jeudi 4 septembre 2014

« JARLAN EST RESTÉ DANS LA MÉMOIRE COLLECTIVE »


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]    
PRÊTRE FRANÇAIS ANDRÉ JARLAN 

«J’avais à peine 9 ans. Après une longue nuit de manifestations et de coupures d’électricité, je me préparais pour aller à l’école. Comme bruit de fond dans la cuisine, la radio Cooperativa était allumée, l’unique radio rebelle autorisée à transmettre des informations qui déplaisaient au régime.
Par Nicolás Lasnibat

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]    

UNE GRANDE FRESQUE EN HOMMAGE AU PRÊTRE FRANÇAIS ANDRÉ JARLAN 

La nouvelle de la mort d’André Jarlan a secoué mes parents. A travers leur tristesse, la mort et la peur se montraient à nouveau dans notre quotidien, sous la forme d’un démon qui osait tuer un prêtre dans un pays très catholique comme le Chili.

Jarlan était un homme qui avait pris la décision de venir vivre dans mon lointain pays, pour habiter entre les plus pauvres avec un autre collègue religieux, Pierre Dubois, dans le quartier le plus rebelle de la banlieue de Santiago, appelé curieusement La Victoria (la victoire).

Je n’ai jamais oublié ce moment. Ces trente dernières années, André Jarlan est resté dans la mémoire collective de tous les Chiliens qui ont lutté contre Pinochet. Pas seulement comme un martyr, sinon comme un résistant exemplaire. Un “héros” pour ses amis athées, un “saint” pour ses amis croyants.

Un homme qui a tout quitté pour venir en aide à des gens qui n’étaient pas forcément catholiques, en risquant sa vie pour des idéaux de liberté et de justice sociale.

Avec le temps, le destin a voulu que le pays d’André devienne mon pays d’adoption. L’idée de faire un film sur lui m’habite depuis des années. L’envie d’en savoir plus sur la vie de cet homme qui est allé mourir pour une noble cause au bout du monde m’a permis de rencontrer des gens qui l’ont connu de près.

Des gens de sa région (comme mon ami Olivier Bras), des membres de sa famille dans l’Aveyron, mais aussi à Santiago où j’ai rencontré ses amis et voisins, des témoins de la nuit de son meurtre et notamment son ami Pierre Dubois, que j’ai interviewé dans une chambre en bois très modeste située dans un quartier pauvre peu de temps avant sa mort, voilà deux ans.

Le crime d’André Jarlan, tué par un agent de police qui vit en liberté grâce à la loi d’amnistie décrétée par la dictature, reste une page fondamentale de la dictature chilienne qui, paradoxalement, reste peu connue en France.

Pendant que j’écris ces mots, ma fille de 9 ans, qui a le même âge que moi à l’époque de la mort de Jarlan, se prépare pour aller à l’école. Elle s’appelle aussi Victoria. A la radio, on entend la musique et Victoria part à l’école heureuse.

J’espère qu’un jour elle verra ce film sur André, un homme qui avait, comme son père, le cœur partagé entre deux pays, la France et le Chili. »

« UN EXEMPLAIRE SYMBOLE D’ENGAGEMENT»

PRÊTRE FRANÇAIS ANDRÉ JARLAN 
« C’est au Chili que j’ai découvert, fin 1998, l’histoire de cet homme. Je vivais depuis quelques semaines dans ce pays où j’avais décidé de m’installer pour suivre “ l’affaire Pinochet ” qui avait éclaté avec l’arrestation de l’ancien dictateur chilien à Londres.

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]    
PRÊTRE FRANÇAIS ANDRÉ JARLAN 
Une femme croisée dans un café m’avait invité à connaître le quartier de La Victoria. À la retraite après une longue carrière à l’étranger, Gloria consacrait une grande partie de son temps au fonctionnement d’une cantine populaire dans cette «poblacion ».

