vendredi 4 octobre 2019

IL Y A 10 ANS, MERCEDES SOSA QUITTAIT LA SCÈNE


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PHOTO EDUARDO GROSSMAN

MERCEDES SOSA : 10ème ANNIVERSAIRE DE SA MORT 
2009 –4 OCTOBRE– 2019

Il y a dix ans disparaissait l’une des figures musicales majeures de l’Amérique latine : la chanteuse Mercedes Sosa, reconnue pour sa voix autant que pour ses engagements.


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« COMO LA CIGARRA » PAROLES ET MUSIQUE MARÍA ELENA WALSH, 
INTERPRÈTE MERCEDES SOSA

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mercredi 2 octobre 2019

ANIMAUX MORTS, PÉNURIES D'EAU, AGRICULTEURS EN DIFFICULTÉ... AU CHILI, LA SÉCHERESSE FRAPPE DE PLEIN FOUET


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LE SQUELETTE D'UNE VACHE, DANS UNE ZONE DE LA RÉGION
DE PETORCA, QUI SUBIT DE PLEIN FOUET LA SÉCHERESSE.

PHOTO MARTIN BERNETTI / AFP 
Le pays d'Amérique du Sud est particulièrement touché par la sécheresse, qui a provoqué la mort de milliers d'animaux. Le président chilien a annoncé un investissement de cinq milliards de dollars pour y faire face.
Par Steve Tenré avec l'AFP et Reuters
LA LIGUA, UNE RIVIÈRE DE LA RÉGION DE VALPARAISO, AU CHILI,
 EST À CE JOUR TOTALEMENT ASSÉCHÉE. À GAUCHE, UNE
IMAGE DATANT DU 10 SEPTEMBRE 2018. À DROITE,
UNE PHOTOGRAPHIE PRISE UN AN PLUS TARD.
STR ET MARTIN BERNETTI / AFP
Des dizaines de milliers d'animaux morts, des fermes familiales au bord du gouffre et près de 600.000 personnes approvisionnées en eau par des camions-citernes. C'est le triste bilan d'une dure sécheresse qui frappe actuellement le centre du Chili, marqué par une décennie de faibles précipitations.

En cette fin d'hiver austral, le plus sec depuis 60 ans, 6 des 16 régions du pays souffrent d'un déficit de pluies. Dans ces régions, pas moins de 106.000 animaux sont morts en raison du manque d'eau et de fourrage, selon le ministère de l'Agriculture. Dans le centre du pays, les chèvres (80.000) ont été les plus touchées par la mortalité, suivies par les bovins (18.000) et les ovins (8000). 


DES VACHES SOUFFRANT DE LA FAIM,
 À COLINA, AU CHILI.
 PHOTO MARTIN BERNETTI / AFP  
Pour faire face à cette sécheresse qui oblige près de 600.000 citoyens à se fournir en eau auprès de camions-citernes, l'état d'urgence a été déclaré dans cinq régions : celle de Valparaiso, de Coquimbo, de O'Higgins, du Maule et de Santiago. Le président chilien Sebastian Piñera a également annoncé des restrictions d'eau, et s'est engagé à investir 5 milliards de dollars.

Des dizaines de milliers d'animaux morts


UNE VUE AÉRIENNE DE PLANTATIONS D'AVOCATS AUTOUR DE
LA RIVIÈRE LA LIGUA, DANS LA RÉGION DE PETORCA.
PHOTO MARTIN BERNETTI / AFP 
À Colina, dans la métropole de Santiago, la sécheresse frappe durement les petits éleveurs. Il n'y a plus d'herbes sur les collines ; vaches, chèvres et chevaux errent affamés. «La sécheresse a été désastreuse pour nous», déplore Sandra Aguilar auprès de l'Agence France Presse. Sa famille possédait une centaine de têtes de bétail. Aujourd'hui, la moitié seulement est encore en vie grâce à un filet d'eau fourni par un voisin qui a encore quelques réserves.


UN CHIEN ERRANT, AFFAMÉ, SUR UNE TERRE 
ARIDE DE LA RÉGION DE PETORCA. 
PHOTO MARTIN BERNETTI / AFP
«La situation est compliquée», reconnaît aussi Javier Maldonado, gouverneur de la province de Chacabuco, où plusieurs communes agricoles sont frappées de plein fouet par la sécheresse. «Nous devons être réaliste, le changement climatique est là pour durer», prévient-il. «Sortir et voir les animaux morts, étendus au sol, c'est triste», confie Erick Hurtado, 23 ans, agriculteur à Petorca, dans la région de Valparaiso, qui a perdu la moitié de ses 60 têtes de bétail.

