mercredi 5 décembre 2012

LE CHILI ET LE PÉROU DEVANT LA JUSTICE POUR RÉGLER UN VIEUX DIFFÉREND


QUELLES SONT LES RELATIONS ENTRE CES PAYS VOISINS ?

Plus d’un siècle après la guerre du Pacifique, les relations entre le Chili et le Pérou sont toujours empoisonnées par ce passé. Signe de l’importance de ce différend, portant sur des eaux très poissonneuses, les deux chefs d’État ont appelé leurs populations au calme, dans l’attente de la décision de la CIJ, sans doute dans plusieurs mois. Les audiences dureront jusqu’au 14 décembre, le Pérou ayant pris le premier la parole, tandis que le Chili présentera ses arguments demain et vendredi. Un deuxième­ tour de plaidoiries aura lieu la semaine prochaine. Dimanche, à la veille du début des audiences, le président chilien, Sebastian Piñera, a appelé ses citoyens à éviter les « nationalismes exacerbés, qui enveniment les âmes des peuples ».

CARTE DU CHILI
QUEL POURRAIT ÊTRE L’IMPACT DE CETTE DÉCISION ?

Le chef de l’État chilien et son homologue péruvien, Ollanta Humala, ont indiqué à maintes reprises que leurs pays respecteraient la décision de la Cour. À l’inverse de la Colombie, qui a décidé, fin novembre, de ne plus reconnaître la compétence de la CIJ en matière de délimitations territoriales, en réaction à une décision accordant à son détriment une vaste zone maritime au Nicaragua.

Mais un autre pays est très intéressé par la décision de la CIJ : la Bolivie. Ce pays andin a également participé à la guerre du Pacifique, se retrouvant dans le camp des vaincus. Il a dû céder au Chili une bande littorale de 400 km, perdant un accès à la mer. La revendication de le récupérer est inscrite dans sa Constitution. 

La Bolivie, un des pays les plus pauvres d’Amérique du Sud, ne s’est jamais remise économiquement de cette perte, qui l’a privée des richesses du salpêtre et de la pêche, mais aussi d’un débouché maritime commercial. La Paz a envoyé des représentants à La Haye pour suivre les débats, dans le but de déterminer les conséquences de la procédure sur ses propres prétentions territoriales.

GILLES BIASSETTE

CINÉMA: « VIOLETA », LA VOIX DU CHILI ET LE DESTIN D'UNE ARTISTE HORS DU COMMUN

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FRANCISCA DURAN DANS LE RÔLE DE VIOLETA (ENFANT). PHOTO DU FILM

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BANDE SON DU FILM « VIOLETA SE FUE A LOS CIELOS » - THÈME INSTRUMENTALE « EL JOVEN SERGIO » 
DURÉE : 00:01:37

Comment faire un film sur un monument national comme Violeta Parra au Chili sans étouffer le spectateur sous des tonnes de révérence ? Comment raconter la vie d’une artiste hors des clous dans le Chili bien pensant des années 50-60 sans noyer ce même spectateur sous des tonnes de références ? Pour répondre à ce double défi, Andres Wood, le réalisateur a construit un scénario en zigzag, comme le vol d’un oiseau, où passé et présent, vie et mort s’entrecroisent. «L’acte de créer est comme un oiseau sans plan de vol, qui ne vole jamais en ligne droite» dit Violeta dans une interview à la télévision chilienne. Cet entretien un peu guindé, auquel les pirouettes de l’artiste donnent par petites touches un peu de légèreté, sert de fil rouge au film.

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FRANCISCA GAVILÁN DANS LE RÔLE DE VIOLETA PARRA. PHOTO DU FILM
Il déroule chronologiquement l’enfance pauvre de Violeta, héritière de la « guitare pleine de chants d’oiseaux » de son père, suit la caravane de saltimbanques –amis, mari et enfants- avec laquelle elle sillonne le Chili pour jouer saynètes et chansons, raconte la mort de son bébé alors qu’elle était en tournée en Europe, sa rencontre avec le musicien suisse Gilbert Favre, dernier et grand amour de sa vie pour lequel elle écrira la chanson Run run se fue para el Norte, et enfin la création de son université populaire du folklore, sous tente, à côté de Santiago, dernière station d’une vie vouée à la création.


