CRISTIAN OCHOA, PRIX DU MEILLEUR PORTFOLIO EN 2016, A RÉALISÉ UNE SÉRIE SUR L’IMMIGRATION DANS LA PROVINCE D’ANTOFAGASTA, AU CHILI. SON TRAVAIL SERA EXPOSÉ CETTE ANNÉE. PHOTO CRISTIAN OCHOA
Tout l’été, «Libé» décline le thème du continent à travers le regard de 30 photographes émergents. Ce week-end, zoom sur le festival qui réunit, autour d’ateliers, des photographes reconnus et de jeunes artistes chiliens.
Valparaiso, ses collines colorées, son port où se battent quelques pélicans galeux et ses cafés con piernas (café avec des jambes), moyen poétique de qualifier les bars très courus où des serveuses en jupes courtes s’activent toute la journée.
Le lyrisme inépuisable de cette ville chilienne que l’on qualifie encore de «perle du Pacifique» a incité Rodrigo Gómez Rovira, photographe de l’agence VU, a y créer, en 2010, un festival international de photographie, le Festival Internacional de Fotografia en Valparaiso (le Fifv).
Chaque année, plusieurs photographes à la renommée internationale y sont invités ; non pas pour exposer leurs travaux mais pour y animer des ateliers avec de jeunes artistes chiliens. Le résultat de cette semaine de «création photographique» est ensuite affiché, édité, projeté, etc. «L’idée est de se situer dans le temps de la création, avec toutes les tensions, explique Rodrigo Gómez Rovira. Ces conditions donnent une relation très horizontale : le maître comme le jeune photographe ont le même mal de ventre au moment de rendre le résultat final.»
C’est donc une semaine de bouillonnement artistique qui anime le port, avec quelques temps forts comme l’affichage par les «brigades photographiques» d’images sur les murs de la ville, ou l’impression d’une revue à 3 000 exemplaires.
Cohabitent ainsi la vision viscérale d’Antoine d’Agata, plongée hallucinée dans des chambres d’hôtels décrépis hantés par des putes, les portraits d’adolescents en quête d’identité de Claudine Doury ou encore la nostalgie qui habite l’esthétique d’Alberto García-Alix. Pour cette édition, deux photographes allemands, Zoltan Jokay et Paul Hutchinson, seront présents.
En 1967, le gouvernement démocrate-chrétien adoptait une réforme agraire et une législation syndicale destinées à moderniser et à consolider le mode de production capitaliste, tout en obtenant le ferme soutien politique de la paysannerie.
LE PRÉSIDENT EDUARDO FREI MONTALVA, ET LE MINISTRE DE L'AGRICULTURE HUGO TRIVELLI FRANZOLINI SIGNATURE DU DE LA LOI DE RÉFORME AGRAIRE
Les objectifs de la réforme étaient l'augmentation de la production et de la productivité agricoles, la création de 100 000 nouveaux propriétaires paysans, l'insertion de la paysannerie dans les mécanismes de décision du pays, tant économiques que sociaux et politiques, et l'élévation de son niveau de vie. La stratégie de Frei en matière de politique agraire reposait sur quatre piliers : expropriation des grands domaines mal gérés ; octroi de stimulants aux exploitations rentables ; mise sur pied d'organisations paysannes soutenues par le gouvernement ; augmentation des salaires et sécurité de l'emploi dans l'agriculture.
Bien que la loi de 1967 autorisât l'expropriation de tous les grands domaines, elle ne toucha que le tiers des latifundia du Chili entre 1965 et 1970 et seules 21 000 familles sur les 100 000 prévues reçurent des terres(2). Par ailleurs, la loi ne prévoyait pas l'expropriation du cheptel tant vif que mort et la démocratie-chrétienne laissa en outre les propriétaires choisir une importante réserve, équivalant à 80 hectares de bonnes terres irriguées.
