comportement individuel de vaccination (9).

Lors de sa phase chinoise, de nombreux éditorialistes libéraux se sont réjouis à l’idée que l’épidémie de Covid-19 constituerait une démonstration de la supériorité du système néolibéral occidental face à l’autoritarisme chinois. Ainsi, l’éditorialiste de France Culture Brice Couturier voyait en février dans cette crise « le Tchernobyl de Xi Jinping », achevant de décrédibiliser le Parti communiste chinois comme Tchernobyl avait décrédibilisé l’Union soviétique (10). Aux yeux de ces commentateurs, la crise offrait en effet la possibilité d’une expérience d’économie expérimentale grandeur nature.

Pour le groupe témoin (Chine, Hongkong, Singapour) : solutions étatiques classiques de confinement autoritaire et d’interruption des circulations de population internes et externes jusqu’à éradication du virus sur le territoire. Pour le groupe de traitement (pays occidentaux, au premier rang desquels le Royaume-Uni) : solutions de laisser-faire organisé par l’État, sans fermeture ni confinement, fondées sur la canalisation des contaminations vers les groupes les moins vulnérables. À la fin de l’expérimentation, on aurait pu déterminer les caractéristiques de chacun de ces deux modèles — en nombre de morts, de faillites, en pertes de points de produit intérieur brut. Une expérience naturelle, certes, mais une expérience au coût exorbitant : des centaines de milliers de morts.

Londres semble finalement avoir reculé. Certes, les réponses à la crise du Covid-19 sont contraintes par l’épuisement du système productif (11). Ayant cultivé au cours des quatre dernières décennies les pratiques du « zéro stock » et de la production « juste à temps » dans l’objectif de grappiller quelques points de retour sur capitaux employés et de maximiser leur valeur actionnariale (12), les entreprises européennes se trouvent démunies face à la rupture des chaînes d’approvisionnement. Soumis à l’impératif de compétitivité fiscale, les États ont eux aussi fait pression sur leurs dépenses : les services publics, les lits disponibles en hôpitaux ont été « optimisés », tout comme les stocks stratégiques, de sorte que la France a abordé l’irruption de cette pandémie sur son sol sans aucun stock de masques de protection de type FFP2. Les pays ayant vécu le tournant néolibéral des années 1980 sont-ils économiquement capables d’organiser un confinement sur les modèles chinois ou singapourien ? Si l’on n’a pu s’empêcher de tiquer en voyant M. Macron mettre côte à côte la défense des plus vulnérables et le soutien aux entreprises dans son discours du 12 mars dernier, les faits sont là : il faut plus de quinze jours pour sortir du néolibéralisme ; et la production en urgence de services médicaux, et denrées nécessaires à la vie des habitants n’a pas d’autre appui que les infrastructures économiques héritées des quarante dernières années.

Il ne faut pas donner aux gouvernements plus de latitude qu’ils n’en ont
Cependant, cette pandémie exaspère aussi les sentiments de révolte des populations face aux souffrances immenses qu’elles endurent. Les centaines de milliers de morts attendus par les épidémiologistes, la « perte de beaucoup d’êtres aimés » promise par M. Johnson — il y a de quoi générer des troubles considérables. On sait comment le virus a déclenché des contestations fortes en Chine : libération des débats politiques sur Internet, barricades sur les routes du Hubei, révolte des Hongkongais contre l’entrée sur leur territoire des populations continentales chinoises. De même que la libre circulation des marchandises avait provoqué des tensions sociales immenses au Royaume-Uni au XIXe siècle (13), le sentiment de libre circulation du SRAS-CoV-2 provoque des inquiétudes considérables dans la population. Les sondages récents sur le sujet soulignent cet état de fait : ce sont les opinions publiques qui font pression sur les gouvernements pour des mesures plus radicales de distanciation sociale, et non l’inverse. Au Royaume-Uni, 41 % des Britanniques sondés considèrent que leur gouvernement ne prend pas de mesures assez fortes, contre 12 % affirmant l’opinion contraire (14). En France, les mesures de distanciation sociale telles que la fermeture des écoles recueillent un soutien massif, la mesure la moins bien reçue parmi celles annoncées le 12 mars étant paradoxalement le maintien des transports publics (15). Si les nouvelles doctrines sanitaires entrevues ici étaient mises en œuvre, on pourrait donc s’attendre à des mouvements de réaction populaire à la mesure des souffrances subies.

Il ne faut pas donner aux gouvernements plus de latitude qu’ils n’en ont. En période de crise, les voilà pris dans le conflit entre les structures productives de leur pays et les souffrances populaires provoquées par la pandémie. Ce qui se révèle ici, ce ne sont donc pas des choix politiques individuels, mais bien plutôt le mode de traitement d’un événement extrême — une pandémie — dans la phase tardive du néolibéralisme qui s’ouvre actuellement. La doctrine britannique de gestion du Covid-19 n’est qu’une doctrine : sous pression de sa population, le gouvernement Johnson a déjà commencé à battre en retraite. Mais, si les doctrines ne sont pas toutes-puissantes, elles ne sont pas non plus des élucubrations : elles révèlent comment les intellectuels d’un régime cherchent des solutions pour sauver ledit régime de ses contradictions et de ses crises. Sans se poser la question : un régime qui requiert des solutions aussi inhumaines mérite-t-il d’être sauvé ?

Théo Bourgeron

Chercheur postdoctoral en économie politique et sociologie de la santé à la University College Dublin, chercheur associé au laboratoire Institutions et dynamiques historiques de l’économie et de la société (IDHES-Nanterre).