Grâce à sa protection et ses précieux conseils, j’avais pu parcourir les rues de ce quartier, désormais rongé par la drogue et la violence, qui avait maintes fois tenu tête aux forces répressives pendant la dictature de Pinochet. Gloria m’a montré les fresques sur les murs hérités de cette période.

Et sur plusieurs d’entre elles se trouvait le portrait d’un homme en soutane, avec la phrase « Justice pour Andre Jarlan ». J’ai ainsi découvert l’histoire et le parcours de cet homme qui avait choisi de se rendre dans ce lointain pays pour se trouver aux côtés des opprimés.

Il avait notamment rejoint un autre prêtre français, Pierre Dubois, déjà présent depuis plus de vingt ans au Chili au moment de son arrivée.

En avril 1999, j’accompagnais le ministre français de la Coopération, Charles Josselin, venu rendre hommage à cet homme d’église lors d’une visite au Chili. J’avais alors pu rentrer dans la maison en bois de La Victoria et pénétrer dans la chambre d’André Jarlan, restée intacte quinze ans après sa mort : un lit, une table, une chaise et un trou dans un mur fait par la balle qui l’a mortellement touché, le 4 septembre 1984.

Ce jour-là, la situation était très tendue dans les rues de La Victoria. Dans l’après-midi, André Jarlan s’était assis à sa table pour lire la Bible. Une balle tirée par un policier l’a atteint dans la nuque et il s’est écroulé sur le livre saint.

C’est au cours de cette visite ministérielle que j’ai appris qu’André Jarlan était natif de Rignac, dans l’Aveyron, à quelques kilomètres du village dans lequel réside une grande partie de ma famille maternelle.

Je me suis alors senti encore plus proche de cet homme que j’ai peut-être croisé dans les rues de Rignac lorsque j’étais enfant. Et le destin tragique de ce prêtre, parti défendre très loin de sa terre natale aveyronnaise ses idées et sa religion, reste pour moi un exemplaire symbole d’engagement. »

4 SEPTEMBRE 1984 : ANDRÉ JARLAN MEURT À SANTIAGO, VICTIME DE LA POLICE DE PINOCHET

Nous, Olivier Bras et Nicolás Lasnibat, faisons cette démarche car l’histoire d’André Jarlan est devenue un trait d’union entre nous deux. Nous nous sommes rencontrés voilà quelques années chez des amis à Paris et nous avons rapidement évoqué l’histoire de ce prêtre français tué par un policier dans une banlieue de Santiago.

Son histoire nous touche profondément, pour des raisons différentes que nous exposons ci-dessous, et nous tenons à saluer la mémoire de cet homme.

Comme chaque année, des commémorations sont prévues à Santiago et dans ses environs pour honorer la mémoire d’André Jarlan.

Et à 13 000 km de distance, nous ne manquerons également pas de rendre hommage à cet homme parti aider ceux qui souffraient du régime de Pinochet et dont le nom s’est brutalement ajouté à la longue liste des victimes.

Olivier Bras et Nicolás Lasnibat

ASSASSINAT D'ANDRÉ JARLAN AU CHILI : TRENTE ANS APRÈS SON FRÈRE SE SOUVIENT

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

GEORGES JARLAN, REGRETTE QU'EN FRANCE, LA MORT DE SON FRÈRE SOIT TOMBÉE DANS L'OUBLI. 

Peur des débordements

Georges Jarlan a été réveillé à 2 heures du matin le 5 septembre 1984 par un coup de téléphone. Au bout du fil, le père Pierre Dubois, qui lui annonce la mort de son frère André. Le carrossier de Rignac n’arrive pas à comprendre ce qui s’est passé. "Je ne pensais pas qu’il puisse être menacé. Prudent dans son comportement, il vivait avec de jeunes misérables et il était fier de partager leur sort, témoigne-t-il encore aujourd’hui. Dans sa dernière lettre, il effleurait la situation et il avait peur qu’il y ait des débordements. Il aimait à se dépenser à faire quelque chose".