De multiples pénuries d'eau


AU CHILI, LES ANIMAUX SONT LES PREMIÈRES
VICTIMES DE LA SÉCHERESSE.
PHOTO MARTIN BERNETTI / AFP
Devant sa maison de la localité de Ligua, près de Valparaiso, Dominga Mondaca, 73 ans, montre à l'AFP les rigoles qui alimentaient jusqu'il y a peu ses plantations de fraises et d'agrumes. «Cela fait plusieurs années que nous n'avions qu'un peu d'eau, mais cette fois, il n'a pas plu», raconte la septuagénaire. Elle n'élève plus de poulets pour garder le peu d'eau qu'elle reçoit pour sa propre consommation et pour le nettoyage. Selon le ministère de l'Agriculture, 37.000 agriculteurs familiaux sont en difficulté dans le centre du pays.


D'après le site chilien The Clinic, 72% de la superficie totale du pays souffre de la sécheresse, ainsi que 38% de la population, soit six millions de personnes.

Moins de neige

CERTAINS AGRICULTEURS S'APPROVISIONNENT
 GRÂCE À L'EAU AMENÉE PAR DES CAMIONS-CITERNES.
PHOTO MARTIN BERNETTI / AFP
Dans le centre du Chili, il a également moins neigé. En moyenne, les scientifiques prévoient une diminution d'entre 5 et 10% des chutes de neige tous les dix ans dans la quasi-totalité de la Cordillères des Andes, un des principaux réservoirs d'eau du pays.


DANS LA RÉGION DE SANTIAGO, IL NEIGE 
SI PEU QUE LES PISTES DE SKI ONT DÛ FERMER. 
PHOTO MARTIN BERNETTI / AFP
«La zone centrale du Chili est très dépendante des fontes estivales, de la neige comme des glaciers. Ce qui signifie que si la couverture de neige se réduit, il y a également une réduction de la disponibilité en ressources hydriques», dit à l'AFP Raul Cordero, spécialiste du changement climatique à l'Université de Santiago.


Dans cette région, les faibles chutes de neige ont obligé les principales stations de ski à utiliser de la neige artificielle bien plus tôt et davantage que les années précédentes.


DES CANONS À NEIGE SONT UTILISÉS DANS
LES ANDES, À 30 KILOMÈTRES DE SANTIAGO.
PHOTO MARTIN BERNETTI / AFP
«Le Chili a vécu comme s'il était un pays doté d'eau en abondance, mais probablement, le changement climatique et le réchauffement mondial ont changé cette situation pour toujours», a déclaré récemment le président chilien, Sebastian Piñera. Pour rappel, le Chili accueillera en décembre la COP25, dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique.

mardi 1 octobre 2019

LE CHILI AUTORISE UNE CHASSE AU TRÉSOR SUR L’ÎLE ROBINSON CRUSOÉ, UNE ZONE PROTÉGÉE


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LE CHASSEUR DE TRÉSOR BERNARD KEISER
PHOTO AFP
Le chasseur de trésor Bernard Keiser vient de recevoir l’autorisation des autorités chiliennes de forer le sol de l’île Robinson Crusoé. Si la perspective de trouver un trésor de pirates du XVIIIe s’avère excitante, il faut tout de même savoir que l’île fait partie d’une zone protégée, notamment reconnue par l’UNESCO.

L’île Robinson Crusoé

Le roman Robinson Crusoé (1719) de Daniel Defoe est inspiré d’une histoire vraie. En 1705, le marin écossais Alexander Selkirk a été abandonné sur une île déserte par la corvette britannique des Cinq Ports effectuant un tour du monde. Ce dernier a été finalement découvert par une expédition après quatre ans et douze jours sans la moindre compagnie humaine.

L’île où le marin a été abandonné ne se situe pas dans les Caraïbes, mais plutôt dans l’océan Pacifique. En effet, celle-ci se situe à 667 km au large de la ville de Valparaiso (Chili) dans l’archipel Juan Fernández. Plus précisément, les coordonnées de l’île Robinson Crusoé (ou Más a Tierra) sont 33° 37’S et 78° 50’O.

Selon un article du quotidien argentin La Nacion publié le 24 septembre 2019, le Chili a livré une autorisation spéciale à un certain Bernard Keiser. Cet historien chasseur de trésor néerlandais épluche depuis plus de vingt ans les archives de l’île Robinson Crusoé. Son objectif ? Retrouver un trésor ayant appartenu à des pirates en 1714 censé contenir plusieurs tonnes d’or et de bijoux.

