jeudi 9 août 2018

ONU : L’ANCIENNE PRÉSIDENTE DU CHILI, MICHELLE BACHELET, NOMMÉE AUX DROITS DE L’HOMME

L’ancienne présidente chilienne n’arrive pas en terrain inconnu. Après un premier mandat à la tête du Chili en 2006, elle avait rejoint l’organisation ONU femme en 2010, où elle avait passé plus de deux ans et demi à promouvoir l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes, avant de revenir aux affaires à Santiago, en 2014, pour un deuxième mandat. Elle s’était alors positionnée pour la dépénalisation de l’avortement et l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, dans un pays très attaché à sa tradition catholique.

« Pas loin d’être la candidate parfaite »

« Elle coche toutes les cases », résume un diplomate, qui estime « qu’elle n’est pas loin d’être la candidate parfaite ». Femme, originaire de l’hémisphère Sud pour tordre le cou à l’idée que les droits de l’homme ne seraient que « l’affaire des Occidentaux », l’ancienne pédiatre a aussi vécu « les violations des droits de l’homme dans sa chair ». Son père, le général Alberto Bachelet, est mort à 51 ans dans une prison militaire pendant la dictature d’Augusto Pinochet.

Mme Bachelet et sa mère ont été arrêtées peu de temps après le coup d’État militaire en 1973. Jetées en prison et torturées, les deux femmes ont dû s’exiler à leur libération. « En tant que victime elle-même, elle apporte une perspective unique sur l’importance de défendre avec vigueur les droits de l’homme », a réagi Kenneth Roth, directeur de l’organisation Human Rights Watch.

Proche des dirigeants du monde entier, fine connaisseuse des rouages de la diplomatie mondiale, Michelle Bachelet devrait passer sans mal du Palais de la Moneda, à Santiago, au Palais Wilson, à Genève. Mais elle prendra les rênes d’une institution fragilisée par le vent populiste qui souffle sur le monde et le retrait des États-Unis du Conseil des droits de l’homme, en juin.

« Un des jobs les plus difficiles du monde »

Elle devra surtout rétablir un climat de confiance avec des États membres qui ont peu apprécié les saillies du Haut-Commissaire aux droits de l’homme sortant. Critique féroce du président des États-Unis, Donald Trump, qu’il avait accusé d’être « un danger pour l’humanité », il s’en était aussi pris au premier ministre hongrois Viktor Orban, qualifié de « raciste», et avait demandé « une évaluation psychiatrique » du président philippin Rodrigo Duterte.

Homme de média et de coups de gueule, M. Zeid avait fini par agacer les États membres, qui lui reprochaient « de ne pas servir la cause des droits de l’homme ». Lors d’un entretien à New York avec des journalistes la semaine dernière, il avait toutefois confié avoir tiré de son expérience dans les Balkans la conviction que « le silence ne vous assure aucun respect ». Avant d’ajouter :
« Nous n’avons pas humilié les gouvernements. Ils se sont couverts de honte eux-mêmes. »
Mme Bachelet, qui « prend l’un des jobs les plus difficiles du monde », selon un responsable, sera jugée sur sa capacité à être une critique honnête, indépendante et responsable. Washington, qui avait un autre favori, a salué cette nomination en appelant la Chilienne à éviter les « erreurs du passé » vis-à-vis d’Israël et en soulignant l’incapacité de l’organisation à mettre un terme aux violations des droits de l’homme à Cuba et au Venezuela. Deux gouvernements avec lesquels Mme Bachelet a entretenu une certaine proximité et sur lesquels elle sera attendue et jugée.

De même avec le Nicaragua, qui connaît une crise politique majeure. À sa successeure, M. Zeid a d’ailleurs prévu de donner trois conseils :
« Etre honnête, ne pas faire de discrimination envers un quelconque pays et être prêt à ferrailler. »

mercredi 8 août 2018

HAYEK FRIEDRICH AUGUST VON (1899-1992)

