samedi 5 septembre 2009

Des universités du Chili associées à l'université de Rennes 1

De plus, les échanges entre chercheurs chiliens et français seront renforcés.

L’université poursuit sa stratégie d’internationalisation de la recherche. Cette coopération avec le Chili porte à six le nombre de laboratoires internationaux associés de l’université de Rennes 1. Il s’agit du cinquième en sciences de la matière, dont quatre en chimie, confortant ainsi un axe reconnu d'excellence à Rennes 1.

jeudi 3 septembre 2009

LA PRIVATISATION DE LA MER

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Saumon d'élevage dans un centre près de Port Montt, Chili Photo cristianaqua chez Flickr


À un peu plus de mille kilomètres au sud de Santiago, vers Puerto Montt, après avoir traversé le canal de Chacao, surgit cette île fantastique, Chiloé. Chiloé aux paysages de plaines et de collines où se mélangent les tons de verts du fait des abondantes pluies australes. Au printemps, à cette symphonie de verts s’ajoutent d’innombrables fleurs sauvages, jaunes, violettes et rouges, alors que sur les collines surgissent les chênes, les noisetiers, la myrte ou la rhubarbe.

Ces bois sur lesquels tombent chaque années 2500 mm de pluie, sont tapissés de fougères et de mousses, qui, aux pieds des espèces d’arbres natives, donnent un environnement plutôt mystérieux. La grande biodiversité de l’île et l’existence d’espèces animales et végétales endémiques ont impressionné Charles Darwin au 19ème siècle, qui crut que la pomme de terre était originaire de Chiloé. Même s’il a été démontré plus tard qu’elle est originaire du Pérou, 400 variétés différentes sont encore conservées sur l’île, à partir desquelles ont été obtenues la majorité de pommes de terre qui sont aujourd’hui consommées dans le monde.

Mais l’isolement dû à l’insularité n’a pas seulement permis l’apparition et la conservation d’une impressionnante diversité de la vie, incarnée par cheval chilote qui mesure 1,25 mètre de haut, ou le pudú, le cerf le plus petit du monde. L’isolement a aussi fait que les Chilotes préservent des tournures linguistiques propres, leur artisanat, la pêche artisanale et une architecture particulière, qui fait appel à des tuiles de bois. Les églises, d’inspiration bavaroise, et les pilotis, indiquent que les traditions ont perduré plus longtemps ici que dans d’autres régions.

Ce paradis enclavé dans l’extrémité sud orientale de l’océan pacifique est une des cinq aires marines les plus productives au monde. D’après le rapport de l’organisation environnementaliste Ecoceanos[1], « bien qu’elle représente moins de 1% de la superficie des océans, les volumes pêchés représentent 25% des tonnages mondiaux ». Une telle productivité ne peut qu’attirer les investisseurs du monde entier, avides de juteux profits.

Il y a quinze ans, l’île de Chiloé et la région autour de Puerto Montt ont connu une forte croissance de l’aquaculture, plus particulièrement l’élevage du saumon. Les investissements considérables réalisés par des entreprises d’Europe du nord et du Japon ont fait croître la salmoniculture chilienne de 15% par an. La production a été multipliée par 13 en quinze ans. En 2007, le Chili exportait pour 2,5 milliards de dollars de saumons vers les Etats-Unis, le Japon et l’Union Européenne. Ainsi, ce poisson joue un rôle clé dans la croissance de 70% des exportations nationales. Aux côtés du cuivre et de la cellulose, le saumon prend une part active dans le « miracle chilien[2] ».

Le Chili est aujourd’hui le cinquième pays au monde en tonnage de produits issus de la mer, le septième exportateur de produits de pêche et le deuxième exportateur de saumons d’élevage derrière la Norvège. Il y a une seule raison à cette impressionnante croissance : le Chili est le pays où les coûts de production du saumon sont les plus bas au monde.

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Saumon d'élevage Photo cristianaqua chez Flickr

Le talon d’Achille

Le 27 mars 2008, The New York Times publiait un article intitulé « Un virus chez les saumons révèle les méthodes de pêche au Chili[3] ». Un gros scandale. L’article attirait l’attention sur les millions de saumons qui étaient en train de mourir du virus ISA (anémie infectieuse du saumon), et sur le licenciement de milliers de travailleurs que la crise sanitaire avait provoqué.

« L’élevage des saumons dans des enclos sous-marins est en train de contaminer des eaux qui il y a peu étaient pures, et de produire des poissons potentiellement insalubres » précisait l’article. Le professeur Felipe Cabello, du département de microbiologie et d’immunologie de l’école de médecine de New York, signalait « le manque de contrôle sanitaire » et expliquait que les infections parasitaires, virales et mycotiques « se transmettent quand les poissons sont stressés et que les enclos sont très proches les uns des autres ». De plus, il assurait qu’au Chili, il est fait usage de dosages élevés d’antibiotiques pour les poissons, dont certains d’entre eux sont interdits aux Etats-Unis.