Une travailleuse infatigable

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FRANCISCA GAVILÁN DANS LE RÔLE DE VIOLETA PARRA. PHOTO DU FILM
Car Violeta, remarquablement interprétée y compris au chant par la comédienne Francisca Gavilan, vit dans une tension permanente de création. Ses talents s’exercent de façon multiple : poésie, chant, tapisseries (les arpilleras représentant des scènes de la vie quotidienne faites de chutes de tissu et de broderies), peinture. Elle sera même exposée au musée des Arts décoratifs du Louvre à Paris, en 1964. Toute la famille est embringuée dans ce tourbillon créatif, parfois à leur corps défendant : enfant, son fils Angel l’accompagne, sous un soleil de plomb, dans ses quêtes de chants populaires et de vieux receleurs de «trésors cachés», dans les sierras reculées ; son mari joue un christ en croix –légèrement- enrobé lors d’un spectacle improvisé dans le désert minier du Nord chilien ; ou encore sa plus jeune fille prête son visage au papier mâché que sa mère lui applique sans égard pour faire des masques. Car Violeta ne ménage pas sa peine, ni celle des autres.

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Andres Wood et Angel Parra, qui a beaucoup contribué au scénario, nous dépeignent une femme passionnée, obstinée, parfois dure, et libre toujours. Elle pleure la mort de la vieille femme, détentrice de chants qu’elle a emporté dans la tombe comme elle pleure la mort de son bébé au Chili alors qu’elle, elle chante en Pologne. « Rester au Chili ça aurait été comme de m’enterrer vivante », or elle a une mission à accomplir : travailler pour faire connaître et vivre les cultures traditionnelles de son pays. «Le travail est ce qui rend le plus heureux dans la vie. Le reste, ce ne sont que papillons et euphories passagères » dit Violeta. Le Chili rendra hommage à son œuvre, à son travail, notamment pendant les années de gouvernement de l’Unité populaire. Violeta Parra se suicide en 1967, trois ans avant l’arrivée au pouvoir de Salvador Allende, mais ses textes et chansons font désormais partie du patrimoine culturel chilien.

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DE VILLAGE EN HAMEAU, VIOLETA PARRA A COLLECTÉ, ENREGISTRÉ LES CHANSONS ET MUSIQUES DU FOLKORE CHILIEN.

Violeta Parra se fue para los cielos, la biographie qu’a écrite Angel Parra, est un succès de librairie au Chili. Sortie en 2006, elle a été plusieurs fois rééditée. Le film d’Andres Wood, qui se nourrit du livre, redonne aussi souffle à Violeta grâce au travail de Francisca Gavilan, choisie par Angel Parra pour interpréter sa mère. Grâce aussi à une bande son où chansons, cris d’oiseaux, souffle du vent et crépitement des hochets en corne, composent un paysage sonore qui accompagne les peines, les révoltes et les joies de Violeta. « La vie n’est pas une fête » dit Violeta. Elle lui rend pourtant grâce, à la vie, avec cette chanson qui l’a rendue mondialement célèbre, Gracias a la vida interprétée notamment par Joan Baez et Mercedes Sosa. C’est sur elle que se referme le film parce que malgré la fin tragique de Violeta, son œuvre, elle, reste bien vivante.

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COUVERTURE DU LIVRE VIOLETA MA MÈRE, PRÉFACE DE LUIS SEPULVEDA, EST SORTI EN 2011 EN FRANCE, AUX ÉDITIONS ECRITURE
Le film d'Andres Wood a eu le Grand prix du jury au festival Sundance en janvier 2012. Le réalisateur chilien s'est fait connaître en France notamment avec le film Machuca mon ami (en 2004) qui avait remporté un succès critique et populaire.

mardi 4 décembre 2012

BLOQUE DEPRESIVO AU THÉÂTRE DE LA VILLE

ILLUSTRATION DE FRANCISCA YÁÑEZ POUR BLOQUE DEPRESIVO

Héraut de la vitalité d’une cumbia infusée d’éner­gie rock, le groupe chilien Chico Trujillo que dirige “Macha” Asenjo, avait jusqu’ici coutume de ponctuer ses concerts survitaminés d’une poignée de titres romantiques, tour à tour tendres ou dramatiques, de sorte à entraîner son public dans l’univers intimiste du boléro et de ses différentes variétés régionales. Une séance d’exorcisme émotionnel à l’autel de la passion et du désenchantement amoureux, que le chanteur choisit désormais d’approfondir en lui consacrant un projet à part entière, fort ironiquement baptisé Bloque Depresivo (« Bloc Dépressif »). 