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FRIEDRICH HAYEK REÇOIT LE PRIX DE LA BANQUE DE SUÈDE
EN SCIENCES ÉCONOMIQUES EN MÉMOIRE D'ALFRED NOBEL EN 1974
Prix Nobel d'économie en 1974, Friedrich von Hayek est beaucoup plus qu'un économiste : c'est un des grands maîtres de la philosophie sociale et politique du XXe siècle.
FRIEDRICH VON HAYEK 
PHOTO HULTON ARCHIVE
/ GETTY IMAGES
Friedrich von Hayek (1899-1992). Économiste autrichien, Prix Nobel d'économie en 1974. Un libéral radical difficile à classer. Toutefois, son très fort attachement à l'individualisme méthodologique, son refus de la «tyrannie» méthodologique des «sciences» sur l'analyse des phénomènes économiques, et ses premiers travaux sous la direction de Ludwig von Mises le rattachent à l'école de Vienne, la branche autrichienne de l'économie néo-classique. Prix et production (1931) rassemble les conférences...
FRIEDRICH VON HAYEK
Né à Vienne le 8 mai 1899, mort à Fribourg-en-Brisgau le 23 mars 1992, il a fait des études de droit et de sciences politiques à l'université de Vienne. Il est d'abord engagé comme expert à l'Institut autrichien de recherche économique, où il travaille sous la direction du grand représentant de l'école autrichienne d'économie Ludwig von Mises. De 1929 à 1931, il est privatdozent à l'université de Vienne. En 1931, remarqué pour ses premiers travaux en théorie économique, il est nommé professeur à l'université de Londres (London School of Economics) - il acquerra, en 1938, la nationalité britannique. Il fait la connaissance de Keynes, dont il devient l'ami tout en combattant ses idées. Au lendemain de la guerre, en 1947, il fonde la Société du Mont-Pèlerin. En 1950, il devient professeur à l'université de Chicago. Il est nommé, en 1962, professeur d'économie politique à l'université de Fribourg-en-Brisgau (Allemagne fédérale). Après sa retraite officielle, en 1967, il enseigne de nouveau en Autriche, à l'université de Salzbourg. En 1974, il reçoit le prix Nobel d'économie, conjointement avec Karl Gunnar Myrdal.

 FRIEDRICH A. HAYEK À L'UNIVERSITÉ DE CHICAGO.
La bibliographie de Hayek compte plus de deux cents titres, dont une vingtaine de livres, parmi lesquels : Monetary Theory and the Trade Cycle (1929), Prix et Production (1931 ; trad. franç. Calmann-Lévy, 1975), Profits, Interest and Investment (1939), The Pure Theory of Capital (1941). La thèse fondamentale sur laquelle reposent ces travaux est que l'octroi artificiel de monnaie par le crédit d'État a pour effet, au-delà d'une surchauffe temporaire qui donne l'illusion d'un redressement de l'activité, de distordre la structure des prix relatifs, et donc de préparer des dysfonctionnements durables de l'économie et un chômage massif. La Route de la servitude (1944) montre que la socialisation de l'économie ne peut que déboucher sur la suppression totale des libertés, y compris des libertés politiques, donc que le socialisme est structurellement incompatible avec la démocratie. Individualism and Economic Order (1948) reprend des articles connus dès avant guerre, où Hayek mettait en évidence que l'information, dans les économies ayant dépassé le stade des petits groupes tribaux, est irrémédiablement dispersée. L'économie n'est pas un système fermé dans lequel, compte tenu d'un recensement exhaustif des ressources disponibles et des besoins, un planificateur pourrait calculer, puis imposer, une allocation jugée optimale ; elle est un système ouvert où de nouvelles ressources et de nouveaux besoins se créent sans cesse. Seule la procédure de marché, « procédure de découverte », permet aux agents économiques individuels et au système dans son ensemble de s'adapter continuellement à ces conditions sans cesse changeantes, et cela sans que l'information soit jamais centralisée en un point précis, un « cerveau » du système. The Counter-Revolution of Science (1952, traduit partiellement en français sous le titre Scientisme et sciences sociales) développe l'épistémologie des phénomènes complexes. La société n'est pas un artefact. On ne peut en avoir qu'une connaissance schématique, non déterministe, et on ne peut agir sur elle que par des techniques régulatrices, non fabricatrices. The Sensory Order : an Inquiry into the Foundations of Theoretical Psychology (1952) est une théorie des catégories de la perception et de l'entendement, quasi kantienne dans l'intention et dans la méthode mais qui fonde l'a priori dans la biologie et la théorie de l'évolution.

DES MEMBRES DU PERSONNEL À LA LONDON SCHOOL 

OF ECONOMICS, 1948. DE GAUCHE À DROITE : 
DR G. WILLOUGHBY, FRIEDRICH HAYEK (1899 - 1992), 
J. HOOD ET LE PROFESSEUR N. GINSBERG. 
PHOTO  PAUL POPPER
L'auteur avait par ailleurs exprimé depuis la guerre, dans des articles dispersés, ses vues sur le droit et sur les liens entre un régime de rule of law et le fonctionnement du marché. The Constitution of Liberty (1960) représente une première synthèse de la pensée de Hayek. L'auteur y expose ses conceptions sur les liens systémiques qui unissent l'économie, le droit et les institutions politiques. Le livre constitue en outre, quoique indirectement, une remarquable histoire de la philosophie du droit. Studies in Philosophy, Politics and Economics (1967) et New Studies (1978) contiennent de nouveaux développements de l'épistémologie de Hayek et développent ses vues sur les mécanismes de l'évolution culturelle, ainsi que des contributions originales à l'histoire des idées, notamment l'histoire de la « tradition de l'ordre spontané », ces Lumières anglo-écossaises (Mandeville, Smith, Ferguson, Hume, Burke...) qui ont compris - au rebours des Lumières françaises cartésiennes, qui tiennent la société pour une construction volontaire - que la société est une réalité intermédiaire entre nature et artifice. La société construit, par l'action des hommes (ce qui la distingue des ordres naturels) mais en dépassant leurs intentions (ce qui la distingue des artefacts), les structures à la fois suprêmement raffinées et stables - le langage, la morale, le droit, le marché, etc. - qui lui permettent d'atteindre un niveau de complexité et de performances qu'une démarche organisatrice et « constructiviste » ne lui permettrait pas d'atteindre.