Sachant que 30% des exportations de saumon chilien arrivent aux Etats-Unis, la révélation du Times s’est révélée désastreuses. L’entreprise norvégienne Marine Harvest, la plus grande productrice de saumons d’élevage au monde, qui exporte 20% du saumon chilien, reconnût que ses élevages étaient à l’origine du virus ISA, et qu’elle utilisait des doses élevées d’antibiotiques au Chili. « Les biologistes et les défenseurs de l’environnement affirment que les excréments des saumons et l’alimentation en granulés absorbent l’oxygène de l’eau. Ils causent ainsi la mort d’autres espèces marines et participent à la propagation de maladies », signalait l’article.

La réponse apportée par la plus grande entreprise au monde, devant l’observation des problèmes environnementaux et sanitaires provoqués, attire l’attention : « Comme on faisait beaucoup d’argent et que tout se passait bien, il n’y avait pas de raison d’adopter des mesures plus strictes » déclarait au Times Arne Hjeltnes, le porte-parole de Marine Harvest à Oslo[4].

En 2005, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) avait déjà émis un rapport critiquant sévèrement l’industrie chilienne du saumon sur trois points notamment : la fuite d’un million de poissons par an, l’utilisation de fongicides comme le vert de malachite, un produit cancérigène interdit depuis 2002, et l’usage excessif d’antibiotiques. Le professeur Felipe Cabello estime que le Chili utilise entre 70 et 300 fois plus d’antibiotiques que la Norvège, et qu’il existe au Chili un marché noir d’antibiotiques pour saumons[5].

Les jours suivants, le gouvernement de Michelle Bachelet appuya l’industrie du saumon, préoccupé par le contexte commercial et par une éventuelle chute des exportations[6]. Malgré tout, la production chuta de 30 à 50% et 20.000 des 50.000 travailleurs du secteur furent licenciés. L’industrie du saumon entra dans une crise grave ; elle s’était endettée auprès des banques qui commencèrent à réclamer qu’on les rembourse, ce qui était devenu impossible du fait de la chute de la production.

Pourtant, plusieurs travaux de recherche avaient anticipé tout ce qui est arrivé ces dernières années (le virus a été découvert en juillet 2007).

Les coûts les plus bas du monde

Les mauvaises conditions de travail des 50.000 employés du secteur sont la première explication des bas coûts de production du saumon chilien. La salmoniculture enregistre les taux d’accident les plus élevés du pays ; il a été constaté qu’entre février 2005 et juin 2007, 42 travailleurs du secteur sont morts ou ont disparu en mer, d’après des données de la Marine chilienne et de la Direction nationale du travail. Entre 2003 et 2005, des inspections du travail prévues à l’avance ont été réalisées à 572 reprises, et même dans ces conditions, des amendes ont été infligées aux entreprises dans 70% des cas[7].

Les principaux problèmes rencontrés relèvent de l’hygiène et de la sécurité au travail, tant sur les lieux de « pêche » (d’énormes cages sous-marines) que sur les chaînes de transformation du poisson. Deux tiers des entreprises saumonières violent la législation du travail, alors que le travail informel occupe une place importante, notamment en ce qui concerne les tâches les plus dangereuses. Les femmes, qui représentent 70% des travailleurs du secteur et 90% sur les chaînes de production, souffrent du froid, de l’humidité, de la promiscuité ; on tente même de limiter leur accès aux toilettes. Ces pratiques ont également été observées auprès de femmes enceintes, certaines d’entre elles ont été licenciées.

Les plongeurs assurent les tâches les plus périlleuses. Des 4.000 plongeurs qui travaillaient en 2007, seuls 100 disposaient d’une formation certifiée d’après des normes internationales[8]. La sous-traitance, la pression et les menaces que pratiquent les chefs d’entreprises font que seuls 13 à 15% des travailleurs sont affiliés à un syndicat.

Mais les ouvriers ne sont pas les seuls à se plaindre. Les entreprises touristiques et les pêcheurs artisanaux souffrent aussi de la salmoniculture. Jusqu’en 2005, presque 5.000 hectares avaient été concédés aux saumoneries sur le bords des lacs, dans les fjords, les canaux et les estuaires (Marine Harvest contrôlait 1.215 ha). Autrement dit, elles occupaient les sites où se rendent les touristes et où pêchent les communautés locales.

