jeudi 13 mars 2014

L'UNASUR VA RÉUNIR UNE COMMISSION SUR LA CRISE AU VENEZUELA

«Les présidents ont chargé leurs ministres des Affaires étrangères d’organiser une réunion demain (mercredi) pour créer une commission» sur la crise au Venezuela, afin «d’instaurer un climat de dialogue et de consensus constructif», a déclaré Dilma Rousseff à la presse.

«Nous allons toujours nous efforcer de maintenir l’ordre démocratique», a assuré Dilma Rousseff, évoquant les manifestations pour et contre le gouvernement de Nicolas Maduro émaillées par des violences qui ont déja fait 21 morts et au moins 300 blessés.

La réunion de l’organisation a été décidée par les dirigeants sud-américains venus au Chili pour assister aux cérémonies d’investiture de la présidente du Chili, Michelle Bachelet, qui amorce un second mandat. Attendu au Chili, le président Nicolas Maduro a annulé son voyage à la dernière minute, remplacé par son ministre des Affaires étrangères, Elias Jaua.

«Je suis venu au nom de Maduro, qui nous le savons tous est confronté à une tentative violente de renversement, que nous avons déja neutralisée», a déclaré le ministre à son arrivée à Valparaiso, siège du congrès chilien où se déroulaient les cérémonies d’investiture.

À NOUS L'AMÉRIQUE !

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« PRÉPAREZ VOS VALISES, LES GARS ! LE CHILI A ÉTÉ INTÉGRÉ AU PROGRAMME 'VISA WAIVER'. ON VA POUVOIR ENTRER AUX ETATS-UNIS EN PRÉSENTANT SIMPLEMENT NOTRE PASSEPORT ! »  « HOURRA ! GOD SAVE AMERICA! » DESSIN DE LANGER
« Après les attentats contre les tours jumelles en 2001, les Etats-Unis ont modifié complètement le système de sécurité et d'accès à leur territoire, élevant leur niveau d'exigence à l'égard des visiteurs” poursuit le journal. “Le changement de statut du Chili se produit donc au terme d'un long processus de négociations ».

Parmi les exigences de Washington : « disposer de passeports électroniques, présenter un taux de refus de délivrance de visa inférieur à 3%, et souscrire à une série d'accords de coopération en cas de délits graves, terroristes et de modifications au traité d'extradition entre les deux pays ».

mercredi 12 mars 2014

BACHELET REDEVIENT PRÉSIDENTE DU CHILI, QUATRE ANS APRÈS

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C'EST LA SÉNATRICE SOCIALISTE ISABEL ALLENDE, QUI A REMIS L’ÉCHARPE PRÉSIDENTIELLE BLEU, BLANC ET ROUGE À MICHELLE BACHELET 
Au terme de cette prestation de serment, son prédécesseur Sebastian Piñera a quitté sous les applaudissements le Congrès, qui se situe dans la ville portuaire de Valparaiso.
   
« Le Chili n'a qu'un ennemi, ce sont les inégalités et ce n'est qu'ensemble que nous pouvons les surmonter », a dit Michelle Bachelet lors d'un discours prononcé au balcon de la Moneda, le palais présidentiel.

« Je veux que le jour de mon départ vous ayez tous l'impression que vos vies se sont améliorées, que le Chili ne se résume pas à une série d'indicateurs ou de statistiques, mais qu'il est aussi un meilleur pays où vivre », a-t-elle ajouté.

La plupart des chefs d'Etat de la région ont assisté à la cérémonie d'investiture - à l'exception du Vénézuélien Nicolas Maduro, qui a annulé sa venue à la dernière minute. Les Etats-Unis étaient représenté par le vice-président, Joe Biden.

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RÉFORMER LA CONSTITUTION

Le retour à la politique de Michelle Bachelet, à qui la Constitution empêchait de briguer un deuxième mandat consécutif il y a quatre ans, a été couronné en décembre par un triomphe électoral - 62% des suffrages au second tour.

Cette pédiatre de formation, passée par l'Onu durant les quatre années d'intervalle, s'est engagée durant sa campagne à mettre en oeuvre 50 réformes lors de ses cent premiers jours au pouvoir.