LE PRÉSIDENT AMÉRICAIN RONALD REAGAN RENCONTRE
FRIEDRICH HAYEK À LA MAISON BLANCHE À LA FIN DE 1981
Droit, Législation et Liberté (1973-1979) est, avec The Constitution of Liberty, l'œuvre majeure de Hayek. L'ensemble du système y est cette fois exposé de façon entièrement synthétique. On y trouve : 1) une théorie épistémologique des ordres, « naturels », « artificiels » et « spontanés » (ou « auto-organisés ») ; 2) une psychologie cognitive, mettant en évidence le rôle des « schèmes » de perception et d'action et du psychisme « métaconscient » dans la pratique humaine ; 3) une théorie du droit et de l'État (« Le droit est plus ancien que la législation ») ; l'État tient sa légitimité de ce qu'il protège un droit qui lui préexiste et qui limite sa souveraineté ; le droit se subdivise en thesis, règles d'organisation pouvant être créées a priori et correspondant à peu près au droit public, et nomos, « règles de juste conduite », abstraites et intentionnelles, ne pouvant être formulées et modifiées qu'a posteriori, à la lumière de l'expérience collective qui se révèle dans les procès, et correspondant au droit civil et pénal ; 4) une théorie cognitive de la propriété privée, qui ne fonde pas celle-ci dans un droit naturel absolu de l'individu, mais dans le fait qu'elle permet seule l'« ajustement mutuel des anticipations », et donc un ordre rationnel de coopération ; 5) une théorie de la catallaxie, ou de l'économie comme ordre essentiellement polycentrique ; cette théorie analyse les prix comme un « medium de communication » assurant - pourvu que les agents économiques soient laissés entièrement libres de leurs décisions - l'optimum économique ; 6) une théorie de l'évolution culturelle et de l'origine des valeurs morales, lesquelles sont conçues comme le produit d'un processus d'« essais et d'erreurs » mémorisé par la société qui a conservé celles qui se sont révélées les plus efficientes ; 7) la thèse de la supériorité anthropologique, sur toutes les autres formes connues, de la société libérale moderne, qui a décuplé en deux siècles la population mondiale à ressources naturelles inchangées ; celle de sa supériorité morale, puisqu'elle substitue un ordre de coopération pacifique à l'antique ordre de prédation ; celle de sa supériorité intellectuelle, puisque, organisant l'échange, elle permet une division du travail et du savoir plus poussée que jamais auparavant, et donc une croissance exponentielle du savoir possédé par la société, à capacités intellectuelles égales des individus ; 8) enfin, une théorie constitutionnelle ; Hayek montre que, dans nos systèmes représentatifs modernes, les gouvernements et les parlements ne sont plus que l'émanation d'une même majorité, soumise à la logique du « marché politique ». Il n'y a plus de séparation des pouvoirs, puisque le législatif fait ou défait les lois en fonction de la politique voulue par l'exécutif. Hayek imagine alors un mécanisme permettant de revenir à une véritable séparation des pouvoirs. Deux Chambres, élues selon des procédures et à des périodicités différentes, jouent des rôles rigoureusement différenciés, l'une étant uniquement législative, l'autre uniquement exécutive ; la seconde ne peut voter aucune mesure qui contrevienne aux règles générales posées par la première. La Chambre législative seule, par exemple, vote la partie « recettes » de la loi de finances, puisque le prélèvement fiscal est une coercition et ne peut, comme telle, dans un État de droit, être exercée à l'encontre d'un citoyen qu'en vertu d'une règle générale ; en revanche, c'est l'autre Chambre qui vote la partie « dépenses », puisque les affectations de crédits ne sont en aucune façon des règles, mais des mesures particulières. Ainsi, la majorité gouvernementale, ne pouvant changer à son gré le mode de répartition des charges, ne peut décider de dépenses nouvelles qui ne pèseraient que sur les électeurs de la minorité et dont ses propres électeurs n'auraient pas à pâtir. Un des mécanismes ayant permis l'augmentation incessante des prélèvements obligatoires dans presque toutes les démocraties occidentales se trouve ainsi enrayé.