Les gens se plaignent de la pollution et des fuites massives de saumons (2 millions de poissons se sont échappés en 2004), qui contribuent à la propagation de maladies contagieuses à d’autres espèces et aux humains, et qui menacent la survie des espèces sauvages. Mais c’est l’usage massif d’antibiotiques qui est le plus préoccupant et le plus scandaleux.

Le professeur Cabello soutient que l’usage d’antibiotiques dans la pisciculture peut stimuler la résistance bactérienne et ainsi provoquer la génération de souches résistantes affectant les humains et les poissons[9]. Au Japon et aux Etats-Unis, des résidus d’antibiotiques ont plusieurs fois été détectés dans les saumons chiliens. Un des objectifs de l’utilisation d’antibiotiques est le contrôle de la septicémie hémorragique virale. Les entreprises font usage de quinolones, mais la résistance bactérienne à ces substances croît de façon alarmante dans le monde entier.

Lors du séminaire organisé par Ecoceanos en mars 2007 à Puerto Montt, le directeur de l’école de chimie et de pharmacie de l’université australe, présenta des preuves convaincantes sur la croissance de la résistance bactérienne dans les hôpitaux de Puerto Montt et de Castro, sur l’île de Chiloé. De 1999 à 2003, la résistance au ciprofloxacine passa de 2,6 à 9% à Puerto Montt, alors qu’elle passa de 4,4 à 8,3% à Castro[10].

Les saumoneries ont décidé de diminuer leurs coûts et de travailler au maximum de leur capacité productive. Conséquences : « Leur apport à la recherche scientifique a été infime, elles ont engendré des concentrations de salmonidés très élevées dans les centres de culture, elles ont employé de manière indiscriminée et sans rotation des antiparasitaires comme l’emamectine benzoate et des antimicrobiens. Elles ne se sont jamais préoccupé du respect des aspects les plus élémentaires de la gestion environnementale et sanitaire[11] ».

Par ailleurs, d’autres problèmes environnementaux graves sont liés à l’usage des filets de pêche et aux rejets. En 2005, dans la région de Aysén au sud de Chiloé, 100% des usines de fabrication de filets ont reçu des amendes de la part des autorités environnementales chiliennes, car ils ne respectent pas les normes internationales. La même année, dans la région de Lagos (où se situe Puerto Montt), 50% des saumoneries ont été verbalisées pour mauvais traitements des résidus industriels liquides. En 2006, aucune décharge industrielle de Los Lagos ne remplissait les normes, ce qui a conduit à la fermeture de 30 d’entre elles, sur les 49 existantes.

Juans Carlos Cárdenas, vétérinaire et directeur de Ecoceanos, affirme que « les multinationales européennes font au Chili ce qui leur est interdit dans leurs pays[12] ». Il pense que le sud du Chili est une des dernières zones d’expansion des multinationales de la pêche, minières et forestières. Les région de Puerto Montt et de Chiloé présentent des avantages comparatifs par rapport à l’Europe du nord parce l’eau y est moins froide, et par conséquent la productivité du saumon y est supérieure. C’est la concentration qui est à l’origine des problèmes de pollution. « Ici, sur 300 kilomètres, il y a 600 centres de salmonicultures qui produisent 120 millions de poissons. En Norvège, les mêmes quantités sont produites sur 1000 kilomètres », explique Cárdenas.

Les saumons grandissent dans des cages circulaires de 30 mètres de diamètre sur 60 mètres de profondeur. Cette culture intensive a conduit les exportations de saumons à passer de 190 millions de dollars en 1991 à 2,4 milliards en 2008. Les prix sont imbattables : le Chili produit des saumons à 2,9 dollars le kilo alors que le prix sur le marché international est de 7,9 dollars. « Mais ici au Chili, le kilo de saumon se vend à 10 dollars en supermarché, c’est plus cher qu’à New York », affirme Cárdenas.

Maintenant que les régions de Puerto Montt et de Chiloé sont contaminées, les saumoneries cherchent à aller plus au sud, vers les régions de Aysén et de Magallanes. Mais la contamination suit les mêmes sentiers, à tel point que le virus ISA a déjà été détecté dans ces zones, ce qui indique que la maladie s’est étendue sur 2.000 kilomètres de côtes en dix mois, d’après Cárdenas. « Rien de cela ne serait arrivé si l’État avait joué son rôle et si la corruption n’atteignait pas des niveaux si élevés », ajoute-t-il.

