mardi 3 mai 2011

ERNESTO SÁBATO, PAS ENCORE LE BOUT DU TUNNEL

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
LE DICTATEUR JORGE RAfAËL VIDELA REÇOIT JORGE LUIS BORGES ET ERNESTO SABATO À LA «  CASA ROSADA » (MAISON ROSE) siège du Pouvoir Exécutif d'Argentine. MAI 1976.
En effet, un secteur de la société ne lui a jamais pardonné la rencontre qu'il a eue avec le général Jorge Rafaël Videla au début de la dictature militaire (1976-1983).

Le 19 mai 1976, presque deux mois après le coup d'État, Videla a reçu chez lui un groupe d'écrivains, entre lesquels se trouvaient Jorge Luis Borges et Ernesto Sábato, qui avait alors qualifié le dictateur «d’homme cultivé, modeste et intelligent ».

Cet avis favorable de l'écrivain a évolué avec le temps, quand les putschistes ont noyé le pays dans un bain de sang : plus de 30 mille disparus, des tortures institutionnelles et massives, des familles entières exterminées, des centaines de bébés volés dans des prisons clandestines ; des générations marquées à vie et une société blessée et craintive.

Au retour de la démocratie, Sábato a été invité par le président Alfonsín pour diriger la Commission Nationale sur la Disparition de Personnes (Conadep), qui a enquêté sur les crimes contre l’humanité commis en Argentine.

épaulé par des organismes de droits de l'homme, Ernesto Sábato s’est beaucoup investi à la tête de la commission, dans la recherche et la dénonciation des horreurs de la dictature.

Leur rapport –appelé Nunca más– a documenté des milliers de cas de tortures, de séquestrations et de disparitions et a été la base pour soumettre à procès et condamner les dictateurs et ses sicaires.

Mais cela n'a pas suffi à réparer entièrement l’image d'un écrivain aux origines de gauche, dont le chemin est passé par la science et la littérature, l’enseignement et la politique, et à qui aura échu la tâche énorme de déterrer et montrer la période la plus infâme et les figures les plus abjectes de son pays.

Frappé par la maladie et par la mort de ses proches, Sábato a vécu les dernières années de sa vie en retrait et s’est éteint à Santos Lugares le 30 avril dernier.

1948 : Le Tunnel, Paris, Éditions du Seuil, collection "Points", 1995.

1961 : Héros et tombes, Paris, Éditions Le Seuil, collection "Points", 1996

1974 : L’Ange des ténèbres, Paris, Éditions Le Seuil, collection "Points", 1996.
G D