Dans The Fatal Conceit (1988), Hayek reprendra une dernière fois sa critique du socialisme, considéré comme une fatale erreur intellectuelle. 
Philippe NEMO


samedi 4 août 2018

MISE À L’ENCAN, L’ÎLE DE PÂQUES A FAILLI TOMBER DANS LES MAINS D’HITLER

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MOAÏ L’ÎLE DE PÂQUES
PHOTO 
GETTY IMAGES
Ayant besoin d’argent pour la construction de deux croiseurs au sortir de la crise de 1929, le Chili a cherché un acquéreur pour cette terre «lointaine et sans valeur»
Gilles Sengès
Alors que Sebastian Piñera, l’actuel Président du Chili, vient de prendre une série de décisions drastiques à dater du 1er août pour réduire l’accès à l’île de Pâques, victime de surfréquentation touristique, on apprend que l’un de ses lointains prédécesseurs a cherché à céder cette terre, plantée à 3 500 kilomètres des côtes chiliennes, en plein milieu de l’océan Pacifique. En mal d’argent au sortir de la crise financière de 1929, le gouvernement en place à Santiago cherchait à financer l’achat de deux croiseurs de guerre pour répondre au réarmement de l’Argentine voisine et à la crainte d’une nouvelle guerre du Pacifique (1879-1884) avec le Pérou et la Bolivie.

COUVERTURE DU LIVRE 
«RAPA NUI, UNA HERIDA EN EL OCÉANO » 
(RAPA NUI, UNE PLAIE DANS L’OCÉAN).
Il a ainsi envisagé de vendre cette terre annexée en 1888 - que les Polynésiens appellent « Rapa Nui » (« le nombril du monde ») - à plusieurs pays dont l’Allemagne. « Pour le Chili, l’île était surtout un lieu marqué par les stigmates de la lèpre et pour le pouvoir politique un endroit éloigné, abandonné à la Marine, loué à une société privée et de peu de valeur » raconte dans un entretien accordé à El Pais Mario Amoros, auteur du livre à sortir Rapa Nui, una herida en el oceano («Rapa Nui, une plaie dans l’océan »). Sollicités auparavant mais guère intéressés par l’acquisition pour 1 million de dollars de l’époque de cet endroit sans grand intérêt stratégique, Washington tout comme Londres mettront leur veto, en 1937, à toute cession à Berlin mais aussi Rome et Tokyo, les deux autres membres de l’Axe.

Ironie de l’histoire, l’île de Pâques, longtemps boudée, est aujourd’hui victime de son succès. Elle reçoit quelque 116 000 visiteurs par an alors que sa population ne dépasse pas les 7 800 habitants dont 40 % de natifs. Pour complaire à ces derniers, Sebastian Piñera a aussi annoncé qu’elle prendrait désormais le nom d’ « île Rapanui et de Pâques ».

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    jeudi 2 août 2018

    LE CHILI LIMITE L’ACCÈS À L’ÎLE DE PÂQUES "POUR LA PRÉSERVER POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES"




    LES CÉLÈBRES STATUES GÉANTES DE PIERRE APPELÉES MOAÏS
     SONT ISSUES DE LA CULTURE LOCALE D'ORIGINE POLYNÉSIENNE.
    PHOTO GREGORY BOISSY, AFP
    Pour protéger l'île de Pâques de l'afflux de touristes, le gouvernement chilien a pris une série de mesures pour en réglementer l'accès et ce depuis mercredi. Les conditions d'installation ont également été durcies.
    FRANCE 24
    Depuis mercredi 1er août, il n’est plus aussi simple pour les touristes de se rendre sur l’île de Pâques, ce territoire chilien perdu dans le sud-est de l'océan Pacifique à 3 500 kilomètres des côtes chiliennes.

    Que l’on soit étranger ou Chilien, plusieurs obligations sont, en effet, désormais nécessaires pour accéder à l’île et ses monumentales statues Moaï : remplir un formulaire, avoir une réservation dans un hôtel ou avoir été invité par un insulaire et présenter ses billets aller et retour. La durée maximum de séjour sur l’île est également passée de 90 à 30 jours.

    Toutes ces mesures découlent d’une loi entrée en vigueur mercredi destinée à protéger l’île menacée par la surfréquentation touristique. L'île de Pâques accueille, chaque année, 116 000 touristes. "Cette île est magique, tout le monde veut la visiter, mais c'est aussi une île délicate que nous devons protéger. La nouvelle loi a pour objectif d'y réguler le tourisme", a déclaré le président chilien, Sebastian Piñera, à la chaîne d'information 24 horas. Sur Twitter, le dirigeant chilien a indiqué vouloir "préserver cette île magique pour les générations futures" et a annoncé que l’île serait nommée, à l’avenir, "île de Rapa Nui et de Pâques".

