mercredi 13 octobre 2010

Invitation : La littérature chilienne actuelle

Mais beaucoup de Chiliens ont décidé de rester en exil et forment aujourd’hui une diaspora qui complique toute référence à une « identité chilienne » et a fortiori à une « littérature chilienne ». Dans ces conditions, peut-on parler d’une littérature chilienne ? Que reste-t-il de chilien à un auteur qui, comme beaucoup d’exilés, a dû apprendre à vivre dans une nouvelle langue et a fini par l’adopter ?
Voilà autant de questions que ce débat sur la littérature chilienne se propose d’approfondir. Alejandro Zambra, dont le dernier roman La vie privée des arbres vient d’être traduit en français, s’entretiendra avec Bernardo Toro un écrivain chilien de France dont le dernier roman De fils à fils écrit directement en français est paru cette année.

Singularités de la littérature chilienne actuelle

Rencontre avec Bernardo Toro et Alejandro Zambra

animée par Vivian Nichet-Baux

le lundi 18 octobre à 18h30

à La Maison de l’Amérique Latine

217, bd. Saint-Germain 75007 Paris Métro : Rue du Bac Tél. 01 49 54 75 00


dimanche 10 octobre 2010

Mineurs: Le leader, l'ancien, et l'ex-footballeur

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Le vétéran Mario Gomez, 63 ans, conducteur. Reuters /Diario Las Ultimas Noticias
Il était chef de tour quand s'est produit l'éboulement qui a bloqué les «33» au fond de la mine le 5 août. Même s'il ne travaillait que depuis deux mois sur le site de San José, c'est lui qui a pris la direction des opérations sous terre après l'accident.
Il a notamment été le premier à parler avec les autorités.
«Nous allons bien et nous espérons que vous allez nous sauver» de cet «enfer», a-t-il déclaré lors de son premier contact téléphonique avec le président Sebastian Pinera.
Il a raconté au chef de l'État qu'après l'éboulement, il avait fallu quatre à cinq heures aux mineurs pour se rendre compte qu'ils étaient «bloqués par un énorme rocher qui obstruait le tunnel».
Mais les «33» s'inquiétaient alors surtout pour leurs collègues, comme il l'a confié au ministre des Mines Laurence Golborne. «Ministre, nous avions des collègues qui se dirigeaient vers la sortie. Nous ne savons pas s'ils sont sortis ou non».
C'est le doyen et plus expérimenté du groupe. Fils de mineur, il a commencé à travailler sous terre à 12 ans.
Plutôt du genre «taiseux», il a écrit une lettre d'amour sans précédent en 31 ans de mariage à son épouse.
«Sa lettre m'a surprise. Il me dit qu'il m'aime. Jamais je n'avais reçu une telle lettre de sa part. Même quand nous étions fiancés, il n'était pas si romantique», a raconté son épouse Liliana Ramirez.
C'est lui qui griffonna les premiers mots ramenés par une sonde du fond de la mine: «Nous allons bien, les 33, dans le refuge».
Surnommé «le navigateur», car il a travaillé dans la marine marchande, il transportait le minerai à l'extérieur de la mine depuis neuf mois.
Père de quatre filles, Gomez est aussi devenu une figure paternelle à la mine. «Il est comme un père veillant sur ses enfants», raconte un de ses collègues Gino Erazo.
Sa petite-fille Marion l'attend impatiemment. Elle a arrêté d'aller à l'école depuis l'accident.
«Je suis arrivée le lendemain de l'accident et depuis je suis ici», a déclaré fièrement à l'AFP la fillette, qui a fêté ses neuf ans au campement «Espoir» établi par les familles des «33».
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L'ancien footballeur Franklin Lobos, 55 ans, conducteur d'engins. Photo Reuters / Diario Las Ultimas Noticias