 « André a eu un problème »

Trente ans, jour pour jour, après l’assassinat de son cadet de quatre ans né en 1941 par la police du régime militaire de Pinochet, Georges Jarlan se souvient de tout. Encore aujourd'hui, la voix du frère vacille au fil de son témoignage. « Un des moments les plus durs a été de l’annoncer à notre père Joachim, se souvient-il. J’ai commencé par lui dire « André a eu un problème ». Il a bien vu que c’était plus grave que ça et a fini par me dire “Tu crois que je n’ai pas compris ! ».

Le prêtre aveyronnais a été assassiné le 4 septembre 1984. Sept ans plus tard, le policier suspecté d'avoir abattu André Jarlan a bénéficié d'un non-lieu.

Le prêtre aveyronnais a été assassiné le 4 septembre 1984. Sept ans plus tard, le policier suspecté d'avoir abattu André Jarlan a bénéficié d'un non-lieu. Repro
Une enfance aveyronnaise

André Jarlan est né le 25 mai 1941 à Rignac, d’une mère originaire de Privezac et d’un père natif de Sainte-Croix. Deuxième d’une fratrie de trois (Georges est de 1937 et Henriette, installée à Sébazac et qui a fait sa carrière au Crédit Agricole, de 1944), il est enterré dans le cimetière de son village le 11 septembre 1984.

Alors que son corps a été rapatrié trois jours plus tôt en France accompagné par des milliers de personnes jusqu’à l’aéroport Pudahuel de Santiago, son cercueil avait été déposé, dès le lendemain de sa mort, par les habitants de la Victoria à la cathédrale métropolitaine de la capitaine du Chili.

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

ENCORE AUJOUD'HUI AU CHILI, DE NOMBREUSES PEINTURES MURALES RENDENT HOMMAGE AU PRÊTRE AVEYRONNAIS. 
Non-lieu

En 1991, il a été inscrit par la commission nationale Vérité et réconciliation dans son rapport sur les violations des Droits de l’homme commises pendant la dictature militaire du général Pinochet. Quelques jours plus tard, le policier chilien qui a tué le prêtre aveyronnais a bénéficié d’un non-lieu.

Encore aujoud'hui au Chili, de nombreuses peintures murales rendent hommage au prêtre aveyronnais.
Encore aujoud'hui au Chili, de nombreuses peintures murales rendent hommage au prêtre aveyronnais. Repro CP

Célébrations

Si, comme le regrette son frère Georges, « André Jarlan est tombé dans l’oubli en France. Même à Rignac, on sait juste vaguement qui il est ! », ajoute-t-il, la figure d’André Jarlan est tenue en haute estime par les habitants du quartier de la Victoria, où il est considéré comme un symbole de tous ceux qui sont morts pendant le régime d’Augusto Pinochet. « Dans ce quartier, de très nombreuses peintures murales reproduisent son portrait », se réjouit son frère. Une fois par an, une semaine de célébrations lui rendent hommage. C’est le cas en ce moment

Abattu d’une balle dans la nuque en lisant la Bible

Entré au séminaire à Saint-Pierre à Rodez (dont une salle porte désormais son nom) dès l’âge de 12 ans, André Jarlan a choisi la Martinique pour son service militaire. Il avait fait le voyage pour aider les populations locales, il a dû se contenter de... garder les enfants des officiers !

Ordonné prêtre le 30 juin 1968 à Rignac puis nommé vicaire de la paroisse du Gua sur la commune d’Aubin, il a étudié l’espagnol en 1982 à l’Université catholique de Louvain en Belgique. Il est arrivé en février de l’année suivante à la paroisse de la Victoria à Santiago-du-Chili, qu’il dessert aux côtés de son compatriote, prêtre également, Pierre Dubois.