    L'île tient son nom de l'expédition hollandaise, menée par le navigateur Jakob Roggeveen, le jour de Pâques, le 6 avril 1722. Le Chili annexa l'île en 1888. Néanmoins, les habitants l'ont toujours surnommée "Rapa Nui", signifiant, dans la langue autochtone, "le nombril du monde".

    "LES ÉTRANGERS SONT EN TRAIN DE PRENDRE
    LE CONTRÔLE DE L'ÎLE" 
    PHOTO  MARTIN BERNETTI, AFP
    La population de l’île, qui a doublé en quelques décennies, est de 7 750 résidents permanents, dont 40 % de natifs. Le texte impose des conditions pour s'installer durablement sur l’île : il faudra être le père, la mère, le conjoint ou le fils d'un membre de la communauté autochtone des Rapa Nui. Par ailleurs, seuls les fonctionnaires, les salariés d'organisations travaillant pour le compte de l'État et ceux qui développent une activité économique indépendante pourront y résider avec leurs familles.

    Les insulaires se plaignent de la présence massive de "ceux du conti", surnom donné aux personnes originaires du continent, à l'origine, selon eux, de la surexploitation et la mauvaise utilisation des ressources de l'île, l'excès de consommation d'eau ou d'énergie électrique. Cela contribue aussi à diluer la culture locale d'origine polynésienne, dont sont issues les fameuses statues géantes de pierre appelées Moaïs, jugent les natifs. "Les étrangers sont en train de prendre le contrôle de l'île", résume le maire de ce territoire, Pedro Pablo Edmunds Paoa.

    PHOTO  MARTIN BERNETTI, AFP
    La pression touristique et immobilière – principalement des hôtels –, a eu un impact sur les services basiques de l'Île, mais surtout sa faune et sa flore et sur la gestion des déchets, a récemment déclaré en substance à l'AFP Ana Maria Gutierrez, conseillère en matière d'environnement de la municipalité.

    S'il y a dix ans, l'île de Pâques produisait 1,4 tonnes de déchets par an, ce chiffre atteint aujourd'hui 2,5 tonnes, dont une faible part est recyclée. D'ici 2025, on calcule que l'île produira 32 tonnes de carton, 18 de plastique, 12 de boîtes de conserve et neuf de verre. Le petit territoire en forme de triangle est en outre situé en plein dans les courants marins, qui emportent à la fois les déchets du continent et ceux dérivés de "l'île de plastique" du Pacifique sud.

    Avec AFP


    mercredi 1 août 2018

    FRIEDRICH HAYEK OU LA DICTATURE DE LA LIBERTÉ


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    FRIEDRICH HAYEK REÇOIT LE PRIX DE LA BANQUE DE SUÈDE
    EN SCIENCES ÉCONOMIQUES EN MÉMOIRE D'ALFRED NOBEL EN 1974

    LE MALHEUR DES UNS  PAR GUILLAUME ERNER
    ÉMISSION DU MERCREDI 1 AOÛT 2018 

    Si ça ne va pas fort aujourd'hui, dites-vous que vous auriez pu être Friedrich Hayek.

    Friedrich Hayek, le père de l'ultra-libéralisme moderne. Bon attendez, ça n'est pas là que se situe son échec. 

    Que vous soyez libéral, ou antilibéral, Hayek c'est l'un des grands penseurs du XXe siècle, son ouvrage publié en 1944, La route de la servitude constitue une bible pour de nombreux esprits dans l'après-guerre. Dans ce livre, dédié aux socialistes, puisque Hayek était lui-même socialiste dans les années 20 avant de se convertir au libéralisme le plus rigoureux, il analyse les deux formes de société totalitaire, Staline versus Hitler. 

    Il a ce propos marquant : « le nazisme est le stade auquel on aboutit lorsque le communisme a échoué ». L'une des idées maîtresses de Hayek, c'est la défense de la liberté, la liberté sur tous les plans, y compris et d'abord sur le plan économique. 

    À ses yeux, lorsque l'État limite la liberté économique des individus, il se charge ensuite bien vite de la limiter sur d'autres plans, par exemple sur le plan politique. Voilà pourquoi il se montre un farouche adversaire du plan, l'idée que l'on peut décider d'en-haut ce que sera une économie ; ce sont les personnes à ses yeux qui sont les plus à même de savoir ce qui est bon pour elle, et c'est en recherchant le bonheur de chacun que l'on construit le bonheur de tous. 

    Son individualisme explique-t-il, est une attitude d'humilité à l'égard du processus social. « Puisque je ne peux pas me mettre à la place d'autrui, explique-t-il en substance, je dois laisser chaque personne décider de ce qu'il veut acheter, vendre, produire, tant que ces activités, bien entendu, ne nuisent pas à autrui »

    Cette pensée apparaît comme nouvelle au lendemain de la guerre, les arguments d'Hayek portent et il entame sérieusement le crédit d'un autre économiste, ami mais néanmoins adversaire, John Maynard Keynes. 