Comme nombre d'anciens joueurs de football du Chili, cet ancien milieu de terrain international et partenaire de l'attaquant vedette Ivan Zamorano dans les années 90, est allé travailler à la mine après sa retraite sportive.
«Il y a beaucoup d'anciens pros à la mine. Partout dans le nord» minier, explique Willian Lobos, son neveu, mineur lui aussi. «La vie de "pro" est courte, jusqu'à 35-36 ans, et les compagnies minières, souvent propriétaires de clubs, leur offrent un travail après».
Lobos travaillait à San José depuis seulement trois mois. Il conduisait l'engin souterrain qui amène les mineurs jusqu'aux veines par la rampe principale, courant sur plusieurs kilomètres.
L'ex-pro devait tout de même en rajouter pour payer les études de ses deux filles. Pendant ses jours de repos, il était chauffeur de taxi dans la ville dortoir proche de Copiapo.
À la mine, son passé footballistique lui a valu des cadeaux spéciaux, comme les maillots dédicacés de l'équipe du Chili, du Real Madrid. Et sa famille le charriait dans une lettre en lui souhaitant de «perdre un peu de ventre pour mieux jouer au ballon!»


samedi 9 octobre 2010

UN POÈME INCONNU ET UN MILLIER DE LIVRES DE BORGES DÉVOILÉS EN ARGENTINE

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LIVRES, ANNOTÉS ET COMMENTÉS PAR L'ÉCRIVAIN JORGE LUIS BORGES MONTRÉS
À LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE BUENOS AIRES, LE 24 SEPTEMBRE 2010.
PHOTO AFP



"Des chercheurs du monde entier nous appellent: des universités de Virgine et de Pittsburgh aux Etats-Unis, à Leipzig et Hambourg en Allemagne", a dit à l'AFP Laura Rosato, 41 ans, l'un de des deux auteurs de la découverte.

"Certains d'entre eux ont déjà annoncé leur venue avant la fin de l'année", ajoute avec fierté German Alvarez, 33 ans, qui comme Rosato travaille à la Bibliothèque nationale argentine dont Borges a été le directeur pendant 18 ans.

Mme Rosato et M. Alvarez ont fait état de leurs découvertes dans un ouvrage de 400 pages à paraître aux éditions de la Bibliothèque nationale: "Borges, livres et lectures".

Parmi elles, un poème manuscrit inédit, griffonné sur un exemplaire en allemand du théologien Christian Walch et daté du 11 décembre 1923. On reconnaît le trait fin et précis caractéristique. "C'est de loin la trouvaille la plus importante", a dit German Alvarez.

Le poème commence ainsi : "La esperanza/como un cuerpo de niña..." ("L'espoir, tel un corps de jeune fille...") "C'est le premier Borges, le plus intime, presque érotique", dit Mme Rosato.

L'auteur de "Fictions", antipéroniste, avait dû quitter la Bibliothèque au retour du général Juan Peron de son exil (1955-1973). En partant, il a fait don d'un millier de ses livres.

Cette collection est particulièrement précieuse car elle contient des plans de futurs ouvrages et des commentaires en marge.

Mais elle était tombée dans l'oubli faute d'avoir été dûment cataloguée. Les livres étaient restés empilés dans des paquets. "On peut encore voir sur beaucoup d'entre eux la trace de la ficelle", a expliqué M. Alvarez.

Ce n'est qu'en 2004 que ces deux chercheurs ont pu entamer leur travail de fourmi. Ils ont passé en revue plus de 900.000 ouvrages du fonds de la Bibliothèque.

vendredi 8 octobre 2010

Les honneurs se suivent pour Michelle Bachelet

Le prix Courage au féminin est une distinction remise aux femmes qui se battent pour le respect, la liberté et les droits de la personne. L'an dernier, le prix avait été remporté par la politicienne franco-colombienne Ingrid Betancourt.
Au cours de la soirée, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, et le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, devaient rendre hommage à Mme Bachelet.
Il s'agit de l'une des nombreuses distinctions que recevra l'ancienne chef d'état sud-américaine au cours de ce voyage d'une semaine au Canada.
Plus tôt dans la journée, Mme Bachelet s'est vue remettre un doctorat honorifique de l'Université d'Ottawa.
Première présidente au Chili
À la tête de Concertation démocratique, une coalition de centre gauche, Michelle Bachelet a présidé les destinées du Chili de mars 2006 à mars 2010. À 54 ans, elle est devenue la première femme à occuper cette fonction au Chili et même la première présidente élue au suffrage universel de toute l'Amérique du Sud. Sa première initiative a été de former un gouvernement paritaire comptant 10 hommes et 10 femmes.
Certains lui ont reproché d'avoir utilisé une loi antiterroriste héritée de l'ère Pinochet pour mettre en accusation des militants autochtones de la nation mapuche qui avaient commis des gestes violents en appui à leurs revendications. Elle avait pourtant promis avant son élection de ne pas utiliser cette loi contre les Mapuches.
Depuis le mois dernier, Mme Bachelet est à la tête d'ONU-Femmes, une nouvelle agence des Nations unies dédiée à l'égalité et l'autonomie des femmes ainsi qu'à l'amélioration de leurs conditions de vie.

