lundi 1 septembre 2014

LE « COMING OUT » INÉDIT D’UN MILITAIRE HOMOSEXUEL À LA TÉLÉVISION CHILIENNE

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ROLANDO JIMÉNEZ, PRESIDENTE DEL MOVILH ET MAURICIO RUIZ LORS D'UNE CONFÉRENCE DE PRESSE À SANTIAGO DU CHILI, ORGANISÉE PAR LE MOUVEMENT POUR L'INTÉGRATION ET LA LIBÉRATION HOMOSEXUELLE (MOVILH)
Le Chili est l'un des pays les plus conservateurs d'Amérique latine. Le divorce n'est autorisé que depuis 2004, le mariage gay est interdit et l'avortement, même thérapeutique, est illégal. La présidente socialiste, Michelle Bachelet, s'est prononcée personnellement en faveur de l'IVG et du mariage entre personnes du même sexe, mais les sondages montrent une forte résistance de la majorité des citoyens.

ATTAQUES HOMOPHOBES

« Les homosexuels n'ont aucune raison de se cacher, a revendiqué Mauricio Ruiz. Nous pouvons servir dans la marine ou d'autres forces armées, nous pouvons exercer toutes les professions et mériter le respect comme n'importe quel citoyen. » Selon lui, « dans la vie, il n'y a rien de mieux que d'être soi-même, d'être authentique, de regarder les gens dans les yeux et que ces gens sachent qui vous êtes ».

Rolando Jiménez, président du Movilh, estime qu'il y a entre 7 % et 10 % d'homosexuels dans les forces armées. Il a exprimé sa gratitude envers la marine, qui « dit au pays et particulièrement aux membres de son institution qu'il est possible pour les gays et les lesbiennes d'appartenir aux forces armées sans pour autant souffrir de discrimination ».

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LE MARIN CHILIEN MAURICIO RUIZ
PHOTO MARIO RUIZ
Les mentalités évoluent lentement au Chili. Le principal déclic a été le brutal assassinat, en mars 2012, de Daniel Zamudio, 24 ans. Ce jeune homosexuel, attaqué à coups de pierres et de tessons de bouteille, est mort à l'hôpital après vingt-cinq jours d'agonie. Ce crime, en plein centre de Santiago, avait bouleversé la société chilienne et provoqué un vif débat sur les attaques homophobes. Les quatre agresseurs ont été condamnés, en octobre 2013, à des peines allant de 7 ans à 20 ans de prison. Le gouvernement a qualifié ce crime de « lamentable ». Dans la foulée, le Congrès a adopté une nouvelle loi, baptisée « Zamudio », en hommage à la victime, qui établit de lourdes peines de prison en cas de délits résultant de discriminations raciale, ethnique, religieuse, dus à l'apparence physique ou à l'orientation sexuelle.

WLADIMIR SEPULVEDA
Malgré cela, le 20 octobre, ce fut au tour de Wladimir Sepulveda, un homosexuel de 21 ans, d'être battu à mort dans le petit village de San Francisco de Mostazal, à 90 km au sud de la capitale. Il est mort début avril, après avoir passé six mois dans un état végétatif. Un crime resté à ce jour impuni.

A Santiago, une marche inédite a eu lieu en juin pour revendiquer les droits des minorités sexuelles. A sa tête, l'écrivain Pablo Simonetti, l'un des romanciers les plus populaires au Chili, porte-parole de la fondation Iguales (« égaux »), qui avait révélé sa propre homosexualité en 1989, à l'âge de 28 ans, alors que le Chili était encore sous la botte de la dictature militaire d'Augusto Pinochet (1973-1990).