    Le livre d'Hayek est traduit dans une trentaine de langues, il se vend à des centaines de milliers d'exemplaires, et forme une génération de politiques parmi lesquels on peut compter les thatchériens ou bien encore ceux qui doteront de sa doctrine l'administration Reagan. 

    Bon allez avouez-le... Même si votre mère est communiste, elle serait fière que vous ayez influencé tant de gens. Oui mais il a aussi influencé Augusto Pinochet. Le dictateur chilien était un grand admirateur d'Hayek, après tout on ne choisit pas nécessairement ses fans, mais il invita Hayek à venir lui rendre visite, et l'économiste accepta. Hayek visita plusieurs le chili à partir de 1973, il rencontra plusieurs fois Pinochet.

    À chaque poignée de main, il détruisait un peu plus le Hayek de 1944 qui luttait contre le totalitarisme. Jusqu'au moment où il enterra carrément sa thèse en déclarant, en 1981, « personnellement je préfère un dictateur libéral plutôt qu'un gouvernement démocratique manquant de libéralisme ». La dictature au nom de la liberté, le concept était vraiment disruptif, et parfaitement contradictoire avec tout ce qu'il avait écrit auparavant... 

    mardi 10 juillet 2018

    LE CHILI, 3ÈME PAYS CONSOMMATEUR DE CANNABIS AU MONDE

    PHOTO SEBASTIAN MARTINEZ
    Le cannabis, la drogue préférée des Chiliens ? C’est du moins ce que révèle une récente étude de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, qui s’est penchée sur la consommation de stupéfiants en Amérique Latine. Résultat : le Chili apparaît comme le premier consommateur de cannabis d’Amérique Latine, le troisième au monde, se classant derrière Israël et les États-Unis. 
     ILLUSTRATION
    Et pour cause, 15% des personnes interrogées entre 15 et 64 ans ont affirmé consommer au moins une fois du cannabis par an. Une augmentation exponentielle, ce chiffre étant de 6% en 2010 selon la même étude, mais qui n'a finalement rien d’étonnant dans un pays où la consommation de marijuana est tolérée, que cela soit à visée récréative ou médicale. 

    Toutefois, la culture du cannabis reste problématique au Chili puisque près de 400 000 plants ont été détruits en 2016 par les autorités. En ligne de mire ? La revente et le trafic de cette drogue douce, qui contrairement à la possession et à la consommation, n’a pas encore fait l’objet d’une loi de dépénalisation en dépit de multiples manifestations citoyennes. Par ailleurs, le Chili est le pays d’Amérique Latine où le prix de vente du kilo de cannabis est le plus cher, avec plus de 2000$ le kilo contre 450$ en Equateur ou 175$ au Pérou.

    Enfin, l’étude des Nations Unies précise, qu’à l’inverse, moins d’1,5% de la population chilienne consommerait annuellement de la cocaïne, loin devant l’Albanie, les Etats Unis et l’Australie, trio de tête de ce classement.

    dimanche 1 juillet 2018

    LES TERRITOIRES D’YVES LACOSTE, GÉOPOLITOLOGUE


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    LE GÉOPOLITOLOGUE YVES LACOSTE, EN 2014.
    PHOTO JÉRÔME CHATIN/EXPANSION-REA
    Il est l’un des fondateurs de la géopolitique moderne. A 88 ans, il publie ses Mémoires, «Aventures d’un géographe ». Points cardinaux.
    Par Florent Georgesco
    COUVERTURE
    D'AVENTURES D'UN GÉOGRAPHE
    Yves Lacoste montre à son interlocuteur, par une fenêtre, le paysage qui s’étend au pied de son immeuble de Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine), les pavillons, les pelouses, les arbres, quelques immeubles épars et, plus loin, les cités de Bagneux, la colline qui bouche la vue sur Paris, niché juste derrière. Il avait 10 ans en 1939 quand sa famille, quittant le Maroc, où il est né, s’est installée dans cet appartement, qu’il n’a plus quitté depuis. Près de quatre-vingts ans ont passé. « C’étaient des jardins ici, explique-t-il. Et, au fond, à part ce grand immeuble sur la colline, il n’y avait que des vignes. Au-dessous, c’étaient des carrières, on ne pouvait pas construire. » Huit décennies se bousculent en contrebas. Le paysage remue. Des villes poussent à toute vitesse. L’observateur reste à sa fenêtre, raconte les métamorphoses.