Elle a promis en particulier de réduire les inégalités et de réformer le système éducatif en y instaurant davantage de gratuité. Pour financer cette mesure, elle propose de porter l'impôt sur les bénéfices des sociétés de 20 à 25% et de supprimer des dispositifs d'optimisation fiscale.

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LA PRÉSIDENTE CHILIENNE MICHELLE BACHELET, TOUT JUSTE INVESTIE POUR UN SECOND MANDAT, PARADE DANS LES RUES DE SANTIAGO LE 11 MARS 2014  PHOTO MARTIN BERNETTI

Michelle Bachelet, 62 ans, a par ailleurs annoncé son intention de réformer la Constitution héritée de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990) et de dépénaliser l'avortement en cas de viol ou de danger pour la santé de la mère ou de l'enfant à naître.

« Dès le premier jour, je travaillerai pour tenir les promesses que nous avons faites », a-t-elle assuré la semaine dernière lors d'une interview avec la chaîne de télévision chilienne Canal 13.

Elle devra faire avec le ralentissement économique du pays, dont le taux de croissance a atteint en janvier un plus bas depuis près de quatre ans, une monnaie - le peso - faible et la chute des cours du cuivre dont le Chili est le premier producteur mondial.

(avec Alexandra Ulmer, Anthony Esposito et Antonio De la Jara; Simon Carraud pour le service français, édité par Henri-Pierre André)

mardi 11 mars 2014

MICHELLE BACHELET À LA TÊTE DU CHILI POUR UN SECOND MANDAT

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MARDI 11 MARS 2014, INVESTITURE DE MICHELLE BACHELET. PHOTO  ALEX IBAÑEZ

Elle devait prononcer son discours d'investiture en fin de journée, de retour à Santiago, avant d'intégrer à nouveau le Palais de la Moneda. Symbole fort dans un pays encore marqué par la dictature, c'est la sénatrice socialiste Isabel Allende, fille de l'ex-président Salvador Allende renversé par le coup d'Etat du 11 septembre 1973, et première femme à présider le Sénat chilien, qui a remis l'écharpe présidentielle bleu, blanc et rouge à Michelle Bachelet, 62 ans, dont le propre père a été torturé et tué aux premiers jours de la dictature Pinochet.

« C'est un grand honneur de relever le défi d'être la première femme présidente du Sénat dans l'histoire du Chili et de remettre l'écharpe présidentielle », a déclaré la sénatrice, visiblement très émue, affirmant que cette « image historique »  ferait « le tour du monde ». Première femme élue à la tête d'un pays sud-américain, Mme Bachelet fait face à de nombreux défis pour son retour à la Moneda, qu'elle avait quitté en 2010 avec un taux de popularité record. Elle succède au conservateur Sebastian Piñera.

CHILI: MICHELLE BACHELET, LE RETOUR



Un programme ambitieux avec trois grands projets. Tout d’abord une importante réforme de l’éducation. Le but est de parvenir à la gratuité notamment dans le système universitaire d’ici à six ans et de mettre fin aux profits récoltés par les écoles privées, qui sont financées en partie par des subventions publiques. Le deuxième chantier que souhaite s'attaquer rapidement Michelle Bachelet est une réforme fiscale qui doit permettre à terme de rétablir l’équité dans ce domaine et également permettre de financer notamment la réforme de l’éducation.

Réforme constitutionnelle

Enfin le troisième grand objectif fixé par la nouvelle présidente et qui semble le plus difficile à atteindre est le changement de Constitution. Michelle Bachelet souhaite enterrer celle héritée de la dictature d’Augusto Pinochet. Mais pour y parvenir, une majorité au deux tiers dans les deux chambres est nécessaire. La coalition dont est issue la nouvelle présidente ne dispose pas de ces fameux deux tiers. Michelle Bachelet va devoir convaincre des élus indépendants, mais également des élus de droite, très peu enclin à un tel changement.