Au Chili, le clown qui fait sourire les enfants de la mine

Face à lui, un gamin hilare tend les bras et fait mine de vouloir l’aider. Après un peu d’exercice avec l’altère poids plume, Rolly la tend au gamin, qui à son tour joue les faux durs. Et rigole en se dirigeant vers la tente de ses parents…
Alors que les nouvelles des opérations de forage sont bonnes et que les 33 mineurs bloqués sous terre pourraient revoir le jour à partir du 11 octobre, le moral est revenu dans le camp improvisé Esperanza.
Mais l’angoisse ne sera dissipée que quand tout le monde sera rentré à la maison. Après deux mois particulièrement pénibles pour les femmes des nouveaux héros du Chili, mais aussi pour leurs fils et leurs filles, leurs neveux et leurs nièces.
"On s’occupe des parents. Mais pas beaucoup des enfants"
Depuis près d’un mois, pour penser à autre chose, les enfants du camp – ils sont une quinzaine – ont un nouvel ami : mi-septembre, Rolando Gonzalez, le conducteur d’autobus, a mis dans une valise ses nez rouges, ses grosses chaussures bleues, son large pantalon à carreaux et sa casquette colorée et a quitté Iquique, une ville côtière tout au nord du Chili. Une quinzaine d’heures de bus plus tard, il arrivait à Copiapo, puis à la mine.
« Mon métier, c’est de transporter les gens qui vont travailler à la mine, à Calama, dans le nord, mais quand je peux, je fais aussi le clown, raconte-t-il en souriant sous sa perruque jaune. Je sais qu’en général, quand il y a une catastrophe de ce genre, on s’occupe des parents. Mais pas beaucoup des enfants. Je le sais car en début d’année, je suis allé dans le sud, après le tremblement de terre de février. J’ai vu comment se passaient les choses. Alors quand j’ai entendu ce qui était arrivé à la mine San José, et que j’ai vu que les gens dormaient dans ce camp, je me suis dit que je devais repartir, pour aider. »
Il est installé au milieu des familles
Rolly a donc installé sa tente au milieu de celles de familles, le long de la route qui monte en serpentant vers l’entrée de la mine. Il a passé sur son maillot orange une veste aux couleurs du drapeau chilien, et a fait coudre dans le dos la phrase qui a rendu l’espoir à toutes les familles – « nous allons tous bien dans le refuge, les 33 » – écrite sur un bout de papier quand le contact a été renoué, en août, avec les mineurs bloqués sous terre.
Toute la journée, il distribue ses ballons, fait ses numéros, organise des jeux. Le soir, quand il commence à faire froid dans le désert de l’Atacama, il allume un feu, et réunit enfants et parents. De 8 heures à 20 heures, il est le clown d’Esperanza.
Rendre le sourire aux mineurs des mineurs
Aux enfants, Rolly permet d’évacuer un peu le stress – « je ne leur parle jamais de ce qui se passe en dessous », dit-il – aux parents, de souffler un peu. Et alors qu’il ne devait rester qu’une ou deux semaines, les grands et les petits n’ont pas laissé partir leur clown. Et si ses ballons montent en l’air, quand ils échappent des mains des enfants, ils sont pourtant parvenus jusqu’aux 33.
La preuve ? Les prisonniers du sous-sol ont fait parvenir des lettres à Rolly, pour le remercier de rendre le sourire aux mineurs des mineurs. Le clown n’est pas peu fier quand il exhibe le drapeau chilien qu’ils lui ont fait parvenir après l’avoir signé, un par un.
Avant le grand final de leur évacuation, il prépare une dernière fête. Samedi 9 octobre, Rolly le clown aura 30 ans. Les préparatifs sont encore confidentiels, mais une chose est sûre : il y aura beaucoup de ballons et d’enfants.
Gilles BIASSETTE , à Copiapo (Chili)

jeudi 7 octobre 2010

Singularités de la littérature chilienne actuelle

Né en 1975 à Santiago du Chili, Alejandro Zambra est professeur de littérature et critique littéraire, poète et romancier. Il est l'auteur de La vie privée des arbres (Rivages, 2009).