    Mais, à force d’observer, il arrive qu’on descende, qu’on aille voir de plus près, qu’on se mêle à la vie, au « drame », comme il aime dire. Reçu premier, au début des années 1950, à l’agrégation de géographie, il a vite eu peur de s’ennuyer. « J’ai choisi la géographie par défaut, s’amuse-t-il. J’avais trop négligé les maths pour faire de la géologie, qui m’intéressait plus. C’était le métier de mon père, il m’y avait initié. » Surtout, la géographie est alors « une science de perroquet », figée dans l’héritage de Paul ­Vidal de la Blache (1845-1918), bornée par la sentence du vieux maître : « La géographie est science des lieux, et non des hommes. » Il s’agit de la « bousculer », de l’entraîner dans le flux du contemporain. C’est cet affrontement avec les pesanteurs du passé, ce long chemin vers le monde réel, que raconte Aventures d’un géographe, ses Mémoires, qui viennent de paraître.

    Guerre


    COUVERTURE 
    LA GÉOGRAPHIE, ÇA SERT,
    D’ABORD, À FAIRE LA GUERRE
    1976 restera, dans l’aventure d’Yves Lacoste, comme l’année décisive. Deux événements se produisent, dont les conséquences durent encore : la parution, chez Maspero, d’un livre et du premier numéro d’une revue qui deviendra l’un des carrefours les plus importants, en France, de la pensée géographique, Hérodote. Quant au livre, son titre suffit à déclencher des polémiques elles aussi sans fin : La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre. « Quand ils ont vu ça, commente Yves Lacoste en riant, les géographes ont cru que je voulais qu’on abandonne, qu’on renonce, par exemple, à enseigner notre discipline dans le secondaire. Vous comprenez : la guerre, c’est vilain ! Mais ça n’a rien à voir, bien sûr. »

    Il s’agit même du contraire, dans l’essai comme dans la revue : de revitaliser la discipline, dans un double mouvement de confrontation au monde réel et de réarmement de la pensée critique. La guerre résume le drame humain, tel que la géographie classique le manquait. Comment vivent les gens sur les territoires qu’ils occupent ? Ils s’y confrontent, y déploient des stratégies de pouvoir antagonistes ; ils se font la guerre et, quand ils ne la font pas, ils la continuent par d’autres moyens, politiques. Un mot, bientôt, désignera la pensée qui se cristallise alors : « géopolitique », lequel, pour avoir été utilisé par les nazis (la quête de l’espace vital en relevait), était devenu impossible. Yves Lacoste et ses amis d’Hérodote, en repensant à neuf les fondements et les méthodes de cette géographie humaine, réaliste, le réveilleront, l’introduisant durablement dans le débat français, qu’ils réconciliaient ainsi avec la géographie. Ce qui était le but.

    Combiner
    COUVERTURE 
    IBN KHALDOUN 

    Avant même La géographie, ça sert…, Yves Lacoste a toujours multiplié les sujets de recherche. « Mes travaux, écrit-il dans Aventures d’un géographe, allèrent du ciment à Ibn Khaldoun [historien et homme d’État arabe du XIVe siècle], en passant par l’onchocercose [une maladie des yeux], Cuba, le Vietnam et les pays sous-développés… Tout cela semble n’avoir ni queue ni tête. » Faut-il une tête et une queue à tout ? Comment la géopolitique, qui s’efforce de penser la réalité du monde concret, ne serait-elle pas diverse, zigzagante, débordante de sujets, de personnages, de lieux ?


    Une œuvre comme celle de Lacoste tire sa principale force de n’avoir pas d’unité apparente. C’est d’abord une méthode, qui, de plus, consiste à multiplier les points de vue sur l’objet, à ajouter du multiple au multiple pour échapper à la schématisation, à la simplification conceptuelle ou idéologique. Et remettre du territoire dans la carte. Le directeur d’Hérodote explique : « La géopolitique, pour moi, consiste à combiner des intersections d’ensembles, des vues à différentes altitudes, de grandes et de petites échelles, c’est-à-dire de petits territoires, mais vus avec précision, et de plus vastes, vus plus abstraitement. À quoi s’ajoutent les représentations contradictoires que les gens en ont, dont il est essentiel de tenir compte, même quand elles sont absurdes. Il faut croiser tout cela, et l’articuler. »

    Tonkin

    L’histoire d’Yves Lacoste est celle d’un enfant qui, en accompagnant son père dans ses missions de géologue, se prend de passion pour les territoires, et tout ce qu’ils charrient de vie et de « drames ». Puis il grandit, et s’aperçoit que la discipline censée s’en occuper les tient à distance. Alors, il la change. Et tant de barrières sautent que ce n’est pas seulement la connaissance qui redevient disponible, mais l’action. Yves Lacoste, auteur, en 1959, des Pays sous-développés (« Que sais-je ? »), est souvent requis, dès les années 1960, pour des missions, notamment en Afrique, où il travaillera à un plan d’éradication de l’onchocercose. Il ne s’affirme pas encore géopolitologue. C’est bien, pourtant, l’art de combiner géographie physique et humaine, enquête de terrain et analyse stratégique, qui rend possibles, et efficaces, ces interventions.