Notes :
(1) « Coronavirus : Science chief defends UK plan from criticism », The Guardian, Londres, 13 mars 2020.
(2) « Johnson under fire as coronavirus enters dangerous phase », Financial Times, Londres, 12 mars 2020.
(3) « Coronavirus : pas de confinement aux Pays-Bas, où le gouvernement prône “l’immunité de groupe” », France 3 Hauts de France, 17 mars 2020.
(4) Tony Yates, « Why is the government relying on nudge theory to fight coronavirus ? », The Guardian, 13 mars 2020. Lire aussi Laura Raim, « Pire que l’autre, la nouvelle science économique », Le Monde diplomatique, juillet 2013.
(5) Cf. Shivani Singh et Winni Zhou, « China’s imported coronavirus cases rise as local infections drop again », Reuters, 14 mars 2020.
(6) Cf. Eli Clifton, « Amid coronavirus outbreak, Trump-aligned pressure group pushes to stop medicine sales to Iran », The Intercept, 5 mars 2020.
(7) « UK influenza pandemic preparedness strategy 2011 » (PDF) , Department of Health, Londres, 2011.
(8) Len Shackleton, « Compulsion is not the answer to the recent fall in vaccination uptake », Institute of Economic Affairs, Londres, 9 octobre 2019.
(9) Sam Bowman, « A neat solution to the vaccine problem », Adam Smith Institute, Londres, 18 février 2015.
(10) Brice Couturier, « L’épidémie de coronavirus peut-elle être le Tchernobyl de Xi Jinping ? », France Culture, « Le tour du monde des idées », 10 février 2020.
(11) Cf. la tribune de Cédric Durand et Razmig Keucheyan, « L’emboîtement de quatre crises met en lumière les limites des marchés », Le Monde, 13 mars 2020.
(12) Frédéric Lordon, « La “création de valeur ” comme rhétorique et comme pratique. Généalogie et sociologie de la “valeur actionnariale” » (PDF), L’Année de la régulation, vol. 4, Paris, 2000.
(13) Karl Polanyi, La Grande Transformation, Paris, Gallimard, 1983 (1re éd. : 1944).
(14) Toby Helm, « Only 36 % of Britons trust Boris Johnson on coronavirus, polls find », The Guardian, 14 mars 2020.
(15) Étude Elabe et Laurent Berger publiée par BFM TV le 14 mars, effectuée via Internet les 12 et 13 mars 2020..

samedi 11 avril 2020

BUCHENWALD : COMMÉMORATION VIRTUELLE POUR LES 75 ANS DE LA LIBÉRATION DU CAMP

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CAPTURE D’ÉCRAN DU SITE INTERNET COMMÉMORANT 
LE 75ÈME ANNIVERSAIRE DE LA LIBÉRATION DE BUCHENWALD.
CAPTURE D'ÉCRAN
À cause du coronavirus, les célébrations des 75 ans de la libération du camp de concentration nazi de Buchenwald sont annulées. Des survivants et leurs descendants témoignent dans une commémoration virtuelle.
6Temps de Lecture 2 Min
SOLDATS AMÉRICAINS ET ANCIENS PRISONNIERS DEVANT
UNE REMORQUE DE CAMION CHARGÉE DE CADAVRES DANS
LA COUR INTÉRIEURE DU CRÉMATOIRE, 18 AVRIL 1945
PHOTO COLLECTION DU MÉMORIAL DE BUCHENWALD
Comment commémorer les 75 ans de la libération des camps de concentration de Buchenwald et de Mittelbau-Dora, en cette période de pandémie de coronavirus ? Les autorités de Thuringe en Allemagne ont dû tirer un trait sur les nombreuses cérémonies prévues pour célébrer l’arrivée, le 11 avril 1945, d’un bataillon de la troisième armée américaine. Dans ces deux camps, situés au nord de Weimar, 330 000 personnes ont été déportées durant la Seconde guerre mondiale et 72 000 y ont trouvé la mort. Le 11 avril, les soldats découvrirent à Buchenwald 21 000 prisonniers encore en vie.

À défaut de pouvoir se retrouver sur les lieux de mémoire, les autorités ont décidé d’organiser une commémoration virtuelle, via le lancement, ce samedi 11 avril au matin, d’un site Internet en trois langues (https://www.thueringer-erklaerung.de/fr/intro#top).

La déclaration de Thuringe


Les visiteurs peuvent y lire et écouter les discours de plusieurs personnalités et survivants qui auraient dû participer aux commémorations sur place. Ils sont aussi invités à signer la déclaration dite « de Thuringe » afin de « préserver la responsabilité historique » et de « défendre la démocratie et les droits humains ».

Initiée par les plus hautes instances politiques de cette région allemande, cette déclaration rappelle en effet que 75 ans après la libération de Buchenwald, «le radicalisme de droite et l’autoritarisme ont le vent en poupe tout comme la logique de supériorité nationale, le nationalisme et l’affaiblissement de l’unité européenne ».

« Il n’existe pas de vaccin contre cette idéologie violente »

« Malgré l’expérience du nazisme, les droits humains, la démocratie et la liberté ne sont malheureusement pas une évidence. Ils doivent être défendus, encore et toujours. C’est pour cela que nous nous engageons», affirment les auteurs de cette déclaration. En Thuringe, ce message est d’autant plus fort que le parti d’extrême droite, Alternative pour l’Allemagne (AFD), est la deuxième force politique et appelle régulièrement à minimiser le passé nazi, le comparant à une « fiente d’oiseau ».

José Brunner, dont le grand-père Max fut déporté à Buchenwald et libéré par les Américains, appelle lui aussi à la réaction. « Contrairement à un virus, il n’existe pas de vaccin contre cette idéologie violente et destructrice qui pourrait à tout moment devenir une épidémie. C’est pourquoi il faut lui résister encore et encore », écrit-il dans une longue tribune.

« Il est bien plus facile de survivre aux crises dans la joie et la bonne humeur »

Eva Fahidi-Pusztai, âgée de 95 ans et survivante hongroise d’Auschwitz et de Buchenwald, lance elle aussi un appel, plus optimiste en ces temps de confinement. « Le bien que l’on peut trouver dans chaque mal est que les humains se redécouvrent eux-mêmes », écrit-elle. « Il est bien plus facile de survivre aux crises dans la joie et la bonne humeur. Vous pouvez me croire. J’ai beaucoup d’expérience en la matière », ajoute-t-elle, non sans humour.