[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
CINQUANTIÈME ANNIVERSAIRE DE LA RÉFORME AGRAIRE CÉRÉMONIE COMMÉMORATION AU PALAIS PRÉSIDENTIEL DE LA MONEDA EN PRÉSENCE DE LA PRÉSIDENTE MICHELLE BACHELET. PHOTO SEBASTIÁN RODRÍGUEZ
La structure d'organisation mise en place après l'expropriation des latifundia fut l'asentamiento, sorte de coopérative rurale de tenures paysannes. L'asentamiento était conçu comme une organisation de transition où, à l'issue d'une période d'essai de trois à cinq ans, les paysans (appelés asentados) seraient libres de choisir entre rester coopérateurs, partager la terre en lopins individuels ou donner à l'entreprise une forme mixte. L'asentamiento contribua non seulement à maintenir, mais même à accentuer l'inégalité économique entre les agriculteurs. À la fin de l'administration démocrate-chrétienne, 6 % seulement des ouvriers agricoles avaient acquis le contrôle d'environ 20 % du total des terres irriguées, soit à peu près 10 hectares irrigués par asentado 3. Ils possédaient donc en moyenne dix fois plus de terres qu'un minifundiste, cependant que plus du tiers de la main-d'œuvre agricole était toujours démunie de terres.
L'asentamiento n'effaça pas non plus les différences entre les divers types d'agriculteurs de l'ex-latifundium, à savoir les inquilinos, les voluntarios et les afuerinos. Les inquilinos étaient des ouvriers agricoles permanents, rémunérés pour une part (environ 40 % de leur revenu total) en espèces, pour une part (env. 10 %) en nature (regalías de consumo) : maison, pain, lait et bois de chauffage, et pour une part encore (env. 50 %) en droits d'usage sur un lopin de terre irriguée dont la surface variait généralement entre les trois quarts d'un hectare et un hectare et demi (regalías de tierra), ainsi qu'en droits de pâture pour une moyenne de deux à quatre animaux (talajes). Les voluntarios étaient souvent les fils des inquilinos, ou leur étaient apparentés. Célibataires, ils vivaient dans la maison de l'inquilino. En règle générale, ils n'avaient aucun droit ni d'usage de la terre ni de pâture ; ils étaient payés en espèces et percevaient en plus un salaire minime en nature pour les seuls travaux qu'ils effectuaient sur le domaine du grand propriétaire. Bien que les voluntarios résidassent en permanence sur le latifundium, ils n'étaient employés que neuf mois par an par le propriétaire, alors que les inquilinos connaissaient tout au long de l'année
1. Eduardo Fbei, « Proyecto de ley de la Reforma Agraria propuesto por S.E. el Présidente do la Republics al H. Congreso Nacional » (Santiago), El Mercurio, 1965, 22 nov.
2. CORA (Corporaciôn de la Reforma Agraria), « Expropiaciones desde 1965 al 31-XI-70 », Santiago, 1970, 16 p. multigr.
3. ICIRA (Instituto de Capacitaciôn e Investigaciôn en Reforma Agraria), Dlagnóstlco de la Reforma Agraria Chilena. Noviemlre 1970-Junio 1972, Rap. de FICIRA pour le ministère de l'Agriculture, Santiago, 1972, tableau annexe n° 10.
DESSIN DE BEPPE GIACOBBE PARU DANS LE CORRIERE DELLA SERA, MILAN.
Marseillaise, bureaucratie et croissants : après des années passées en France, le journaliste britannique Simon Kuper raconte la cérémonie de naturalisation de ses proches.
C’était le cauchemar de Marine Le Pen : 221 personnes de toutes les couleurs, assises dans le Panthéon, à Paris, et attendant de devenir françaises. Ma femme et mes enfants américains se trouvaient parmi les nouveaux élus. Quand ma femme a fait sa demande de naturalisation il y a des années, je n’ai pas pris cette peine. Après tout, j’étais britannique donc déjà européen. Puis il y a eu le Brexit. Désormais, je passe mes heures libres à réunir la montagne de documents nécessaires pour devenir français.
J’ai grandi un peu partout et ne me suis installé à Paris qu’en 2002, parce que les appartements y étaient bon marché. Theresa May appelle les gens comme moi des “citoyens de nulle part”, mais au Panthéon, l’endroit où la France enterre ses grands hommes, j’ai constaté qu’elle avait tort.