Michelle Bachelet, un retour attendu

Pour l'instant, celle qui fut déjà présidente entre 2006 et 2010, bénéficie d'un indice de popularité très élevé. Elle va donc pouvoir manœuvrer à sa guise durant les premières semaines de son mandat. Mais Michelle Bachelet doit faire vite pour ne pas décevoir ceux qui ont placé beaucoup d'espoir sur son retour aux affaires.

jeudi 6 mars 2014

« DRÔLES DE GUERRES » DE CRIMÉE

SIÈGE DE SÉBASTOPOL (1854–1855) PAR FRANZ ROUBAUD

Surtout le choléra 

Il fut un temps, il y a cent soixante ans, où l’on mourait beaucoup pour la Crimée. La mer Noire fut le théâtre d’une guerre de deux ans : 120 000 morts du côté des assaillants (dont 90 000 Français), plus de 150 000 côté russe, les trois quarts du fait de la maladie (surtout, le typhus et le choléra). Une aventure lancée par un Napoléon III fait empereur depuis trois ans seulement, en quête d’une victoire militaire, pris d’un désir de libération des lieux saints de la suprématie de l’église orthodoxe, bien décidé à contrarier les visées russes sur Constantinople et sur un empire ottoman en déclin.

Côté britannique, on cherchait plutôt à fermer au tsar Nicolas 1er la route des détroits : le Bosphore, les Dardanelles, l’accès à la Méditerranée. En poussant vers les Balkans, Moscou tentait d’accéder aux « mers chaudes », et de peser sur les voies de communication des Français et Britanniques. Battre le Russe sur sa presqu’île de Crimée, neutraliser le port de guerre de Sébastopol, sur la mer Noire, d’où partaient les escadres russes, devait faire rendre raison au tsar, estimaient les stratèges européens.

Après un raid russe sur les Balkans, la guerre est déclarée : le corps expéditionnaire franco-britannique débarque en Crimée le 13 septembre 1854, prenant aussitôt le chemin de Sébastopol. Une semaine plus tard, sur les rives de la rivière Alma, les zouaves [2] du général Bosquet remportent une première victoire. Les Britanniques s’illustrent lors de la bataille de Balaklava, le 25 octobre, avec l’épisode sanglant de la « charge de la brigade légère » [3].

CARTE ANCIENNE DE SÉBASTOPOL AVEC VUE DE KAMIECH ET DU RAVITAILLEMENT FRANÇAIS , ELLE EST ISSUE DU TRAVAIL DU GÉNÉRAL NIEL . 


Chevaux dans les cales 

Mais il aura fallu onze mois de siège, et d’enlisement, avant que la prise de la redoute de Malakoff le 11 septembre 1855 par les hommes du général Mac Mahon (avec le fameux « J’y suis, j’y reste ! ») [4] ne provoque la capitulation russe. Des épisodes largement oubliés, même s’ils ont laissé à Paris des noms de rues (Crimée) ou boulevards (Bosquet, Sébastopol), de ponts (l’Alma, avec son fameux zouave), de stations de métro (Alma-Marceau, Reaumur-Sebastopol, Bizot)…

Zouave du pont de l'Alma

Pour les historiens, c’est pourtant une des premières guerres « modernes », avec une bonne dose de multilatéral, et une projection de puissance sur une énorme distance (quatre mille kilomètres) : des dizaines de milliers d’hommes acheminés sur des voiliers, ainsi que des milliers de tonnes de fret, et des dizaines de milliers de chevaux dans les cales, pour ce qui sera une des dernières grandes guerres de cavalerie de l’histoire. Et aussi une guerre de tranchées, de canons et d’obus : des témoins, des deux côtés, évoquent la frayeur — et le carnage ! — provoqués par les nouveaux modèles de projectiles [5].




La guerre d’Orient 

ESTAMPE LE DÉBARQUEMENT EN CRIMÉE 
Conséquences de la crise, pour un historien de Saint-Quentin (Picardie, France), dont beaucoup d’originaires avaient été engagés dans les combats : «La guerre d’orient, grâce à la victoire des alliés, aboutit au Congrès de Paris en 1856, qui accorde à la Valachie et à la Moldavie leur autonomie. Celle-ci se traduira en 1859 par leur union et la création de la Roumanie. L‘Europe garantit l’intégrité de l’empire ottoman. La mer Noire est démilitarisée. La Russie a perdu sa prépondérance [6] ».