Les autorités de Thuringe l’assurent : elles célébreront l’an prochain les 76 ans de la libération des camps comme il se doit. C’est-à-dire comme elles auraient dû l’être cette année.

À BUCHENWALD, LES ANTIFASCISTES ONT PERDU LA GUERRE MÉMORIELLE

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« CHACUN REÇOIT CE QU'IL MÉRITE». 
Avec la libération du camp de concentration de Buchenwald en avril 1945 s’achève un calvaire et commence une histoire. Celle de prisonniers, souvent communistes, qui sauvèrent des vies au prix de choix déchirants. Mais leur geste, célébrée par le régime est-allemand, se trouve brutalement remise en question lors de la chute du Mur. Les vainqueurs de la guerre froide entreprennent alors de réécrire l’histoire.
par Sonia Combe
VUE AÉRIENNE DU CAMP DE CONCENTRATION DE 
BUCHENWALD APRÈS LA LIBÉRATION, FIN AVRIL 1945.
PHOTO RECONNAISSANCE AÉRIENNE ÉTASUNIENNE
Toute commémoration est un acte politique. On y tient des discours du dimanche dont la phraséologie, souvent convenue et répétitive, dissimule certaines intentions. Le 75ème anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz en Pologne en a apporté une nouvelle démonstration. Le 27 janvier dernier, chaque État, poursuivant son propre but, a énoncé sa (ré)vision de l’histoire. En Israël, l’historien Zeev Sternhell n’a pas mâché ses mots. Cette année, la commémoration du génocide a ainsi servi de « prétexte à l’annexion » des territoires palestiniens (1) (Haaretz, 31 janvier). Les survivants se sont trouvés relégués au rôle de figurants, alors même que la mémoire de leurs souffrances et de leur combat justifiait officiellement l’événement.


STEFAN WOLF, MAIRE DE LA VILLE DE WEIMAR, CHRISTOPH MATSCHIE, MINISTRE DE L'ÉDUCATION, DES SCIENCES ET DE LA CULTURE, VOLKHARD KNIGGE, DIRECTEUR DE LA FONDATION DES MÉMORIAUX DE BUCHENWALD ET DE MITTELBAU-DORA, ET PHILIPP NEUMANN, ATTACHÉ DE PRESSE DE LA FONDATION.

C’est à Buchenwald, premier camp de concentration d’Allemagne à avoir été libéré, qu’aurait dû se dérouler en avril la prochaine commémoration (annulée pour cause de coronavirus). Le Mémorial se situe dans le Land de Thuringe, où, avec 23,4 % des voix aux élections législatives d’octobre dernier, l’extrême droite incarnée par l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) occupe la deuxième place au Parlement régional, après la gauche (Die Linke), qui en a remporté 31 %. À Buchenwald, davantage encore qu’à Dachau, Sachsenhausen ou Ravensbrück, des membres de l’AfD font irruption pour tenir des propos négationnistes. Le directeur du Mémorial, M. Volkhard Knigge, y voit « l’indice de plus en plus sérieux d’un affaiblissement de la conscience historique (2)  ». Sans doute. Il reste cependant à savoir dans quelle mesure la réécriture du combat antifasciste après la chute du Mur, dont le Mémorial de Buchenwald a été l’un des vecteurs, n’aurait pas, intentionnellement ou non, contribué à cet affaiblissement.

De fait, du début de la guerre froide à aujourd’hui, l’histoire de Buchenwald a été incessamment remaniée selon les enjeux du moment. Ouvert en juillet 1937, il est l’un des premiers camps de concentration construits par le régime nazi. Il fonctionne jusqu’au 11 avril 1945, quand l’armée américaine, en route vers Weimar, le découvre. Destiné à isoler les opposants au régime nazi, principalement les communistes et les sociaux-démocrates, il accueille près de 10 000 Juifs arrêtés lors de la Nuit de cristal, le 9 novembre 1938, ainsi que des Tziganes, des Témoins de Jéhovah et des homosexuels — sans compter ceux que le régime considère comme des « asociaux ».

C’est à ces derniers, prisonniers de droit commun pour la plupart, que la Schutzstafel (« escadron de protection », SS) délègue tout d’abord l’administration interne du camp, jusqu’à ce que, en 1942, les prisonniers politiques les évincent au terme d’une lutte que l’on dit féroce, mais, de l’avis général, salutaire. Avec la décision de faire contribuer la population concentrationnaire à l’effort de guerre, les SS comprennent que les « triangles rouges (3) » sont davantage aptes à assurer les fonctions d’encadrement. Placés à des postes stratégiques, tels que la répartition des prisonniers selon les commandos de travail, la composition des convois vers des camps comme Dora, où la survie était en moyenne de deux semaines, voire Auschwitz, pour ceux — Juifs et Tziganes — voués à l’extermination, les prisonniers politiques possèdent un pouvoir de décision, limité mais réel, sur le sort des détenus.

Après l’entrée en guerre, on trouve à Buchenwald des résistants de tous les pays, notamment près de 26 000 Français, et des soldats soviétiques, dont 8 483 sont exécutés par les SS d’une balle dans la nuque. Initialement conçu pour héberger 8 000 prisonniers, le camp connaît à la fin de la guerre une surpopulation dramatique. À partir de l’automne 1944, en raison de l’avancée de l’Armée rouge, les camps d’extermination situés à l’Est sont évacués. Des milliers de rescapés de ces « marches de la mort» affluent. En janvier 1945, Buchenwald compte 100 000 prisonniers. Lorsque les Américains en prennent le contrôle, ils trouvent 21 000 survivants. La résistance clandestine, qui avait rassemblé des armes en vue d’une insurrection, leur remet les derniers SS qu’elle a capturés. À la tête de cette résistance se trouvent les détenus politiques allemands, majoritairement communistes.