Cela semble évident au regard d’une seule donnée tirée du dernier rapport annuel de Marine Harvest : en 2007, l’entreprise a utilisé 0,02 gramme d’antibiotiques par tonne de saumon produite en Norvège. La même année, elle a utilisé 732 grammes par tonne produite au Chili. En 2008, 0,07gramme en Norvège et 560 grammes au Chili[13]. Soit 36.000 fois plus en 2007 et 8.000 fois plus en 2008, sans qu’aucune autorité formule la moindre remarque ou la moindre question.

En juillet dernier, à la demande de l’organisation Oceana, le gouvernement chilien a déclassé un rapport de 2008 qui signale que l’industrie chilienne du saumon a utilisé 325 tonnes de produits pharmaceutiques, pendant que la Norvège, leader du marché mondial utilisait une tonne seulement. Le rapport assure que presque 40% des antibiotiques utilisés appartiennent à la famille des quinolones, un produit interdit par l’Administration des denrées alimentaires et des médicaments (FDA, Food and Drug Administration) aux États-Unis[14].

Le professeur Cabello soutient qu’il est démontré que le virus ISA fut introduit au Chili en 1996, probablement depuis la Norvège. Sa dissémination « a vraisemblablement été facilitée par d’importantes populations de virus générées par les pernicieuses conditions sanitaires présentes dans l’élevage des salmonidés au Chili[15] ». D’un point de vue biologique, il compare les faits chiliens aux influences porcine et aviaire.
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Alimentation automatique aux milliers de saumons d'élevage au Chili Photo cristianaqua chez Flickr


La privatisation de l’océan 

« Ils sont en train de transformer les biens communs en capital financier », fait remarquer Lucio Cuenca, de l’Observatoire latino-américain des conflits environnementaux[16]. Cela dure depuis des années avec le consentement total des autorités. Un exemple : en avril 2007, la Chambre des députés a approuvé un rapport de la Commision de pêche, d’agriculture et des ressources naturelles, qui soutenait que l’industrie chilienne du saumon « travaille selon les niveaux élevés d’exigence des standards mondiaux (environnementaux inclus), déterminés par les marchés modernes auxquels elle s’adresse ». 

Le rapport a été approuvé par 67 voix pour, une voix contre et une abstention. Trois mois plus tard, l’épidémie du virus ISA était déclarée, et nombreux étaient ceux qui assuraient que l’existence de la maladie était occultée depuis longtemps déjà. Quoi qu’il en soit, l’omission du Parlement chilien est évidente. 

Récemment, un fait s’est produit qui met en évidence tous ces problèmes. Felipe Sandoval fut sous-secrétaire du ministère de la Pêche sous le gouvernement de Ricardo Lagos (2000-2006), poste à partir duquel il a impulsé la privatisation de l’industrie étatique de la pêche. Actuellement il est secrétaire exécutif de la Table du saumon et de la corporation aquicole, qui réunit les entrepreneurs et l’État pour repositionner l’industrie du saumon. Il représente la présidente Michelle Bachelet pour les questions liées au saumon. 

Le 5 février 2009, l’Inspection des finances de la région de Valparaíso a accusé Sandoval d’avoir abusé du principe de probité administrative en faisant usage de 740.000 dollars d’argent public en notes de services fausses ou falsifiées, alors qu’il était sous-secrétaire de la Pêche. L’accusation de l’organisme de contrôle a été rendue publique au moment où une nouvelle loi sur la pêche et l’agriculture, rédigée sur mesure pour les entrepreneurs, était débattue au Parlement. Le 21 juillet, le gouvernement de Michelle Bachelet a émis un décret suprême par lequel il absout Sandoval des charges qui pesaient contre lui, argumentant que sa responsabilité est caduque du fait du temps qui s’est écoulé. 

D’après le rapport de Ecoceanos News du 3 août, Sandoval a géré depuis son poste de sous-secrétaire de la Pêche, des crédits de 450 millions de dollars destinés à l’industrie du saumon, comptant avec 60% d’aval des contribuables chiliens. Dans ce cas précis, l’État travaille en faveur de l’industrie, alors que celle-ci a démontré son incapacité à respecter la législation du travail, environnementale et sanitaire. 

La loi de la pêche cherche la réactivation de l’industrie du saumon par la cession à vie de droits sur le territoire maritime à des entreprises privées[17]. D’après le ministre de l’Économie, Hugo Lavados, la loi permet « le droit d’usage et de jouissance » de l’espace maritime et côtier pour les entreprises. De cette manière, elles s’approprient un bien hypothécable, élément décisif pour que les banques concèdent de nouveaux prêts et refinancent les dettes. Juan Carlos Cárdenas affirme que les articles 81 et 81 bis permettent « aux entreprises endettées de pouvoir hypothéquer des biens nationaux d’utilité publique, comme les concessions aquicoles, grâce aux banques de crédits ». 