Comme ce fut le cas de Chico Trujillo, cette nouvelle aventure naît au départ d’une expérience informelle entre “Macha” et quelques amis qui se sont retrouvés en marge d’une tournée européenne, à reprendre des chansons populaires à la guitare sèche pour conjurer le mal du pays. « La distance permet de mieux apprécier ce qu’on a chez soi, souligne “Macha”. Et je pense aussi qu’on s’intéresse davantage à sa propre histoire avec l’âge. J’ai découvert récemment une photo de mon arrière-grand-mère posant avec une guitare dans les bras. On m’a appris qu’elle adorait en jouer, peut-être les mêmes chansons que Bloque Depresivo aujourd’hui ».

Composé de musiciens issus de plusieurs formations emblématiques de la scène chilienne (Chico Trujillo mais aussi Inti-Illimani Histórico et La Chilombiana), le collectif Bloque Depresivo a donc commencé par élaborer son répertoire autour de quelques classiques et autres perles rares du chansonnier romantique latino-américain, comme le boléro Quémame los ojos du Cubain Nelson Navarro, la ballade Lo qu’un día fue no será du Mexicain José María Napoleón ou encore la magnifique valse péruvienne Regresa de Lucha Reyes.

« J’ai appris certaines de ces chansons au contact de vieux musiciens de Valparaíso, précise le leader. D’autres viennent de ma collection de disques vinyles, qui n’arrête pas de s’enrichir de nouvelles trouvailles». Un travail d’archéologue dont le chanteur s’inspire aussi pour développer ses propres compositions dans la meilleure tradition du genre, à l’instar des thèmes Sin excusas et Mira si no he de venir. Accompagné d’un écrin acoustique de guitares virtuoses et de percussions, le charismatique “Macha”, jusqu’ici surtout connu pour ses talents de showman survolté, révèle avec Bloque Depresivo de subtiles qualités de crooner « almodovarien », capable de transmettre de sa voix de velours toute la fureur feutrée des mélodrames en miniature que contiennent ces chansons.

Yannis Ruel

lundi 3 décembre 2012

CHILI CHEZ LES MAPUCHES, UNE GÉNÉRATION D’INTELLOS

LES MAPUCHE LUIS PENCHULEO, PEDRO CAYUQUEO ET DANKO MARIMÁ. PHOTO QUÉ PASA

Enfants, ils ont gardé le bétail 

Fernando Díaz, 53 ans, est prêtre de la congrégation du Verbe divin. Il est arrivé dans la région en 1975 et parle de mieux en mieux le mapudungun. En plus de vingt ans, il a suivi plusieurs générations de jeunes Mapuches. “La différence entre cette génération et les autres est que celle-ci est consciente de ses droits parce qu’elle a eu accès à l’éducation”, explique-t-il. 

Enfants, ils ont gardé le bétail, puis ils ont travaillé comme saisonniers pendant l’été. Aujourd’hui, ils vont à l’université et sont membres actifs du mouvement ma­puche. Ils comptent bien rester en première ligne lorsqu’ils auront terminé leurs études, en tant que leaders ou en œuvrant au sein de leur communauté. Plusieurs d’entre eux ont déjà décroché leur diplôme et ont choisi de rester fidèles à leur culture, de ne pas se “chiléniser”. C’est ce qu’ont fait Pedro Cayuqueo, 33 ans, directeur de la revue Azkintuwe (Le mirador), et Danko Marimán, 26 ans, un anthropologue qui a étudié à l’université du Massachusetts, sorti trois disques de hip-hop en mapuche, réalisé le documentaire En el nombre del progreso [Au nom du progrès]. “La réalité est que nous ne nous sentons pas chiliens : nous sommes mapuches”, déclare-t-il. 

