samedi 16 novembre 2013

AU CHILI, LES INÉGALITÉS SONT AU CŒUR DU DÉBAT ÉLECTORAL


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Premier exportateur mondial de cuivre, le Chili a vu la croissance de son produit intérieur brut (PIB) passer de 5,7 % au quatrième trimestre 2012 à 4,1 % au premier trimestre 2013. En cause : le ralentissement en Chine – son premier partenaire commercial –, la baisse du prix du cuivre et le moindre dynamisme des investissements.

Mais la consommation des ménages reste soutenue, l'inflation inférieure à 3 %, et le pays dispose d'un matelas confortable pour faire face aux difficultés. « Les recettes du cuivre ont permis la constitution d'une épargne publique dans un fonds souverain de 20 milliards de dollars , soit 10 % du PIB, investis dans des actifs à l'étranger, analyse Sylvain Bellefontaine, économiste chez BNP Paribas. Les fonds de pension chiliens ont adopté la même stratégie. Les uns et les autres ont joué le rôle d'amortisseur pendant la crise de 2008-2009. »

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« RICHES ET PAUVRES » L' INGRESO ÉTICO FAMILIAR, C’EST UNE INITIATIVE QUI VA DANS LE BON SENS. CEPENDANT, AU MOINS AU DÉBUT, LE TRANSFERT SERA MODESTE PAR RAPPORT AUX CRITÈRES DE LA ZONE OCDE, ET IL SERA CIBLÉ TRÈS ÉTROITEMENT SUR LES FAMILLES VIVANT DANS L’EXTRÊME PAUVRETÉ.   

DES ATTENTES SOCIALES FORTES 

La prochaine présidente devra répondre à des attentes fortes, notamment de la part d'une jeune génération qui n'a pas connu la dictature militaire d'Augusto Pinochet (1973-1990), et qui supporte de moins en moins les inégalités. Mme Bachelet – qui a déjà dirigé le Chili entre 2006 et 2010 et dont la fin de mandat a été ébranlée par les manifestations de milliers de jeunes pour la gratuité de l'éducation – en sait quelque chose.

Pour les élections législatives qui accompagnent le scrutin présidentiel, on compte d'ailleurs une vingtaine de candidats de moins de 35 ans. Ils sont souvent issus des mouvements lycéens de 2006 et étudiants de 2011. Comme Giorgio Jackson, 26 ans, une figure emblématique de la révolte étudiante de 2011, qui a créé son propre mouvement, Révolution démocratique.
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CAMILA VALLEJO EST AUSSI L'EMBLÈME DU PARTI COMMUNISTE CHILIEN. DIMANCHE, ELLE POSTULE À UN POSTE DE DÉPUTÉ À LA FLORIDA, QUARTIER DE CLASSE MOYENNE DE SANTIAGO.
Ou encore Camila Vallejo, elle aussi personnage charismatique de la révolte étudiante, qui, à 25 ans, est candidate pour le Parti communiste. « Les citoyens n'ont plus peur d'exiger leurs droits à l'éducation, la santé, le logement et l'emploi », juge-t-elle.

Avec le retour à la démocratie, le modèle économique mis en place sous la dictature militaire n'a pas changé. « L'économie chilienne a longtemps été en stagnation sur fond de mono-industrie. La situation s'est débloquée avec la réforme agraire du démocrate-chrétien Eduardo Frei puis avec la révolution néolibérale des années 1970 et 1980, l'ouverture de l'économie, la libéralisation du marché du travail, une dérégulation précoce », explique Carlos Quenan, professeur à l'Institut des hautes études de l'Amérique latine et économiste chez Natixis.

« LA COLÈRE DES CHILIENS »

« Après la crise bancaire de 1982-1983 et l'explosion de la dette, poursuit M. Quenan, les militaires au pouvoir ont été pragmatiques. Ils ont nationalisé les banques, adopté des normes de régulation et de supervision bancaire strictes et créé le fonds de stabilisation du cuivre. » S'en sont suivies deux décennies de croissance soutenue.

Mais le Chili reste l'un des membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) les plus inégalitaires, le revenu des 10 % les plus riches étant 26 fois supérieur à celui des 10 % les plus pauvres.

« Les Chiliens sont en colère contre le pouvoir et les hommes d'affaires. Ils veulent leur part du gâteau », explique la politologue Marta Lagos. « Le Chili doit prendre des mesures drastiques pour résoudre les inégalités avec notamment une réforme de la législation du travail », soutient Carlos Ominami, ancien sénateur socialiste et ex-ministre de l'économie. D'autant que « pas plus de 7 % des travailleurs peuvent négocier collectivement », ajoute-t-il.

Réceptionniste dans un hôtel de Santiago, Boris Viñas, 30 ans, raconte comment il lui est impossible, sans soutien syndical, d'affronter son patron pour qu'il lui paye des heures supplémentaires les jours fériés ou la formation professionnelle à laquelle il a droit. « Il y a peu de mobilité sociale au Chili », regrette Tamara Mendez, designer de 26 ans qui vend ses vêtements dans le quartier branché du centre historique de la capitale.

Mme Bachelet confie avoir « beaucoup appris » depuis son départ du palais présidentiel de La Moneda. En y revenant, elle sait qu'elle devra tenir compte de cette jeune génération, fer de lance des nouvelles attentes des Chiliens.