dimanche 5 décembre 2010

LE JUNTE CHILIENNE DEVANT LA JUSTICE FRANÇAISE

Un procès qui sera celui de la junte chilienne et celui post-mortem d'Augusto Pinochet, décédé le 10 décembre 2006 sans avoir jamais eu à répondre des crimes commis au Chili sous sa dictature.

Pinochet et quatre autres dignitaires chiliens étaient mis en cause dans la procédure. Leur décès a éteint l'action publique.

Les accusés, âgés de 59 à 89 ans, visés par des mandats d'arrêt internationaux, seront jugés pour "arrestations, enlèvements, séquestrations arbitraires avec torture ou actes de barbarie" sur les personnes de Georges Klein, Etienne Pesle, Alphonse Chanfreau et Jean-Yves Claudet.

Parmi les accusés figurent le général Herman Brady-Roche et Juan-Manuel Contreras, chef de la DINA, la police politique du régime.

La justice française est compétente en raison de la nationalité française des victimes. Leurs familles ont demandé à l'époque à la justice chilienne d'enquêter sur leur disparition. Comme le note l'acte d'accusation, celle-ci "dans son ensemble a failli à sa mission et s'est montrée d'une dépendance totale à l'égard du régime en place", les empêchant "d'exercer leurs recours et de faire mener une enquête".

Georges Klein, 27 ans, médecin et conseiller de Salvador Allende, et Etienne Pesle, 46 ans, ancien prêtre reconverti dans la réforme agraire, ont disparu lors des premiers jours de la dictature.

Alphonse Chanfreau, 23 ans, membre du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), a été arrêté le 30 juillet 1974 par la DINA. Détenu et torturé pendant un mois et demi, il aurait pu être transféré ensuite à la "Colonia Dignidad", une communauté sectaire fondée par un ancien nazi au Chili, Paul Schaeffer.

Enfin, Jean-Yves Claudet, 34 ans, militant du MIR, a été arrêté en octobre 1973 et détenu un an avant d'être expulsé en France. Il disparaît en Argentine le 1er novembre 1975, enlevé par la DINA.

La loi du 9 mars 2004 qui a remplacé la procédure de contumace prévoit que les accusés puissent être représentés par des avocats. Aucun d'entre eux ne l'a demandé.

"Ce procès est l'aboutissement de plus de dix ans de procédure, longue, difficile, semée d'embûches. C'est un grand moment pour les familles", a déclaré à l'Associated Press l'un des avocats des familles de disparus, Me William Bourdon.

"La charge symbolique est très forte. C'est le seul procès qui se tiendra et permettra d'appréhender de façon globale l'appareil de répression mis en place après le coup d'Etat", a-t-il ajouté, regrettant toutefois que ce procès arrive dans "une période marquée par une régression du mécanisme de la compétence universelle".

Une trentaine de témoins, dont certains viennent du Chili, devraient être entendus lors de ce procès qui sera filmé en raison de son intérêt historique.

L'information judiciaire a été ouverte en novembre 1998 à la suite de plaintes des familles des victimes. Le parquet de Paris avait requis le renvoi devant les assises d'Augusto Pinochet et de ses complices en décembre 2005. Celui-ci avait été retardé en raison de problèmes de procédure, la juge d'instruction ayant été destinataire en 2006 d'actes demandés à la justice chilienne en 2002 par son prédécesseur. AP