Une zone protégée


L’autorisation accordée par la Corporation nationale forestière implique de creuser le sol au moyen d’un engin de forage. Or, l’autorisation porte sur un terrain de 400 mètres carrés. Il faut savoir que jusqu’à aujourd’hui, Bernard Keiser restait dans la légalité à condition d’utiliser seulement la force humaine dans le cadre de ses recherches. Logiquement, la décision des autorités chiliennes ne plait pas à tout le monde, car la zone est un Parc national depuis 1935. Cette dernière est également  reconnue comme Réserve mondiale de biosphère par l’UNESCO depuis 1977.

Le Conseil chilien des parcs nationaux est quant à lui monté au créneau en rappelant que cette autorisation était contraire à la loi. Dans ce type de zones protégées, il est totalement interdit de déplacer ou d’extraire des couches du sol. Cela concerne aussi la tourbe, l’humus, le sable, le gravier et les autres roches. Il semble donc que les autorités soient passées outre les restrictions concernant cette île.

AU CHILI, LES DÉRIVES DES « MARCHÉS DE L’EAU »

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AU CHILI, L’EXPLOITATION DU MINERAI, COMME DANS CETTE
MINE  DE SAN JAVIER À COPIAPO, DANS LE NORD DU PAYS,
EST L’ACTIVITÉ LA PLUS CAPTATRICE D’EAU.
PHOTO ARIEL MARINKOVIC / AFP
Comme dans beaucoup d’autres pays, l’eau au Chili est un bien public. Mais à l’instar de l’Australie ou de certains États américains, sa gestion est remise entre les mains des propriétaires de « droits d’eau », et les autorités publiques limitent leur ingérence au strict minimum.
Le cadre légal et institutionnel y demeure régulé par le Code de l’eau de 1981, une des réformes néolibérales mises en place par le régime militaire du Général Pinochet – au pouvoir entre 1973 et 1990. Cette législation répond aux principes du marché libre, où le rôle de l’État est réduit au minimum. L’action des pouvoirs publics – au travers de la Direction générale des eaux (DGA) – se borne ainsi à octroyer les « droits d’c » : ces derniers sont toujours associés à un volume d’eau pompée maximum par an (m3/an) et à un débit maximum instantané (l/s ou m3/s). Une fois acquis, ils peuvent être vendus, cédés, sans en informer la DGA. Cette dernière évalue également le niveau des ressources et peut décider de fermer, de façon temporaire ou permanente, des bassins versants et aquifères surexploités.


Les « droits d’eau » sont gérés telle une propriété immobilière, et protégés par la Constitution : acquis à perpétuité par les acheteurs, ils sont transmissibles et libres d’utilisation. Car le Code de l’eau ne définit aucun usage prioritaire dans l’attribution : boire ou se laver n’est pas prioritaire sur une activité économique génératrice de revenus, car le marché, et non l’État, est censé réguler l’allocation efficace – économiquement – de l’eau.

Une approche dont certains auteurs vantent en effet le succès économique : les droits d’eau confèrent une sécurité juridique qui a encouragé les investissements privés. D’un point de vue social et environnemental, pourtant, il apparaît inéquitable.


Un système inéquitable et inefficace


Les droits d’eau sont octroyés à qui en fait la demande, personne physique ou morale. Premier arrivé, premier servi, ce qui favorise les grosses entreprises qui ont les moyens de monter le dossier de demande.

À l’inverse, les petits usagers sont souvent exclus de cet accès. Parfois, c’est qu’ils n’en ont tout simplement pas fait la demande : c’est le cas des populations indigènes. Pour eux, cette ressource est ancestralement associée à la terre, tandis que la législation chilienne en sépare la propriété de celle de l’eau. La démarche administrative est en outre compliquée et coûteuse. Il est aussi fréquent que les petits usagers vendent leurs droits d’eau aux grosses compagnies, en particulier dans les bassins versants et aquifères fermés à de nouveaux droits d’eau – sous déclaration de restriction.

Lorsqu'un aquifère est sous déclaration de restriction, les usagers doivent en théorie former un comité de gestion de l’aquifère. Mais le conseil d’administration du comité étant formé au prorata des droits d’eaux, ceux qui en possèdent le plus détiennent davantage de voix. Dans le cas de la Pampa del Tamarugal, au nord du pays, les agriculteurs ont ainsi été exclus du conseil d’administration dominé par la grande compagnie minière et la compagnie d’eau potable.


Des ressources en eau mal évaluées


Le système apparaît donc particulièrement préjudiciable pour la population, en particulier dans les zones arides du nord du Chili où l’extraction minière consomme une importante quantité d’eau dans certains bassins.