Leçons du conflit, selon Herodote : cette guerre « mal engagée » (à partir d’une querelle d’un autre âge sur les lieux saints) et « mal gagnée » (après un long siège et une boucherie) « s’avère néanmoins un succès pour l’empereur Napoléon III, sur la scène internationale (le premier et le dernier). Le traité de Paris, qui y met un terme le 30 mars 1856, lui permet de remodeler la carte de l’Europe, issue du congrès de Vienne et de la défaite de son oncle Napoléon 1er, quarante et un ans plus tôt ».

En 1954, un siècle après cette guerre, la Crimée est intégrée à la république d’Ukraine, au sein de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). En 1990, la proclamation de la souveraineté ukrainienne provoque un fort mouvement autonome russe en Crimée : en 1991, après un vote, elle devient officiellement une République autonome dépendant de la République d’Ukraine. La question du partage de la flotte soviétique de la mer Noire — 70-80 % pour la Russie, le reste pour l’Ukraine —, avec celle du statut des ports militaires, dont Sebastopol, est à nouveau posée. Une « guerre des pavillons » oppose Kiev à Moscou. La presqu’île proclame même pour quelques jours son indépendance, en 1992, avant de devoir y renoncer aussitôt…

Les cités de Sotchi

BOMBARDEMENT DE SÉBASTOPOL -
CAMP ANGLAIS DEVANT SÉBASTOPOL -
CAMP DEVANT SÉBASTOPOL 
Depuis, la Crimée ne cesse d’être — entre Caucase et mer Noire — un enjeu dans la partie de ping-pong géopolitique que se livrent d’un côté les Américains, l’OTAN, les Européens, de l’autre les Russes. Et ne cesse de constituer une pomme de discorde entre les « deux Ukraine », celle de l’ouest, ex-polonaise, ex-autrichienne, ex-tatar (issue de l’empire ottoman), et aujourd’hui «révolutionnaire » ; et celle de l’est, plus russifiée, qui se serait accommodée sans doute d’une poursuite du règne Ianoukovitch… et d’un maintien de la Crimée dans le giron russe.

Lire Erlends Calabuig, « La Crimée, péninsule de toutes les discordes », Le Monde diplomatique, janvier 1994.L’occidentalisation de l’actuelle Ukraine, si elle devait entraver l’accès de la Russie à sa base historique de Sebastopol [7], « donnerait au littoral russe à l’est de l’isthme de Kertch une importance nouvelle », les ports de Novorossiisk et de Sotchi étant « appelés à un développement rapide », malgré des difficultés de communication avec l’arrière-pays. C’est ce que pronostiquait dès le début des années 1990 le géographe Yves Lacoste, dans le Dictionnaire de géopolitique qu’il dirigeait (Flammarion, 1993). Qui aurait pensé que les imposantes cités construites à Sotchi pour les besoins des Jeux olympiques d’hiver du mois dernier pourraient un jour être requises pour héberger les « pompons rouges » de la flotte russe de la mer Noire ?

Aujourd’hui, analyse ce jeudi le site B2 de Bruxelles sous le titre « Merci, Poutine ? », au moment où le président russe a « lancé des forces armées “non badgées” occuper à pied le terrain en Crimée (...) Moscou envoie à l’Union européenne le même message qu’elle avait envoyé à l’OTAN via l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Les pays qui bordent la Russie ne sont pas destinés à devenir membres de l’OTAN (message 2008), ni de l’UE (message 2014). Les Européens ont joué avec le feu en croyant pouvoir signer un accord d’association et un accord de libre circulation, en toute quiétude, sans susciter aucune réaction. Un accord perçu à Moscou comme étant un premier pas vers l’adhésion à l’Union européenne (ce qu’avaient d’ailleurs dit clairement les dirigeants lituaniens et polonais) et le signal d’un nouveau rétrécissement de son influence, et de son espace qu’elle estime vital. Les Européens n’en ont cependant pas tenu compte ».

Notes

[1] Comme sur le dossier syrien, la diplomatie française, ces derniers jours, a multiplié les rodomontades, collant au discours plutôt musclé de Washington — avant de se résoudre à plaider, à partir de la réunion de mercredi à Paris, pour une solution négociée qui laisse à la Russie une « porte de sortie », mais ménage également ses intérêts fondamentaux, à commencer par sa présence sous une forme ou une autre en Crimée .