Le candidat aux élections présidentielles de décembre, le sénateur Marco Enríquez-Ominami, comme d’autres parlementaires, affirme que la loi « privatise la mer en remettant aux saumoneries des concessions aquicoles à vie et hypothécables ». En cela, il la considère « inconstitutionnelle[18] ». 

Fin juillet, le Sénat a interposé 160 observations à la loi de la pêche, ce qui a enthousiasmé les défenseurs de l’environnement qui ne s’attendaient pas à une opposition aussi forte. « Ce qui s’est passé au Sénat est un pas important franchi contre l’inconstitutionnalité, l’impunité et la tentative de vol de nos biens nationaux d’utilité publique », a déclaré Cárdenas. 

Pendant ce temps, il y a ceux qui investissent en pleine crise du saumon. Marine Harvest a annoncé que malgré les pertes qu’elle enregistre au Chili, elle s’apprête à acheter des saumoneries chiliennes pour participer au processus de restructuration de l’industrie, vu que chaque crise offre des « opportunités » (achats, ventes, fusions) comme l’a reconnu Jorgen Andersen, le président de l’entreprise[19]. 

Dans la mesure où le Chili a signé des accords de libre échange avec 24 pays, où les élites soutiennent, d’après les propos de Lucio Cuenca, « une projection stratégique qui amène le Chili à se convertir en puissance alimentaire », tout indique que la salmoniculture va continuer de croître. Les régions les plus australes, où les entreprises sont en train de se déplacer, peuvent se regarder dans un miroir, elles y verront Chiloé. Il y a quinze ans, l’île était habitée par des petits agriculteurs, des éleveurs et des artisans pêcheurs. « Aujourd’hui ils sont devenus des ouvriers qui dépendent de l’industrie transnationale », font remarquer les membres de Ecoceanos. 

« À moins que – ajoute Lucio Cuenca – le processus de politisation en cours, soutenu par des dizaines de petites luttes contre la contamination des productions de minéraux, de saumons et de cellulose, et qui a déjà obtenu que des questions stratégiques comme celle de l’eau figure dans l’agenda public, continue de croître jusqu’à ce qu’un véritable mouvement social se mette en marche ». Les critiques qui fusent dans les couloirs du Sénat reflètent dans une bonne mesure cette nouvelle politisation de la société chilienne.

Raúl Zibechi



Notes : 

[1] Radiografía de la industria del salmón en Chile. Rapport rédigé par Patricio Igor Melillanca et Isabel Díaz Medina, Ecoceanos, 2007, p. 5. 

[2] Idem. 

[3] Salmon Virus Indicts Chile’s Fishing Methods. Alexei Barrionuevo, The New York Times, 27 mars 2008. 

[4] Idem. 

[5] Idem. 

[6] Reuters, 2 avril 2008. 

[7] Radiografía de la industria del salmón en Chile. Rapport rédigé par Patricio Igor Melillanca et Isabel Díaz Medina, Ecoceanos, 2007, p. 10. 

[8] Idem, p. 14. 

[9] Heavy use of prophilactic antibiotics in acquaculture: a growing problem for human and animal health and for the environment. Felipe C. Cabello in Environmental Microbiology, 2006, cité dans Radiografía de la industria del salmón en Chile. Rapport rédigé par Patricio Igor Melillanca et Isabel Díaz Medina, Ecoceanos, 2007, p. 28. 

[10] Idem, p. 30. 

[11] Idem. 

[12] Entretien personnel. 

[13] Marine Harvest Sustainability Report 2008. p. 16. 

[14] Sergio Jara Román, ob cit. 

[15] Felipe Cabello, ob cit. 

[16] Entretien personnel. 

[17] Agence Xinhua, 31 juillet 2009. 

[18] Ecoceanos News, 5 août 2009. 

[19] La Tercera, 15 juillet 2009. 

UNE STATUE DE MAFALDA À BUENOS AIRE

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Mafalda. Photo AFP.
"Tout cela m'impressionne beaucoup, je ne sais pas quoi dire", a déclaré le dessinateur Joaquin Salvador Lavado, alias "Quino", 77 ans, visiblement ému, alors qu'on découvrait la statue face à l'immeuble où il avait créé le personnage en 1964, dans le quartier historique de San Telmo.

"Cela me touche de la laisser là, toute seule", a-t-il ajouté en regardant la statue de l'héroïne, oeuvre de Pablo Irrgang, 43 ans, représentée assise sur un banc en robe verte, les mains sur les genoux, comme si elle posait.

Elle a été conçue en résine epoxy renforcée avec de la fibre de verre par crainte du vandalisme.