Son fonctionnement repose sur la connaissance et l’évaluation de la variabilité des ressources en eau, qui sont estimées par la DGA via un réseau hydrométrique et piézométrique – ensemble de stations qui mesurent en continu différentes variables telles que la précipitation, le débit des cours d’eau ou le niveau des nappes d’eau souterraine. Or ce réseau présente de grandes déficiences, tant au niveau de la couverture géographique – il ne tient pas compte de toutes les réserves d’eau – que de la représentativité et de la qualité des données.


CAPTURE D'ÉCRAN
Pourtant, les études financées par la DGA pour estimer la disponibilité de la ressource sont toutes réalisées sur la base de ces données et tirent parfois des conclusions contradictoires. Lorsque c'est le cas, les acteurs utilisent l’étude qui leur convient le plus. Y compris l’État, qui n’hésite pas à apporter son soutien aux projets d’exploitation minière à grande échelle… sous couvert de stimuler la croissance économique.

En outre, l’attribution des droits d’eau en unité de débit (volume par unité de temps), la méconnaissance des transactions entre propriétaires de droits d’eau, et la faible capacité de contrôle des extractions ne permettent pas de connaître la véritable demande en eau, ni l’usage réel qui en est fait.


Le cas de la Pampa del Tamarugal


Le Code de l’eau met à disposition de la DGA quelques outils de « gestion » de crise, en particulier la déclaration de pénurie (pour les eaux superficielles) ou de restriction-interdiction (dans le cas des eaux souterraines) qui correspondent à un arrêt, définitif ou temporaire, de l’octroi de nouveaux droits d’eau. Mais les évaluations étant critiquables, ces décisions sont souvent fondées sur des informations erronées.

Dans l’extrême nord du Chili, l’étude du cas de la Pampa del Tamarugal a montré que la restriction de l’aquifère, déclarée en 2009, était injustifiée. Les travaux récents révèlent en effet une baisse du niveau de l’eau souterraine non généralisée et très modérée par rapport à l’épaisseur aquifère.

Les calculs présentés par la DGA pour justifier la déclaration de restriction comportent par ailleurs de nombreux biais : entre autres, l’absence de prise en compte de la recharge dans l’estimation de la disponibilité, des erreurs et incertitudes sur les termes du bilan des eaux souterraines, en particulier les extractions. La prise de décision s’est donc faite sur la base de données très incertaines.


Conflits et marché des droits d’eau


Par conséquent, le nombre de conflits sur l’eau n’a cessé d’augmenter ces dernières années. L’octroi de droits à qui en fait la demande sans une connaissance précise des ressources en eau a conduit à la surexploitation de certains aquifères, ainsi qu'à la déclaration de restriction dans plus d’une centaine d'entre eux.

Ceux-ci sont concentrés dans le nord aride et semi-aride du Chili. L’activité minière (cuivre dans la Cordillère des Andes, nitrate et lithium dans le désert d’Atacama), très demandeuse en eau pour transformer le minerai, exerce une pression permanente sur les propriétaires de droits, particulièrement les agriculteurs.


Conversation France

@FR_Conversation
Comment faire face à la surexploitation des eaux souterraines ? http://bit.ly/2G6CzCa 


CAPTURE D'ÉCRAN
Un marché se crée alors autour de ces titres, qui se vendent à un coût exorbitant – un litre par seconde coûte entre 80 et 100 000 dollars américains. Dans le cas de la vallée de La Ligua, de Copiapo et de la Pampa del Tamarugal, des calculs très contestables ont été utilisés pour justifier la déclaration d’une restriction de l’aquifère au bénéfice de gros acteurs économiques, qui s’en servent pour éliminer leurs concurrents.

Bien que les estimations officielles du débit disponible aient démontré qu’aucun nouveau droit supplémentaire ne pouvait être émis, elles n’ont pas remis en cause les droits existants et ont permis de valider de nouvelles demandes.

La nécessité d’un processus participatif


CAPTURE D'ÉCRAN
L’analyse des actions mises en œuvres par les différents acteurs (mines, compagnie d’approvisionnement en eau potable, agriculteurs, peuples autochtones) a mis en lumière que chacun poursuivait une stratégie propre, notamment en utilisant la problématique de la gestion de l’eau et de l’information disponible (ou non) à ses propres fins.

La génération d’information scientifique a posteriori n’a cependant pas pu rompre ce statu quo. Par conséquent, de nombreux petits usagers demeurent exclus de l’accès à l’eau et de sa gestion.

La mise en place d’un processus participatif de gestion de l’aquifère – aujourd’hui demandée par les agriculteurs et peuples autochtones – sur la base d’information scientifique validée, permettrait d’aborder la question de la quantité d’eau à extraire de l’aquifère.