Né en 1964 à Santiago du Chili, l'écrivain Bernardo Toro est en résidence au lycée Jean Rostand de Mantes-la-Jolie. Il dirige aujourd'hui la revue littéraire Rue Saint Ambroise. Il est l'auteur du roman Contretemps (Editions Les Petits matins, 2006) et de De fils à fils (Editions Stock, 2010).

Animée par Vivian Nichet-Baux et avec la participation (traduction) de Denise Laroutis.

Dans le cadre du 9è Festival Littéraire latino-américain Belles Latinas www.espaces-latinos.org/bellesindex.php et en collaboration avec la Librairie Gallimard.

MARIO VARGAS LLOSA, NOBEL DE LITTÉRATURE 2010

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Mario Vargas Llosa, à la sortie du café parisien Les Deux Magots du quartier de Saint-Germain-des-Prés, dans le 6e arrondissement. Photo AVELINO ESTEVE


Vargas Llosa est un "auteur engagé dans la société". "Il considère qu'un auteur ne doit pas simplement distraire", a commenté le secrétaire de l'Académie suédoise Peter Englund. L'oeuvre de Vargas Llosa, forte d'une trentaine d'ouvrages (essais, romans, nouvelles, théâtre) est traduite dans le monde entier et en faisait un candidat pressenti pour le Nobel depuis des années. Son nouveau roman, Le Rêve du Celte, consacré au diplomate britannique Roger Casement qui dénonça les atrocités commises dans le Congo de Léopold II, doit sortir le 3 novembre en Espagne, en Amérique latine et dans le marché espagnol des États-Unis.

"C'est un conteur qui a développé l'art de raconter d'une façon fantastique", a commenté le secrétaire de l'Académie suédoise, Peter Englund, après avoir annoncé le prix. "On peut voir dans sa production que c'est un homme passionné. Et il a eu une réaction d'homme passionné, il était très, très heureux et très ému", a ajouté Peter Englund, qui venait de le contacter par téléphone. "En ce moment, il se trouve à New York, où il était 6 h 45 lorsque je l'ai appelé, et il était déjà levé. Il s'est réveillé très tôt ce matin, vers cinq heures, pour préparer un cours. Il enseigne à l'université de Princeton", a poursuivi Peter Englund.

"Une reconnaissance de la littérature latino-américaine"

Mario Vargas Llosa a déclaré, pour sa part, qu'il s'agissait d'une "reconnaissance de la littérature latino-américaine et en langue espagnole", dans une déclaration à la radio colombienne RCN. L'écrivain a prévu une conférence de presse à l'Institut Cervantès, à New York, dans la journée, mais, déjà, la porte-parole de son agent a réagi à la Foire du livre de Francfort. "C'est une joie immense. C'est complètement inattendu, mais aussi mérité. Nous ne pensions pas qu'il l'aurait", a dit Gloria Gutiérrez. Après le Mexicain Octavio Paz il y a 20 ans, le Colombien Gabriel García Márquez (1982), le Chilien Pablo Neruda (1971) et le Guatémaltèque Miguel Angel Asturias, Vargas LLosa est le dernier Prix Nobel de littérature issu d'une prestigieuse lignée d'auteurs latino-américains récompensés par l'Académie suédoise.

Depuis La Ville et les Chiens, son premier roman, il s'est affirmé comme l'un des maîtres de la littérature d'Amérique latine. Oeuvre multiple où les romans politiquement engagés et les fresques de sa première période (La Maison verte, Conversations à la cathédrale, La Guerre de la fin du monde) ont cédé la place à des ouvrages plus intimistes comme La Tante Julia ou Éloge de la marâtre, matrice de ce nouveau roman. Où les essais littéraires (L'Orgie perpétuelle, consacré à Flaubert) alternent avec des mémoires (Contre vents et marées, Le Poisson dans l'eau). Où la recherche d'une voie politique pour l'Amérique latine (Les Enjeux de la liberté) s'accompagne de retours à la pure fiction ou à une vision métaphorique de son pays (Lituma dans les Andes).

Candidat malheureux à la présidence de son pays en 1990, Vargas Llosa, lauréat du prix Cervantès en 1994 et académicien espagnol, a acquis la nationalité espagnole en 1993.