
Les relations du Chili avec ses voisins du nord sont compliquées. [En 2007] le Pérou a intenté une action en justice [auprès des Nations unies] contre le Chili au sujet de leur frontière maritime. Et la Bolivie [qui a dû céder ses provinces maritimes au Chili après sa défaite lors de la guerre du Pacifique, en 1879] continue à réclamer un accès à la mer.
Cette situation soulève d’épineux problèmes politiques. Cependant, trois architectes chiliens réputés affirment avoir trouvé une solution pour ces litiges, du moins l’ont-ils imaginée sur le papier.
Humberto Eliash, Carlos Martner et Fernando Castillo Velasco ont dessiné un tunnel partant de Bolivie et débouchant sur une île bolivienne artificielle au milieu d’une mer qui serait trinationale. Ils mûrissent ce projet depuis trois ans et vont le proposer au ministère des Affaires étrangères chilien. L’objectif est de soumettre à la Cour internationale de justice de La Haye une solution praticable qui permette à chaque Etat d’y trouver son compte. [La Bolivie posséderait enfin un débouché vers la mer lui permettant d’exporter ses matières premières – hydrocarbures et minerais surtout –, le Pérou gagnerait une extension de ses eaux territoriales et le Chili réglerait son contentieux avec ses voisins tout en gardant un droit sur la zone litigieuse.] L’idée consiste à construire un tunnel de 150 kilomètres depuis Charaña (Bolivie), en passant sous la frontière entre le Chili et le Pérou. La galerie souterraine traverserait le désert et aboutirait sur une île, à quelques encablures de la côte chilienne. Les concepteurs du projet envisagent de construire la nouvelle île avec le déblai du tunnel, “comme les îles de Naos, Perico et Flamenco, faites avec le déblai du canal de Panamá. Sinon, on peut aussi utiliser la technique employée pour les îles flottantes du lac Titicaca [réalisées grâce à la totora, une sorte de jonc flottant]”, explique Humberto Eliash.

Castillo Velasco, qui a décrit le projet dans son livre Lecciones del tiempo vivido [Leçons du temps vécu], pense que “les grandes difficultés seront politiques”. Il a déjà envoyé un exemplaire du livre au ministre chilien des Affaires étrangères, Mariano Fernández. “Il m’a fait savoir qu’il m’appellerait pour discuter du projet”, affirme l’architecte.