vendredi 17 décembre 2010

Procès dictature chilienne: 15 à 20 ans requis contre les accusés, absents

 
Trois condamnations à vingt ans de réclusion ont été réclamées à l'encontre des accusés dont l'avocat général, Pierre Kramer, a estimé la "responsabilité plus grande" : Juan Manuel Guillermo Contreras Sepulveda et Pedro Octavio Espinoza Bravo, ancien N°1 et N°2 de la Dina, police secrète du régime, ainsi que l'Argentin José Osvaldo Riveiro, ex-second de la police secrète de son pays qui collaborait avec le Chili.
A l'encontre des onze autres accusés, tous anciens hauts gradés chiliens à l'exception d'un civil, le parquet général a réclamé des peines de quinze années de réclusion.
Tous encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Pierre Kramer a cependant appelé à "tenir compte de ce qui est encouru pour ces faits au Chili".
Le verdict est attendu dans la journée.
Fait rare, c'est le procureur général de Paris en personne, François Falletti, qui a entamé les réquisitions pour, notamment, justifier "l'importance" de la tenue en France de ce procès, 37 ans après les faits au Chili.
"Il faut se souvenir, ce procès est indispensable", a insisté M. Falletti.
Indispensable "vis à vis des victimes qui ont souffert cruellement (...), vis à vis de leurs proches, leurs familles", "indispensable aussi car ce qui s'est passé au Chili, ce sentiment de surpuissance, de pouvoir tout se permettre parce qu'on est au pouvoir, n'est pas une exclusivité du Chili".
Pour le procureur général, la tenue de cette audience doit lancer "un message clair" : de tels crimes doivent "donner lieu à des poursuites, quel que soit le temps, quel que soit l'espace".
Face au ministère public, un box vide : les accusés, âgés 61 à 89 ans, sont jugés en leur absence pour les faits d'"arrestations, enlèvements, séquestrations arbitraires avec torture ou actes de barbarie" ou complicité.
Les qualifiant de "déserteurs du prétoire", l'avocat général Pierre Kramer a salué l'action de la justice française qui a su "ne pas être otage" de cette absence.
Au final, cette défection a permis de laisser toute la place aux victimes : Georges Klein, médecin et conseiller de Salvador Allende, arrêté à Santiago en septembre 1973, tout comme l'ancien prêtre Etienne Pesle, enlevé dans le sud du pays; Alphonse Chanfreau et Jean-Yves Claudet-Fernandez, deux membres du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), ont disparu l'un en 1974, l'autre en 1975. Les quatre corps n'ont jamais été retrouvés.
Sans accusé et sans avocat de la défense, la cour d'assises ne comprend pas, comme à l'habitude, de jurés. Elle est composée de trois magistrats professionnels.
Une condamnation de la justice française aurait surtout une valeur symbolique et quasiment aucune chance d'être exécutée sauf si les accusés, sous mandat d'arrêt international depuis plusieurs années, sortent de leur pays et sont arrêtés à l'étranger. Un nouveau procès devrait alors se tenir.
Certains, comme le général Manuel Contreras, ont déjà été condamnés au Chili pour des crimes commis durant la dictature et sont actuellement détenus.
Augusto Pinochet, au pouvoir de 1973 à 1990, avait été mis en examen dans cette procédure française mais sa mort, en décembre 2006, a éteint l'action judiciaire à son encontre. Il n'a jamais eu à répondre en justice des crimes commis sous sa dictature.