L’opposition au général Pinochet a appelé le 4 septembre 1984 à une journée de protestation. La police entre à la Victoria, bastion de la résistance au régime militaire où le peuple avait dressé des barricades, lançant des cocktails Molotov et déclenchant aussi des incendies. Une balle tirée à dessein perce le mur de bois du presbytère et atteint André Jarlan au cou pendant qu’il lisait la Bible, le tuant aussitôt.

lundi 1 septembre 2014

SERGIO ORTEGA (1938-2003)


Musicien chilien. À l'âge de vingt ans, il abandonne des études d'architecte pour se consacrer à la composition, suivant au Conservatoire de l'université du Chili les cours de Gustavo Becerra-Schmidt et Roberto Falabella. En 1965, sa première comédie musicale, La Dama del canasto, est créée à Santiago. 

Au cours de la présidence de Salvador Allende, il se rend populaire en écrivant la musique des deux chants militants Venceremos (1970) et El pueblo unido jamás será vencido (1973). Le coup d'État du général Pinochet le contraint à quitter son pays pour la France, où il devient directeur de l'École nationale de musique de Pantin. Ami de Pablo Neruda, il a puisé chez ce dernier le livret de son opéra Les Traces de tes mains (1980) ou les textes de pièces vocales comme Soneto primitivo para un editorialista mercenario (1962), Responso por el guerillero muerto (1967) ou Los cantos del capitán (1982).

LE CHILI, LE NOUVEAU MONDE DE L'ARCHITECTURE

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

Smiljan Radic est l’un d’eux. L’architecte chilien de 49 ans est l’auteur de ce qu’un chroniqueur du quotidien anglais The Telegraph a nommé « la collision entre un œuf extraterrestre et un site funéraire néolithique ».

ENTRE CAVERNE ET DOLMEN


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

Cette bulle en fibre de verre couleur pierre, oblongue et translucide, présente à la fois des airs de caverne et de dolmen. Posée sur d’énormes rochers, la « folie » est installée jusqu’au 19 octobre dans le cadre bucolique des jardins de Kensington, à Londres, en vis-à-vis de la Serpentine Gallery. L’institution culturelle accueille chaque été depuis quatorze ans le projet d’un architecte n’ayant jamais construit en Angleterre. Smiljan Radic n’a même quasiment jamais construit en dehors de chez lui.

         [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

LES PIERRES À MILLAHUE, CONSTELLENT LE MIROIR D’EAU
PHOTO CRISTOBAL PALMA 
Au Chili, les pierres font souvent partie de son langage. Elles supportent les énormes poutrelles d’acier sur lesquelles se pose le toit du spectaculaire restaurant Mestizo à Santiago (2009), tandis que plus au sud, à Millahue, elles constellent le miroir d’eau qui ouvre sur l’ample voûte en béton blanc qui coiffe les chais souterrains du vignoble de Carrie et Alexander Vik, récemment achevés.


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

« LE PANNEAU KPD » LE CHILI A PRÉSENTÉ UNE SORTE DE VARIATION POLITIQUE ET IDÉOLOGIQUE SUR LE THÈME DU MUR EN BÉTON PRÉFABRIQUÉ. PHOTO GONZALO PUGA

De roche, il était également question lors de la 12e Biennale d’architecture de Venise en 2010. Smiljan Radic et son épouse sculptrice, Marcela Correa, avaient conçu Le Garçon caché dans une pierre, un énorme bloc de granit creusé et aménagé de quelques planches de bois où pouvait s’abriter une personne. Le couple a voulu, dit-il, « offrir de l’espoir pour un futur serein » après le tremblement de terre qui a frappé leur pays le 27 février 2010.