[2] Des soldats d’infanterie légère, portant une tenue d’inspiration ottomane, membres d’une unité d’élite qui avait notamment recruté parmi les anciens des barricades de 1848.

[3] llustrée par deux films du même nom : en 1936, avec Eroll Flynn ; et un remake en 1968, avec notamment Vanessa Redgrave.

[4] Selon l’historien Alain Gouttman, spécialiste du Second Empire, le général — qui devait devenir maréchal et président sous la IIIe république — a toujours nié avoir prononcé cette phrase. Antoine Bourguilleau, sur Slate.fr, lui en prête une autre, dans un genre différent : « La fièvre typhoïde, soit on en meurt, soit on en reste totalement idiot. Je le sais, le l’ai eue ».

[5] Selon l’écrivain russe Léon Tolstoï, qui participait à la campagne, on n’arrivait pas à évacuer les morts, le plus souvent en morceaux…


[7] Pour influente qu’elle y soit, la marine russe doit s’acquitter chaque année, auprès de l’Etat autonome de Crimée, de plus d’une centaine de millions d’euros de loyers et royalties, en compensation de l’utilisation des bâtiments, pistes et quais, sur une base rassemblant plus de quinze mille militaires.


samedi 1 mars 2014

ARAUCARIA DE CHILE : LA REVUE CULTURELLE DE L’EXIL CHILIEN


PRÉSENTATION DE LA REVUE
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La revue Araucaria de Chile fut une parcelle de l’immense espace occupé par la culture chilienne de l’exil. Revue pluridisciplinaire, elle fut publiée de façon trimestrielle sans interruption pendant douze ans, entre 1978 et 1989, soit un total de 48 numéros. Elle circulait dans près de 50 pays, et même clandestinement au Chili. La rédaction siégeait à Paris jusqu'en 1984, année où elle fut transférée à Madrid, où, depuis ses débuts, on l’imprimait et on organisait sa distribution. Comme le raconte Carlos Orellana, son éditeur, Araucaria fut fondée un week-end de mai, en plein printemps européen. Bien que le siège de la rédaction se trouvait à Paris d’abord, puis à Madrid, et que le directeur résidait à ce moment à Moscou, l’acte fondateur eut lieu à Rome : fragmentation géographique à l’image de l’extension de la diaspora. 

On publia énormément de revues pendant ces années-là, mais Araucaria fut l’une des plus importantes, par l'ampleur des thèmes traités, par la qualité, l’homogénéité et l’intérêt de ses articles; ainsi que par le prestige de ses collaborateurs. La revue attira, en effet, des incontournables de la culture hispanique. Parmi ses collaborateurs on peut citer entre autres : Gabriel García Márquez, Julio Cortázar, Rafael Alberti, Ernesto Cardenal, Mario Benedetti, Ernesto Sábato, Carlos Fuentes, Eduardo Galeano, Francisco Coloane, Antonio Skármeta, José Miguel Varas, Jaime Concha, Hernán Soto, Volodia Teitelboim, Isabel Allende, Ariel Dorfman, Virginia Vidal, Ligeia Balladares, Cecilia Salinas, Olga Poblete, Eugenia Echeverría, Miguel Rojas Mix, Armando Uribe Arce, Radomiro Tomic, Gonzalo Arroyo, Patricio Manns ou encore Juvencio Valle. 

Araucaria finit par devenir un objet culturel de référence obligatoire entre les Chiliens de la diaspora et parmi les intellectuels de culture hispanique en général.

LES OBJECTIFS DE LA REVUE


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La publication de la revue Araucaria visait également à répondre au terrible « apagón cultural » qui s’était abattu sur la société chilienne. C’est cette situation de décadence culturelle qu’Araucaria se proposait de combattre, comme le déclare l’éditorial du premier numéro. Il s’agit de concevoir la culture comme une forme de résistance et de combat politique sans perdre de vue la rigueur intellectuelle. 