Le monde de Mafalda, cette fillette qui a porté un regard plein de malice sur la société et la politique internationale entre 1964 et 1973, traduite dans une vingtaine de langues, "était très différent", a dit Quino, en regrettant la vie de quartier insouciante des années 60.

"Il y avait encore le tramway, la rue était plus large, il n'y avait pas d'antiquaires et comme Alicia -sa femme- partait tôt, c'était Jorge (Garin, son ami aujourd'hui âgé de 86 ans), le marchand de journaux, qui me réveillait", a-t-il dit.

Des collègues de Quino lui ont rendu un hommage appuyé. "Il nous représente tous", a affirmé Hermenegildo Sabat, d'origine uruguayenne. "Les dessinateurs argentins ne seraient rien sans lui", a dit Miguel Rep.

"C'est comme si la ville avait été dynamitée en 1973, quand Mafalda a cessé de paraître", a assuré Rep, ajoutant: "A chaque fois que je la relis, c'est une Buenos Aires heureuse que je retrouve".

mercredi 2 septembre 2009

Gerbille, octodon et compagnie

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Degu - Octodon degus, Parc des Las Chinchillas Illapel, Chili.
Photo Fabrice Schmitt chez Flickr

Si les chats et les chiens restent la préférence des Français, de nouveaux animaux de compagnie (NAC) sont apparus ces dix dernières années. Il s'agit de petits rongeurs venus du Chili et principalement de la cordillère des Andes pour l'octodon et du désert du Sahara pour la gerbille. Le premier est gris et ressemble à un petit écureuil, alors que le second, qui fait plus penser à un petit rat, se présente sous différentes couleurs (blanc, marron, noir…) parfois mélangées. Si la gerbille peut vivre en solitaire sous nos contrées, l'octodon a besoin d'être en compagnie. Donc pas question d'acheter un seul animal pour se faire plaisir, mais au moins deux.

Le rat, une valeur sûre pour les adolescents

« Ces NAC, comme on les appelle plaisent beaucoup aux enfants et aux adolescents, explique Mathilde, en charge de ce secteur à Jardiland, qui avec Gamm Vert sont les seuls établissements à les proposer sur l'agglomération agenaise. Ils ne sentent pas, ne mordent pas et sont faciles à entretenir. On peut même les sortir de la cage, mais il faut les garder sous surveillance car ils risquent de faire des dégâts, notamment aux fils électriques », prévient Mathilde.

Les lapins, qu'ils soient nains, béliers, angoras, etc., sont toujours aussi prisés par les 8-10 ans. Le rat reste une valeur sûre pour les adolescents. « La mauvaise réputation du rat est injuste, s'insurge Mathilde. C'est le rongeur le plus intelligent, plus en tous les cas que le lapin ou le cochon d'inde. Il est très propre et on peut lui apprendre à reconnaître un prénom ». Parmi les animaux de compagnie qui restent d'actualité en ce début du XXIe siècle, les oiseaux sont toujours là avec la gamme des perruches plus ou moins grandes (ces dernières sont appelées callopsites), les mandarins, les inséparables, les canaris. « On ne vend pas de perroquet, regrette Mathilde. C'est trop cher. Il faut compter entre 1 500 et 2 000 € pour un perroquet apprivoisé. Et cela peut aller jusqu'à 10 000 €».

Enfin, les poissons sont toujours là avec le poisson rouge en première ligne et tous les poissons exotiques, qu'ils soient d'eau douce ou d'eau salée.


Le canari pour la grand-mère esseulée

Avoir un animal de compagnie n'est pas anodin. Cela répond à des critères sociétales que repèrent facilement ceux qui les vendent. « Quand on me demande un canari, je sais d'avance que c'est pour une personne âgée qui vit seule, soutient Mathilde, employée à Jardiland Agen. L'oiseau chante et cela leur tient lieu de compagnie. On l'offre généralement à Noël ».

Les poissons intéressent toutes les générations de 7 à 77 ans. On commence par le poisson rouge pour un enfant qui peut développer ensuite un intérêt allant jusqu'à la passion pour les vertébrés aquatiques à respiration branchiale. « Ceux qui achètent des poissons sont des spécialistes car il faut un minimum de connaissances pour s'en occuper correctement », affirme Mathilde.

Lapins, cochons d'inde, hamsters, rats et autres nouveaux animaux de compagnie (NAC), comme l'octodon et la gerbille, sont particulièrement prisés par les enfants et les adolescents. Quant aux souris, toujours à la vente, elles sont achetées pour être données en pâture aux pythons gourmands de ce petit rongeur. « Sur 100 souris vendues, 90 le sont pour être mangées par un python », confirme Mathilde. Des pythons que l'on ne trouve pas à la vente sur l'agglomération agenaise et dans les animaleries du département. Il faut pour cela aller à Toulouse ou Bordeaux.