De cette façon, il serait possible de définir un volume d’extraction « souhaitable », en fonction de différents scénarios de développement. Pour atteindre cet objectif, il sera nécessaire de rétablir la confiance entre l’État et les grandes entreprises d’une part, ainsi qu’entre l’État et les peuples autochtones d’autre part, mais également de procéder à un changement de la législation chilienne.

vendredi 13 septembre 2019

REPORTAGE.À SANTIAGO, LA FIN DES CINÉMAS PORNOS


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PHOTO THE CLINIC
Ouverts depuis plus de soixante-cinq ans, les deux derniers cinémas pornos du centre de la capitale chilienne ont fermé leurs portes avant l’été. Dans un pays très conservateur, ils étaient des lieux de rencontre prisés des homosexuels.
Courrier international
2014. EN ATTENDANT LA PROCHAINE
 SÉANCE AU NILO.
PHOTO ANDRES MARTINOLI
Il est 16 heures ce vendredi quand les 34 spectateurs du Nilo et du Mayo sortent des deux salles de cinéma. La plupart de ces hommes, un peu perdus, ajustent leur pantalon et resserrent leur ceinture en jetant autour d’eux un regard vide. Seuls employés présents à cette heure, deux ouvreurs, pelle et balai en main, répètent inlassablement la même réponse : “C’est fini, on ferme !

Ces habitués, âgés de 30 à 80 ans à vue de nez mais principalement d’âge mûr, avaient coutume de venir dans ces salles obscures chercher un peu de plaisir, la compagnie d’un corps, voire son contact. Dans cet inframonde du centre historique de Santiago, la capitale chilienne, tout était permis. À en croire les clients eux-mêmes, la majorité de ces spectateurs prenant place devant Cara de niña, culo de experta [“Visage d’enfant, cul d’experte”], Camarera lujuriosa [“Serveuse asservie”], Chantaje femenino [“Chantage au féminin”] ou Chicas hambrientas se lo comen todo [“Les filles affamées avalent”] étaient des homosexuels. Seuls 5 % étaient des hommes hétéros cherchant à avoir un rapport sexuel, moyennant finance si besoin.

La fin d’une époque


Personne ne s’intéresse visiblement à l’intrigue du film, et personne ne trouve rien à redire au fait que la programmation se cantonne à une pornographie hétérosexuelle. L’odeur de tabac, les bruits de masturbation et les effluves corporels ne dérangent pas grand monde non plus. On flirte ici avec les limites de la légalité : fumer et boire quelques bières, c’est normal. Enfin, ça l’était. Car c’est terminé [la dernière séance a eu lieu le 31 mai dernier].

Le cinéma est arrivé au Chili en 1896 au Teatro Unión Central de Santiago, soit un an après la toute première projection de l’histoire, en France. Dans les années 1940 déjà, on estime que le pays comptait près de 250 salles. Les cinémas El Nilo et El Mayo [situés côte à côte et appartenant au même propriétaire], eux, sont nés en 1952, et ont commencé par la diffusion de films familiaux et pour enfants avant de passer au cinéma érotique, puis au X. “J’avais 9 ans quand mon père a signé le premier contrat de location du cinéma. Jusque-là, ce n’était pas des salles pornos, les cinés étaient connus pour passer des films de karaté, des Bruce Lee”, raconte F. G., qui a été le dernier locataire.

Au pied des escaliers, après une enseigne annonçant des “programas muy especiales” [“programmes très spéciaux”] et réservés aux adultes, le Nilo se trouve à gauche, le Mayo à droite. Des salles de grande capacité, à laquelle descendaient jadis jusqu’à 800 spectateurs, sur des marches amorties par une luxueuse moquette. Ces dernières années, les deux salles avaient réduit leurs moyens techniques au strict minimum : un lecteur DVD relié à un vidéoprojecteur et une sono. Plus une trace des vieilles bobines, et les vieux projecteurs semblent des trésors parmi un tas de vieilles boîtes de CD et de jaquettes imprimées à bas coût. Des vêtements et des chaussures abandonnés jonchent le sol, des peluches prennent la poussière sur des empilements de disques, des sacs plastique traînent avec des cannettes de bière et des restes d’on ne sait quand. Plusieurs affichettes de la direction invitent à respecter la propreté des lieux.

Satisfaire ses instincts


Certains des témoins interrogés pour ce reportage n’ont accepté de répondre qu’à condition de ne pas être enregistrés autrement que par des notes écrites. D’autres interlocuteurs ont demandé le couvert de l’anonymat – les clients de ces cinémas ont souvent une double vie. Les plus âgés se connaissent depuis des décennies et passent des heures à discuter, aussi, au ciné. Par crainte ou par pudeur, quelle que soit leur raison, ils préfèrent rester prudents. Ce cinéma est leur forteresse, ce fut leur Grindr, leur Tinder aux époques les plus sombres et les plus rudes de l’histoire du Chili [et notamment sous la dictature d’Augusto Pinochet, de 1973 à 1990].

