mercredi 1 août 2018

FRIEDRICH HAYEK OU LA DICTATURE DE LA LIBERTÉ


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FRIEDRICH HAYEK REÇOIT LE PRIX DE LA BANQUE DE SUÈDE
EN SCIENCES ÉCONOMIQUES EN MÉMOIRE D'ALFRED NOBEL EN 1974

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LE MALHEUR DES UNS  PAR GUILLAUME ERNER
ÉMISSION DU MERCREDI 1 AOÛT 2018 

Si ça ne va pas fort aujourd'hui, dites-vous que vous auriez pu être Friedrich Hayek.

Friedrich Hayek, le père de l'ultra-libéralisme moderne. Bon attendez, ça n'est pas là que se situe son échec. 

Que vous soyez libéral, ou antilibéral, Hayek c'est l'un des grands penseurs du XXe siècle, son ouvrage publié en 1944, La route de la servitude constitue une bible pour de nombreux esprits dans l'après-guerre. Dans ce livre, dédié aux socialistes, puisque Hayek était lui-même socialiste dans les années 20 avant de se convertir au libéralisme le plus rigoureux, il analyse les deux formes de société totalitaire, Staline versus Hitler. 

Il a ce propos marquant : « le nazisme est le stade auquel on aboutit lorsque le communisme a échoué ». L'une des idées maîtresses de Hayek, c'est la défense de la liberté, la liberté sur tous les plans, y compris et d'abord sur le plan économique. 

À ses yeux, lorsque l'État limite la liberté économique des individus, il se charge ensuite bien vite de la limiter sur d'autres plans, par exemple sur le plan politique. Voilà pourquoi il se montre un farouche adversaire du plan, l'idée que l'on peut décider d'en-haut ce que sera une économie ; ce sont les personnes à ses yeux qui sont les plus à même de savoir ce qui est bon pour elle, et c'est en recherchant le bonheur de chacun que l'on construit le bonheur de tous. 

Son individualisme explique-t-il, est une attitude d'humilité à l'égard du processus social. « Puisque je ne peux pas me mettre à la place d'autrui, explique-t-il en substance, je dois laisser chaque personne décider de ce qu'il veut acheter, vendre, produire, tant que ces activités, bien entendu, ne nuisent pas à autrui »

Cette pensée apparaît comme nouvelle au lendemain de la guerre, les arguments d'Hayek portent et il entame sérieusement le crédit d'un autre économiste, ami mais néanmoins adversaire, John Maynard Keynes. 

Le livre d'Hayek est traduit dans une trentaine de langues, il se vend à des centaines de milliers d'exemplaires, et forme une génération de politiques parmi lesquels on peut compter les thatchériens ou bien encore ceux qui doteront de sa doctrine l'administration Reagan. 

Bon allez avouez-le... Même si votre mère est communiste, elle serait fière que vous ayez influencé tant de gens. Oui mais il a aussi influencé Augusto Pinochet. Le dictateur chilien était un grand admirateur d'Hayek, après tout on ne choisit pas nécessairement ses fans, mais il invita Hayek à venir lui rendre visite, et l'économiste accepta. Hayek visita plusieurs le chili à partir de 1973, il rencontra plusieurs fois Pinochet.

À chaque poignée de main, il détruisait un peu plus le Hayek de 1944 qui luttait contre le totalitarisme. Jusqu'au moment où il enterra carrément sa thèse en déclarant, en 1981, « personnellement je préfère un dictateur libéral plutôt qu'un gouvernement démocratique manquant de libéralisme ». La dictature au nom de la liberté, le concept était vraiment disruptif, et parfaitement contradictoire avec tout ce qu'il avait écrit auparavant...