Enfin, avoir un animal, un oiseau ou encore un poisson chez soi, ne doit pas être une lubie d'un jour. « Si le but est de faire plaisir, il ne faut pas que l'animal de compagnie souffre d'être abandonné juste après avoir été adopté, confie Mathilde. Dès que l'on voit que les gens hésitent, on leur demande de réfléchir ».

mardi 1 septembre 2009

La Belgique francophone au Chili

Écrivain de tous les records ; près de 200 livres parus sous différents noms et autant sous son vrai nom, Simenon est le 4e auteur de langue française le plus traduit dans le monde. Celui qui se vantait d’avoir eu 10000 femmes est indissociable de l’histoire de la série télévisée, avec le fameux « Commissaire Maigret », et de celle du cinéma français. L’exposition présentée en octobre à Santiago* par la délégation Wallonie/Bruxelles, proposera 45 affiches qui de « En cas de malheur » (Autant-lara), au « Baron de l’écluse » (Delannoy) en passant par « L’horloger de Saint-Paul » (Tavernier), nous permettront de réviser nos classiques et de retrouver nos acteurs favoris.


mercredi 26 août 2009

AU CHILI, DEUXIÈME PRODUCTEUR MONDIAL DE SAUMON, L'«OR ROSE» SE TARIT


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Photo Francisco Andulce chez Flickr
«Nous sommes durement touchés par la fermeture de nombreuses fermes aquacoles, car l'industrie salmonicole faisait vivre une grande partie de la population», se lamente le maire, Ivan Haro. Ce port était l'épicentre de la ruée vers «l'or rose», dès les années 1980. Aujourd'hui, 60 % des habitants sont au chômage, et il est au bord de l'explosion sociale.Deuxième producteur mondial de saumon, le Chili doit abandonner son ambition de détrôner la Norvège. Une épidémie du virus AIS (anémie infectieuse du saumon), apparue en juillet 2007, ne cesse de s'étendre, faisant des ravages. Ce virus, détecté à l'origine en Norvège dès 1984, entraîne une forte mortalité dans les élevages.

La production est en chute libre selon le n° 1 mondial, le groupe norvégien Marine Harvest, qui domine le secteur au Chili. Elle s'est réduite de moitié en 2009. Le virus se propage vite. Cinq sites étaient infectés en juillet 2007, et 74 un an plus tard. L'épidémie oblige à massacrer les poissons malades et à fermer les sites contaminés.

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Les compagnies chiliennes accumulent les pertes et doivent licencier. Multiexport Food, la plus grande compagnie chilienne, a perdu près de 49 millions de dollars depuis juin. Marine Harvest a licencié 15 000 employés depuis 2008, selon les syndicats. Au total, le nombre de chômeurs pourrait atteindre 40 000 fin 2009. Ceux qui ont encore du travail doivent accepter des réductions de salaire. Le maire de Quellon se remémore l'époque du "miracle du saumon". Les gains avaient grimpé au Chili de 159 millions de dollars en 1991 à 2,5 milliards de dollars en 2006. A Quellon, le coup de grâce a été «la marée rouge», une bactérie qui rend les fruits de mer impropre à la consommation. Les pêcheurs artisanaux, sans travail, accusent la salmoniculture d'avoir pollué les fjords.

Il y a 550 
«fermes à saumons» au Chili, dont 40 % sont entre les mains de multinationales. Le filon le plus exploité est l'archipel de Chiloé, composé d'une quarantaine d'îles, riches en baies protégées, fjords, lacs et fleuves profonds, ce qui lui a valu le surnom de «Salmon Valley».

L'épidémie dévoile les abus de l'élevage intensif et le manque de régulation de la part du gouvernement. «C'est un nouveau Far West, mais sans shérif», lance Juan Carlos Cardenas, directeur du Centre pour le développement durable (Ecoceanos). Cette ONG dénonce les méfaits irréparables sur l'environnement, en raison notamment des déchets organiques rejetés par les saumons. «L'aquaculture est une industrie très polluante, explique M. Cardenas, car elle utilise beaucoup de produits chimiques et d'antibiotiques.»

Au mois de juillet, l'ONG Oceana a contraint le gouvernement chilien à révéler que la salmoniculture avait utilisé 385 tonnes d'antibiotiques en 2007, soit 600 fois plus que la Norvège, pour une production quasiment identique cette année-là. "Nous ne sommes pas opposés à l'activité même, mais à la façon dont elle se déroule", précise M. Cardenas. Il réclame un meilleur contrôle des conditions sanitaires. Il est convaincu que le virus AIS a été introduit dans des algues importées de Norvège.