Fernando, 77 ans, ancien employé de bureau à la retraite, a été durant vingt-six ans un client assidu du Nilo et du Mayo. “Ici se retrouvaient tous ceux qui cherchaient un peu de compréhension, un moyen d’apaiser leur conscience. Moi, ici, je me suis fait vingt copains parmi des jeunes. Et regarde-moi, il faut que j’atteigne presque 80 ans pour raccrocher le string ! s’amuse-t-il. Les premiers temps, j’étais prudent, incrédule, et puis je me suis détendu. Ensuite tout est devenu facile. Il y avait toujours quelqu’un qui avait besoin d’un câlin, faute d’être compris chez soi. Ou simplement parce qu’à la maison il n’y avait pas ce qu’il y avait ici, explique Fernando. Ici, on est bien, les gens sont là pour une raison simple : satisfaire leurs instincts. Ni plus ni moins !”

“Ici, cela se passe entre hommes, pour certains mariés. Du sexe brut… Il fallait essayer de faire attention. Atteindre la fin de ma vie en bonne santé, cela tient de l’exploit”, se félicite cet habitué. Juan Carlos, 82 ans, est malentendant et souffre de difficultés d’élocution ; depuis 2017, il pouvait passer des après-midi entières dans l’obscurité du Nilo.

C’est un lieu où l’on venait s’amuser et discuter. On pouvait parler en toute franchise. Je me suis fait de bons amis, se souvient-il avec une once de nostalgie. Nous avons échangé nos numéros de téléphone, et nous nous retrouvons parfois pour déjeuner ou prendre un goûter.”

Sous le joug de la censure


Selon F. G., l’ancien maître de maison de ces cinés pornos, à l’âge d’or de ces salles, les films de Bruce Lee faisaient venir plus de 3 000 spectateurs par semaine. De leur côté, les films X commandés aux États-Unis ou en Europe ont commencé à arriver à Mendoza, en Argentine, où les bobines étaient coupées ou remontées avant de passer devant le Comité de qualification cinématographique du Chili. Si la censure chilienne n’approuvait pas le film, il repartait dans son pays d’origine, et c’était des mois de travail et de l’argent perdus.

Eduardo a été un habitué trente-neuf années durant. Il a quelques kilos en trop, des joues roses et les cheveux blancs, et un sourire contagieux. Aimable avec tous les clients, il s’est offert un petit plaisir durant les dernières heures de l’établissement, celui de jouer au guichetier, et s’est amusé à raconter qu’une grande vente des fauteuils du cinéma allait avoir lieu. Eduardo est un blagueur et un bon vivant.

Nous ouvrons les rideaux et entrons ensemble dans la salle. Tandis qu’à l’écran passe une scène de sexe oral sur de la musique classique, il m’entraîne vers ce qui fut le coin préféré de ses ébats avec d’autres hommes – au dernier rang, sur le côté droit de la travée principale. Et là, d’une voix forte et fière (qui perturbe les activités érotiques en cours autour de nous), il entame un récit détaillé et humoristique de ses moments de volupté les plus acrobatiques vécus ici. Plusieurs personnes s’indignent et exigent le silence, et nous partons en riant.

Des codes d’usage calibrés


C’est Eduardo qui m’explique les codes et le langage non verbal en vigueur dans les salles X. Des pieds posés sur le fauteuil de devant signifient : n’approchez sous aucun prétexte. Jambes croisées ? Merci de garder vos distances ou d’entamer une approche en douceur. Jambes écartées : tout est permis. Si la flamme d’un briquet brûle dans l’obscurité, son propriétaire est un “allumeur” qui n’attend que d’être abordé. Mais il est une règle essentielle de la vieille école : non, c’est non. Et tout contrevenant se faisait mettre dehors sans ménagement. La majeure partie des habitués du ciné racontent cependant avoir très rarement assisté à des bagarres.

Sous la dictature, c’était très risqué. C’était mal vu mais tellement bon, l’interdit était si savoureux. La transgression est un plaisir en soi, et ça donne même envie de tout envoyer valser. Le régime était très homophobe, mais ici on osait, et c’était d’autant plus enivrant”, se souvient Eduardo.

Des signaux avaient même été instaurés pour nous. Il y avait un bouton au guichet et, s’il y avait une descente de flics, une lumière rouge s’allumait pour prévenir les clients. On avait le temps de se rhabiller et de faire comme si de rien n’était. L’équipe du cinéma nous protégeait.”