Notre génération suit l’exemple de Lautaro [chef mapuche, 1535-1557], qui a vécu avec les Espagnols [de l’âge de 11 à 18 ans] et ensuite, fort de ses connaissances, est revenu pour leur faire la guerre”, explique Luis Penchuleo, 27 ans, étudiant en cinquième année de journalisme à l’université de La Frontera (UFRO). “Nous faisons la même chose à l’université : nous apprenons à penser comme les winkas, mais sans oublier qui nous sommes.” Le jeune homme a été candidat au poste de maire pour la liste Lautaro por el Partido Mapuche, un mouvement dans lequel milite également Cayuqueo et qui a commencé, en octobre, à réunir les signatures requises par la loi pour son officialisation. 

Moi, par exemple, j’étudie le droit pour rétablir la justice, dit Natividad. Lorsqu’on regarde les lois, on se rend compte qu’elles ne sont pas faites pour nous, mais pour les Chiliens. Les gens ne nous connaissent pas. En fait, ils se méprennent sur les Mapuches. Ils n’aiment que le côté charmant et folklorique. Lorsqu’ils voient le reste, lorsqu’ils voient que les Mapuches connaissent leurs droits et exigent qu’ils soient respectés, cela ne leur plaît plus.” 

José Ancalao est devenu un membre actif du mouvement mapuche dès l’enseignement secondaire : il essayait, en vain, d’aller en classe vêtu du poncho en laine traditionnel. Aujourd’hui, il est l’un des visages visibles d’un groupe où tout le monde se connaît. Il a grandi à Purén, où son père était ouvrier forestier. Selon lui, l’un des facteurs qui ont poussé les mem­bres de sa génération à retourner à leur culture d’origine est l’obligation qu’on leur a faite, enfants, de s’“espagnoliser” : ils ont dû apprendre l’hymne national en espagnol, hisser le drapeau chilien et assimiler la version winka de l’Histoire. “Nos héros ne sont ni O’Higgins, ni Arturo Prat, mais Lautaro, Galvarino et Curiñenco”, poursuit-il. 

Jonathan Zapata, 21 ans, étudie la pédagogie interculturelle dans le contexte mapuche à l’UCT. Il est le porte-parole de Pelontuwe, l’un des foyers d’étudiants mapuches emblématiques de Temuco (c’est là qu’a été veillé le corps de Matías Catrileo, tué lors d’un affrontement policier en janvier 2008). Il a eu les mêmes expériences que José Ancalao. “A l’école primaire, on était même notés pour les fleurs qu’on apportait pour le mois de Marie”, raconte-t-il. 

Des livres et des chants de lutte 

En 2005, en pleine “révolution des pingouins” – c’est ainsi que l’on appelait les lycéens qui ont manifesté pendant plusieurs semaines contre le gouvernement de Michelle Bachelet –, Ancalao, Zapata et Pablo Millalén (21 ans), aujourd’hui étudiant en travail social à l’Université autonome de Temuco, ont fondé Melinewen (Quatre forces), la principale organisation lycéenne mapuche. “Melinewen a porté un grand coup à l’enseignement de la vérité historique”, explique Ancalao, qui à l’époque était également le leader régional des “pingouins”. “Nous nous sommes rendu compte un jour que nous devions agir non seulement comme lycéens, mais aussi comme Mapuches”, poursuit-il. 

Ils représentent un échantillon de cette génération qui va à l’université tout en puisant dans le savoir mapuche. Une génération qui a décidé d’apprendre à parler et à écrire le mapudungun et qui questionne parents et grands-parents pour tenter de reconstruire le passé. Des jeunes dont les enfants ne porteront pas de prénoms chiliens, comme ceux qu’on leur a donnés. “Nos grands-parents n’ont pas appris le mapudungun à nos parents parce qu’ils avaient peur qu’ils subissent une discrimination s’ils parlaient mal l’espagnol, précise Ancalao. Mais nous, nous voulons récupérer notre langue.” 