Pas d’élite cosmopolite
La cérémonie était indéniablement française. À 8 h 30, nous sommes debout sous la pluie devant le Panthéon, tout le monde pousse pour entrer en premier pendant que les fonctionnaires essaient de nous contenir, bien décidés à nous rappeler qu’ils sont l’État et que nous ne sommes que de simples citoyens. Puis nous attendons au moins une heure pendant qu’un fonctionnaire teste la sono en égrenant sans cesse les jours de la semaine : “Lundi, mardi, mercredi…” Les 221 présents sont manifestement devenus parisiens car personne ne se parle. Je suppose qu’après une cérémonie de naturalisation américaine, on rentre chez soi en connaissant la vie de tout le monde.
Theresa May se moquait d’une élite cosmopolite sans racines, mais le public du Panthéon n’entre visiblement pas dans cette catégorie. Même s’ils ont mis leurs plus beaux atours, la plupart des gens semblent vieux et mal habillés. Nombre d’immigrés ne se font naturaliser que des dizaines d’années après leur arrivée, une fois que leurs enfants français sont grands, et qu’ils prennent conscience qu’ils mourront ici.
WILHELM APOLLINARIS DE KOSTROWITZKY DIT GUILLAUME APOLLINAIRE
Un homme finit par nous souhaiter la bienvenue. Il nous explique que tout le monde, de Voltaire à Marie Curie, est enterré dans la crypte qui se trouve sous nos pieds. “Comme vous, certains d’entre eux n’étaient pas nés français”, ajoute-t-il d’un ton encourageant. Le poète Guillaume Apollinaire, par exemple, était d’origine polono-italienne et s’appelait Wilhelm Albert Wlodzimierz Apolinary Kostrowicki, mais a combattu pour la France pendant la Première Guerre mondiale.
On nous montre un petit film couvrant les principales questions françaises : manifestations, avions de chasse, musulmans en prière, personnes achetant des légumes au marché, soldats armés patrouillant dans les gares. Ensuite, une bureaucrate fait un discours bureaucratique et nous chantons La Marseillaise. Mes enfants parisiens la connaissent par cœur. Ils la chantent parfois aux fêtes d’anniversaire avec leurs amis, qui sont en majorité d’origine étrangère.
UN JEUNE CHILIEN DEVIENT FRANÇAIS APRÈS L'ATTENTAT DU BATACLAN
David, un Chilien de 25 ans, a raconté avoir été pris en otage au Bataclan en novembre 2015. Un terroriste lui a demandé : “Qu’est-ce que tu penses de François Hollande ?” et il a répondu : “J’en pense rien, je ne suis pas français.” Le terroriste a alors appris qu’il était chilien. “J’ai eu l’impression que je ne l’intéressais plus, il y a quelque chose qui s’est déconnecté dans son regard”, a expliqué David.
Bataclan
La bureaucrate cite le pays d’origine de tout le monde, de l’Argentine au Bangladesh, de la Russie au Sénégal. “Deux cent vingt et un nouveaux Français”, lance-t-elle, et la foule s’applaudit. En particulier les personnes qui viennent de pays pauvres et qui se retrouvent désormais en possession d’un morceau de papier qui va changer leur vie.
Dès la fin de la cérémonie, alors que nous commençons à savourer cette transformation, les fonctionnaires nous chassent. J’ai appris par la suite que notre groupe était le premier à devenir français au Panthéon, nous n’étions que l’échauffement. Le suivant a eu droit à des musiciens et un de ses membres, David, un Chilien de 25 ans, a raconté avoir été pris en otage au Bataclan en novembre 2015. Un terroriste lui a demandé : “Qu’est-ce que tu penses de François Hollande ?” et il a répondu : “J’en pense rien, je ne suis pas français.” Le terroriste a alors appris qu’il était chilien. “J’ai eu l’impression que je ne l’intéressais plus, il y a quelque chose qui s’est déconnecté dans son regard”, a expliqué David. C’est ce qui lui a sauvé la vie. Il a quand même décidé de devenir français.
