mercredi 16 décembre 2009

L'invention fantastique d'une troupe chilienne, le Teatrocinema

Une salle de théâtre, celle des Abbesses, où commence le spectacle à voir en cette fin d'année : Sin Sangre ("Sans sang"), par la compagnie Teatrocinema. Formée par des anciens de La Troppa, la troupe chilienne la plus importante, elle offre du jamais-vu. Il y a belle lurette que les images filmées ont fait leur entrée au théâtre. Avec Sin Sangre, elles s'unissent d'une façon fantastique, au sens propre : le spectacle semble provenir de l'imagination de ceux qui le voient.
Un écran occupe tout le plateau. Un film y est projeté. Derrière l'écran, il y a des éléments de décor - la façade d'une maison, une table, des chaises... - et les quatre comédiens. Ils se fondent tellement dans les images qu'ils semblent en faire partie. Les images rappellent à la fois les anciens films colorés et l'univers d'Edward Hopper ou William Kentridge.

L'histoire avance comme un roman policier. Inspirée du roman de l'Italien Alessandro Baricco, Sin Sangre nous replonge dans les années noires de la dictature de Pinochet, de 1973 à 1988. Les trois hommes dans la voiture, au début du spectacle, cherchent la maison isolée où s'est retiré le docteur Roca, dit La Hyène à cause des meurtres perpétrés dans l'hôpital qu'il dirigeait sous la dictature. Ils viennent rendre justice, tuent Roca et son fils. Seule survit Nina, la fille, une enfant.

Comme une obsession

Sin Sangre suit l'histoire de cette enfant, des années plus tard. Sa quête pour sortir de l'enfer de son passé. L'impossible oubli de ceux qui ont tué. La dictature est morte quand commence le roman, mais elle n'a pas quitté les têtes de ceux qui l'ont vécue. Elle imprègne le roman de Baricco comme une obsession, qui emmène les spectateurs de Sin Sangre dans les zones troubles et troublées de la vengeance et de la culpabilité. Plus l'histoire se déroule, plus on sent les corps droits, comme à l'affût, dans la salle des Abbesses, où la compagnie Teatrocinema rembobine, comme on le fait d'un cauchemar, au réveil, le film noir des disparitions et des questions sans fin liées à la dictature et à son combat.

Sin Sangre, d'après Alessandro Baricco, mise en scène : Juan Carlos Zagal. Théâtre des Abbesses, 31, rue des Abbesses, Paris 18e. Mo Abbesses. Tél. : 01-42-74-22-77. De 12 € à 23 €. Durée : 1 h 30. Jusqu'au samedi 19 décembre, à 20 h 30. Puis en tournée à Sète (12, 13 janvier 2010), Vénissieux (16 janvier), Annemasse (17 janvier), Albertville (21 janvier), Narbonne (26 et 27 janvier)...
Brigitte Salino