Promotion d’une histoire héroïque


 « DISCOURS DE FULTON »,  WINSTON CHURCHILL 
« De Stettin, sur la Baltique, à Trieste, sur
l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu sur le continent » : à peine la guerre froide déclarée par cette phrase de Winston Churchill, prononcée aux États-Unis le 5 mars 1946, surgit le rapport d’un historien de l’armée américaine, Donald Robinson, intitulé « Les atrocités communistes commises à Buchenwald ». Dans le nouvel équilibre des forces en train de se mettre en place en Europe, ce rapport alimente le discours antisoviétique. Mais c’est L’État SS, livre du sociologue Eugen Kogon (non communiste) interné à Buchenwald, paru en 1946, qui fera autorité (4). Sans ignorer les relations conflictuelles entre les détenus ni les rapports de forces, Kogon s’efforce d’éclairer la façon dont les prisonniers politiques allemands parvenaient à maintenir un semblant d’ordre et à empêcher la généralisation du « chacun pour soi ».

En République démocratique allemande (RDA), créée en octobre 1949, le nouveau régime fonde sa légitimité sur le combat des militants antifascistes. Rentrés d’Union soviétique, où ils s’étaient réfugiés, ceux qui prennent les rênes de la partie orientale de l’Allemagne promeuvent une histoire héroïque de la résistance au nazisme dont ils se déclarent les héritiers. Ils vont en faire une religion d’État dont le camp-musée de Buchenwald, inauguré en 1958, deviendra une sorte de temple. Chaque année, y sera solennellement commémoré le « serment de Buchenwald », prononcé le 19 avril 1945 par les prisonniers qui s’engageaient à lutter pour la paix et la liberté. Mais, si les rescapés des camps sont les héros officiels, ils n’en sont pas moins écartés des lieux de pouvoir — quand ils ne sont pas victimes des purges staliniennes du début des années 1950 : ces cadres communistes aguerris par treize ans de prison et de camp se révèlent moins dociles que ceux rentrés de Moscou.

C’est aussi en 1958 que paraît en RDA le roman de Bruno Apitz Nu parmi les loups, qui, traduit dans une trentaine de langues, deviendra un succès mondial (5). L’auteur, lui-même ancien de Buchenwald, raconte l’histoire d’un enfant juif polonais de 3 ans pris en affection et sauvé par des détenus politiques. Le roman fait l’objet d’un film du même nom réalisé par le cinéaste est-allemand Frank Beyer, qui, en 1963, reçoit le Prix d’argent au festival de Moscou, où il est en compétition avec Huit et demi, de Federico Fellini (6). L’acteur fétiche de Rainer Werner Fassbinder, Armin Mueller-Stahl, y joue le rôle principal. Plusieurs autres comédiens ainsi que les figurants sont eux aussi des survivants des camps nazis ; le film a été tourné sur les lieux mêmes de l’histoire. C’est aussi à Moscou qu’un spectateur reconnaît l’histoire de son neveu, appelé jusque-là «l’enfant de Buchenwald ». Stefan Jerzy Zweig est identifié.

S’inspirant d’un fait authentique, quoique romancé, le récit de Bruno Apitz remplit en RDA une fonction de roman national où le sauvetage de l’enfant devient le symbole de l’humanisme des communistes dans les camps. Comme cela se produit souvent, la fiction l’emportera sur l’histoire réelle, et c’est de ce récit que s’inspirera la scénographie du camp-musée, qui, jusqu’à la fin du régime, fera la part belle à l’action des communistes. Une religion, fût-elle séculière, s’accommode mal de contradictions. La question des relations entre les prisonniers politiques et les SS, et entre les prisonniers eux-mêmes, se trouve exclue du narratif est-allemand. Cette « zone grise », qui ne relevait, selon Primo Levi, l’auteur de Si c’est un homme, de la compétence d’aucun tribunal humain, allait cependant trouver ses juges en Allemagne réunifiée.

Comme si rien n’était plus urgent, le remaniement du site mémoriel de Buchenwald compte au nombre des priorités de l’Allemagne de l’après-guerre froide. L’une de ses premières initiatives est la redécouverte du Speziallager, camp dans lequel les Soviétiques avaient, en 1945, et sans doute en ratissant large, interné des cadres du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), le parti d’Adolf Hitler, dont les trois quarts étaient morts de faim. En 1999, les autorités inaugurent un mémorial entièrement « revu et corrigé ». Le vent a tourné, la perspective aussi, et Volkhard Knigge, le nouveau directeur du lieu — un historien parachuté d’Allemagne de l’Ouest —, conçoit un récit à rebours de l’ancien. Le regard se déplace des héros rouges vers les victimes et tend à une personnalisation des acteurs. S’ils ne sont pas totalement exclus, les communistes disparaissent en tant que groupe social. La plaque commémorant le sauvetage de Stefan Jerzy Zweig aussi — les protestations de l’intéressé, alors septuagénaire, n’auront aucun effet. La romancière Elfriede Jelinek aura beau s’en indigner à son tour, le manque de tact et l’obstination du directeur du Mémorial l’emportent. Figure emblématique du récit est-allemand, tout comme Anne Frank a pu devenir une figure des victimes de la Shoah, « l’enfant de Buchenwald » est jeté avec l’eau du bain. Ce sont d’ailleurs 904 enfants qui furent sauvés à Buchenwald ; un fait à mettre à l’actif de la résistance clandestine.