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]           

LE PAVILLON DE SMILJAN RADIC POUR LA SERPENTINE GALLERY
, FABRIQUÉ À PARTIR DE PLASTIQUE RENFORCÉ DE VERRE. 
PHOTO 2014 IWAN BAAN
Cette année, le Chili a refait parler de lui à Venise. En guise de réponse aux consignes du Néerlandais Rem Koolhaas, commissaire général de la Biennale, qui a invité les nations présentes à réfléchir sur l’emprise globalisante de la modernité (« Absorbing modernity » – « Absorber la modernité », 1914-2014), il a présenté une sorte de variation politique et idéologique sur le thème du mur en béton préfabriqué. Bien lui en a pris. Cette audace, menée avec la rigueur scrupuleuse d’un collectionneur de papillons se piquant d’histoire, a permis au pavillon sud-américain de décrocher un plus qu’honorable Lion d’argent, deuxième plus importante distinction du rendez-vous vénitien.

L'EXTRAORDINAIRE ET LE BANAL

MATHIAS KLOTZ, DOYEN DE LA FACULTÉ D'ARCHITECTURE
DE L'UNIVERSITÉ DIEGO PORTALES, SANTIAGO DU CHILI 
« Aujourd’hui, après avoir été longtemps marginalisé, le Chili éclate sur la scène avec l’architecture la plus intéressante du continent américain, affirme l’Espagnol Miquel Adria, architecte, conservateur et éditeur du livre White Mountain (« montagne blanche»), qui accompagnait, fin 2012, l’exposition présentée par le forum d’architecture Aedes, de Berlin, la plus importante galerie privée d’Allemagne consacrée à cette discipline. L’architecture chilienne est née et s’est développée au sein de son paysage. L’exposition montre au monde la richesse de l’architecture contemporaine chilienne, où l’extraordinaire fait partie de la banalité. » Un équilibre, en quelque sorte, entre austérité et sophistication.

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]           

« MAISON ONZE FEMMES » ARCHITECTE MATHIAS KLOTZ
PHOTO ROLAND HALBE
 
Mathias Klotz, 49 ans lui aussi, est, à cet égard, l’un des exemples les plus probants. Durant l’automne 2013, Aedes a présenté la première exposition en Europe de cet architecte, lauréat du prix Borromini en 2001 et actuel doyen de l’école d’architecture de l’université Diego-Portales de Santiago. Son titre : «La poétique des boîtes ». Car ses réalisations, résolument modernistes, se distinguent, non sans élégance, par leur incroyable clarté structurelle. En témoignent de nombreuses réalisations privées, dont la Maison Onze Femmes (2007), posée en quasi-porte-à-faux sur le rebord d’une falaise qui surplombe l’océan Pacifique, ou, plus à l’intérieur des terres, la Maison Raul (2009), simple parallélépipède soutenu en partie par un fin treillis métallique, un monument de simplicité obtenu, de surcroît, à moindres frais.

La justesse des volumes, amplifiée par le seul usage de verticales et d’horizontales, permet à l’architecte, qui manie tout autant la caméra et l’appareil photo, d’établir une remarquable correspondance avec le paysage alentour. « D’une certaine manière, ses bâtiments peuvent être considérés comme des scénarios construits, souligne M. Adria. Ils racontent l’histoire de la relation entre les habitants et leur environnement. » Tout en les préservant au mieux des risques sismiques.

FORMES SIMPLES ET AUTOCONSTRUCTION

QUINTA MONROY À IQUIQUE NORD DU CHILI
Mais la singularité chilienne s’exprime aussi dans des contextes sociaux difficiles. Alejandro Aravena (Prix mondial en 2008), créateur de l’agence Elemental, a fait sienne la formule : « Il vaut mieux construire la moitié d’une bonne maison qu’achever un mauvais logement. »

L’habitat est ici considéré comme un processus de développement. A Iquique, capitale de la région de Taracapa, dans le nord du pays, l’architecte de 47 ans a permis, selon ce principe, à cent familles d’être relogées en « accession sociale » sur les lieux mêmes de la favela qu’elles habitaient. Il a conçu l’ossature et les parties nécessitant une certaine technique (les pièces humides, notamment), charge aux occupants d’ensuite aménager, voire agrandir leur logement selon des modes d’autoconstruction maîtrisés.