La revue est née également de la douloureuse prise de conscience par la diaspora que la dictature, et par conséquent, l’exil, allait durer. La revue Araucaria témoigne aussi des différentes étapes traversées par l’exil. Dans un premier temps, l’exilé eut besoin d’évoquer, de se remémorer les circonstances de la prise de pouvoir des militaires. C’est ainsi que se développa le genre du témoignage qui n’avait jamais connu au Chili pareil essor. Araucaria offre un ample aperçu de cette écriture testimoniale. Par la suite l’exil fut perçu, en tant que nouvelle condition, comme un objet d’étude sur lequel il fallait se pencher. Des écrivains, des sociologues, des psychologues, des historiens abordèrent la question de l’exil sous des angles à chaque fois différents. 

PREMIÈRE ÉQUIPE DE LA REVUE




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De la première réunion constitutive de Rome à laquelle assistèrent Volodia Teitelboim, Carlos Orellana, Omar Lara, Hernán Loyola, Sergio Muñoz Riveros, Agustín Olavarría, Héctor Pinochet, seuls le directeur et l’éditeur nommés à ce moment ont pu poursuivre le travail au sein de la revue. Pour des raisons d’éloignement géographique, les autres membres sont devenus des collaborateurs extérieurs de la revue.

L’équipe de rédaction initiale, composée par Eugenia Neves (professeur de littérature), Soledad Bianchi (critique littéraire), Luis Bocaz (professeur et essayiste), Carlos Martínez (architecte), Osvaldo Fernández (professeur de philosophie) et Luis Alberto Mansilla (journaliste), permit de donner à Araucaria, grâce à la diversité professionnelle de ses membres, la physionomie espérée. Celle d’une revue à la fois politique, littéraire, philosophique, journalistique et, de façon générale, tournée vers l’ensemble des sciences sociales ; et dont l’axe fédérateur était le Chili, et par extension, toute l’Amérique Latine. 

UNE REVUE LATINO-AMÉRICAINE ADRESSÉE AUX CHILIENS



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Un des partis pris  de la revue fut de privilégier les collaborateurs chiliens. La revue se proposait de donner aux Chiliens l’opportunité qu’offrait l’exil de « penser » le Chili. Il s’agissait de se concentrer sur les problèmes spécifiques à la société chilienne. La revue offre ainsi un large éventail de la production culturelle de cette époque, aussi bien à travers la publication d’œuvres de création (narration, poésie, théâtre) que de travaux d’analyses et de critique. 

Araucaria est aussi une revue latino-américaine adressée aux Chiliens ; dans le sens où il s’agissait d’offrir aux Chiliens une possibilité de compléter et d’approfondir leur connaissance de la réalité latino-américaine. Jusqu’alors les Chiliens avaient une attitude méprisante à l’égard de leurs voisins latino-américains, mais le coup d’Etat militaire de 1973 et la brutalité de la répression démontrèrent que la réalité chilienne était tout à fait semblable à celle des autres pays latino-américains. Les Chiliens apprirent dans l’exil qu’ils ne pourraient jamais comprendre l’histoire de leur pays s’ils ne n’inscrivaient pas dans l’histoire plus vaste du continent. La revue s’est donc proposé d’œuvrer pour cet élargissement de perspectives. A l’image de l’arbre appelé araucaria, la revue voulut s’enraciner dans la culture de la terre mère, tout en recevant le vent des courants universels. 

La revue finit donc par développer un style propre, différent d’autres publications similaires : une revue militante au contenu exigeant, où le slogan fut remplacé par la réflexion. 

LA DIMENSION POLITIQUE DE LA REVUE




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La dimension politique de la revue est perceptible dès sa création. La revue fut, en effet, fondée à l’initiative de la direction extérieure du Parti Communiste chilien qui siégeait alors à Moscou au milieu d’une situation de crise profonde. 1976 fut une année sombre pour la gauche chilienne : la politique répressive de la dictature s’était en effet concentrée sur l’extermination des communistes et des militants d’extrême gauche : les directions successives du PC furent exterminées.