Une aide contre les tabous


La veille de la fermeture, P. a été licencié après avoir travaillé plus de 40 ans au Nilo et au Mayo, et vécu de grands moments. Entre autres nombreuses anecdotes, il se souvient de ce jour, au début des années 1990, où il s’est trompé au moment du changement de bobine et a passé une scène explicite de pénétration comme il ne s’en était jamais vu – ce qui lui a valu de longues minutes d’applaudissements et de vivats. P. se rappelle aussi cette belle femme de 39 ans, mariée à un homme très pieux et plein de tabous sexuels, venue un beau jour de 2009 demander de l’aide. P. lui a conseillé de consulter un psychologue, qui à son tour l’a renvoyée vers la salle X : l’employé a ensuite ouvert la salle au couple certains soirs de fermeture, pendant qu’il faisait le ménage. “Les films pornos ont assaini notre couple”, a confié cette femme à P. Lorsqu’elle est tombée enceinte, le couple a tenu à le remercier en lui offrant des pâtisseries et 20 000 pesos [environ 25 euros]. Depuis, ils ont eu quatre enfants et n’ont jamais cessé de fréquenter le cinéma pour assouvir leurs fantasmes.

La municipalité de Santiago aurait repris le contrat de location, avance l’ancien locataire, qui dit n’en savoir guère plus, à part des rumeurs de création d’une crèche. Selon d’autres, la mairie devrait annoncer prochainement la création d’un centre culturel dans l’ancien cinéma. Interrogés par nos soins, les services municipaux n’ont aucune annonce à faire.
Lucho Tabilo Castillo

vendredi 6 septembre 2019

BRÉSIL .BOLSONARO GLORIFIE PINOCHET ET BLESSE MICHELLE BACHELET


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« BACHELET BASHING » 
Enervé par les critiques de Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l’homme à l’ONU, Jair Bolsonaro a ironisé sur le passé douloureux de la famille de l’ancienne présidente du Chili sous la dictature.
BOLSONARO TERMINATOR
PAR ALEX FALCÓ CHANG
Jair Bolsonaro a la répartie cinglante, il l’a encore  montré ces derniers jours en répondant plus que vertement aux critiques exprimées par Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU et ancienne présidente du Chili (jusqu’en 2018). Le président brésilien a évoqué la dictature chilienne (1973-1990) comme un sauvetage, relate Folha de São Paulo :
 «  [Mme Bachelet] oublie que son pays n’est pas Cuba grâce à ceux qui ont eu le courage de battre la gauche en 1973, et notamment, parmi ces communistes, son père (…). »
Michelle Bachelet avait déclaré à Genève, au siège de l’ONU en Europe, qu’“au Brésil, l’espace démocratique se réduit, la violence policière augmente, et les justifications [exprimées] de la dictature renforcent le sentiment d’impunité (…)” rapporte La Tercera citant la Haut-commissaire.

Une admiration compulsive pour la dictature


La famille Bachelet a été durement frappée par la dictature, rappelle La Tercera. Alberto Bachelet, général des Forces aériennes, avait été arrêté et torturé en 1973 par les putschistes de Pinochet. Il est décédé d’un infarctus en prison en 1974, à l’âge de cinquante ans. Son épouse et leur fille Michelle ont  aussi été emprisonnées et torturées en 1975 par la dictature, avant de prendre l’exil vers l’Allemagne. 

Dans une interview au magazine brésilien Época, l’écrivain et essayiste chilien et argentin Ariel Dorfman, qui a publié de nombreux écrits sur la dictature, souligne que ces attaques ciblées de Bolsonaro n’ont rien d’étonnant :
«  Bolsonaro, tout comme son héros Trump, pense qu’il faut revenir à la torture. Michelle est quelqu’un qui défend la démocratie, et Bolsonaro piétine honteusement la démocratie dès qu’il le peut. »
Pour l’éditorialiste d’O Globo Miriam Leitão“L’admiration compulsive et illimitée de Bolsonaro pour les dictatures et les régimes tyranniques, comme celui de Pinochet, est pathologique. […]. Son plaisir à blesser les personnes atteintes par les crimes des dictatures latino-américaines est malsain.

Polémique sur la réaction chilienne


Au Chili, la réaction plutôt mesurée du président Sebastián Piñera fait polémique. Dans une déclaration publique, il a déclaré qu’il ne partageait “pas du tout l’allusion faite par le président Bolsonaro au sujet de l’ancienne présidente du Chili et surtout sur un sujet aussi douloureux que la mort de son père“,  rapporte El Dinámo.