Pour apprendre, au-delà des versions “traditionnelles” ou winkas de l’histoire du Chili, ils lisent les livres et les journaux écrits par des peñis [frères], comme Azkintuwe et les articles du site d’information Mapuexpress.net. Les jeunes Mapuches ont également leurs propres chants de lutte. La chanson la plus emblématique s’intitule Una sola lucha [Une seule lutte]. Interprétée par le groupe Weliwen, on la trouve sur tous les téléphones portables des Mapuches. Beaucoup ne veulent fonder une fa­mille qu’avec un ou une autre Mapuche – ni avec un Occidental ni avec une chiñura [Chilienne non mapuche] – et comptent utiliser l’université, ou le “savoir winka”, comme ils l’appellent, comme un instrument au service de la cause mapuche. “Cette génération est très curieuse, elle ne cesse de réclamer des livres à lire”, explique le missionnaire Fernando Díaz. “Elle a appris à ne pas avoir peur de dire ce qu’elle pense et à se battre pour sa liberté. Ses membres sont fiers d’être mapuches et exigent de la société chilienne qu’elle applique les principes d’égalité, de fraternité et de liberté.” 

Leticia Huaiqui Machil, 24 ans, étudiante en pédagogie interculturelle dans le contexte mapuche, a posé son propre diagnostic sur le retour aux origines effectué par sa génération : “Nos ancêtres nous demandent de le faire. Je ne crois pas que nous pourrons y parvenir seuls, mais en répondant aux prières de nos ancêtres.” La jeune femme est vêtue à la mode mapuche : un foulard en soie rose sur la tête et une couverture en laine noire sur les épaules. C’est ce costume qu’elle porte lorsque l’UCT lui de­mande de venir passer les examens en “tenue de ville”. Nombre de ces étudiants et leaders dormaient jusqu’à récemment encore dans des rucas [maisons traditionnelles ma­puches]. C’est le cas de Jonathan Zapata et de Pablo Millalén. Ils se souviennent des mauvais moments qu’ils ont traversés lorsqu’ils sont entrés au lycée à Temuco. Les gens se moquaient d’eux, leur disant par exemple qu’ils étaient “fumés” parce qu’ils séchaient leurs vêtements au-dessus du feu. “Tout cela nous a marqués et a fait de nous ce que nous sommes, mais nous n’éprouvons pas de rancune”, affirment-ils.

Note : * Cette grève de la faim, commencée le 12 juillet dans cinq centres de détention, a duré quatre-vingt-cinq jours, au terme desquels 34 Mapuches – reconnus comme prisonniers politiques par la plupart des organisations internationales – ont obtenu de ne plus être poursuivis en tant que “terroristes”. Les grévistes avaient été pour la plupart arrêtés en 2009 lors d’une mobilisation mapuche pour la récupération de leurs terres ancestrales.

CHILI : PEDRO CAYUQUEO FACE À L’ARBITRAIRE

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LE JOURNALISTE INDIGÈNE MAPUCHE PEDRO CAYUQUEO MILLAQUEO DIRECTEUR DES REVUES AZKINTUWE ET MAPUCHE TIMES 

La même logique est à l’œuvre lorsque Pedro Cayuqueo est arrêté une deuxième fois pour la même affaire, en juin 2005, et astreint à 41 jours de réclusion nocturne au motif qu’il ne s’est pas acquitté de l’amende prévue par sa condamnation. Obligé de dormir en prison à 90 kilomètres de chez lui, il lui faudra dix jours pour obtenir son transfert vers un lieu proche du domicile familial. Deuxième arrestation. Et deuxième censure. Ce retour en prison est intervenu alors que Pedro Cayuqueo venait de solliciter un visa pour se rendre à Vancouver, au Canada, où il devait participer à une rencontre de journalistes indigènes du continent.

Bien qu’épargné, cette fois-ci, par un long séjour carcéral, Pedro Cayuqueo n’en aura pas moins enduré un autre imbroglio juridique. Sa peine a été purgée, et le revoici arrêté à l’appui d’un mandat d’arrêt devenu caduc et datant de l’année de son premier séjour en prison. Plus grave, l’ordre d’une juge de Traiguén de le libérer, ce 24 novembre, se heurte au refus des carabiniers qui l’ont pourtant appelée mais disent attendre d’elle un ordre écrit. Les carabiniers sont-ils au fait des évolutions du système pénal de leur propre pays, passé depuis peu de la procédure écrite à la procédure orale ?