Parallèlement, les années de la revue Araucaria à Paris sont liées à la période d’apogée de l’activité politique de l’exil chilien en France, mais aussi de la solidarité française. Ce fut notamment le journal de l’Humanité qui facilita des locaux pour la rédaction. Á Paris, la revue jouissait d’un nombre impressionnant de lecteurs : une multitude de réunions se déroulaient au Département d’Etudes Ibériques de la Sorbonne Nouvelle, à l’Institut des Hautes Etudes d’Amérique Latine ou encore au théâtre Jean Louis Barrault. Le premier colloque de Littérature chilienne de l’exil est organisé en juin 1983. Carlos Orellana y présenta une communication sur Araucaria.

En 1979, Pinochet montra la revue Araucaria à la télévision comme preuve des recours matériels abondants dont jouissaient les marxistes pour arriver à leurs fins perverses et dangereuses. D’après lui, c’étaient des millions qui étaient requis pour publier une revue si « luxueuse ». Réflexion amusante lorsque l’on sait que l’infrastructure humaine de la revue était presque inexistante: à part les trois  premiers mois pendant lesquels la revue bénéficia d’une secrétaire, au long des douze années suivantes, Araucaria fonctionnait grâce à deux personnes salariées : l’éditeur (Orellana) et un employé qui assurait le secrétariat et la distribution (Marcos Suzarte  occupa ce poste au cours des dix dernières années). La revue manquait de moyens : il n’y avait pas de correcteur officiel et on travaillait sur une vieille machine à écrire.

LES COLLABORATEURS DE LA REVUE


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L’aspect « luxueux » de la revue résidait surtout dans la qualité du design. Ce fut Guillermo Tejada qui conçut le premier numéro ¾ainsi que le logo de la revue¾, remplacé par la suite par Fernando Orellana. De plus, la revue bénéficia de la collaboration bénévole d’une centaine d’artistes plasticiens chiliens ¾peintres, sculpteurs, dessinateurs, graveurs, photographes¾ tel que le peintre Roberto Matta. Araucaria présente ainsi un éventail assez large de la production plastique de l’époque. 

Il est important de souligner qu’aucun collaborateur de la revue ne réclamait d’argent. Aucune rémunération n’était prévue non plus pour les militants ni pour les amis de la cause chilienne qui permirent sa distribution et sa vente. C’est pourquoi on peut dire que la revue Araucaria reposait sur la solidarité. Le seul objectif des collaborateurs étant de contribuer à la lutte contre la dictature. 

Dans les dernières années, lorsque la situation politique chilienne laissait deviner la fin prochaine de la dictature, la revue chercha des appuis au Chili, intégra des collaborateurs  locaux, en espérant s’installer au Chili dès que les conditions politiques le permettraient. Mais Araucaria cessa de paraître au moment de l’extinction de l’ère Pinochet. La revue, intrinsèquement liée à l’exil, disparut à l’instar des conditions qui l’avaient générée. 

UN PATRIMOINE CULTUREL

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Cette communauté d’intellectuels qui a été arrachée à son sol natal a trouvé dans l’écrit non seulement une forme de lutte politique, mais aussi une sorte de territoire. Pour les exilés, l’écrit fut le lien avec le pays d’origine. La revue Araucaria fut au cours de ses douze années d’existence la capitale de ce territoire fait de mots, d’analyses et de récits. Elle constitue par conséquent la mémoire de l’exil et l’héritage que les exilés laissent à leurs enfants restés en France ou retournés au pays. Un patrimoine symbolique que la Cité de l’histoire de l’immigration a désormais la charge de sauvegarder pour que tous ceux qui le souhaitent puissent savoir ce qui s’est pensé, écrit, rêvé au cours de l’exil chilien. La revue Araucaria est en effet aujourd'hui la source la plus précieuse pour qui souhaite approfondir la connaissance de ce qu'a été la vie et l'activité créative du Chili extra-muros pendant la dictature.



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[1] Ce texte a été écrit à l’occasion de l’entrée officielle de la revue chilienne Araucaria dans le fonds de la Cité de l’histoire de l’immigration. Il est aussi l’occasion de rendre hommage à son éditeur, Carlos Orellana qui nous a quittés le 19 octobre 2013, quelques jours après les tables rondes autour de l’exil chilien organisées par la Cité de l’histoire de l’immigration.