Déconstruisant méticuleusement ce qu’on n’appelle plus désormais que le « mythe de l’antifascisme » de la RDA, un collectif d’historiens produit dans la foulée de la réunification un ouvrage qui fait toujours autorité. Dans L’Antifascisme épuré (7), ils énoncent la thèse selon laquelle ceux qu’ils nomment les «kapos rouges » ont survécu au détriment des autres. La solidarité n’aurait fonctionné qu’entre eux. La presse de boulevard comme les titres de référence s’emparent de l’histoire de «l’enfant de Buchenwald» 
et de celle de ces « kapos rouges », dont elle fait des collaborateurs des SS. L’équivalence « communistes = nazis » se développe, suscitant chez certains le sentiment d’avoir été trompés par le discours est-allemand. La thèse de l’historien Ernst Nolte, selon laquelle les camps d’extermination nazis constituaient une réaction défensive face au bolchevisme (8), gagne du terrain, cependant que l’assimilation entre rouges et bruns fait son apparition dans le sens commun.

Pourtant, dans Les Jours de notre mort, l’ancien déporté français David Rousset avait décrit dès 1947 ces situations auxquelles étaient quotidiennement confrontés les prisonniers politiques, où il fallait faire des choix dans des circonstances extrêmes. Stéphane Hessel — l’auteur d’Indignez-vous ! —, Imre Kertész — Prix Nobel de littérature en 2002 —, ou encore l’écrivain Jorge Semprun, dans Le Mort qu’il faut, n’avaient pas caché avoir été sauvés de la même façon que Stefan Jerzy Zweig, dont le nom avait été rayé d’une liste de déportation d’enfants, par les « kapos rouges ». Le livre de Rousset n’a jamais été traduit en allemand. Écrire sur le quotidien des camps nazis sans l’avoir lu, c’est un peu comme si les historiens travaillant sur les camps de travail forcé soviétiques ignoraient L’Archipel du goulag d’Alexandre Soljenitsyne. À Buchenwald, une exposition intitulée Leitmotive der DDR (« Les légendes de la RDA ») se consacre même entièrement à la déconstruction du « mythe ». On y exhibe les « crimes » des prisonniers politiques. Dès lors, que reste-t-il des pères fondateurs de cet État qui avait revendiqué l’héritage antinazi ?

Reposant sur le concept de totalitarisme, l’interprétation dominante de l’histoire de la RDA induit l’équivalence entre le régime communiste et le système nazi (9). La politique mémorielle qu’encourage, finance et propage, notamment, la Fondation pour la réévaluation de la dictature du Parti socialiste unifié d’Allemagne (Bundesstiftung zur Aufarbeitung der SED-Diktatur) confirme que, si l’antifascisme avait été la religion d’État de la RDA, l’anticommunisme a été celle de la République fédérale d’Allemagne (RFA, Ouest).

Cette approche a apporté de l’eau au moulin de l’AfD, qui l’utilise sans nuance. Produit de la droite extrémiste venu de l’ouest de l’Allemagne pour se construire sur les ruines de la RDA, ce parti s’appuie sur une représentation univoque et démonisante de l’expérience est-allemande, véhiculée dans les médias comme dans les ouvrages scientifiques. Il exploite le ressentiment d’une partie de la population est-allemande, ramenée au rôle soit de victime du régime communiste, soit de collaboratrice d’une dictature.

À Buchenwald, rétablir les faits et les mérites permettrait de contrecarrer le discours négationniste de l’extrême droite allemande.

Sonia Combe
Historienne. Auteure d’Une vie contre une autre. Échange de victime et stratégies de survie dans le camp de Buchenwald, Fayard, Paris, 2014, et, plus récemment, de La Loyauté à tout prix. Les floués du « socialisme réel », Le Bord de l’eau, Lormont, 2019.

Notes :
(1) Le « plan de paix » présenté le 28 janvier par M. Donald Trump conforte les menaces d’annexion des colonies situées dans les territoires de Cisjordanie conquis par Israël depuis la guerre des six jours, en 1967.
(2) Der Spiegel, Hambourg, 23 janvier 2020.
(3) Chaque catégorie de détenus portait un triangle de couleur différente épinglé sur la poitrine. Celui des politiques était rouge, et celui des droits communs, vert.
(4) Traduction française : Eugen Kogon, L’Enfer organisé. Le système des camps de concentration allemands, La Jeune Parque, Paris, 1947.
(5) Bruno Apitz, Nu parmi les loups, Les Éditeurs français réunis, Paris, 1961.
(6) Cf. Bill Niven, The Buchenwald Child : Truth, Fiction and Propaganda, Camden House, Rochester, 2007.
(7) Lutz Niethammer (sous la dir. de), Der « gesäuberte » Antifaschismus, Akademie Verlag GmbH, Berlin, 1994.
(8) Frankfurter Allgemeine Zeitung, Francfort, 6 juin 1986.
(9) Cf. Carola Hähnel-Mesnard, « La RDA dans le (rétro)viseur. Plaidoyer pour une autre perception », Symposium Culture@Kultur, vol. 2, Berlin-Toulouse, 2020 (à paraître).
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MÉMORIAL DE BUCHENWALD

jeudi 9 avril 2020

AU CHILI, LA GESTION DE LA CRISE PAR LE POUVOIR NOURRIT LA RÉVOLTE POPULAIRE

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23 MARS 2020, SANTIAGO : UN HOMME PORTANT UN MASQUE 
FACIAL DE PRÉCAUTION PASSE DEVANT UN HÔPITAL SUR 
LEQUEL EST PEINT UN SLOGAN ANNONÇANT LE RETOUR DES
MANIFESTATIONS POUR LE MOIS DE MARS. CELLES-CI
N'ONT PU AVOIR LIEU DU FAIT DE LA CRISE SANITAIRE.
PHOTO MARTIN BERNETTI / AFP
L’expansion planétaire du Covid-19 atteint le Chili à un moment décisif de son histoire récente. Depuis octobre, une révolte populaire inédite ébranle les fondements du modèle néolibéral instauré dès la dictature d’Augusto Pinochet (1974-1990). En cause, dans un premier temps, les fortes inégalités sociales qui se trouvent à la base du modèle et, dans un second temps, les violations des droits de l’homme commises par les forces de l’ordre lors de la révolte.
Contesté, le président Sebastián Piñera (droite, en poste depuis 2018 après un premier mandat effectué de 2010 à 2014) avait annoncé pour le 26 avril la tenue d’un référendum ouvrant la voie au remplacement de la Constitution de 1980, dont les principes et dispositions assurent l’ordre néolibéral. Mais la propagation du Covid-19 a contraint le repli de la protestation sociale et provoqué le report du référendum au mois d’octobre. En attendant, les réponses du gouvernement à la progression de la pandémie continuent d’alimenter les tensions à la base de la révolte.