Là encore, l’ombre de la censure plane sur la “simple” mesure administrative. Car la voix de Pedro Cayuqueo porte, au Chili et hors des frontières. Le directeur de Mapuche Times vient de publier son livre « Solo por ser indios ». ( Au seul motif d’être indiens )  Son arrestation suit de peu une visite en Argentine, où il s’est rendu sans problème, pour débattre d’autant de thèmes qui constituent le cœur de l’actualité araucane mais identifient l’ensemble du continent : atteintes à l’environnement, réforme agraire en souffrance, violations des droits et territoires des populations natives, accès limité, sinon inexistant, aux moyens d’information et aux fréquences de diffusion pour ces mêmes communautés. Que révèle l’affaire Cayuqueo ? Les limites d’un État de droit, sans doute, mais aussi et surtout la persistance d’un déni, toujours ancré dans la société chilienne depuis la fin de la dictature.

Car l’arrestation de Pedro Cayuqueo, c’est un sinistre avertissement lancé à Elena Varela, documentariste emprisonnée en 2008, à Marcelo Garay Vergara, journaliste d’El Ciudadano arrêté un 11 septembre 2010, à Marcela Rodríguez, photographe du site Mapuexpress détenue en juin 2011, et à tous ceux qui osent informer de l’un des plus anciens conflits sociaux et environnementaux du continent.

L’arrestation de Pedro Cayuqueo, c’est également un signal discriminatoire adressé aux médias communautaires ou digitaux chiliens – notamment Mapuches – qui tentent désespérément d’obtenir leur place sur les ondes dans un spectre médiatique concentré à l’extrême.

L’arrestation de Pedro Cayuqueo, c’est enfin une insulte au pluralisme, aujourd’hui en débat en Amérique latine. Et au Chili ?

Benoît Hervieu, Bureau Amériques de Reporters sans frontières

samedi 1 décembre 2012

VIOLETA PARRA ET SES ENFANTS (REDIFFUSION)

POCHETTE DU DISQUE VINYLE, « LONG PLAY »,  D'ISABEL ET ÁNGEL PARRA  : « PURAS CUECAS » (SEULEMENT CUECAS) DANS LA PHOTO DE GAUCHE À DROITE ÁNGEL PARRA, ROLANDO ALARCÓN, ISABEL PARRA ET VICTOR JARA. 
A écouter ici

Il faut souligner les liens de Violeta avec la France et tout particulièrement avec Paris. Car c’est en France, lors de son premier séjour à Paris, avant même le Chili, qu’elle enregistre en 1956 son tout premier album : Guitare et Chant : « Chants et Rythmes du Chili », publié par le Chant du Monde. Pendant ce séjour, Violeta a chanté pour la première fois à l’Escale, le célèbre bar latino du Quartier Latin et a enregistre pour la maison Arion, 12 chansons qui seront éditées au Chili beaucoup plus tard, du temps de l’Unité Populaire (1971), dans un album intitulé Canciones Reencontradas en Paris.
Avec son fils Angel Parra, invité principal et le témoignage des gens qui l’ont connue de près ou de loin se dessine dans l’émission le portrait cette artiste chilienne hors pair, folkloriste, compositeur, poète, plasticienne.

VIOLETA PARRA, LE CHILI INCARNÉ

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VIOLETA PARRA AU « THÉÂTRE PLAISANCE» À PARIS, FRANCE EN 1963. PHOTO FONDATION VIOLETA PARRA
Le portrait est éclaté. On devrait davantage parler d'évocation : les voix se mêlent, s'enchaînent, sans qu'on sache jamais qui parle — c'est à peine si l'on repère ici ou là le fils de Violeta, ou la fille de Catherine Dolto. L'important est dans leurs mots, qui tous décrivent son existence brève (elle est morte à l'âge de 50 ans) mais fiévreuse. Parfois, on songe à Frida Kahlo, autre figure emblématique d'une créativité latino-américaine engagée. Pour l'une comme pour l'autre, le rêve communiste était vivace. 

« Violeta Parra orientait les choix politiques de la jeunesse chilienne », dit l'un des intervenants. « Elle a inventé la figure des hippies », ajoute un autre. Pour l'une comme pour l'autre, aussi, l'existence fut cruelle. Violeta Parra, amoureuse malheureuse, décida de mettre fin à ses jours en 1967. Quelque temps auparavant, elle avait écrit et composé un hymne solaire, entré depuis au répertoire mondial : Gracias a la vida. Merci à la vie. Quarante-cinq ans plus tard, on ne peut écouter la chanson, et l'histoire, que la gorge serrée.  
A écouter ici
Valérie Lehoux