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mardi 15 octobre 2019

UNE EXPOSITION SUR LES TRÉSORS ITALIENS DE LA COLLECTION ALANA



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LORENZO MONACO (FLORENCE, VERS 1370 – 1425) :  
L’ANNONCIATION, VERS 1420-1424
TEMPERA ET OR SUR PANNEAU
La collection Alana, présentée au Musée Jacquemart-André à Paris, doit son nom aux prénoms de ses fondateurs, l’homme d’affaires, économiste et mécène chilien Alvaro Saieh et son épouse Ana Guzman. Quatrième fortune du Chili, ils ne mettent pas leurs moyens à profit pour acquérir de l’art actuel, mais pour constituer une collection d’art italien ancien. Cette particularité suffirait à attirer l’attention. Aux gloires à la mode pour lesquelles tant de millionnaires ou milliardaires paient très cher afin de gagner un peu de célébrité, ils préfèrent Florentins, Siennois ou Vénitiens. On ne saurait leur donner tort. Entre un Koons ou un Wool de série et un Bellini ou un Pontormo, le choix est vite fait. Que les seconds vaillent aujourd’hui beaucoup moins que les premiers est l’une des aberrations du marché de l’art.
« DÉPOSITION DE CROIX » (1495), 
DE FRANCESCO UBERTINI, 
DIT BACHIACCA. ALLISON CHIPAK
COLLECTION ALANA, 

NEWARK, DE, ÉTATS-UNIS
À ses débuts, Alvaro Saieh s’intéressait aux avant-gardes du début du XXème siècle. Il s’est converti à l’Italie depuis une vingtaine d’années et, dans ce court laps de temps, la collection a vite augmenté. Les 76 œuvres exposées en sont une anthologie. Il est donc encore possible de réunir un ensemble de maîtres anciens, dont des pièces de grande qualité : c’est le deuxième enseignement de l’exposition. Pour y parvenir, il faut une curiosité dédaigneuse des hiérarchies habituelles, ce que la première salle affirme jusqu’à la provocation. Le regard s’y heurte à des dizaines de tableaux superposés. Sans doute faut-il voir dans cette disposition une déclaration d’amour, déclaration brutale d’un amour qui s’aveugle parfois car, sur ces murs, quoique prétende le sous-titre de l’exposition, les chefs-d’œuvre sont rares.

Problèmes d’attribution et de reconstitution



NARDO DI CIONE (FLORENCE, ACTIF DE 1343 À 1365 ENVIRON) :
L’ANNONCIATION, VERS 1350-1355 - TEMPERA ET OR SUR PANNEAU
Ce préambule n’est cependant pas inutile. Il rappelle à quel point la production et la diffusion d’images religieuses relèvent, dès le XIVe siècle, d’une organisation structurée. Peintres, menuisiers et doreurs collaborent pour répondre aux demandes des commanditaires : ordres religieux, paroisses, hôpitaux, aristocrates ou bourgeois. L’offre s’adapte à la demande ou la suscite en proposant des modèles nouveaux – par exemple, l’autel portatif, parfait pour la dévotion privée. Dans une structure de bois sculptée à l’imitation d’une église, colonnades et pinacles compris, et entièrement dorée – Dieu ne déteste pas les sacrifices financiers – prennent place saintes et saints, crucifixions et miracles. L’ensemble peut être divisé en deux panneaux reliés par des charnières.
ANTONIO VIVARINI (VENISE, ACTIF DE 1440 À 1476-1484) :
SAINT PIERRE MARTYR EXORCISANT UN DÉMON AYANT PRIS
LES TRAITS D’UNE VIERGE À L’ENFANT,
VERS 1450 - TEMPERA ET OR SUR PANNEAU
Les dimensions sont proportionnelles aux moyens du commanditaire. La notoriété du maître est un autre facteur essentiel, quoiqu’il soit souvent difficile de savoir ce que l’artiste a fait de sa main et ce qu’il a délégué à l’un de ses élèves. C’est l’un des exercices préférés des spécialistes que de se disputer pour savoir si telle Crucifixion est entièrement ou partiellement de Bernardo Daddi ou mesurer la part de Lorenzo Monaco dans une Annonciation qui lui est attribuée. Ces débats sont d’autant plus compliqués qu’à partir 
MAÎTRE DE LA MADELEINE (FILIPPO DI JACOPO ? :
FLORENCE, ACTIF VERS 1265 – 1290) : VIERGE À L’ENFANT
EN MAJESTÉ AVEC DEUX FIGURES AURÉOLÉES
 - TEMPERA ET OR SUR PANNEAU
du XVIIIe siècle et plus encore au XIXe, triptyques et polyptyques ont été divisés par antiquaires et marchands. Le Saint Sixte de Fra Angelico de la collection Alana allait avec une Crucifixion qui se trouve au Harvard Center, à Florence (Italie), fragments d’un triptyque exécuté pour le cardinal Juan de Torquemada. La Vierge et l’Ange de l’Annonciation de Giovanni di Paolo appartenaient probablement à un retable qui reste à reconstituer. L’exposition abonde en problèmes d’attribution et de reconstitution.

GUIDO RENI (BOLOGNE, 1575 – 1642) : 
LE MARTYRE DE SAINTE APOLLINE, 
VERS 1614 - HUILE SUR CUIVRE
On peut cependant la regarder d’une autre façon, moins savante et plus subjective, préférer Filippo Lippi ou Carlo Crivelli dans l’expression du tragique ; se demander qui, de Pontormo ou de Bronzino, est le portraitiste le plus expressif ; ou s’arrêter aussi longtemps que nécessaire devant les Saint-Pierre et Saint-Paul de Véronèse.

« La collection Alana. Chefs-d’œuvre de l’art italien », Musée Jacquemart-André, 158, boulevard Haussmann, Paris 8e. Jusqu’au 20 janvier 2020, tous les jours de 10 heures à 18 heures, 20 h 30 le lundi. Entrée : de 9,50 € à 14,50 €.
Philippe Dagen