Plus de 40 ans de néolibéralisme


Dès la fin des années 1970, la logique marchande se trouve au centre de la société chilienne. Outre les structures productive et financière, la privatisation radicale atteint très tôt les services sociaux, reléguant l’État à un rôle subsidiaire.

Depuis, une poignée de holdings nationales et transnationales contrôlent les fonds de pension, qui reposent sur la capitalisation individuelle, et les cotisations de santé du secteur privé, qui donnent accès à une prise en charge exclusive, face à un secteur public affaibli et débordé. La même logique se retrouve dans les domaines de l’éducation, du transport ou encore du logement, tous largement régis par la loi du marché.

Segmenté, l’accès des individus aux services dépend de leurs revenus, dont la distribution est très inégale. Le coefficient de Gini (un indice qui mesure l’inégalité des revenus : plus il est proche de 0, plus le pays est égalitaire, et plus il se rapproche de 1, plus il est inégalitaire) du Chili est de 0,45. C’est l’un des plus élevés de l’OCDE. La concentration de la richesse est extrême : 1 % de la population représente 33 % du revenu national, et 0,1 % en détient encore 19,5 %.

DES PERSONNES PORTANT DES MASQUES FACIAUX FONT LA
QUEUE POUR RECEVOIR LEURS INDEMNITÉS CHÔMAGE DEVANT
LE SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ D’ADMINISTRATION DES
FONDS DE CHÔMAGE À SANTIAGO, LE 6 AVRIL 2020.
PHOTO MARTIN BERNETTI/AFP
En revanche, 70 % de la force de travail vit avec un salaire mensuel inférieur à 586 € et 70 % des retraités reçoivent moins de 288 € par mois, alors que le seuil de pauvreté pour un foyer de 4 personnes est estimé à 480 €. Les femmes subissent l’inégalité salariale, effectuent de façon non rémunérée la grande majorité des tâches domestiques et perçoivent des retraites plus faibles que les hommes. Dans ce contexte, l’endettement devient structurel, absorbant 70 % des revenus annuels des foyers.

Si l’extrême concentration des richesses s’explique par les politiques de privatisation, les faibles revenus du travail reflètent l’énorme flexibilité de l’emploi dont profitent les employeurs, face à un syndicalisme fragmenté par de lourdes régulations qui remontent, pour l’essentiel, à 1979. Malgré quelques réformes, le droit de grève reste circonscrit à la procédure de négociation collective, laquelle est délimitée à chaque entreprise et peut être menée tant par des syndicats que par des regroupements circonstanciels de salariés. Flexibilité et fragmentation syndicale façonnent ainsi un monde du travail sous pression et dépourvu de références collectives.

Depuis octobre, c’est cette structure inégalitaire qui est contestée par une révolte massive mais désarticulée que la gestion du Covid-19 par les autorités ne fait qu’exacerber.

Le néolibéralisme en état d’exception


La pandémie progresse différemment en Amérique latine. Certains pays tardent à appliquer un confinement total, comme le Brésil de Bolsonaro, alors que d’autres l’ont mis en place plus tôt, tels l’Argentine, le Vénézuéla, le Pérou, entre autres. Les taux de contamination et de létalité varient d’un pays à l’autre. Certains médias saluent l’exemple du Chili, qui a opté pour un confinement progressif et où le nombre de décès est relativement bas. Cependant, la situation est loin d’être positive.

Divers acteurs, dont le Collège des médecins et l’Association de maires, exigent plus d’informations sur l’avancée de la pandémie et un confinement plus conséquent, face à un gouvernement qui demeure fort contesté – son taux d’approbation est de 6 %, le niveau le plus bas depuis 1990 – et qui inclut un ministre de la Santé ayant déclaré en novembre que le système de santé chilien était « l’un des meilleurs de la planète » et, plus récemment, que le virus pouvait devenir « sympathique ».

Au-delà de cette manifestation d’arrogance, les mesures appliquées approfondissent les inégalités sociales, la rationalité néolibérale profitant des conditions inédites apportées par l’état d’exception instauré le 18 mars. Avec la fermeture des frontières, les forces armées sont à nouveau appelées à contrôler l’ordre public, et ont rapidement établi un couvre-feu.


DES MILITAIRES CONTRÔLENT UN CARREFOUR
À SANTIAGO, LE 30 MARS 2020.
PHOTO MARTIN BERNETTI / AFP
Les mesures de confinement, on l’a dit, sont appliquées progressivement, selon le nombre de cas confirmés. À Santiago sont confinées les communes les plus privilégiées, ainsi que la commune centrale de la capitale et épicentre de la révolte. La majorité de la population est appelée à rester chez elle mais, à l’exception de la faible proportion qui peut télétravailler, beaucoup continuent à se déplacer dans des transports en commun saturés où la distanciation sociale est impraticable.

Du fait du confinement progressif, l’inégalité sociale se double donc d’une inégale exposition au virus. Cette situation s’approfondit dans un système de santé déjà ségrégatif : les personnes qui s’adressent aux hôpitaux publics attendent des jours pour être testées et pour recevoir leurs résultats, avec des conséquences parfois fatales ; en revanche, celles qui peuvent se permettre de s’adresser au secteur privé bénéficient d’une application – payante – de test à domicile, et sont informées des résultats quelques heures après.