    En 1972, il accède, en la matière, à l’échelon supérieur. Il avait déjà eu en main, en 1967, des documents établissant l’existence, au Nord-Vietnam, de bombardements américains sur des digues du fleuve Rouge, au-dessus de la vallée du Tonkin. Cette année-là, une nouvelle offensive est lancée, plus intense. « Si les digues avaient cédé, explique-t-il aujourd’hui, le nombre de morts aurait pu être considérable. » Après avoir, dans un premier article publié dans Le Monde, alerté l’opinion sur ce « risque d’un génocide par submersion », il est invité sur place par les Nord-Vietnamiens. Il en reviendra avec des preuves, écrira-t-il à la « une » du Monde le 16 août, du « caractère systématique et global » de cette action ; lesquelles « procèdent de l’analyse géographique des points où le réseau des digues est touché ». Comment savoir si alerter l’opinion a ou non un impact ? Il est difficile d’établir un lien avec certitude mais, de fait, les bombardements s’interrompent bientôt.

    Réel

    On voudrait que le monde soit cette pâte malléable, à notre main, qu’il est dans nos vues générales, lointaines (petite échelle, vaste territoire). Mais le monde est le monde, chose rugueuse, agitée par des rivalités, des luttes, des guerres, structuré par des réalités concrètes, qui persistent quoi qu’on en pense. Yves Lacoste le regarde à sa hauteur (grande échelle, vision rapprochée). Que ce soit à propos du tiers-monde, dont il a systématiquement contesté l’unité fantasmatique, revenant toujours à la complexité des situations particulières – Unité et diversité du tiers-monde (Maspero, 1980) –, ou de l’idée nationale, dont il ne fait pas un étendard mais un donné, une évidence territoriale et humaine – Vive la nation. Destin d’une idée géopolitique (Fayard, 1998) –, qu’il traite de maladies ou de bombardements, du Maghreb au XIVe siècle ou de l’Algérie postcoloniale, il se révèle en tout un penseur contrariant.

    Communiste quand il était étudiant, il n’a, depuis, plus jamais cherché à penser le monde en fonction d’idées politiques. « [Je] n’accordais guère d’intérêt aux questions idéologiques », écrit-il dans Aventures d’un géographe. Il ne dit pas le bien et le mal, mais ce qu’il peut comprendre de ce qui existe, et cela colle plus ou moins avec ses principes, ou ses espoirs, et les nôtres. Il a montré dans sa vie qu’il pouvait, ensuite, agir, tenter de changer l’ordre injuste des choses. Mais on n’agit pas à côté du réel. On le regarde de sa fenêtre. Et puis, on descend, et on apprend à le rejoindre enfin.

    CRITIQUE

    Aventures d’un géographe, d’Yves Lacoste, Les Equateurs, 336 p., 21 €.

    L’unité d’une vie est peut-être une chimère. Mais la rechercher permet de réussir quelques bons livres, comme ces Mémoires qu’on écrit lorsque la vieillesse vient, et que, à la manière d’Yves Lacoste, on a touché à tout dans le plus grand désordre apparent. « Il me faut donner sens à cette diversité, que d’aucuns considèrent sans doute comme une incohérence », écrit-il.

    Classiquement, il passe, pour y parvenir, par deux voies : les fidélités et les buts, ce qui l’a constitué et ce qu’il espère avoir conquis. « A quoi ai-je donc servi ? », se demande-t-il à la fin du livre. « Je crois avoir un peu secoué les géographes. » Il a aussi, dit-il, réussi à transmettre quelque chose – aux géographes, donc, ou à ses fils, ou encore à Béatrice Giblin, sa disciple, fondatrice en 2002 de l’Institut français de géopolitique, qui dirige aujourd’hui la revue Hérodote.

    Mais tout prend source dans la fidélité à son enfance, à son père géologue, au Maroc où il est né, à ses maîtres – et d’abord les géographes Pierre George (1909-2006) et Jean Dresch (1905-1994). Plus que tout, dans la fidélité à sa femme, l’ethnologue ­Camille Lacoste-Dujardin (1929-2016), rencontrée très jeune, jamais quittée, dont, nouée aux siennes, il raconte aussi la vie et la carrière.

    Ces constances fondatrices forment l’ossature du livre, reviennent sans cesse, obsédantes, lumineuses. Elles sont le cadre et le moteur, ce qui permet tout le reste, que le livre raconte avec verdeur et, malgré le temps passé, un degré très bas de mélancolie : les voyages, les combats, les livres, les polémiques ; toute l’agitation de la vie, dont le goût lui a été donné très tôt, et qui était justement le rêve à poursuivre. La vie, chez Yves Lacoste, est comme les géographes : quelque chose qui se secoue.