“J’espérais que je serais plus mince…”
Pendant la seconde cérémonie, ma famille célébrait l’événement avec des croissants dans un café du coin. Ils avaient désormais la double nationalité franco-américaine. Je leur demande quelles sont leurs impressions. “Je ne me sens pas différente du tout, déclare ma fille. Je trouve juste que c’était une perte de temps, le type qui testait la sono.” Je lui dis que dans un siècle ses petits-enfants, à Rio ou à Sofia, fouilleront désespérément dans ses papiers pour trouver son certificat de naturalisation.
Ma femme ne se sent pas plus française non plus. “J’espérais que je serais plus mince”, soupire-t-elle. Mais elle est contente d’être devenue française pendant les soldes, car les chaussures qu’elle a achetées pour l’occasion étaient à moins 40 %. Un de mes fils déclare se sentir “normal” et est déçu que le président Macron ne soit pas venu. L’autre hausse les épaules : “J’étais déjà français. J’avais pas besoin de devenir plus français.”
Et voilà : ils étaient tous déjà français, mais aussi américains et britanniques. Les autres personnes présentes à la cérémonie ne cesseront pas de se sentir péruvienne ou tunisienne, mais leur visage resplendissait une fois qu’elles sont devenues françaises. Ces gens ne sont pas des citoyens de nulle part, ni ce que [le journaliste britannique] David Goodhart appelle “les gens de partout”. Ils sont attachés à plusieurs endroits particuliers.
Quand j’étais enfant, j’ai craint de n’être chez moi nulle part jusqu’à ce que je lise Quand Hitler s’empara du lapin rose, le livre pour enfant à moitié autobiographique de Judith Kerr. C’est l’histoire d’une famille de Juifs allemands qui fuit Berlin et se retrouve à Paris puis Londres. À un moment, une des filles demande à son père :
Tu crois qu’on sera vraiment chez nous quelque part un jour ?
— Pas comme les gens qui ont vécu à un endroit toute leur vie, répond-il. Mais nous serons un peu chez nous dans plein d’endroits et je crois que c’est peut-être aussi bien.”
Judith Kerr, 94 ans, est aujourd’hui un grand auteur britannique. Je suis content pour les gens qui sont chez eux à un endroit précis. Mais notre manière de faire n’est pas si mal non plus.
Née au Chili, Mariana Montalvo chanteuse, compositeur et auteur étudie la guitare au Conservatoire National de Santiago du Chili et le folklore latino-américain auprès de chanteurs populaires.
Lorsqu‘elle arrive en France, elle enregistre avec le compositeur Sergio Ortega. Elle rejoint ensuite le groupe Los Machucambos avec lequel elle enregistre de nombreux albums et se produit sur les scènes du monde entier. Parallèlement elle continue son travail de recherche sur la poésie féminine latino-américaine, qu’elle met en musique et qu’elle présente dans de nombreux festivals en France et à l’étranger.
MARIANA MONTALVO « NACER EN ALGUN LUGAR »
Parallèlement elle continue son travail de recherche sur la poésie féminine latino-américaine, qu’elle met en musique et qu’elle présente dans de nombreux festivals en France et à l’étranger. Elle collabore avec le poète et cinéaste Alejandro JODOROWSKY dont elle met en musique onze de ses poèmes (album «Mariana MONTALVO canta a JODOROWSKY»).
(TEXTE MARGUERITE DURAS / MUSIQUE CARLOS D'ALESSIO) 1975,
PARU DANS L'ALBUM CD «CANTOS DE ALMA »
ENREGISTRÉ À PARIS FRANCE EN 2000,
CHEZ PUTUMAYO WORLD MUSIC PUTU 174-2.
LICENCE YOUTUBE STANDARD
DURÉE : 00:02:57
Après deux autres albums et une tournée de deux mois aux USA, elle crée, avec le compositeur Pierre Bluteau «La Passion de Sor Juana», Oratorio pour chœur et orchestre d’après les poèmes de Sor Juana Inés de la Cruz.
Elle parfait sa formation vocale avec Julia PELAEZ et suit la Formation des Formateurs dans les musiques actuelles au Studio des Variétés. Aujourd’hui elle intervient en tant que professeur de chant pour le Chantier des Francos, le Studio des Variétés, et l'Ecole du Jeu à Paris.