Cependant, au lieu de renforcer directement le système public de santé ou d’utiliser gratuitement des sites à des fins sanitaires grâce à l’état d’exception, le gouvernement décide de louer un espace de conventions pour la prise en charge de malades. L’état d’exception apparaît avant tout comme une mesure de contrôle de la population, la loi du marché – et avec elle la propriété privée – reste hors de toute remise en question, elle est même approfondie.

Sur le plan économique, les mesures de « protection de l’emploi » réduisent encore les revenus du travail. Ces modifications permettent de « sauvegarder l’emploi » tout en admettant la suspension des rémunérations. Les salariés concernés pourront avoir recours à l’assurance chômage en vidant progressivement leurs comptes individuels avant de passer aux fonds solidaires. D’autres aménagements sont possibles mais dépendent, en l’absence de représentation syndicale, d’imaginaires accords employeurs-salariés qui révèlent rapidement le pouvoir patronal.

En fait, des milliers de salariés sont déjà licenciés ou sous contrat suspendu. Les indépendants, qui représentent 38,9 % de la force de travail, pourront bénéficier du remboursement anticipé des impôts sur les revenus, alors que la population la plus vulnérable recevra une allocation ponctuelle nettement inférieure au seuil de pauvreté.


DES SOLDATS DEVANT UN CENTRE
 À CONCEPCION, LE 19 MARS 2020.
PHOTO GUILLERMO  SALGADO/AFP
Un second plan économique vient d’être annoncé le 8 avril, qui comprend la création d’un fonds de 2 milliards de dollars pour la protection des revenus des travailleurs informels, dont les mécanismes d’attribution ne sont pas encore clarifiés, et une aide aux entreprises, qui se fera sous la forme de crédits octroyés sous garantie de l’État à hauteur de 3 milliards de dollars, mais gérés par des banques privées.

La gestion néolibérale de l’essor du Covid-19 renforce ainsi, dans la quasi-totalité de ses aspects, une logique marchande qui ne fait qu’approfondir les inégalités entre capital et travail et, plus largement, entre les plus riches et la majorité de la population, vouée à développer des stratégies de survie face à la pandémie et à la crise économique qu’elle annonce.

Après la pandémie ?


Au 7 avril, il y avait 5 546 cas confirmés et 48 décès au Chili. Le système de santé commence à montrer des signes de saturation au sud du pays.

Le gouvernement campe sur ses positions et se montre même bravache : le 3 avril, Sebastián Piñera se prend en photo sur la Place d’Italie, à Santiago – rebaptisée « Place de la dignité » depuis octobre par le mouvement contestataire qui fait de la dignité l’horizon normatif de ses demandes.

CAPTURE D'ÉCRAN
Une négligence pour certains, une provocation pour la plupart, car le président occupe l’épicentre de la révolte, repeint au lendemain du couvre-feu, vidé par le confinement décrété et où des centaines de milliers de personnes exigeaient sa démission il y a quelque temps.

Les manifestations se sont, certes, dissipées, mais les raisons de la colère continuent à se multiplier au sein de la société chilienne.

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vendredi 3 avril 2020

LE DARWINISME DE LA SANTÉ AU CHILI

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PHOTO MONTAGE DARWIN 
AMÉRIQUE LATINE • Le sociologue Andrés Kogan Valderrama dénonce la politique sanitaire du gouvernement de Sebastián Piñera.
Comme si les graves violations des droits de l’homme durant les manifestations lancées contre le gouvernement de Sebastián Piñera en octobre dernier n’étaient pas suffisantes, s’ajoute aujourd’hui la réponse erratique de l’exécutif face à l’expansion du coronavirus. Bien qu’aucun gouvernement dans le monde n’ait problématisé les causes structurelles de la pandémie, qui sont liées à l’expansion de l’agrobusiness et de l’industrie de la viande, son expansion a suscité des réactions différentes de la part des dirigeants au niveau international. Parmi les mesures concentrées sur la mise en œuvre de mesures de prévention universelles pour la population, il faut saluer celles qui ont mis l’accent sur le renforcement du dépistage du virus, l’isolement des personnes infectées, la distanciation sociale et la promotion rigoureuse des mesures d’hygiène.

Confusion entre santé et sécurité


Dans le cas du Chili, la situation pourrait s’avérer dramatique et très grave si des mesures de prévention universelles fortes ne sont finalement pas prises, étant donné que plus d’un millier de personnes ont déjà été diagnostiquées avec le Covid-19 dans le pays. Malgré cela, le gouvernement Piñera a refusé de déclarer une quarantaine nationale et régionale, l’appliquant uniquement dans les zones orientale et centrale de la capitale, car il ne semble pas vouloir modifier l’ordre économique du pays. Seul un état d’urgence et un couvre-feu dans tout le pays ont été décrétés, comme si le problème était un problème de sécurité et non de santé.

Ces mesures s’inscrivent dans un cadre politique où la santé, comme presque tout le reste, est régulée par le marché. Elles sont les conséquences de l’imposition d’une constitution née de la dictature il y a 40 ans. Celle-ci nie la possibilité d’un droit universel, public et solidaire à la santé pour tous, générant au contraire un système fragmenté, qui dépend de la fortune de chacun.

Il n’est dès lors pas surprenant qu’un tel modèle commercial de la santé suscite aussi bien l’augmentation du prix des médicaments dans les pharmacies que celle du prix des tests de prévention, qui ne sont ni gratuits, ni universels.

Logique darwiniste inégalitaire


Plus qu’à un État négligent, la population fait face à un État darwinien, favorisant ceux qui ont les moyens économiques de vivre, considérant que le nombre de lits d’hôpitaux par habitant au Chili est bien inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE. De plus, malgré le fait que les personnes infectées par le Covid-19 sont concentrées depuis le début dans le secteur Est de la capitale – zone de loin la plus riche en revenus de la région métropolitaine (Las Condes, Vitacura, Providencia), aucune mesure immédiate n’a été prise pour isoler ces communautés, révélant leur manque d’intérêt pour les secteurs les plus pauvres.