Le résultat est surprenant : le dessin de la construction originelle, répétitive, se mêle aux rajouts hétéroclites des habitants. Un bel exemple d’architecture – et d’architecte – modeste.






LE « COMING OUT » INÉDIT D’UN MILITAIRE HOMOSEXUEL À LA TÉLÉVISION CHILIENNE

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

ROLANDO JIMÉNEZ, PRESIDENTE DEL MOVILH ET MAURICIO RUIZ LORS D'UNE CONFÉRENCE DE PRESSE À SANTIAGO DU CHILI, ORGANISÉE PAR LE MOUVEMENT POUR L'INTÉGRATION ET LA LIBÉRATION HOMOSEXUELLE (MOVILH)
Le Chili est l'un des pays les plus conservateurs d'Amérique latine. Le divorce n'est autorisé que depuis 2004, le mariage gay est interdit et l'avortement, même thérapeutique, est illégal. La présidente socialiste, Michelle Bachelet, s'est prononcée personnellement en faveur de l'IVG et du mariage entre personnes du même sexe, mais les sondages montrent une forte résistance de la majorité des citoyens.

ATTAQUES HOMOPHOBES

« Les homosexuels n'ont aucune raison de se cacher, a revendiqué Mauricio Ruiz. Nous pouvons servir dans la marine ou d'autres forces armées, nous pouvons exercer toutes les professions et mériter le respect comme n'importe quel citoyen. » Selon lui, « dans la vie, il n'y a rien de mieux que d'être soi-même, d'être authentique, de regarder les gens dans les yeux et que ces gens sachent qui vous êtes ».

Rolando Jiménez, président du Movilh, estime qu'il y a entre 7 % et 10 % d'homosexuels dans les forces armées. Il a exprimé sa gratitude envers la marine, qui « dit au pays et particulièrement aux membres de son institution qu'il est possible pour les gays et les lesbiennes d'appartenir aux forces armées sans pour autant souffrir de discrimination ».

        [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
LE MARIN CHILIEN MAURICIO RUIZ
PHOTO MARIO RUIZ
Les mentalités évoluent lentement au Chili. Le principal déclic a été le brutal assassinat, en mars 2012, de Daniel Zamudio, 24 ans. Ce jeune homosexuel, attaqué à coups de pierres et de tessons de bouteille, est mort à l'hôpital après vingt-cinq jours d'agonie. Ce crime, en plein centre de Santiago, avait bouleversé la société chilienne et provoqué un vif débat sur les attaques homophobes. Les quatre agresseurs ont été condamnés, en octobre 2013, à des peines allant de 7 ans à 20 ans de prison. Le gouvernement a qualifié ce crime de « lamentable ». Dans la foulée, le Congrès a adopté une nouvelle loi, baptisée « Zamudio », en hommage à la victime, qui établit de lourdes peines de prison en cas de délits résultant de discriminations raciale, ethnique, religieuse, dus à l'apparence physique ou à l'orientation sexuelle.

WLADIMIR SEPULVEDA
Malgré cela, le 20 octobre, ce fut au tour de Wladimir Sepulveda, un homosexuel de 21 ans, d'être battu à mort dans le petit village de San Francisco de Mostazal, à 90 km au sud de la capitale. Il est mort début avril, après avoir passé six mois dans un état végétatif. Un crime resté à ce jour impuni.

A Santiago, une marche inédite a eu lieu en juin pour revendiquer les droits des minorités sexuelles. A sa tête, l'écrivain Pablo Simonetti, l'un des romanciers les plus populaires au Chili, porte-parole de la fondation Iguales (« égaux »), qui avait révélé sa propre homosexualité en 1989, à l'âge de 28 ans, alors que le Chili était encore sous la botte de la dictature militaire d'Augusto Pinochet (1973-1990).