La presse chilienne souligne l’enjeu diplomatique de cette réponse : le ministre chilien des Affaires étrangères était précisément en déplacement au Brésil quand la polémique a éclaté. “Bolsonaro bouscule l’agenda de Santiago”, titre La Tercera.
« L’attaque contre Michelle Bachelet complique la tâche du gouvernement au moment du voyage du ministre au Brésil. »

Une balle dans le pied ?

De fait, l’opposition n’a pas regardé les anges passer, qualifiant la déclaration du président chilien de “tiède” et exigeant une lettre officielle de protestation du gouvernement chilien. Fille de l’ancien président Salvador Allende, la sénatrice Isabel Allende, citée par El País, a estimé que
« le Brésil ne mérite pas ce président », ajoutant que « sa perverse allusion au général Bachelet le révèle complètement. »

Malgré sa superbe, estime la page brésilienne d’El País, les propos de Jair Bolsonaro pourraient aussi coûter cher au Brésil sur le plan diplomatique, alors que le pays brigue une place au Conseil des droits de l’homme des Nations unies : “La plus grande opposition à sa campagne [à ce poste] s’appelle aujourd’hui Bolsonaro“, tant le président montre “qu’il n’est pas disposé à reconnaître que des crimes contre l’humanité ont existé dans certaines régions du monde“ et qu’il passe le message selon lequel “la violence d’État est permise“. 

Sabine Grandadam et Morgann Jezequel

dimanche 1 septembre 2019

FEMME EN FEU: «EMA» DE LARRAIN RACONTE L'HISTOIRE DE LA LIBÉRATION

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AFFICHE DU FILM
VENICE, Italie (Reuters) – L'actrice de télévision chilienne Mariana Di Girolamo suit le rythme du reggaeton dans le film "Ema" de Pablo Larrain, son premier long métrage sur une femme en quête de découverte de soi alors que sa vie de famille s'effondre .
FILM ema
Situé dans la ville portuaire chilienne de Valparaiso, Di Girolamo et l'acteur mexicain Gael Garcia Bernal jouent le couple marié Ema et Gaston, danseur et chorégraphe d'une troupe de danse expérimentale.

Après que leur fils adoptif, Polo a été impliqué dans un incendie qui a blessé la soeur d’Ema, le couple rend l’enfant à son père, décision qui l’impacte lourdement sur eux-mêmes et sur leur mariage.

Un Ema regretté essaie de trouver des moyens de récupérer Polo, tout en se libérant de son mari dominateur. Les téléspectateurs voient également son côté destructeur alors qu’elle va en ville allumant le feu aux feux de circulation, aux voitures et aux terrains de jeux avec un lance-flammes.

"Un thème clé est la famille, les nouvelles familles, le nouvel ordre, les familles de notre époque qui sont différentes, les familles de même sexe ou les familles multi-parentales", a déclaré Di Girolamo à Reuters dans une interview.

«Cela reflète ce qui se passe aujourd'hui. En tant qu'élément symbolique, le feu est important dans le film. En tant qu'élément de destruction et de création, il reflète également l'identité d'Ema.

Garcia Bernal, connu pour «The Motorcycle Diaries» et «Mozart in the Jungle», a déclaré que le film abordait également «la crise de la masculinité».

«Le nouveau type de voies menant à une éducation beaucoup plus responsable des enfants… C’est une façon expérimentale de le faire. Je pense que cela reflète beaucoup (sur le) signe de (nos) temps », a-t-il déclaré.

Le film est l’un des 21 films en lice pour le prix du Lion d’Or au Festival du Film de Venise, qui se déroule jusqu’au 7 septembre.

«Je suis un peu nerveux et très reconnaissant et en attente, je veux profiter de chaque instant», a déclaré Di Girolamo.

«C’est aussi ma première fois dans un rôle principal dans un film. Je viens du monde des séries télévisées et des feuilletons au Chili. J'ai eu quelques rôles plus petits dans les films. Donc, cela ressemble à mon grand début, ce qui est un peu étrange. "

Le film est la première de Larrain, née à Santiago, depuis 2016 et intitulée "Jackie", à propos de Jacqueline Kennedy après l'assassinat de son mari.

Lors d'une conférence de presse, il a décrit Ema comme «une sœur, une amie, une fille, une mère, un amant, une femme et une danseuse. Elle est le soleil et tout le monde circule autour du soleil … et si vous vous approchez trop près, vous risquez de vous brûler. "

Larrain a également déclaré qu'il souhaitait mettre en lumière les échecs d'adoption.

«La réalité des adoptions ratées est très grande et c’est un traumatisme et un drame que nous voulions aborder comme le montre le film», a-t-il déclaré.

Reportage de Hanna Rantala; Reportage additionnel de Marie-Louise Gumuchian; Écrit par Marie-Louise Gumuchian; Édité par Edmund Blair