Il est aussi très grave que les autorités en aient seulement appelé à une quarantaine volontaire au niveau national, sachant que la grande majorité des licencié.e.s doivent utiliser les transports publics pour se rendre à leur travail de peur d’être licenciés. L’initiative de télétravail récemment lancée par le gouvernement est destinée à l’élite. Elle ne protégera pas ceux et celles qui effectuent un travail physique dans le domaine du nettoyage et de la construction, par exemple. Bref, l’expansion du Covid-19 au Chili ne fait qu’exemplifier une nouvelle fois la logique darwiniste en matière de santé du pays, en montrant mépris total de la population générale en matière de soins.

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jeudi 2 avril 2020

CORONAVIRUS : RAFAEL GOMEZ NIETO, HÉROS ESPAGNOL DE LA LIBÉRATION DE PARIS, EST MORT

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PHOTO GERARD JULIEN / AFP
Portrait Après avoir fui le régime franquiste puis débarqué en Normandie, Rafael Gomez Nieto avait participé à la libération de Paris et combattu les nazis. Il est décédé à Strasbourg, à 99 ans, du coronavirus.
6Temps de Lecture 3 Min
PHOTO GEORGES MELAMED
C’est un héros de la Seconde Guerre mondiale qui a été emporté, mardi 31 mars, par le coronavirus. «Avec lui part un pan de l’histoire de la libération de Paris et des Républicains espagnols », a déploré à l’AFP l’historienne Evelyn Mesquida.

► Libérer la Mairie de Paris


Le 24 août 1944, Rafael Nieto et ses compagnons républicains espagnols de « la Nueve » (neuvième) sont les premiers à entrer dans la capitale occupée aux côtés de la 2e division blindée du Général Leclerc. Chauffeur à bord du half-track baptisé Guernica et accompagné par la centaine d’anciens résistants espagnols, il a pour mission d’atteindre et libérer la Mairie de Paris. Ils ne mettront qu’une heure et demie pour se frayer un chemin depuis la porte d’Italie jusqu’à l’hôtel de ville. Ce fait d’arme exceptionnel lui a valu la légion d’honneur en 2012.

Son père, fidèle partisan de la République espagnole, a été carabinier pendant la guerre civile. Après la débâcle de la bataille de l’Èbre en 1938 à laquelle il participe, lui et sa famille décident de traverser les Pyrénées pour se réfugier en France. Rafael Nieto se retrouve à 17 ans parqué dans un camp de concentration pour réfugiés à Saint-Cyprien, non loin de Barcarès, où les conditions de vie sont déplorables. Rafael et son père se font passer pour deux frères et se débrouillent avec de faux papiers pour rejoindre un oncle à Oran, en Algérie française. En 1942, après le débarquement des forces Alliés en Afrique du Nord, Rafael décide de son propre chef d’intégrer les Corps francs d’Afrique. Et il intègre la « Nueve ».

► Un destin lié à celui de la compagnie


La vie de Rafael Gomez Nieto se raconte à travers cette compagnie. Créée en 1943, La Nueve tient son nom des 140 soldats d’origine espagnole qui la constituent sur un total de 160. La plupart sont républicains, souvent d’anciens combattants de la guerre civile qui fuient le régime franquiste comme Rafael Nieto. Officiellement française, la neuvième compagnie affiche cependant fièrement ses couleurs. Les véhicules sont symboliquement baptisés Guernica, Don Quichotte, Madrid et Guadalajara.

Sur leurs uniformes fournis par l’armée américaine, certains arborent le drapeau républicain espagnol. Au fil des campagnes militaires au Maroc et en Écosse, la réputation de la Nueve se renforce. Elle est constamment envoyée en première ligne et parvient à faire avancer les troupes. Le 8 août 1944, Rafael Nieto au volant du Don Quichotte débarque avec ses compagnons à Utah Beach pour venir en renfort des troupes engagées dans la bataille de Normandie.

Déjà sous les ordres du Général Leclerc, l’efficacité de la neuvième compagnie lors des dernières batailles la place en tête de file pour la libération de la capitale. Une victoire que ses membres célèbrent en agitant le drapeau républicain sur le balcon de l'hôtel de ville et en chanson. Mais la guerre n’est pas encore finie. Dernière étape : le Berghof, dans les Alpes-Bavaroises, aussi surnommé le « nid d’aigle » d’Hitler. Lors de cette ultime mission, beaucoup de ses camarades sont tués. Seuls seize membres de la Nueve en réchappent.

► Un travail de mémoire


Lors de Libération, Rafael Gomez Nieto défile aux côtés du Général de Gaulle sur les Champs Elysées. À la fin de l’année 1945, il est démobilisé et retourne mener sa vie de cordonnier à Oran, où il se marie et fonde une famille. Il est appelé en renfort lors de la guerre d’Algérie mais décide, fatigué par les combats, de partir vivre en Alsace en 1958. L’Histoire a cependant oublié les exploits de « la Nueve » et de Rafael Nieto.

C’est à partir des années 1990 que le travail de mémoire s’amorce petit à petit. En 2012, le chauffeur de la Nueve reçoit la plus haute distinction de la République française. Et en 2014, à l’occasion du 70ème anniversaire de la Libération de Paris, la maire Anne Hidalgo (espagnole d’origine) rebaptise les jardins de l'hôtel de ville, devenus « Jardin des combattants de la Nueve ». Ce mardi, c’est le dernier des combattants de la « Nueve » qui s’est éteint à Strasbourg.

ROGER WATERS - « EL DERECHO DE VIVIR EN PAZ» (VÍCTOR JARA)

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PHOTO VITTORIO ZUNINO CELOTTO
« ROGER WATERS - EL DERECHO DE VIVIR EN PAZ (VÍCTOR JARA)» 
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