DURES CONDITIONS DE TRAVAIL

Au Chili, les multinationales ne respectent pas toujours les normes qui ont cours dans leurs pays. Marine Harvest a été plusieurs fois condamnée pour infractions à la réglementation du travail. Il y a eu 42 décès entre 2005 et 2007, en particulier parmi les plongeurs chargés d'inspecter les cages sous l'eau. Les conditions de travail sont dures, les salaires sont bas, ce qui explique que le saumon chilien soit meilleur marché que ses concurrents norvégien, écossais ou canadien. La salmoniculture employait jusqu'à présent quelque 50 000 personnes, dont plus de 80 % sont des femmes qui travaillent dans des usines, de 10 à 12 heures par jour, debout, dans le froid et l'humidité.

Après le vin, le Chili s'était lancé dans l'aquaculture dans les années 1980, sous la dictature militaire du général Augusto Pinochet. Le «miracle de l'or rose» était censé sortir l'économie de sa dépendance au cuivre, «l'or rouge», dont le Chili est le premier producteur et exportateur mondial. En 2007, avant l'arrivée du virus, le Chili était près de rattraper le niveau de production de la Norvège, avec 650 000 tonnes de saumon, soit 22 fois plus qu'il y a vingt ans.

Aujourd'hui, la crise permet à la Norvège d'accroître encore sa part de marché, notamment aux États-Unis, qui étaient jusqu'à présent la chasse gardée des fournisseurs chiliens. La chute de la production chilienne contribue à réduire l'offre de saumon d'élevage et à faire grimper les prix mondiaux.

À Santiago, un projet de loi sur un «plan financier de sauvetage» de l'industrie salmonicole est à l'étude au Parlement. Il permettrait notamment aux multinationales de partir à la conquête de nouveaux sites, plus au sud, vers le détroit de Magellan.

Christine Legrand

lundi 24 août 2009

Expédition pour retrouver l'hydravion français d'Amundsen

Au cours d'une campagne qui durera jusqu'à 10 jours, le navire d'intervention sous-marine KNM Tyr ratissera une zone de 36 milles nautiques carrés (120 km2), au nord-ouest de l'îlot de Bjoernoeya, à la recherche du moteur du Latham 47 à bord duquel Amundsen effectua un dernier vol fatal.
"Nous nous concentrons sur le moteur parce que, l'avion étant en bois, nous pensons que sa carcasse s'est décomposée", a déclaré à l'AFP Vegard Hatten, un porte-parole de la Marine norvégienne.
"S'il est bien dans la zone pressentie, nous le trouverons grâce à nos équipements sophistiqués", a-t-il ajouté.
Le KNM Tyr embarque deux robots sous-marins qui passeront les fonds de l'océan au peigne fin. Il sera rejoint par un navire des garde-côtes, le KNM Harstad, qui assurera des missions de soutien.
Premier explorateur à franchir le passage du Nord-Ouest (1903-1906) et à conquérir le pôle Sud à l'issue d'un duel tragique avec l'Anglais Robert Scott en 1911, Amundsen survola le pôle Nord en dirigeable en 1926 avec l'Italien Umberto Nobile et l'Américain Lincoln Ellsworth.
Deux ans plus tard, le 18 juin 1928, l'explorateur norvégien, son compatriote Leif Dietrichson et quatre Français disparurent en mer de Barents à bord de leur Latham 47, alors qu'ils tentaient de secourir Nobile, échoué sur la banquise au retour d'une nouvelle expédition au pôle Nord.
Les circonstances de leur disparition n'ont jamais été déterminées et les dépouilles n'ont jamais été récupérées.
Nobile et une partie de son équipage avaient été, quant à eux, secourus.
A cheval sur les eaux territoriales norvégiennes et les eaux internationales, le périmètre de recherches a été défini sur la base de calculs réalisés par le Musée norvégien de l'aviation.
Seuls un flotteur et un réservoir de carburant appartenant avec certitude à l'hydravion ont été retrouvés dans le passé.
Conservé dans un musée de Tromsoe (nord), le réservoir porte des stigmates accréditant la thèse d'un amerrissage d'urgence.
"Quelqu'un a utilisé un couteau et un gros marteau sur le réservoir. C'est la preuve que quelqu'un a survécu, mais ils n'étaient pas équipés pour survivre en mer. Ils ont probablement essayé de regagner la banquise", a déclaré Kjell Lutnes, un membre de l'expédition, cité par NTB.
Une campagne de recherches dans la même zone avait dû être annulée en 2004 en raison d'une météo défavorable.